‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 146 sur 148 · PNEUMATOSES DU TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

PNEUMATOSES DU TUBE DIGESTIF

queusc. Les pneuinatoses intestinales accompagnent même fort rarement les gastroentérites ; on les observe pourtant quelquefois dans la dyssenterie (Pringle). Nous avons ?u aussi que c'était un phénomène ordinaire dans la fièvre typhoïde ; mais il résulte des recherches de M. Louis que la pneumatose, dans ces conditions, est indépendante de Tétat de la muqueuse du côlon, et qu'elle ne provient pas non plus de la putridité des matières stercorales. L'exhalation morbide des gaz intestinaux se lie, au contraire, très souvent à l'inflammation du péritoine. C'est ainsi que dans la péritonite, surtout dans celle qui est puerpérale, nous avons noté la grande abondance des gaz intestinaux. Enfin ceux-ci existent encore en quantité parfois considérable dans toutes les lésions qui rétrécissent le calibre des intestins, soit que dans ce cas l'accumulation dépende de ce que les gaz ne sont plus expulsés, soit qu'elle résulte surtout d'une plus grande activité dans la sécrétion: il est probable que ces deux causes agissent simultanément.

Nous ne savons suivant quel mécanisme les gaz sont exhalés : sont-ils produits de toute pièce, ou bien est-il vrai que le sang en contienne, et alors sont- ils seulement exhalés par la muqueuse? Ce sont là des questions insolubles. Cependant une expérience de Bichat semble prouver que les gaz absorbés par la peau peuvent ensuite Otre exhalés à là surface des organes digestifs.

Siège et composition des gaz. — Lorsque les gaz sont en grande quantité , ils occupent presque également tout le carfal digestif : cependant dans la plupart des cas, ou les trouve spécialement , et parfois même exclusivement , accumulés dans le ccecum , dans les côlons ascendant et transverse, et dans Y S iliaque. Ils dilatent les organes dans lesquels ils sont accumulés, et leur donnent parfois un volume monstrueux ; ainsi Littre a vu un côlon aussi gros que la cuisse, et Hailer a rencontré un cœcum aussi Volumineux que la tétc d'un adulte.

La composition des gaz varie suivant les points des organes digestifs où on les recueille, et suivant l'état général des sujets. Dans l'estomac, c'est de l'air atmosphérique, contenant seulement une plus forte proportion d'acide carbonique ; dans l'intestin grêle, c'est un mélange d'azote, d'hydrogène et d'acide carbonique; dans le gros intestin, indé|>endamment des gaz que je viens de nommer, on trouve encore de l'hydrogène carboné ou sulfuré ; il n'y a jamais d'oxygène. La proportion d'acide carbonique augmente à mesure qu'on se rapproche du rectum. Enfîn, dans l'état de maladie, l'azote et l'hydrogène sont les dedx gaz qui sont le plus souvent exhalés, et la proportion d'hydrogène sulfuré augmente également beaucoup. Pour plus amples détails, nous renverrons k une thèse soutenue k Paris en 1833 par le docteur Chevillot.

Inrommodités et accidents produits par les gaz intestinaux, — En général , l'accumulation insolite des gaz dans le tube digestif produit un état de malaise dans le \entre plutôt qu'une douleur véritable; les malades ont des borborygmes; le ventre est plus ou moins tendu ; il résonne davantage à la percussion ; il présente souvent des inégalités, des bosselures passagères, ce qui dépend des contractions |>éristaltiqoes des intestins distendus; enfm , des gaz sont rendus par la bouche ou l'anus, et cette expulsion est généralement suivie de soulagement Lorsque les gaz sortent par la bouche, ils forment ce qu'on nomme des éructations. Ils sont en général inodores ; mais ils ont le goût d'œufs pourris dans les indigestions ; parfois ils sont en si grande abondance, qu'ils sortent sans interruption pendant plus d'une minute, et il n'est pas rare alors qu'ils entraînent avec eux une portion des aliaients qui arrivent dans la bouche par régurgitation. Les gaz qui sortent par TiDUi sont en général plus ou moins fétides ; iear escrélion en le plus souvent

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spontanée ; cVautres fois elle est provoquée par les efforts, par les cris, par les éœotions morales, par certains mouvements.

