DE LA FIÈVBE TYPHOÏDE
pas de ceux qui en exagl*rent la pnissance , et qui croient, par exemple fi*oi peuC arrêter la maladie brusquement dans son cours, la juguler^ pour me «nir de la location qui leur est familière. Pour nous , nous nions formellement 05 miracles , et nous soutenons que ces fièvres typhoïdes, qu'on a prétendu avoir cflfefées dans le premier septénaire, n'étaient autre chose que des embarras gastriqm fébriles ^ oq des fièvres synoques, ou un état pyrétiqne symptomatique d'une fUegmasie méconnue ; c'est donc sur une erreur de diagnostic que repose tout leur accès thérapeutique.
JVafure de la maladie. — La fièvre typhoïde eàX anatomiquement caractérisée pv nue lésion de nature inflammatoire , siégeant dans les follicules intestinaux et la ÇHif^as mésentériques. M. Louis regarde cette lésion comme constante , cpie, suivant MM. Ghomel, Andral, Dalmas , elle pourrait manquer quel- M. Ghomel ayant vu quelques sujets succomber, bien qu'il n'y eût de que deux, qu'une seule, qu'une portion même d'une seule plaque, avait été coodnit à croire à la possibilité de l'absence de toute lésion de ce genre. Il atalt d'aiUears été confirmé dans son opinion par quelques faits recueillis par MM. Andral et Louis, et relatife à des individus qui , ayant succombé après avoir •fleft beaucoup des symptômes propres à la fièvre typhoïde , ne présentèrent cependant i l'autopsie aucune des lésions intestinales qui la caractérisent (1). Je disais , dans la première édition de cet ouvrage , avoir moi-même vu deux faits iemblaMes; mais j'objectais que les phénomènes observés n'ayant pas ét^ exactement cenx qu'on rencontre dans rafîection typhoïde , on devait regarder ces cas comme appartenant à une autre maladie, à une affection non encore déterminée. Je pense de même aujourd'hui. Cependant j'ai retrouvé dans mes notes un fait bien lotrement important pour la solution de la question que nous agitons. Il s'agit d'un homme de vingt-deux ans qui, en 1835, succomba à l'Hôtel-Dieu, dans la salie de M. Gaillard, au vingt-septième jour d'une fièvre continue , et qui, ayant présenté pendant la vie tous les symptômes des fièvres typhoïdes graves , céphalalgie intense, mais sans épislaxis , vertiges , prostration , insomnie , rêvasscries« sordilé, délire, langue aride, fuliginosités do la bouche , diarrhée , météorisme , raie sibilant , sudamina nombreux , quelques taches rosées, gangrène du sacram, de la verge et des bourses, ne présenta cependant h l'autopsie aucune lésion caractéristique des follicules et des ganglions mésentériques ; la rate seule était diffloente et avait un volume plus considérable. Ce fait unique me porterait à croire, comme M. Ghomel, que la lésion intestinale n'est pas indispensable pour caraciériser la fièvre typhoïde, puisque , dans quelques cas excessivement rares, eUe pcnt manquer. Cependant, si la lésion des follicules intestinaux n'est pas constanie daas la rigoureuse acception du mot , redisons encore , en empruntant les paroles mêmes de M. Ghomel, qu'il est extrêmement rare qu'elle manque entièrement, et qu'il n'existe pas un seul exemple authentique de coite lésion chez un snjet qui n'aurait pas offert les symptômes de la fièvre typhoïde. Une circonstance qui a beaucoup contribue à faire élever quelques doutes sur la valeur de l'altération des glandes de Peycr, c'est l'assertion des médecins de Londres, d'Edimbourg ft de DuBlin, qui ont prétendu que l'altération des plaques intestinales manquait fréquemment chez les sujets de leur pays qui ont présente pendant la vie les sympltaies de raflection typhoïde. Mais aujourd'hui il est prouvé par les faits clini-
(1) Toy. robfenratlon 5!r, dans le Traité de M. Louis, et Tobservation de M. Andnl, Clinim/i^ L I, ^ SOS ; 4* Mit, oteemtion 65*.
