‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 24 sur 148 · DÉ LA PIËVRE JAUNE · texte numérisé non relu

DÉ LA PIËVRE JAUNE

StRONYMIC. — Fièyre de Sinm. Ficrre ictérique, iDulifne« malelole; — gailro-hépoltqne; — pulrid* con- Itauc. Typhus d'Amérique, ou iclërique ou bilieux, f^omito ntgi'O^ vomito prieto des Espagnols, elc., etc.

Définition. — La fièvre jaune est une maladie propre aux climats chauds ; die y règne ordinairement épidémlquement ; elle est spécialement caractérisée par une couleur jaune de la peau et ))ar des vomissements noirs.

Hisloriqtie. — La fièvre jaune a été complètement inconnue des anciens ; les premières notions que nous possédions sur cette redoutable maladie sont postérieures à la découverte du continent américain. Vaguement signalée lors du second voyage de Christophe Colomb (en 1693) , elle fut longtemps confondue avec les autres maladies pestilentielles ; et ce ne fut guère que vers le milieu du xnv siècle que les descriptions qu'on en donna eurent quelque précision. M. Moreau de Jonnès a cÉH^ qu'en moins de quatre siècles oiMivait compté au nK>ins deux cent

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te-qnatone grandes épidémies de fièvre jaune. Je mentionnerai entre antres oie qui, en 1793, sévit dans TAmérique du Nord, spécialement à Philadelphie; ois de Cadix, en 1800 et 1805 ; celle de Saint-Domingue, en 1801, si meuraière pour nos soldats; enfin , les épidémies de Barcelone , en 1822, et de Gibraltar, en 1828, sar lesquelles nous possédons les relations les plus complètes, et !■ loaCes ont été illustrées par le courage et le dévouement des médecins français. hiwà ks nombreux travaux que nous devons à nos compatriotes, nous citerons iirtont les monographies de Devèze, de Dalmas, d'Audooard, de Bailly, François et Parisel, les recherches de M. Louis, publiées d'abord en Amérique par Shattuck, et insérées plus tard dans le tome II des Mémoires de la Société médicale d'ohser- ^tion; enfin, les documents que Chervin a recueillis avec un zèle, une persé- Térance et une sagacité rares, et qui sont surtout relatifs à Tétiologie et au mode et transmission de la maladie.

AmcEtomie pathologique, — L'état extérieur des cadavres est remarquable par ane coloration jaune , particulièrement visible aux joues, aux aisselles et aux aines ; on aperçoit aussi très souvent des pétéchies et de larges ecchymoses. Le sang est géséfalement noirâtre, fluide ou en caillots mous ; tout porte à croire qu'il a perdu uie partie de sa fibrine. Le système nerveux et les oi^anes contenus dans la poi-tfine ne sont, en général, le siège d'aucune altération. Cependant M. Louis a fréquemment trouvé , pendant l'épidémie de GibralUr, une exhalation sangume dans le parenchyme pulmonaire , et plusieurs fois même il existait de véritables noyaux apoplectiques. Mais les lésions principales on caractéristiques se remarquent du côté des viscères abdominaux. Ainsi l'estomac , plus ou moins distendu , contient une quantité de sang variable. Ce liquide est tantôt pur ; le plus souvent il est brunâtre, mnr, floconneux, plus ou moins altéré et d'une odeur aigrelettte. M. Louis a trouvé du sang dans l'estomac chez les trois quarts environ des sujets : à Barcelone , on en rencontrait chez les sept dixièmes des cadavres. La muqueuse est parfois imprégnée de ce liquide et ecchymosée ; elle peut être injectée, ramollie, épaissie , ulcérée; mais le plus souvent elle est intacte , et , dans le cas où elle est enflanmiée, cette lésion n'est jamais ni très intense ni étendue. Dans l'intestin grêle et le gros intestin , on retrouve encore de la matière noire; elle y est plus ou moins coagulée. M. Louis l'a rencontrée dans les deux tiers des cas. La muqueuse est aussi quelquefois ramollie; mais cette lésion est loin d'être constante, et lorsqu'elle existe, elle ne difière pas de ce qu'on voit chez les sujets emportés par les antres maladies aiguës. Le foie est l'organe qui éprouve les changements les plus remarquable& Quelques auteurs avaient déjà noté que ce viscère acquérait assez souvent une teinte jaune; mais c'est M. Louis qui , dans sa relation de l'épidémie de Gibraltar, a fait surtout connaître les altérations dont le foie était le siège chez les sujets emportés par la fièvre jaune. L'illustre observateur dont je parle a trouvé que, chez tous les cadavres, le foie était plus ou moins décoloré , ou qu'il offrait ime coloration untôt beurre frais, paille, café au lait, tantôt une teinte jaune, gommegatteou couleur de moutarde, tantôt enfin une couleur orange ou pistache. La décoloration était presque toujours générale , mais elle n'était pas exactement la même dans toute l'étendue de l'organe ; elle coïncidait constamment avec un état «émiqiie du foie : aussi la coupe de cet organe était sèche et d'un aspect aride; k tissu arait , en général , sa consisUnce normale. Celte altération n'avait aucun rapport avecl'éut du duodénum. Il est impossible, encore aujourd'hui, de déter^ jûaa quelles sont la nature et la cause de l'ahéraliou si remarquable du foie que je de décrire; mais tout semble prouver à M. Louis qu'elle doit êti^jonsidérée

