‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 25 sur 148 · DE LA FIÈVRE JAUNE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE JAUNE

Boraieiit nous autoriser à regarder avec Chervin les deux causes dont je parle comme essentielles , et à croire qu'aucune épidémie de fièvre jaune ne saurait eiister sans leur concours. Car, d'une part, il est des pays, tels que certaines prolinces des Iodes orientales, où se trouvent réunies au plus haut degré les causes d'îosadobrité qu'on regarde comme engendrant la fièvre jaune, et cependant ce léau a toujours respecté ces contrées, ou bien il y est à peine endémique; et, d'autre part , on cite divers pays sur le sol desquels on ne trouve aucun foyer d'infection , bieo que la fièvre jaune s'y développe souvent : telles sont entre autres les îles Bennudes dans l'Amérique septentrionale. Enfin, il y a des contrées où ces causes soot permanentes, bien que la maladie ne s'y montre qu'à des intervalles plus ou nxHDS éloigoés. Il faut donc admettre que la cause intime du typhus d'Amérique ne Dous est pas encore parfaitement connue.

Quoi qu'il en soit, la fièvre jaune est une maladie propre aux climats chauds, on ne Ta jamais obsenée au delà du 68** degré de latitude. L'élévation du sol a une ÎDflaeoce non moins remarquable sur son développement, puisqu'elle cesse d'exister dans les pays situés à plus de 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle sévit surtout dans les îles et sur le continent américains , dans quelques parties de TAfrique, comme le Sénégal, et parfois dans le midi de l'Europe, surtout en Espagne. Là où la fièvre jaune est endémique, on la voit régner souvent toute l'année; la maladie n'atteint guère que les étrangers non encore acclimatés. Les indigènes o'eo sont point pourtant à l'abri, mais ils y sont moins prédisposés. Les individus ooavellement débarqués sont d'autant plus aptes à contracter l'affection qu'ils arrivent d'un pays plus froid. Si la maladie se déclare dans des régions plus tempérées, en Europe, par exemple, elle ne règne guère que pendant les saisons d'été et d!automne, et frappe indistinctement les indigènes et les étrangers, à part peut-être ceux qui sont récemment arrivés des pays tropicaux. Toutes choses égales d'ailleurs, la fièvre jaune fait plus de victimes chez les blancs que dans la race nègre. Le sexe masculin, l'âge adulte, la constitution forte et pléthorique, le régime exclusivement animal , l'usage des spiritueux, les fatigues et les émotions morales, sont aotant de causes qui prédisposent à la maladie.

Le mode de transmission de la fièvre jaune est un point sur lequel on a beaucoup discuté depuis quarante ans. Aujourd'hui les médecins sont encore divisés en deux camps : les uns, en minorité, soutiennent que la maladie est contagieuse ; les autres, en très grand nombre, et en tête desquels se placent Chervin, Dalmas, Defèie, Valentin, Rush, etc. , prétendent qu'elle ne peut jamais se propager par voie de contagion, que par conséquent elle ne peut être importée des Antilles dans notre Europe; ils disent enfin que, née sous l'influence de causes tout à fait locales, elle vit et meurt dans le foyer plus ou moins circonscrit qui l'a vue naître. Une observation souvent répétée a prouvé , en effet , que dans le pays où la fièvre jaune est endémique, la maladie reste bornée au littoral et s'étend rarement dans l'intérieur des terres. Tn individu qui quitte le foyer d'infection ne la transporte pas avec lui; s'il en a rapporté le germe , il peut périr plus ou moins loin du centre de l'épidémie, mais il ne communique pas la maladie anx personnes qui l'entourent et le soignent; en on mot, il paraît prouvé que les malades, en sortant de la sphère du foyer, ne peuvent l'agrandir, l'étendre au loin : ils ne peuvent enfin développer par eux-mêmes un nouveau foyer d'infection indépendamment de toute influence locale. C'est là le fait capital et qui semblerait démontrer que la fièvre jaune n'est point rédiement contagieuse ; car on ne saurait accepter comme preuve de contâtes finis (presqoe les seuls que citent les contagionî3tes) d'individus qui, viw^

