‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 21 sur 148 · DE LA FIÈTRK TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈTRK TYPHOÏDE

M qve émx des accideiits les plus graves, savoir, l'hénaorrhagio et la perforation jtfcsiiaale , étaient beaucoup plus rares que chez les malades soumis à d'autres tnimiients.

Eo Frâince, les médecins qui ont adopté la méthode évaluante prescrivent gêné* nkmeni l'hnile de ricin on l'eau de Sedlitz ; en Allemagne et dalis quelques par<tÎB de la Saisse, le calomel jouit d'une plus grande faveur ; c'est le médicament fM MM. Lombard et Fauconnet préfixent. Ils affirment n'avoir en chez les indi* fiais qui en ont pris qu'une mortalité de 9 sur 100. M. le docteur Sicherer aurait obtena 4 Tbôpital de Heilbronn, des résultats encore plus satisfaisants ; car il n'aurait pmia qae 19 malades sur 6^0. Mais ces chiffres seuls doivent nous inspirer quel* qœs doutes légitimes sur Texactitudc du diagnostic. M* le docteur Taufllieb, qui exerce dans le département du Bas-Rhin, a produit des résultats moins extraordi* naires, pabquMl aurait perdu 60 malades sur 518. Ce médecin distingué affirme quli Faide do calomel il est parvenu chez 305 individus à arrêter là maladie dans Si marche dès les premiers jours qui suivirent l'administration du remède (1). J'ai dît phis haut qne je n'avais rien obtenu de sembhble, bien que j'aie donné de 1 à 2 grammes de calomel chaque jour, c'est-à-dire environ moitié plus que M. Tauflieb n'en prescrivait.

Les auteurs qui conseillent les purgatifs mercuriels dans le traitement de Taffectioii typhoïde croient que ces médicaments enraient là maladie de deux manières, on par une action primitive, directe, locale sur les organes digestifs, ou par une action secondaire, consécutive à l'absorption, et manifestant son heureuse influence en provoquant une sécrétion salivaire critique.

Je ne saurais partager cette opinion ; le calomel ne m'a paru jouir d'aucune vertu spédfique, il n'agit qu'à titre de purgatif, et sous ce rapport il me semble inférieur et à rhuile de ricin et aux sels neutres; c'est un purgatif phis inconstant, plus infidèle qu'eux. Son usage répété peut d'ailleurs ne pas être sans inconvénients. M. Taufflieb lui-même reconnaît que, dans la forme adynamiquc, les mcrcuriaux peuvent être dangereux, et il est à craindre que quelquefois ils n'aient provoqué la gangrène de la bouche.

Les purgatifs, qui sont si utiles dans le traitement des fièvres typhoïdes de l'adulte, paraissent au contraire échouer, et peut-être même être nuisibles chez les enfants. C'est ce qui semble dn moins résulter des observations de MM. Barthcz et Rilliet, qni accusent les purgatifs de provoquer l'inflammation de l'intestin (accident inconnu chez l'adulte) et de n'exercer une influence manifeste sur aucun des symptômes en particulier, ni sur la durée et la terminaison de la maladie. Cependant cette question mérite d'être encore étudiée, d'autant plus que M. Taupin a reconnu, au contraire, au traitement évacuant une véritable efficacité.

Dans ce livre, où je ne dois m'occnper que des points pratiques, je ne rechercherai pas si les purgatifs sont utiles , en évacuant les impuretés , en favorisant la chnte des escarres, en détergeant la surface des ulcérations. Je ne sais, en vérité, pourquoi et comment les purgatifs sont avantageux ; mais il suffit d'avoir démonU*é lenrs avantages pour qu'ils soient adoptés désormais par les praticiens.

De ce qui précède on ne devrait pas conclure pourtant que je fais de la médication évacuante une méthode exclusive; mais je soutiens qu'elle est généralement avantageuse, et j'ajoute que si l'on était condamné à suivre pour tous les malades

^1) Bulletin général de ihérapeutiquff t. XL,p.ii7#

52 DES PlfeVRKS.

uo trdtcmeiU uniforme , il faudrait adopter celui-Ik et le pK^férer sans hésiter à Texpectation, aui antlpblogistiques et à la méthode dite rationnelle.