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comme comtîttumt le canctère anitomique de la Cëvre janne. Lei obserratioiis de M. Loub ont été confirmées à la Martinique par le docteur Dutroulean , médecin distingué de la marine, qui n*a pas vu l'altération du foie manquer une fois sur plus de cent autopsies. Mais M. Hufz, qui observait précisément dans la même épidémie (de 1839 à 18/!il), dit, au contraire, avoir trouvé le foie intact une fois sur trois. S*ii en était ainsi, si Taltération du foie manquait dans une aussi forte proportion, si elle était subordonnée au génie épidémique de la maladie, 11 ne faudrait pas la regarder comme étant le caractère anatomiqne essentiel de TafTection , mais plutôt comme une lésion concomitante très fréquente. Pour terminer ce qui est relatif à Fanatomie pathologique , nous dirons que Tappareil biliaire est géné^ ralemeut intact; quelquefois pourtant on a trouvé la vésicule injectée, ramollie, pleine de sang. La rate est ordinairement saine; mais son volume est parfois considérablement augmenté, et son tissu plus friable. Les organes génitaux et urinaires sont presque toujours intacts; ils offrent seulement quelquefois des taches eccbymotiqueSé

Symptùmes. Début. -^ En général , la fièvre jaune débute brusquement au milieu des occupations ordinaires de la vie, et au moment où Ton s'y attend le moins* Les malades éprouvent une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnéc de frissons, dé douleurs coniusives dans les membres et le dos. La chaleur succède bientOt aut frissons, la figure s'injecte, les yeux deviennent rouges et larmoyants, la soif est vive, il y a de l'anorexie , et parfois une douleur notable existe à Tépigastre. Les symptômes qui succèdent varient. Mais, pour procéder avec méthode, il importe de distinguer à la maladie deux périodes.

Première période. — Les symptômes précédents persistent et s'accroissent pour la plupart* Bientôt les malades accusent une douleur épigastrique plus ou moins vive , s'accompagnant de nausées et de vomissements blanchâtres, provoqués par ringestion des boissons. La langue est humide et limoneuse ; il y a de la constipation ; le sommeil est nul ; beaucoup de malades sont agités et ^nrotivent une rive anxiété. Dans d'autres cas, il y a de la stupeur et une somnolence habituelle ; les réponses sont lentes et pénibles, la langue et la lèvre inférieure sont tremblantes. Le pouls, plein, régulier, est médiocrement accéléré; quelquefois même sa fréquence est moindre que dans l'état normal; la chaleur de la peau est presque toiyonrs faible; les téguments de la poitrine sont souvent injectés.