dans lé foyet' d^mfection , ou y étant venus accidentellement et y ayant eu des rapports avec des sujets malades, ont été ensuite atteints de l'affection régnante : comme si dans ces cas il n'était pas plus probable que la fièvre jaune était survenue par le fait seul de Tinfection des lieux, plutôt que de croire qu'elle a pu être trans* mise par le contact inunédiat! S'ensuit -il que la fièvre jaune ne puisse jamais être contagieuse? J'avoue que n'ayant jamais étudié la maladie par moi-même, et encore un peu ébranlé par quelques faits favorables à la contagion qu'on trouve dans les auteurs, je n'oserais dire, avec une certitude absolue et une sécurité entière, que la fièvre jaune n'est contagieuse dans autan cas. Mais lorsqu'on a étudié 9 avec soin et une complète indépendance les faits allégués par les infectionistes et leurs adversaires, on reste convaincu que la contagion n'est pas le mode ordinaire de propagation de la maladie. Ajoutons en terminant que toutes les expériences ' d'inoculation, faites par une foule de médecins avec le sang ou avec les liquides contenus dans les voies digestives, ont toujours échoué.

Traitement. — Le traitement de la fièvre jaune se divise en traitement curatif et en traitement prophylactique.

1*» Traitement curatif. — Un grand nombre de moyens ont été préconisés contre la fièvre jaune ; mais jusqu'à présent on n'a pu trouver un agent spécifique ou une méthode uniforme de traitement Les saignées, les vomitifs, les purgatifs, le mercure, l'opium, le quinquina, les sudorifiques, les bains chauds et froids, les bains de vapeur, la glace , les frictions huileuses , etc. , sont tout autant de moyens qui peuvent être utiles, mais seulement dans certains cas spéciaux.

Ainsi lorsque la fièvre jaune attaque des sujets robustes, et qu'elle s'accompagne d'une vive réaction inflanmiatoire , il convient de recourir promptement à la saign6e:générale. Il est des auteurs qui conseillent même de la répéter plusieurs fois, -surtout dans les premiers jours de la maladie. D'autres médecins, qui ont pratiqué ^mx AntiUes et en^Eumpe, ont blâmé l'emploi de la saignée, comme produisant la -prostration; on'comme rendant les convalescences interminables; mais nous croyons fque (Kflftuteurs se sont trop hâtés de poser des règles générales à l'occasion d'une seule épidémie qu'ils ont décrite. Pour nous, nous devons admettre que, suivant legéiiifelle la constitution épidémique, on devra saigner peu ou beaucoup, sans qu'A Boït possible d'établir à ce sujet aucune règle fixe. Dans tous les cas, la saignée générale est préférable aux saignées locales , celle-ci devenant quelquefois l'occasion de gangrène, ou bien d'hémorrhagies difficiles à arrêter. ' Dans les commencements de la maladie , les boissons douces acidulés, ou gafzenses, seront données en abondance; on plongera les malades dans les bains frais 'ôo tièdes, et Ton fera sur tonte la surface du corps des lotions froides avec de l'eau vinaigrée ou aiguisée avec du jus de citron. On a conseillé de combattre les sym- .'ptômes gastriques par l'emploi des vomitifs ; mais ces médicaments pouvant être 'nuisibles, il faut user de la plus grande réserve dans leur emploi. Les laxatiCi sont^ : au contraire, généralement utiles ; on emploie préférablement l'huile de ridn, la •pulpe de tamarin, la manne, le calomel, ou les purgatifs salins. ' Dans la deuxième période de la maladie , lorsque la jaunisse, les vomissements noirs et la prostration surviennent, l'indication capitale qui se présente est de soutenir les forces; c'est dans ce but qu'on administre le quinquina, le vin, les aromatiques. Si des accidents nerveux se déclarent , on leur oppose les antispasmodiques, tels que le camphre, le musc, le castoréum. On a encore conseillé alors de promener à la surface du corps des sinapismes et des vésicatoires ; mais il serait imprudent d'employer les exutoires, et même les simples rubéfiants, toutes les fois

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{à y ■ teoéutce à la gangrène , ou qua des bémorrhagies paaaives se prodnifleAi ■ônent, attendu que la portion de peau dénudée ou irritée pourrait être frappée à BortificatioD ou être le siège d'un écoulement sanguin.

Les Tomisseuients étant un symptôme très pénible, on a conseillé de les calmer px rasage de l'opium, de Téther, de l'eau de menthe, de la potion de Rivière, et napiilîqiiant un véaicatoire à Tépigastre ; mais ces moyens ne paraissent pas très ■ciln. Peat-étre obtiendrait-on plus d'avantage de l'emploi des boissons acidulés et glacées prûee eu très petite quantité à la fois ; elles auraient en outre pour eflèt de modérer les bémorrhagies qui se font par les organes digestifis.