Les purgatifs peuvent être contre-indiqués : ils le sont, par exemple, quand les «elles sont très fréquentes, lorsqu^il existe une hémorrhagie intestinale ou des signes de perforation. La médication évacuante n'exclut pas d*ailleurs, comme on Ta cru, remploi des saignées. Lorsque, en effet, le sujet est vigoureux, que le pouls est large et dur, il faut avant tout obéir à l'indication de tirer une ou deux fois du sang. Enfin les évacuants, qui sont généralement plus avantageux dans les formes bilieuse et adynamique que dans (a forme ataxiquc, échouent quelquefois dans certaines constitutions épidémiques. C*est ce que j'observai pendant Tépidémie meurtrière de fièvre typhoïde qui régna à Paris dans les mois de juillet et d'août de Tannée 1842. Je perdis alors par les purgatifs la moitié des malades que je traitai à THôtel-Dieu ; mais il est juste de dire que les autres méthodes échouaient de môme contre l'affection, qui était remarquable par la prédominance des symtptômes ataxiques.

Traitement de quelques symptùmes- ou accidents particuliers, et des complica- Hms, — U est quelques symptômes ou quelques accidents coutre lesquels on peut diriger avec avantage certains moyens. Ainsi :

l*" Lorsque les parois de la bouche sont encroûtées de fuliginosités de manière à gêner la parole et la déglutition , on les humecte avec un linge ou un pinceau im* prégné d'un liquide émoUient, et on les détache ensuite.

2* Les signes d^embarras gastrique seront avantageusement combattus par un éméto-cathartique.

3° Les purgatifs sont un des meilleurs moyens pour combattre le météorisme. Nous prescrivons quelquefois aussi contre ce symptôme les frictions sur le ventre avec l'huile aniséc ou de camomille, sans être pourtant encore bien édifié sur leur utilité. L'application de la glace sur l'abdomen nous pamt un moyen dangereux , et probablement sans efficacité. Enfin , l'introduction de la sonde oesophagienne dans le rectum, qu'on a conseillée dans les cas graves, ne diminue presque jamais le météorisme.

U" La diarrhée ne doit pas être combattue, à moins qu'elle ne soit excessive, ce qui est rare. Dans ce cas, on aurait recours aux boissons mucilagineuses et légèrement astringentes, aux iavements amidonnés ou rendus plus sédatifs par l'addition de quelques gouttes de laudanum. £n pareil cas, MM. Lombard et Fauconnet se louent beaucoup d'un cataplasme sinapisé appliqué pendant six à huit heures sur le ventre.

5*" Lorsque des signes de perforation intestinale se déclarent , il faut que le malade reste immobile, qu'aucun poids ne pèse sur son ventre, qu'il soit privé de toute boisson ; on étanche la soif avec quelques tranches d'orange ou de citron ; enfin on donnç l'opium à haute dose. Ainsi, on commence à faire prendre 10 centigrammes d'opium , puis on administre d'heure en heure une pilule de 7 centigrammes jusqu'à effet narcotique ; les malades peuvent ingéi^er jusqu'à 10 ou 20 décigrammes d'extrait thébaîque sans éprouver même de la somnolence. Cette pratique a été mise en usage avec succès par les docteurs Graves et Stokes. Depuis cette époque, le docteur Griffîn en Angleterre, MM. Chomel et Louis en France , paraissent avoir guéri chacun, par la même méthode, un malade qui, dans le cours d'une fièvre typhoïde, présenta tous les symptômes d'une perforation intestinale. U convient donc, dans des cas pareils, de tenter la même médication, sans pourtant trop compter sur le succès.