Seconde période. -- Elle commence vers le quatrième ^ur : à l'injection des téguments succède une teinte jaunâtre de ces parties ; bientôt des épistaxis ont lieu; les vomissements deviennent plus fréquents, et pour la première fois les matières qui 6ont rejetées sont en partie ou en totalité noirâtres , semblables à de la suie ou à du marc de café ; elles ont un goût dcre qui brûle à la gorge; les sdies sont également noirâtres. Le malaise et l'anxiété redoublent ; parfois il y a des hoquets; les forces se prostrent, la chaleur diminue ; l'urine n'est plus excrétée; des pétéchies, des ecchymoses, des plaques gangreneuses se montrent dans diflërents points du corps, et la mort arrive au milieu de ce cortège de symptômes effrayants : tel est le tableau de la maladie. Cependant il importe de savoir que, dans quelques épidémies, certains autres symptômes ont été observés et ont prédominé : ainsi on a noté , tantôt un délire violent , tantôt une chaleur brûlante ; d'autres fols une soif inextinguible ; ou bien, comme cela eut lieu dans l'épidémie de Gibraltar, les forces sont généralement peu prostrées, de sorte que beaucoup de malades continuent ^ se lever et meurent pour ainsi dire sur pied.

Four lej^ymptômes que je viens de décrire ,^on notera spécialement Tantlété,

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kooloniikm jaune des téguments, les bémorrhagies , surtout celles qui ont lieu pr restoinac , et puis enfin le ralentissement du pouls et une faiblesse d'impulsion dÉ cœar telle que parfois il est impossible de la percevoir même à Taide du étédnscope : c'est ce qui a été noté surtout pendant la meurtrière épidémie de bar^ œkme. Il ne faudrait pas regarder , avec quelques personnes , les vomissements flflirs conmie un symptôme essentiel delà maladie, puisque M. Louis les a vus muiqaer chez le tiers des sujets qui succombèrent ; cependant les vomissements, abcnciîon faite des matières expulsées, sont un symptôme plus fréquent dans la lèvre Jaime cpie dans aucune autre maladie aiguë , les affections de Testomac étant exœptéea.

Marche. — D*après la description qui précède , on voit que la fièvre jaune a ue marche régulière et continue; cependant, dans quelques épidémies, on a noté des rémisBioas parfaitement caractérisées. On observe le plus souvent une simple rémiltence ; le type intermittent est beaucoup plus rare , et on ne le remarque guère qu'au début Dans certains cas, on voit assez fréquemment la transformation des diÛrents types entre eux : c'est ce que MM. Chambolle et Chervin ont noté mamtes fois \ la Pointe-à-Pitre. Les rémissions surviennent spécialement au début et à la fin des épidémies.

Durée. — La durée de la fièvre jaune est de cinq à dix jours dans les cas graves ; (rlle est moindre si la maladie est bénigne.

Terminaisons, — La terminaison par la mort est annoncée par Taccroissement des symptômes graves que j*ai énumérés plus haut ; mais parfois aussi on voit les malades succomber après une amélioration apparente; d'autres enfin meurent rapidement et d'une manière inattendue.

Lorsque la maladie a une heureuse issue, ou voit les symptômes généraux et locaux cesser de s'accroître , ou perdre de leur intensité à une époque plus on moins éloignée du début ; terme moyen , vers le cinquième jour. Alors la chaleur et la douleur épigastriques diminuent; le pouls reprend sa fréquence; la peau s'humecte, et l'appétit renaît avec les forces.

La convalescence est presque toujours longue , pénible, eu égard surtout au peu de durée de la maladie; il s*écoule, en général , plusieurs semaines avant le rétabliasefneiit des forces. i>es rechutes peuvent avoir lieu ; le plus souvent elles sont prmoquées par quelque écart de régime ; toutefois elles sont assez rares.

Une première attaque de fièvre jaune ne préserve certainement pas d'une seoGode; cependant il résulte aujourd'hui des documents et des faits nombreux, particulièrement de ceux recueillis par M. Louis à Gibraltar, et par M. Dutrouleau k la Martinique, que la fièvre jaune est moins sujette à récidive que la variole ellemême, et qu*un individu qui en a été atteint, même au plus faible degré, en est, sauf quelques rares exceptions, préservé pour toujours.