Le quînqiiina est, après les sangsues, le moyen dont on a peut-être le plus abusé dans le traitement de la fièvre jaune. Sous le règne de la doctrine de Brown» les médecios français , anglais , et surtout les espagnols , prescrivaient , dès le début , des doses énormes de quinquina, jusqu'à 250 grammes (8 onces) en trente*^! heures ; {dos tard on a préféré le sulfate de quinine. Mais si ces médicaments ont été manifestement utiles dans certaines épidémies, cela n'a eu lieu que momentané^ ment, et Texpérience a prouvé qu'on ne pouvait en faire une méthode de traitement applicable à la généralité des cas. Aujourd'hui l'élite des médecins qui pratiquent daiiB les pays où la fièvre jaune sévit est à peu près unanime pour réserver remploi du quinquina on du sulfate de quinine pour les deux indications suivantes , qui sont : i* de rdever les forces quand elles sont trop prostrées ; 2"* de combattre les symptômes de périodicité quand ils existent.

S* Traitement prophylactique. — Le seul moyen de se préserver de la fièvre yauue, c'est de fuir les foyers d'infection et d'aller habiter delB lieux salubres, élevés d bien ventilés. Les personnes qui par état et par devoir sont obligées de vivre dans le centre de l'épidémie ne devront point s'écarter des règles d'une bonne hygiène ; mais elles n'accorderont aucune confiance aux saignées , aux exutoires , aux purgatifs, aux émétiques, moyens qu'on a voulu regarder comme prophylactiques, et qui, par le trouble qu'ils occasionnent, sont plutôt capables de favoriser le dé^doppement de la maladie.

Les cont^onistes, dans le but de nous préserver de l'importation de la fièvre jaune, ordonnent les quarantaines et l'observation de toutes les lois de police médicale qui étaient autrefois en vigueur contre la peste. Mais nous croyons qu'on peut sans danger se relâcher d'une sévérité qui n'est plus justifiée aujourd'hui. Noos ne conseillons pas pourtant de négliger toute espèce de précautions et d'admettre en libre pratique, aussitôt après leur arrivée dans nos ports, les navires qui vieanent des pays infectés par la fièvre jaune ; mais nous pensons qu'il suflBiâit dans ces cas de déplacer l'équipage pendant quelques jours, de ventiler les navires, d'exposer les nurchandiscs sur les chantiers vastes et bien aérés avant de les livrer au commerce. Si une rue est infectée, forcez les habitants à l'abandonner ; faitesen de même pour un quartier et pour une ville. Si c'est impraticable, conseillez au moins l'ém^ration à une partie des habitants. Ces moyens ont suffi plusieurs fois aux États-Unis pour anéantir rapidement une épidémie de fièvre jaune.

Sature de la maladie. — Les recherches d'anatomie pathologique empêchent d'admettre que la fièvre jaune soit une gastrite, ou, comme le voulait Tommasini, one inflammation hépato-gastrique ; car les altérations de l'estomac ne sont point constantes. Si le foie est toujours affecté d'une certaine manière, cette altération ne peut rendre compte du mouvement fébrile ni des autres symptômes graves et u'exfliqne pas non pins la mort Nous croyons donc que, dans la fièvre jaune, il existe cause pins générale. Mous regardons la maladie comme produite par un «Ob-

poisonneiuent miasmatique, par une infection du sang, et l'on s'eipiîque aisément alors la réaction vive de Torganisme, les perturbations nerveuses, les symptdmes de décomposition générale, les hémorrhagies qui ont lieu par diverses voies, et même l'ictère.