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ques recueillis à Londres par noire ami Shalluck , de Boston , et analysés par M. Valleix , ainsi que par les travaux des docteurs Gerhard et Pennok , de Philadelphie, qu'il existe aux États-Unis et en Angleterre deux affections fébriles, confondues jusqu'ici sous le nom de typhus fever, mais réellement distinctes, et qui ne se ressemblent que par les phénomènes généraux : l'une, affectant les sujets jeunes, est la fièvre typhoïde telle que nous l'observons ici; l'autre, commune à tous les âges, est une maladie distincte de la précédente : c'est le typhus feveri que nous décrirons plus bas.
On s'est demandé si l'altération des follicules intestinaux était primitive, comme le sont les lésions dans la plupart des phlegmasies, ou bien si elle était consécutive à un état général au même titre que l'éruption variolique, dont on l'a rapprochée. Cette dernière supposition paraîtra la plus probable, si l'on se rappelle que la lièvre typhoïde est l'effet de l'action d'une cause spécifique qui agit primitivement sur tout l'organisme, du moins dans l'immense majorité des cas. Cette assimilation de la dothinentérie avec les fièvres éruptives, et avec la variole spécialement « a été faite surtout par M. Bretonneau. On ne peut, en effet, s'enopêcher de reconnaître entre ces maladies la plus grande analogie. Comme la variole, la fièvre typhoïde est contagieuse; elle ne parait jamais attaquer qu'une seule fois le même individu. Il est peut-être peu de personnes qui n'en soient tôt ou tard atteintes. Enfin , sévissant préférablement à certaines époques de la vie, il y a un âge au del^ duquel elle devient si rare qu'elle y est presque inconnue.
La lésion intestinale ne constitue donc pas toute la maladie ; car, très fréquemment, il n'y a aucun rapport entre la gravité des symptômes et l'étendue des altérations de l'intestin. Ainsi, nous avons vu souvent, comme M. Chomel , la mort sunenir, bien qu'il n'y eût qu'une seule plaque de malade , et , d'autre part , oo voit souvent chez des sujets morts par une cause accidentelle des lésions étendues, tandis que les symptômes, pendant la vie, avaient une gravité moyenne. Il existe, en outre, dans le cours de la maladie , une foule de phénomènes morbides qui ne s'eiq)liquent que par l'intervention d'une cause générale , encore inconnue dans son essence et son siège, et qui est placée par les uns dans le système nerveux, tandis que le plus grand nombre la considèrent, et cela avec raison, je croîs, comme n'étant autre qu'une altération du sang encore indéterminée, mais qui réagit à son tour sur le système nerveux et sur tout l'organisme à la fois. Cette altération du sang résulterait , d'après les uns, de l'introduction dans l'économie d'un principe toxique, d'un agent délétère venu du dehors. Suivant M. Delarroque.au contraire, ce serait la bile altérée, acrimonieuse, qui léserait le tube digestif, et ce serait à la résorption des matières septiques contenues dans l'intestin qu'il faudrait rapporter l'altération consécutive du sang, qui influence d'une manière si profonde tous les appareils organiques. M. Delarroque compare ces effets à ceux qui résultent de l'injection des matières putrides dans le système circulatoire des animaux. Ces deux théories sont également soutenables; mais comme il est impossible d'arriver à la démonstration du fait sur lequel l'une et l'autre se fondent, nous croyons inutile d'insister davantage sur ce sujet. (Voy. plus haut, page 13, ce que nous avons dit des effets des altérations du sang dans les pyrexies.) *
La fièvre typhoïde et le typhus ^ ou peste d'Europe , sont-ils deux maladies distinctes? — Les anciens médecins, ceux même qui ont illustré les deux derniers siècles, tels qucSydenham, Cullen, Chirac, Stoll, regardaient le typhus, c'est-àdire cette fièvre grave, contagieuse qui règne épidémiquement dans les camps, les iv|||kis, sur les navires, etc., comme n'étant qu'une variété de la fièvre jmtridc ou
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naUgiie (fièvre typhoïde). Cependant, au commencement de ce siècle , 1. Frank, et surtout HiMenbrand, ont considéré le typhus comme une maladie spéciale, différant essentiellement des autret^ fièvres. Cette doctrine était généralement adoptée^ hrsqo'en 1834 M. Chomel, se fondant sur l'analogie qui existe entre les symptômes dn typhus et ceux de la fièvre typhoïde , r^arda comme une chose pt^obable l'identité des deux maladies. Celte présomption du célèbre professeur a paru acquérir oo certain degré de probabilité depuis la publication du beau travail de M« Gaultier de CUabry, et de Fexcdlente relation qu'un habile médecin de Reims , M. Lan* donzy, a donnée dans les Archives de 1862, d'une épidémie qu'il regarde comme appartenant au typhus, et qui régna dans la prison de cette ville en 1839 et 186U. Cette opinion a aussi trouvé en Allemagne un défenseur dans la personne du doctenr Kuchler, qui, dans le journal Medicinische Ànnalen pour 1844, a également aoateou l'identité du typhus contagieux et de la fièvre typhoïde.