Diagnoêtic. — Le diagnostic de la fièvre jaune ne présente généralement aucune difficulté. On ne pourra pas confondre la maladie avec une hépatite , car, dians celfe^d, leTolume du foie est augmenté, et une douleur plus ou moins vive existe JaiM iliypochondre. Dans cette dernière affection , les symptômes généraux sont eu outre moins graves et la marche est moins rapide. On verra également plus tard qo'il est impossible de confondre la fièvre jaune avec la gastrite simple. On dit q«e le typhus d'Amérique a beaucoup de rapport avec la fièvre bilieuse des pays chauds; phisienrs auteurs pensent même que ces deux maladies sont identiques, « ne diffèrent entre elles qoe par leur degré d'intensité ; cependant, dans la fièvre Uieuse, l'ictère n'est jamais aussi marqué que dans la fièvre jaune; m n'obserf»

jamais dans la première les vomisseinenls noirs, qui sont un phénomène prédominant dans la seconde. Toutefois, il paraît que, dans les pays où les deux maladies sont endémiques, les hommes les plus habiles sont souvent embarrassés pour établir une ligne de démarcation entre elles. Voilà pourquoi quelques uns les considèrent comme constituant des degrés ou des variétés d'une même affection.

Il serait impossible de confondre la fièvre jaune avec un accès de fièvre intermittente pernicieuse franche ; cependant il paraît que , dans quelques cas , il est difficile de distinguer la fièvre jaune de certaines fièvres rémittentes ou sub-continues des pays chauds. Cette distinction, d'ailleurs, est d'autant plus difficile, que, dans beaucoup d'épidémies, ces deux affections coexistent manifestement ensemble, quelquefois même on peut suivre aisément la transition ou la transformation des fièvres intermittentes en rémittentes , puis en continues, avec les symptômes ordinaires de la fièvre jaune. Toutefois, disons par anticipation que, dans la fièvre rémittente, il n'y a pas de coloration jaune des téguments , que les vomissements sont biUeuz, mais jamais noirâtres. La douleur et la tension des hypochondrcs , le refroidissement et l'état cyanique des extrémités , la rapidité avec laquelle la langue se dessèche et brunit, sont des caractères qui n'appartiennent pas à la fièvre jaune, et qui, au contraire , accompagnent la fièvre rémittente. Enfin , dans les temps d'épidémies, on pourra s'aider, pour établir le diagnostic , de l'ouverture des cadavres.

Pronostic» — La fièvre jaune est presque aussi meurtrière que la peste, mais la mortalité varie beaucoup dans les différentes épidémies , et pour chacune d'elles, suivant l'époque où on l'observe. £n général , cette mortalité oscille entre un tiers et un sixième. Presque tous les auteurs sont unanimes pour regarder la maladie comme étant plus grave chez les hommes que chez les femmes (à part pourtant les fenunes grosses) ; plus grave aussi chez les adultes que chez les enfants, chez les sujets robustes et pléthoriques que chez ceux dont la constitution est moins forte. £lle est aussi incomparablement plus meurtrière chez les étrangers que sur les gens du pays. Une habitation étroite, des chagrins, un corps épuisé par les privations et les fatigues , enfin une saison humide et chaude , sont tout autant de circonstances qui influent sur la terminaison fâcheuse de la maladie.

Les symptômes qui doivent être regardés comme étant d'un sinistre présage sont : les ecchymoses , les pétéchies , la gangrène , les hémorrhagies , les vomissements noirs, la suppression de l'urine, le coma, les syncopes, le refroidissement du corps, la prostration extrême ; enfin beaucoup d'auteurs ont signalé l'ictère qui apparaissait de bonne heure comme étant d'un fâcheux augure.

> Étialoyie. — Dans Tétiologie de la fièvre jaune nous devons étudier : 1** les causes qui président à son développement ; 2'' son mode de propagation.

La plupart des auteurs modernes, et surtout les médecins américains, admettent que deux causes sont indispensables pour la production de la fièvre jaune. Ces causes sont : l"* une grande élévation de température et un foyer d'infection, c'està-dire un centre de putréfaction produit par la décomposition des matières végétales et animales : aussi , disent-ils , est-ce spécialement sur les bords de la mer, des lacs et des grands fleuves, que la fièvre jaune se montre. Nul doute que ces deux causes ne produisent le développement et ne favorisent aussi la propagation du typhus d'Amérique ; des faits nombreux l'ont prouvé. C'est ainsi que trop souvent on a vu des navires naviguant en pleine mer dans les latitudes où la fièvre jaune a coutume de régner, et dans lesquels un foyer d'infection s'était accidentellement dév^ppé, être tout à coup envahis par la maladie. Cependant ces faits ne

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