Doit-on, ainsi que le fait Cherviu, regarder la fièvre jaune comme étant» par sa nature, identique avec la fièvre intermittente? Faut-il considérer la première comme étant le degré le plus élevé des accidents que les effluves marécageux peuvent pro* duire? C'est une question qu'il nous est impossible de résoudre. Disons toutefois que les raisons que donne Ghervin pour défendre son opinion ne sont pas très concluantes, et, dans tout ce qu'il dit , on trouve bien moins des preuves que de simples assertions. Si nous osions nous fier aux impressions que nous avons reçues des lectures que nous avons faites, nous conclurions tout autrement que l'auteur dont je parle ; car, quoi qu'il en dise, nous ne trouvons dans la fièvre intermittente et la fièvre jaune non seulement nulle identité, mais même nulle analogie dans les lésion^ cadavériques et dans les symptômes. Ainsi le quinquina, si efficace contre les accès périodiques, échoue presque toujours dans la fièvre jaune ; si ceUe-ci règne souvent dans les pays marécageux , il est avéré néanmoins que son intensité et sa fréquence ne sont pas en rapport constant avec l'insalubrité du lieu , tandis que le contraire se voit dans les fièvres d'accès. Enfin, nous avons vu que la fièvre jaune pouvait régner épidémiquement et endémiquement dans les lieux salubres , chose qui n'arrive jamais pour les fièvres intermittentes. Nous ne contestons pas cependaat qu'on ne voie quelquefois des symptômes intermittents avec la fièvre jaune; nous reconnaissons même volontiers que la fièvre jaune peut commencer ou se juger par des accès périodiques. Mais que conclure de cela, si ce n'est que les deux maladies dans quelques cas peuvent se compliquer, et que les caractères de l'une peuvent s'effacer par la prédominance de l'autre? C'est ce qu'on rencontre pour une foule d'autres affections.

SYHOmmit. — PestiUniiéi^ lues% contagiam^ morhas contagiosus. Fièvr« du Levant. Typkat d^Orient. Ficrre ftdéno*D0rTouM, etc.

Définition, — La peste est une maladie aiguë, ordinairement épidémique, qui, indépendamment des phénomènes qui lui sont communs avec les autres maladies pestilentielles, présente en outre pour symptômes particuliers des bubons, des anthrax, des charbons et des pétéchies gangreneuses.

Historique et bibliographie. — Les livres sacrés, les auteurs grecs et latins font mention d'un grand nombre d'épidémies meurtrières qu'on rapporte généralement à la peste , mais dont il est impossible pourtant de bien fixer la nature , puisqu'elles ont ^é décrites presque uniquement par des historiens ou par des poètes. Ce n'est qu'à dater du milieu du vi* siècle qu'on a possédé quelques renseignements précis. Depuis cette époque jusqu'à nos jours , on a observé un nombre presque infini d'épidémies dans toutes les provinces de l'ancien continent : mais les plus générales et les plus meurtrières sont celles qui ont régné aux xv% xvi* et xvu* siècles; la peste noire du xiv*" fut celle qui exerça les plus affreux ravages.

La peste a été l'objet d'une foule de travaux importants. Nous distinguerons spécialement le Traité de Diemertm)ek, qui décrivit la peste de Nimègue en 1636 i les ouvrages de Bertrand, Chicoyneau, Yemey et Deidier, qui ont fait connaître

réfiM^oiie de Marseille de 1720 ; ceux deMertens et de Samoïlowitz, qui ont traité kh peste qui en 1771 ravagea Moscou. Desgenettes, Larrey, Louis Frank, et PvgoeC surtont, ont donné des notions précieuses sur les pestes qui régnèrent en Effpte de 1798 à 1800 ; plus récemment, plusieurs de nos compatriotes, ayant obsené la cruelle épidémie qui, en 1835, a ravagé TÉgyptc, ont publié sur elle des éoconneais précieux, et qui ont fait entrevoir la maladie sous une face toute noufde. On consultera surtout avec fruit les livres de MM. Bulard, Clol-Bey, Aubert- Roche, Brayer, et le mémoire lu par le docteur Lachèze à l'Académie de médecine. Tannée 1836. Enfin M. Prus, organe d'une commission nommée par l'Acaimpériale de médecine, a rédigé, d'après tous les documents qui existent, et une enquête sévère, un rapport remarquable qui est devenu le texte d'une importante à la suite de laquelle ont été modifiées, an grand avantage du commerGe, les lois quarantenaires. Il est juste de proclamer ici que c'est en grande partie aux efforts persévérants de M. le docteur A ubert-Roche qu'on doit le triomphe des idées nouvelles. Son nom ne saurait être oublié, car il a rendu un émiuent service k la science et au pays.

Anaiomie pathologique. — Les anciens ne nous avaient rien appris de positif lar les lésions qu'on trouve chez les sujets emportés par la peste. Cette lacune im* portaole a été comblée par les médecins français qui ont observé les différentes épidémies qui ont régné de 1833 à 1838 en Egypte, à Smyme et à Gonslantinople. Italard et Clot-Bey sont ceux qui ont tracé avec le plus de soin le tableau des alténtioDs cadavériques : aussi est-ce à l'ouvrage de ces deux auteurs que j'emprunterai h plupart des détails qui vont suivre, détails qu'ils ont recueillis de concert avec les docteurs Gaetany-Bey et Laclièze.