Comparaison quon a faite du typhm et de la fièvre typhoïde. — Le typhus , comme la fièvre typhoïde, débute par une céphalalgie intense, par la stupeur et la jNrostration des forces. On observe dans l'un et dans l'autre, et à peu près au Vûècae degré » des bourdonnements d'oreilles , de la surdité et des épistaxis ; ces derniers pourtant sont peut-être un peu moins fréquents dans le typhus. La sonï* solence, le coma et le délire sont des symptômes également communs aux deux maladies. Il paraît constant seulement que, dans le typhus, les trouUes de l'intelligence se manifestent plus tôt que dans la fièvre typhoïde. Dans l'un et dans l'autre encore on constate une éruption de taches rosées lenticulaires, accompagnées ou non de pétéchies. La seule différence qui existerait pour ce symptôme dans les denx maladies, c'est que, dans le typhus, l'éruption des taches lenticulaires se fait dès le quatrième jour, c'est-à-dire plus tôt que dans la fièvre typhoïde , où com^ mnnément elle est moins abondante et moins générale. £n outre, les pétéchies sont aussi rares dans la fièvre typhoïde qu'elles sont communes dans le typhus, tandis que l'inverse a lieu pour les sudamina. Dans les deux affections, la langue se dessèche et brunit , et les dents s'encroûtent de fuliginosités. Il y a de la soif, de Tanorexie, et parfois des vomissements; mais les autres troubles des organes dîgestift, comme les coliques, la diarrhée, le météorisme , le gargouillement dans la fosse iliaque, qui sont des phénomènes presque constants dans la fièvre typhoïde,
tnquent, au contraire, fréquemment dans le typhus. C'est ainsi que M. Landouzy les a point rencontrés dans l'épidémie de Reims : la diarrhée seule a été notée quatre fois. M. Gaultier de Claubry regarde, au contraire, ces symptômes comme étant ordinaires dans l'affection dont nous parlons. Du côté des voies circulatoires et respiratoires, on n'a noté, au contraire, aucune différence : ainsi c'est dans les denx affections le même appareil fébrile, le même râle sibilant, intense et généralisé; les poumons ont la même tendance à s'enflammer; toutefois la pneumonie serait peut-être moins commune dans le typhus que dans la fièvre typhoïde, mais il ûnt attribuer cela à la marche plus rapide que suit le premier, ce qui ne donne pas à certaines complications le temps de se développer. Il semble également constant, et cela pour la même raison , que les hémorriiagies et les perforations intestinales, et peut-être aussi les escarres, sont des accidents moins communs dans le typhus que dans la fièvre typhoïde. D'après certains auteurs, il paraîtrait que dans le premier on observe assez souvent des parotides ; toutefois ce symptôme manque fréquemment; il n'est pas d'ailleurs spécial au typhus, car on l'observe quelquefois dans les fièvres typhoïdes ordinaires. Il en est de même d'une lÉP'* de $ofuri$ qn'exhatoit les malades , caractère auquel M. Landouzy a attaçlié Irp P
d'importauc€, puisqu'on le retrouve parfois aussi marqué dans les fièvres typhoïdes ou dans de simples affections cérébrales. Dans l'une comme dans l'autre, la marche peut être rapide ou lente ; toutefois il est vrai de dire que le typhus est généralement plus promptement fuùeste : ce qui ne peut constituer qu'une différence de degré ou d'intensité , dépendant probablement du caractère ^idémique de la maladie et des causes plus graves qui président à ison développement Quant aux variétés, M, Gaultier de Claubry a encore établi que le typhus affecte les mêmes formes que la fièvre typhoïde, qu'il n'atteint guère que les jeunes sujets, et que si l'on dit l'avoir vu rarement chez des individus ayant plus de cinquante ans , il n'est pas bien sûr qu'il n'y ait pas ett, dans ces cas, erreur de diagnostic. Le typhus, conmie la fièvre typhoïde , ne récidive peut-être jamais. Enfin , l'un et l'autre aont contagieux. Si quelques incrédules peuvent encore nier la contagion de la fièvre typhoïde , il n'est aucun homme sensé qui doute de la contagion du typhus pouvant s'effectuer par le contact , par l'air , par les bardes et par les meubles.
