‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 145 sur 148 · DE L*EMPHYSÈME · texte numérisé non relu

DE L*EMPHYSÈME

On donne le nom d'emphysème à l'infiltration d'un gaz dans le tissu cellulaire! Cette maladie est caractérisée par une tuméfaction plus ou moins considérable, élastique , saus changement de couleur des parties; celles-ci, comprimées, font entendre une crépitation particulière , caractéristique , semblable au bruit qu'on obtient en froissant du parchemin ou une vessie sèche. L'emphysème occupe le plus souvent le tissu cellulaire sous-cutané, et parfois aussi le tissu cellulaire sousmuqueux, tel (|ue celui qui double la conjonctive , ou bien encore celui qui sépare les tuniques intestinales, plus rarement le tissu cellulaire sous-séreux , et surtout celui des épiploons; il est probable que, dans ces derniers cas, l'emphysème constitue une lésion purement cadavérique.

On a divisé l'emphysème en traumatique et en spontané. Le premier, qui est le plus ordinaire, succède aux plaies contuses , et surtout à toutes les solutions de continuité qui intéressent les fosses nasales, le larynx , la trachée , les poumons et le tube digestif. Dans les cas, beaucoup pins rares, où le gaz est exhalé par le tissu cellulaire lui-même , ou dit que l'emphysème est spontané. On a vu celui-ci survenir quelquefois après l'impression du froid, à la suite d'une émotion morale, d'une attaque d'hystérie , dans le cours d'une fièvre continue , éruptive , à la suite d'une excitation de la peau, comme après des frictions irritantes ou après une contusion de cette membrane; enfin, plus souvent encore , l'emphysème spontané se déclare dans uue partie mortifiée ou à son voisinage : la gangrène est , eu effet, la cause la plus ordinaire de l'emphysème spontané et circonscrit.

L'infiltration des gaz dans le tissu cellulaire est ordinairement bornée à un espace plus ou moins circonscrit : cependant, dans beaucoup de cas, l'emphysème peut être presque général, c'est-à-dire qu'il envahit successivement toute ou presque toute la périphérie du corj)S. C'est alors seulement ({u'il s'accompagne d'accidents plus ou moins graves; il y a, en effet, de l'anxiété, de l'oppression et des phénomènes d'asphyxie, dépendant, dit-ou, de ce que l'emphysème se propage aux poumons eux-mêmes. Mais uue pareille terminaison est rare, et, dans la plupart des cas, la maladie a une heureuse solution, soit qu'on pratique une issue artificielle au gaz, suit que le fluide soit résorbé. On a vu l'emphysème se montrer ainsi et disparaître alternativement plusieurs fois.

D'après les caractères que nous venotis d'énumérer , il sera facile de distinguer l'emphysème de l'œdème, qui est la seule affection avec laquelle on pourrait le confondre. Celui-ci, en outre, diffère du premier par l'absence de crépitation, et parce que la partie conserve l'impression du doigt II est à peine nécessaire de dire que rciiiphysème est quelquefois simulé par des conscrits pour échapper au w&n

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militaire, par des mendiants pour exciter la commisération publique; mais, dm ces cas, on trouvera sur la peau les traces récentes d'aiie piqûre qui a seni ï insuflQer Tair dans le tissu cellulaire.

L*empbysème ne présente , en général, aucune gravité par lai-même : loo pronostic n*est fâcheux que lorsqu*il est devenu général , ou qu*iJ siège autoar des tuyaux aériens qu'il comprime.

Le traitement de Temphyscme simple consiste dans la compression et Tapplicalion de quelques topiques résolutifs ; si ces moyens sont inutiles, si la disteosioB des tissus est trop considérable, et si l'emphysème continue à envahir de nonvelio parties, on donnera issue aux gaz infiltrés en pratiquant sur la peau des incisiots ou des mouchetures.

L*emphysème qui se développe après la mort est un phénomène annonçant b décomposition putride ; il commence à une époque plus ou moins éloignée ; daos certains cas, à peine quelques heures se sont-elles écoulées depuis le moment de la mort, que déjà la peau est partout soulevée par un fluide élastique. Cette prodoction rapide de Temphysème se remarque surtout à la suite des asphyxies par le gs des fosses d'ajsances , ou bien après les maladies charbonneuses pestilentielles , et quelquefois aussi sur les cadavres des individus emportés par la fièvre typhoïde et les fièvres éruptivcs.

DE L*EMPHYSÈBfE INTERLOBULURE DES POUMONS.

Nous n^avons pas à nous occuper ici de la maladie ioiproprement nommée emphysème vésiculaire des poumons ; car cette affection, auatomiqueraent caractérisée par la dilatation des vésicules , doit être rapprochée de quelques lésions analogues affectant d'autres organes : nous en renvoyons donc Thistoire ailleurs. Noos dirons ici quelques mots d'une affection qui seule mériterait de conserver le nom id'emphysème, et qui consiste, en efTet, en une infiltration d'air dans le tissu œllalairequi sépare les lobules pulmonaires; delà le nom à* emphysème tnterlobulairt sous lequel elle est généralement connue depuis Laênnec , qui en a tracé la première description.