L'babitode extérieure des cadavres ne présente de remarquable que la persistaoce des pétéchies observées pendant la vie , et l'affaissement des bubons et des charbons. La physionomie n'est pas sensiblement altérée ; en général, il y a peu de roideur cadavérique. Le cerveau et la moelle n'offrent d'autre altération qu'un léger piqueté et une diminution de consistance de leur tissu; les sinus de la dure-mère soot gorgés de sang. Les ganglions du trisplanchnique seraient rouges et indurés, d'êpm 3L Aubert. L'appareil respiratoire est rarement enflammé ; les poumons lont seulement engoués. Le cœur, souvent ramolli, est généralement distendu par du sang noir caillebotté ou fluide et d'un aspect vineux. L'appareil digestif est géoéraieinent friable. L'estomac contient souvent un liquide noirâtre, mélanique, et sa surface interne est le plus communément recouverte de pétéchies parfois confloeotes et semblables à celles de la peau. Lorsque la mort arrive à une période avancée de la maladie , on trouve quelquefois dans cet organe des ulcérations faiéares, livides ou noirâtres, situées entre les replis de la muqueuse et n'intéressaot que Tépaisseur de cette membrane ; ces ulcérations n'existent jamais dans l'iatestin grêle. (lelui-ci est moins souvent ramolli et ecchymose que Testomac. Le gros intestin n'offre qu'une distension gazeuse ; les follicules de Brunner et ceux de Pejer soat sains. Le foie est gorgé de sang noir et fluide ; il ne présente en général rien de notable dans sa couleur, dans son volume ni dans sa consistance. La rate, au contraire, a acquis un volume trois ou quatre fois plus considérable : son tissu, 9>rgé de sang noir, est friable et se réduit, à la moindre pression, en un détritus potrilagîneux. Les reins, souvent ecchymoses à leur surface, ont presque toujours le double ou le triple de leur volume normal ; ils sont remplis de sang.

On voit par ce qui précède que les viscères ne sont pas le siège fréquent de et de charbons» comme les anciens l'avaient prétendu, et comme l'avaient

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dit aussi après eux ia plupart des historiens de la dernière peste de Marseille (1720). Bulard paraît pourtant avoir observé cette dernière lésion «ur le foie de quatre pestiférés. Mais Taltération la plus profonde, la moins connue, bien qu'elle soit presque constante, est celle qu'on rencontre du côté du système lym* phatique.

Nous verrons bientôt que des tumeurs particulières, nommées bubons, se développent pendant la vie dans plusieurs endroits du corps, spécialement dans les aines et les aisselles. Ces tumeurs siègent dans les ganglions lymphatiques. Ceux-ci ont acquis un volume qui varie depuis celui d^une pistache jusqu'à celui d'un œuf d'oie ; ils ont une coloration grisâtre, café au Uit, livide ou noire ; leur consistance peut égaler celle du squirrhe, ou bien leur mollesse est telle qu'on les réduit en putrilage à la moindre pression. Lorsque les bubons occupent la région inguinale, les ganglions abdominaux qui s'étendent de l'arcade crurale au plexus solaire participent à la même altération. Ils ne forment plus entre eux qu'une masse compacte, bosselée, tandis qu'une exhalation sanguine infiltre les mailles du tissu cellulaire ambiant et reflète une couleur violacée ou noire à travers le péritoine. Si les bubons siègent dans l'aisselle, les ganglions abdominaux sont intacts, tandis que ceux de la région axillaire sont volumineux, noirs et friables ; on y rencontre aussi des épanchements sanguins. Ces diverses altérations se propagent sous la plèvre» en suivant le trajet des vaisseaux lymphatiques jusqu'au canal thoracique , ou de h grande veine lymphatique suivant le côté malade. Les vaisseaux lymphatiques ne semblent pas participer à l'altéralion des ganglions; ceux-ci ne sont jamais malades que dans quelques points isolés, mais jamais dans toutes les régions à la fois. Bulard regarde les différentes lésions des ganglions que nous venons de décrire , et qu'un autre médecin, M. Lachèze, a également toujours reconnues, comme étant la lésion essentielle et primitive de la maladie. M. Clôt les a même vues chez des individus morts avant l'apparition des bubons. Le canal thoracique a toujours été trouvé sain.