Lorsque ks gaz, au lieu d'être expulsés, sont retenus dans le canal digestif, ils produisent des accidents qui varient suivant les points où ils sont accumulés et suivant le degré de distension des parties. Rien ne prouve que des gaz puisseoi, comme on l'a dit, dilater, distendre une portion de ra?sophage, qui serait alon spasmodiquement contracté au-dessus et au-dessous. Rien même n'établit qu uoe anse intestinale resserrée spasmodiquement à ses deux extrémités puisse emprisonner une masse d'air de manière à former une tumeur solide sur le diagocisùc de laquelle des doutes pourraient s'élever. Les gaz occupent en général l'estomac ou le gros intestin en entier, une partie ou la totalité de rintcstin grêle.

Accumulés dans l'estomac» les gaz produisent de l'anxiété; la respiration est gênée, il y a dos bâillements ; l'épigastre est tendu et très sonore ; il est le siège de crampes, d'une douleur plus ou moins vive, et les liquides ingérés semblent \ franchir dilTiciiement le cardia ; enfin , il y a parfois des lipothymies et des pal{H> tations.

Lorsque les gaz sont accumulés dans les intestins, le^ ventre acquiert un volume considérable; il est tendu. Si on le percute, il résonne comme un tambour: de& sans doute le nom de tympanite intestinale sous lequel on désigne cette affection. En palpant le ventre avec soin, on distingue souvent le relief que forment les anse^ [ intestinales distendues ; des bruits plus ou moins intenses se font entendre ; il ■ existe des douleurs abdominales désignées sous le nom de coliques venteuset; les r lavements ne peuvent parfois pénétrer; enfin on remarque encore d*autres accidents dépendaiH de la compression exercée sur quelque organe. Ainsi , lorsque les gu distendent beaucoup le côlon transverse, l'estomac est comprimé, et des vomissements ont lieu ; le diaphragme est refoulé vers là poitrine , ce qui produit une grande anxiété, beaucoup de dyspnée, et même la mon par asphyxie, comme M. Piorry l'a démontré par ses expériences sur les animaux. La compression de la vessie produit la dysurie et rend les excrétions de l'urine plus fréquentes. On a vu une fois le vagin et l'utérus être refoulés au dehors, et Van Swiéten a obsené un œdème de la jambe gauche produit par la compression de la veine iliaque correspondante. Les gaz n'occupent parfois qu'un point très circonscrit de l'intestin, comme le cœcum, ou bien une ou deux anses intestinales ; on voit alors se dt'ssiner à travers les parois du ventre une tumeur arrondie, sonore, élastique, douloureuse, le plus souvent mobile, et devenant de temps en temps le siège de borborygnies.

Après être restés accumulés pendant un temps plus ou moins long, les gaz tioissent par être expulsés à la fois par la bouche et par Tanus, tantôt peu à peu, tantôt abondamment; c'est ce que quelques auteurs, et Sydenham en particulier, ont désigné improprement sous le nom de choléra sec; souvent des matières liquides sont entraînées avec les gaz. Il est certain que, dans un grand nombre de cas, la pneumatose intestinale cesse par suite de l'absorption des gaz. C'est ainsi qu'on ^oit souvent des météorismes considérables disparaître peu à peu sans qu'aucun dmk élaslLc|uc ail été expulsé par la bouche et par l'anus. Les anciens avaient attribué de graves accidents et même la mort h cette absorption ; mais rien ne justifie lenn craintes. Les faits qu'ils ont rapportés en leur faveur sont insuffisants, et l'on tsi étonné qu'on homme aussi éclairé que M. Baumes les ait encore invoqués aujoord'hui dans son Iraité des maladies venteuses, pour soutenir la même opioioo.