L'emphysème dont nous parlons est , en quelque sorte , la suite d*une lésioo traumatique ; il succède, en effet, à une rupture des voies aériennes. Assez common dans le jeune âge, ainsi que l'ont prouvé les travaux de Mi\l. Guillot (1), Roger, Blache (2), et Ozanam (3), il survient, chez les enfants atteints, des maladies diverses des organes pulmonaires, pendant les quintes de toux violentes, et même en dehors de tout état morbide des poumons et des bronches, par suite de cm aigus, d'un accès de colère, d'une douleur vive, ou au moins d*un délire violent, c'est-à-dire dans des circonstances où de grands efforts sont produits. La médecine comparée a fait constater souvent la même lésion chez les animaux. Ainsi M. Delafond a démontré que les chevaux de poste destinés an service des courriers extraordinaires et les chevaux de course étaient les plus exposés à cet emphysi^me; il a fait voir, en outre, que cette lésion se produisait quelquefois inslantanémeiit che^ les chevaux de trait après de violents elTorts pour gravir une montée rapide, etc. Rien ne prouve que des gaz puissent quelquefois être exhalés dans le tissu cdlolaire des poumons ; nous croyons, contmrement à Laênnec, que celui qa'oA j trouve y arrive très probablement, dans tous les cas, par une cause traumatique^

. (i) Archives généralet de médecine^ année 1S58, numéro d*aoùt. — (S) Vmiom WÊéiietk flftiiéeii5S, p. i95« *~ (8) Archivée dg médecine^ «nnée i86At noméro de janvier*

DE L'£MPHYSËME INTKRLOBULAIRË DES POUMONS. 789

Anaiomie pathologique. — Lorsque de Tair est infiltré dans les tissus cellulaires iDtervésiculaire et sous-pleural , on voit à la surface des poumons des saillies irrégulières, dont le volume varie depuis celui.d*un grain de chènevis jusqu'à celui d'une noix, d'un œuf et plus : ainsi M. Bouillaud a vu l'air former une poche tellement grosse , qu'elle ressemblait à un estomac. Quand on presse ces saillies avec les doigts , on les déplace , et l'on fait aisément cheminer sous la plèvre le fluide élastique qu'elles contiennent, (iependant, comme Laênnec l'observe, l'air, quoique réellement hors des vésicules, ne peut souvent être déplacé parla pression , lorsque, s'étant extravasé au point de réunion des cloisons, il se creuse en ce lieu une petite cavité qui se dessine à la surface du poumon sous forme de losanges ou de triangles sans saillie notable. Lorsque l'emphysème est très étendu, les poumons ne s'aiïaissent pas; ils semblent à l'étroit dans la poitrine, et crépitent d'une manière toute particulière aussitôt qu'on les presse entre les doigts. L'infiltration gazeuse des poumons suit les conduits bronchiques , les gaines des vaisseaux , dissèque les séreuses, peut gagner l'un et l'autre médiastin, sort de la poitrine, envahit le cou, la face , et peut se |)ropager à une grande partie du corps.

Symptômes, — On ignore encore complètement les signes auxquels on peut reconnaître un emphysème iuterlobulaire. Laènnec avait assigné à cette lésion, comme phénomènes pathognomoniques : 1** un raie crépitant à grosses bulles ^ qu'il comparait à la crépitation que donne l'emphysème cutané quand on le comprime ; 2** un bruit de frottement. Mais ces deux signes d'auscultation appartiennent bien moins à l'emphysème qu'à des complications : ainsi le râle dont Laênnec parle n'est autre, suivant nous, comme d'après MM. Louis et Stokes, que le râle sous-crépitant ordinaire, se liant à l'existence d'une bronchite capillaire concomitante; tandis que le bruit de frottement dépend de la formation récente de quelques fausses membranes pleurétiques. Tout porte à penser que la sonorité doit être augmentée; maison ignore les résultats fournis par l'inspection des parois thoraciques. On ignore notamment s'il existe une voussure comparable à celle que nous trouverons si communément dans l'emphysème vésiculaire.

L'emphysème se propage-t-il à l'extérieur, il se révèle par des signes positiiis. On voit, en effet, se manifester subitement, à la suite d'un accès de toux ou d'un effort, une tumeur sans changement de couleur à la peau, molle, crépitante au toucher, occupant les régions sus-claviculaires ou le voisinage de la trachée, et envahissant ensuite plus ou moins promptenient les |)arties voisines.