DE LA FltVRE TYPHOÏDE. 55

6* //érnorrhagies, — Si les épistaxis étaient trop abondantes ou trop ré|)élées, i faudrait , si elles résistaient à quelques applications froides sur le front, à des révulsilis sur les extrémités, opérer le tamponnement.

Lorsqu*il y a hémorrhagie intestinale, il convient de suspendre les purgatifs; les ■aiades boiront de la limonade sulfurique îroide ou à la glace ; on fera des appliat»iis froides sur le ventre, on donnera des lavements frais, et, si rhémorrhagic cradDuait, on aurait recours aux astringents, et surtout à l'extrait de ratanhia èniné en potion et en lavement (2 à 8 gramme^ dans chaque). En pareil cas, on a égyement conseillé lé seigle ergoté à la dose de 2 à U grammes, ou Tergotine dans ■ae potion depuis 1 jusqu'à 10 grammes. Enfin, en Angleterre, l'huile essentielle ée térébenthine a été regardée comme un puissant hémostatique, que! que soit le âége de l'hémorrhagie. On en aurait obtenu notamment de bons eflPets dans les hémorrhagîes intestinales. La dose est de 20 gouttes répétée toutes les trois on quatre heures; dans les cas graves on a même prescrit jusqu'à 30 grammes par jour. Cette pratique n'a pas reçu encore la sanction de l'expérience , et en naison même des effets purgatifs que de hautes doses d'huile de térébentliine purent produire , on doit ne recourir à ce remède qu'avec circonspection et lorsque les antres moyens sont restés sans résultat

7" Accidents cérébraux. — Parmi les accidents cérébraux , il n'y a guère que le délire contre lequel on dirige une médication spéciale. On emploie dans ce but les sangsues derrière les oreilles : cependant leur utilité est fort douteuse ; la glace sur la tête a peut-être un effet sédatif plus marqué. Le professeur Graves, de Dublin, a vanté l'émétique à haute dose; mais cette médication n'a pas encore été suffisamment expérimentée. Quant aux vésicatoires qu^oii met aux mollets ou aux misses, il est certain qu'ils ne concourent pas au rétablissement des fonctions cérébrales , et qu'ils sont impuissants pour relever les forces ; comme d'ailleurs le vésicatoire est un moyen très douloureux , que souvent sa surface s'ulcère ou se sphacèle, il convient de le bannir tout à fait du traitement de la Gèvre typhoïde.

Les symptômes ataxiques n'indiquent aucun traitement spécial. Les moyens à employer sont subordonnés à l'état général du sujet : ainsi, lorsque les accidents nerveux coïncident avec une vive réaction fébrile , avec un pouls lai*ge et dur, il faut saigner prudemment; si, au contraire, les symptômes adynamiques prédominent , on donnera les toniques. Nous avons très rarement dans ce cas obtenu quelque résultat avantageux du camphre en lavement (1 à 2 grammes) et du musc en potion (50 centigrammes à 1 gramme) ; toutefois nous continuons à donner ces remèdes plutôt pour l'acquit de notre conscience que dans l'espoir de modifier les accidents cérébraux.

C'est dans ces cas spécialement qu'ont été conseillés les affusions et les ablutions d'eau froide, ^rieonisée il y a plus d'un siècle par Hahn dans les fièvres graves, cette méthode, pretifae aussitôt oubliée, fut prônée de nouveau , en 1787, par Currie, et suivie avec succès par une fouie de modernes, parmi lesquels nous citerons le Portugais Gomez, Horn de Berlin et le professeur Frœlich de Vienne. Nous avons rarement obtenu des effets utiles des affusions, aussi y avons-nous à peu près renoncé. Il n'en est plus de même des ablutions ou des lotions faites rapidement sur tout le corps avec une éponge imbibée d'eau froide pure ou vinaigrée ; elles ont souvent pour effet de diminuer la chaleur de la peau et la fréquence du

pools.