Veslomaç et les intestins, distcodos outre mesure et d* une manière permaoeiVt

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peuvent iinir par se rompre; mais cette rupture n'a guère été observée que lorsque les parois étaient déjà ulcérées, ramollies^ ou gangrenées : c'est alors au niveau de l'altération que la rupture s'effectue. On a dit aussi que quelquefois les deux tuniques internes, en se rompant ou en s'éraillant, permettaient au gaz de s'infiltrer dans le tissu cellulaire sous-séreux ; mais dans ces cas, fort rares d'ailleurs, la tunique péritonéale ne tarde |>as elle-même à se déchirer. Suivant M. Baumes enfin, la pncu^ matose pourrait être une cause de vohulus en permettant à une anse intestinale de s'engager dans la portion de l'organe que les gaz maintiennent dilatée.

Quelle que soit la cause qui ait produit la pneumatose intestinale, on voit cette aflèction récidiver avec la plus grande facilité.

Diagnostic, valeur séméiotique. — La sonorité exagérée du ventre à la percussion fera reconnaître que le volume de cette cavité ne dépend pas d'une accumulation de sérosité dans le péritoine. C'est encore spécialement par la percussion et par l'inspection du ventre qu'on détermine quels sont les points des organes digestifs où les gaz se sont spécialement ou exclusivement accumulés. Cependant il ne faudrait pas croire que le degré de résonnance soit en rapport avec le volume des gaz contenus dans l'intestin. Il résulte en effet d'expériences faites d'abord par Skoda et vérifiées par M. Roger, que le son, qui est tympanique lorsque les parois où l'air est renfermé ne sont pas tendues ou le sont peu, cesse de l'être et semble même donner une matité relative lorsque la quantité des gaz est telle que les parois de l'intestin et de l'abdomen ont subi une tension considérable (1).

Le dégagement insolite de gaz qui revient à des intervalles plus ou moins rapprochés indique le plus souvent un état d'atonie des organes digestifs. Si ce dégagement se fait dans les jours qui suivent un accouchemmt, la sollicitude du médecin devra être éveillée, car le météorisme est souvent le premier et quelquefois même le seul symptôme local d'une péritonite. £n dehors de l'état puerpéral , le météorisme est extrêmement rare dans le cours des maladies aiguës, à l'exception de la fièvre typhoïde, dont il constitue un des symptômes les plus fréquents : aussi une accumulation de gaz dans le tul)e digestif survenant dans le cours d'une affecti(m fébrile devra toujours porter le médecin «^i rechercher s'il n'existe pas une lésion dc*s glandes de Peyer. Le météorisme existe-t-il d'une manière pennanente, quoique à différents degrés? chez un sujet bien portant, il indique d'une manière pre8(|ue certaine qu'il y a dans un point du tube digestif un obstacle quelconque qui gêne le cours des matières. Si tout le ventre est ballonné à un liant degré, on soupçonnera que l'obstacle siège à la partie inférieure des organes digestifs, et l'on ne devra jamais manquer alors de porter le doigt dans le rectum.

Il importe d'être averti que quelques individus ont la faculté, en avalant de l'air, de produire des tympanites parfois énormes. M. Cérardin en cite un exemple dans sa thèse (année 181^, n° 15).

Pronostic» — La pneumatose intestinale, dégagée de toute complication, ne constitue qu'une incommodité ; mais il n'en est plus de même lorsqu'elle est portée à un très haut degré. Cet accident aggrave toujours le pronostic de toutes les affections intestinales et péritonéales dans lesquelles on l'observe, et particulièrement celui de l'iléus, de la péritonite et de la fièvre typhoïde.

Traitement. — Les personnes qui scmt sujettes à la pneumatose intestinale devront s'abstenir de manger des aliments indigestes^ des farineux ; elles mâcheront bien ; elles boiront de préférence les vins de Bordeaux et de Bourg(^ne, s'abstiendront des vins blancs, surtout des vins mousseux, et généralement de tous les viii»

(4) ArcMvn généraleê ie médeeint, L XXIX, 4* série.