La plupart des individus qui offrent cette grave complication succombent ; M. Ozanam dit qu'on ne sauve guère qu'un enfant sur neuf. Les individus meurent, par suite de la gêne croissante de la respiration et dans un état asphyxique. La mort peut être prompte , être brusque , subite, lorsque l'emphysème, bien que borné aux poumons , les envahit dans une grande étendue. C'est ce qui résulte de plusieurs faits recueillis et publiés par les docteurs Hunt, Ollivier (d'Angers), Pillore, Prus et Depaul. D'ailleurs ces faits pathologiques s'accordent avec les expériences faites jadis par M. Leroy d'Ëtiolles , qui, insufflant de l'air dans les bronches des lapins avec assez de force pour déchirer un certain nombre de vésicules pulmonaires, faisait périr ces animaux avec autant de promptitude que s'il leur avait coupé la moelle allongée.

Lorsque la guérison a lieu, les cellules pulmonaires déchirées s'affaissent et s*oblitèrent On conçoit avec M. Ozanam que cette oblitération puisse être quelquefois produite par du sang épanché ou par une lymphe plastique, ou par lac pression qu'exerce un épanchemeat pleural concomitant ou l'air lai-mAM

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partie de ce fluide épaiichée ou filtrée dans le tissti cellulaire ne tarde pas à être résorbée si on ne lui a pas pratiqué une issue artificielle.

Lorsque remphyscme envaliit les parties extérieures, le médecin doit s'efforcer de cooibattre la toux ou d*empêcher les eflbrts qui pourraient aggraver Temphysèfiie et rétendre. Si celui-ci occupe un petit espace, on peut se borner à faire des applications résolutives (compresses imbibées d*eau de Goulard). Maïs si Temphysèffif, par SON étendue et son volume , compromet Texistence, il faut pratiquer une isK artificielle à Tair à Taide d'incision , de mouchetures, ou en ponctionnant avec oo trocard fin. On favorisé Tissue des gaz par des pressions méthodiques oo ï Taide de ventouses.

L'emphysème intra-vésiculaire ne pouvant pas être diagnostiqué avec quetqoe i exactitude , il est inutile de rechercher quel doit être le traitement à loi opposer.

PNEC'MATOSE DU TUBE DIGESTIF.

Le tube digestif contient naturellement une certaine quantité de gaz qui sembleni ! destinés à favoriser le cours des matières alimentaires, et qui sont expulsés parla ! bouche, cl surtout par l'anus, à des intervalles plus ou moins éloignés. Mais lors- j. que les gaz sont produits en plus grande abondance, ils sont cause de divere acri- ! ; dents, ou tout ab moins de certaines incommodités que Thomme de Tart doit sa- - ', voir prévenir et combattre.

Sources des gaz ; causes qui les produisent. — Les gaz contenus dans le tube , digestif proviennent de plusieurs sources. L'air peut s'introduire dans l'eitoinac ' pendant la respiration, et surtout pendant la déglutition de la salive et des aliments; des fluides élastiques sont, en outre, produits peudïint Tacte même de la digestion, soit quMls proviennent d'une certaine altération que les aliments subissent, soit plutôt qu'ils dépendent d'une exhalation de la membrane muqueuse (i). C'est ce qu'on voit, par exemple, dans beaucoup d'indigestions et chez un grand nombre de ceux qui ont seulement les digestions difficiles, chez ceux qui se nourrissent de farineux ou qui abusent d'aliments peu stimulauts ou relâchants , comme le sont lei substatlces mucilagineuses, la gélatine et les viandes de jeunes animaux. On a vu le même accidetn se produire quelquefois chez des individus se nourrissant de t substances indigentes oO peu alibiles : ou dit, par exemple, qu'après les blocosde { Gènes, de Mayencè et de Valenciennes, beaucoup de soldats périrent avec un météorisnie énorme après avoir mangé une grande quantité de feuilles vertes, et Ci»selden rap|H)rie l'histoire d'un jeune homme qui, ayant mangé avec excès de jeunes carottes, mourut d'un météorismc tel que les intestins avaient décuplé de volume (2). La pnenmatose intestinale est parfois l'effet d'une disposition héréditaire. Mais les gaz sont surtout exhalés en très grande abondance dans le tube digestif, dans la pluplart des alTections nerveuses de cet apjiareil, ou bien daii5 le cours d'autres névroses, dans l'hypocbondrie, et spécialement pendant lesacccJ d'hystérie; ou bien enfin h la suite de perturbations nerveuses telles que celles qtie produisent des émotions morales vives. Dans tous les cas, la production des pi^ fait indépendamment de tout état inflammatoire ou congestif de la membrane mu-

(1) L'exhalution des giiz pur la muqueuse digestive est prouvée j>ar reipérience s«K»i& faite par ..M M. Mageiulie cl Gérardio. Si, cliez un animal vivaDt^ on lire par une plaie du «n^ une anse intcsiînule, cl si, après Tavoir exacleinent vidée et Tavoir comprimée entre deui^ tures, on lu re|)lace dans Pabdomen, au bout de peo de temps on ta trouve de noureaa flm^ moins distendue par des gai.

{i) Uémoir€i iit l'Amdcmic de médecine^ U XV, p« 180.

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