Beancoup de médecins éminents , parmi lesquels on peut citer MM. Bretq||^n et Trousseau , bttment l'emploi de l'opium contre les accidents nerveux qui pr6i

dominent daus i*aiïcclion typhoïde. Quant à moi, je uc saurais partager leurs craintes. Je donne , en eiïet , ce médicament, non seulement pour combattre Tinsomnie, lorsqu'elle est trop opiniâtre, mais encore Tagitation et le délire , pourva qu'il ne se lie point à un^ phlcgmasie intracraniçnne. C'est à peu près la pratique que CuUen avait lui-même adoptée.

8^ Accidents du côté des organes respiratoires, — Pour éviter la stase sanguine qui tend à se faire vers les parties déclives, il importe de varier le décubitus le plus possible. Si la bronchite est générale, et si elle s'accompagne de beaucoup de gène dans la respiration, quelques doses d'émétique. administrées de manière à provoquer des efforts de vomissement, ou bien 1 à 2 grammes d'ipéca répétés parfois deux jours déduite, et daus l'intervalle une potion avec 25 à 50 ccnti* grammes de kermès, un large vésicatoire sur le sternum , m'ont paru les moyens \t» plus efficaces. Si une pneumonie se déclare, son traitement sera subordonné à l'état générai du sujet Survenant presque toujours à une période assez avancée de la maladie, il est rarement permis de recourir aux émissions sanguines. Lorsque du sang peut être tiré, on doit le faire avec une extrême réserve; en pareil cas, je me sers plus souvent des ventouses scarifiées que de la saignée générale. Mais^ contre ces pneumonies , on ne peut opposer le plus souvent que la médication révulsive. De très larges vésicatoires seront mis sur la poitrine et aux membres inférieurs, et si aucune complication vers le tube digestif n'y met obstacle, comme le ferait, par exemple, une hémorrhagie intestinale, on administrera l'émétique suivant la méthode rasorienne. l4orsque la prostration est portée à un haut degré • l'existence de la phlegmasie puluoonaire ne saurait contre-indiquer l'emploi des toniques (vin et quinquina). Ces derniers peuvent même parfois constituer à peu près tout le traitement. J'ai, en effet, prouvé aux pages 730 et suivantes de mon Traité de la pneumonie^ qu'il y avait souvent utilité à négliger la lésion locale, \ ne pas s'en inquiéter, pour ne s'occuper que de l'état général.

9* Rétention d'urine. — Il faut souvent explorer la région hypogastrique par le palper et la percussion , pour s'assurer que l'organe n'est pas distendu par Turine; s'il en était autrement, on se hâterait d'évacuer le liquide parle catbété* risme.

10° Escarres. — Pour prévenir ce grave accident, il faut changer souvent les malades de position et veiller à ce que la peau ne soit pas souillée par le contact des matières fécales ; on lavera fréquemment les parties avec du gros vin rouge ou bien avec de l'eau aiguisée avec un peu d'cau-de-vie. Si, malgré ces précautions, le sacrum s'excorie, on disposera le Ht de manière que les parties malades ne supportent plus la pression du corps, ou bien on se ser>'ira de coussins élastiques, ou d'un lit mécanique, suivant l'état de fortune des individus. L'escarre sera lavée avec du vin aromatique et saupoudrée de quinquina ; lorsque les parties sphacélées sont éliminées, on panse la plaie avec du cérat, \ moins que , prenant un aspect blafard » il ne convienne de faire des lotions stimulantes et des pansements avec du styrax ou avec un onguent détersif.

Convalescence. — Le traitement de la convalescence n'offre rien de spécial : seulement, con^me les malades éprouvent souvent un appétit vorace, et qu'il y aurait danger à lo satisfaii^c, il importe de les suneiller avec le plus grand soin.

On voit donc, d'après ce qui précède, que nous sommes partisan d'une médecine active dans le traitement des fièvres typhoïdes. Nous sommes convaincu qu'il eatijM pouvoir de notro art do diminuer la mortalité et d'abréger la durée de la mannic. Mais, tout en recommandant l'utile intervention delà m^ecine, nous ne

Page 1