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nouveaux ; elles éviteront après les repas la fatigue , les contentions d*espnt . et généralement tout ce qui peut troubler la digestion ; elles entretiendront la liberté du ventre, et feront un exercice modéré, moyen dont Fédéré a démontré Totilitè. Chez beaucoup de malades dont les digestions sont lentes» on conseille l'usage, après le dtner, de quelque boisson aromatique, comme la camomille, le thé, k café; mais les liqueurs sont généralement nuisibles. EnGn, dans les mêmes ron ditions , on retire souvent de bons eiïets de Tusage de la flanelle , des frictions sèches, surtout sur la peau du ventre, des bains aromatiques et des bains de mer. C*est lorsque la pneuinatose paraît ainsi s'être développée |)ar suite d*une atonie des organes digestifs qu'on emploiera pour la prévenii*, comme ponr la combattre, lorsqu'elle existe, les substances dîtes carminatîves, dont les principales sont: l'angélique, l'anis, l'absinthe, la menthe, la mélisse, la camomille, la cannelle, li cascarille, les écorces d'orange et de citron, etc. On donne ces substances en infasion ou bien on prend fréquemment aussi leur eau distillée ou leur htiile essentielle. On les prescrit à l'intérieur, ou bien on les met en fomentation sur le ventre. I^ur em|)loi est contre >iudi(|ué par l'existence d'une phlegmasie des organes digestifs; dans ce dernier cas, les antiphlogistiques seuls conviennent. SI la pneamatose est consécutive à une névrose douloureuse, ces mêmes moyens peuvent être Utiles ; mais il convient de les faire précéder de l'emploi des préparations opiacéei Dans quelques cas, la concentration d'une forte chaleur sur le ventre détermine l'expulsion des gaz ; d'autres fois on Obtient le même effet {lar des applicatiofls froides ou même glacées. Quelques médecins ont abusé des purgatifs ; nous cmvons que ces médicaments ne conviennent que dans les cas de constipation. Ils diminoent aussi très souvent le météorisme qui survient dans la fièvre typhoïde et dans la péritonite puerpérale. Quant aux médicaments dits absorbants^ tels qtie les matières calcaires, la craie, la poudre de coquilles, celle de nacre, les écailles d'hultrv, les yeux d'écrevisse, l'os de sèche, la magnésie, le charbon, etc. , ils paraissent toat à fait inertes : cependant la magnésie pourrait être utile dans les cas où la distenskm de l'intestin serait surtout produite par l'acide carbonique t mais peut-être alors retirerait-on plus d'avantage de Tammoniaque donnée en potion et en lavement I^ médecine vétérinaire a appris, en effet, combien cette substance était utile ponr combattre la distension gazeuse de la panse chez les ruminants.

Lorsque le ballonnement du ventre est extrême et que les gaz sont surtout accumulés dans le gros intestin, il conviendra de porter dans le rectum et jusque daas le côlon une sonde oesophagienne, en ayant soin d'injecter après quelques grammes de liquide {uiur déboucher les yeux de l'instrument. Si les gaz ne s'échappent pis alors, on adaptera à la sonde un corps de seringue ; puis, retirant le piston, ob produira un mouvement d'aspiration qui provoquera souvent l'expulsion immédiate d'une grande quantité de gaz. On a rarement besoin de recourir 4 ces derniers moyens dans les cas de pneumatqses idiopathiques, mais on les applique presqoe exclusivement aux pneumatoses qui sont symptomatiques d'un obstacle au coan des matières. Trop souvent pourtant il arrive que ces moyens restent sans ellK; la distension devient alors extrême : dans ces cas désespérés, quelques penoaoes ont proposé la ponction des parois intestinales pair on petit trois-quarts. Cettt opération a été faite une fois par M. Maisonneuve et une autre fois par M. Baonès, sans qu'il en soit résulté aucun épanchement dans l'abdomen : cependant l'eipérience n'a pas encore prononcé sur elle. Nous croyons qu'on ne peut être antiw à la pratiquer que dans les cas où, tous les moyens rationnels ayant échoté, li distension des intestins est devenue telle, qu'une péritonite est immincale, tutff

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les parois intestinales sont Bar le point de se déchirer. M. Baumes partage la même opinion.

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