Le travail de M. Gaultier de Claubry est sm*tont remarquable en ce qu'après avoir établi qu'il y avait analogie dans les symptômes des deux maladies, il a semblé démontrer l'identité de celles-ci sous le rapport anatomique. En effet, sur seize auteurs qui nous ont laissé des descriptions sur les lésions cadavériques observées chez les sujets emportés par le typhus, il y en a quinze, d'après lui, qui signaleraient une coloration rouge, livide ou violette, et l'existence d'escarres et d'ulcécations profondes intéressant au moins deux des tuniques intestinales, et siégeant surtout an voisinage de la valvule iléo-cœcale. Deux auteurs au moins signalent aussi le gonflement et le ramollissement des ganglions mésentériques correspondants, ainsi que Taugmentation de volume et le ramollissement de la rate.
M. Landouzy, ayant dans l'épidémie de Reims pratiqué six nécropsies, a trouvé du côté des follicules intestinaux et des ganglions mésentériques toutes les lésions qu'on rencontre dans la fièvre typhoïde, depuis le développement des plaques jusqu'à leur ulcération ; la rate seule était peu ou point altérée : car si iquatre fois sur six elle a paru un peu ramollie, son volume du moins n'était point augmenté. Enfin, l'encéphale, le foie, les appareils respiratoire et circulatoire, offraient l'aspect et les altérations qu'on rencontre le plus communément dans la fièvre typhoïde.
Les faits qui précèdent sont importants, mais sont-ils suffisants cependant pour résoudre la question d'identité du typhus et de la fièvre typhoïde ? Je l'ai cru pendant quelque temps: cependant des doutes se sont élevés dans mon esprit à l'occasion des faits que m'a communiqués mon ami M. Henri Guéneau de Mussy. Ayant relu d'ailleurs la relation de M. Landouzy, il m'a paru que l'affection que ce médecin a si bien décrite appartenait plutôt à la fièvre typhoïde qu'au typhus lui-même. Peut-être en est-il de même de quelques unes des descriptions sur lesquelles M. Gaultier de Claubry s'appuie pour étayer sa doctrine. On sait aussi que dans le typhus qui régna en 1830 dans le bagne de Toulon, MM. Fleury et Pellicot n'ont constaté aucune lésion intestinale (1). On voit donc qu'il est nécessaire de posséder des faits plus concluants, et, avant de trancher la question d'identité entre le typhus et la fièvre typhoïde, il importe de recueillir de nouveaux témoignages. S'il est vrai, comme le croit M. Henri Guéneau de Mussy, que le tvphus fever d'Irlande ne soit autre chose que le tA phus des armées décrit par
(i) Mémoiru de VAeadémk impéHaU âe médecine, t. lïï.
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ffikienbnnd, on aurait de fréquentes occasions pour résoudre un problème dont il soJation divise encore en deux camps les médecins français. ( Lisez l'article