Prodromes. -— La peste débute souvent brusquement, mais souvent aussi elle est précédée par quelques signes avant-coureurs, comme du malaise, de l'inappétence, mais surtout par des douleurs dans les aines et les régions pourvues de ganglions lymphatiques, douleurs tantôt vives, tantôt obscures et vagues. Ces douleurs affectent parfois un grand nombre d'individus ; dans quelques épidémies presque toute la population s'en plaint ; elles atteignent surtout ceux qui, ayant eu jadis la peste, portent à l'aine ou ailleurs la cicatrice d'un bubon suppuré. Si cet accident h'annonce pas chez les sujets qui le présentent une invasion prochaine de peste, il dénote au moins l'influence de la cause pestilentielle chez ces individus, il doit révéler chez eux l'existence d'une prédisposition plus grande à être frappés par Tépidémie.

Symptomatologie. — Les malades éprouvent d'abord une lassitude extrême , des frissons irréguliers, une céphalalgie plus ou moins vive, avec vertiges, étourdissements. La maladie date à peine de quel(|ues heures que déjà la prostration est extrême ; la station et la marche sont impossibles ; la figure exprime rabattement ou la stupeur; les malades sont tounnentés tantôt par une insomnie opiniâtre, d'autres tombent dans le coma, quelques uns ont des songes effrayants, des visions; enfin, il en est qui sont agités par un délire paisible ou furieux , comme on l'observa communément dans la peste de Digne , en 1629. I^ pouls est en général fréquent, i)etit> misérable ; le sang tiré par la phlébotomie, d'un rouge obscur, assez dense, ne se recouvre jamais de couenne (Bulard et Lachèze) ; la peau est chaude

DE LA P£SÏ£. 7 à

f iècfae, el Jâ respiration accélérée. La langue est humide et blanche, la soif nulle A iKsciiigiiible. U y a des Tomissements ou de simples régurgitations de matières ipmet, ou bien jaunes, vertes, et quelquefois sanguinolentes : tantOt il y a de la oBstipaCion ; tantôt, an contraire, les malades ont des selles fétides, jaunes, noires» L'anne Tarie beaucoup dans sa couleur et sa quantité. Indépendamment des symitines qui précèdent, on voit, à une époque indétenninée de la maladie, appaaire dûa diven points du corps des bubons, des anthrax, des charbons et pluâem exanthèmes, i* B^bang, — Le bubon pestilentiel est une tumeur ronde ou oblongue, lisse ou !, roage, violacée, ou sans changement de couleur à la peau, d'un volume depuis celui d'une amande jusqu'à celui d'un gros œuf. Ces tumeurs sont fKkm îadoieates» mais le plus souvent elles sont le siège de douleurs plus ou vives. Les bubons sont formés par les ganglions lymphatiques; on les ob* le pioaflonveot dans le pli de l'aine, un peu moins fréquemment dans le creux it riMirHr, plus rarement encore dans les régions cervicale et parotidienne ; enfin iei baboof du creux poplité sont les moins communs. En général, on les rencontre jniéBKaC daos l'une des régions que je viens de nommer; quelquefois on en voit se développer dans plusieurs points à la fois ; mais il n'y en a jamais dans les lieux priiét de gansons lymphatiques. Leur nombre varie de 1 à i!» chez le même individu : leur développement est en général rapide ; quelques uns arrivent promptemeaC à maturité et laissent échapper, quand on les ouvre, un pus sanieux; d'autres sont à peine développés qu'ils disparaissent ; enfin , il en est qui restent loogleaips statioiinaires.

T \] anthrax de la peste a la forme d'une tache rouge, très douloureuse, ayant 3 o« 4 doigts d'étendue, occupant le dos, les épaules ou les aines, et se terminant par rétohnion ou par gangrène.

3* Le charbon^ que la commission médicale du Caire a proposé avec raison de oommer pustule gangreneuse , est formé par une ou plusieurs pustules entourées d'une auréole rouge, remplies d'une sérosité brune ou noirâtre, qui, après avoir acteiot le volume d'une aveline, se déchirent et laissent à nu une surface complétemeor gusgrenée. La mortification fait bientôt de nouveaux progrès et pénètre plus ou oKMi» profondément ; si la gangrène se limite, l'escarre finit par se détacher. Les charbons pestilentiels se développent ordinairement sur le tronc ou sur les CTKflibres; parfois c'est sur les parties génitales, sur le cuir chevelu ou à la face ; on en a «n jusque sur des bubons (Chénot). Il y en a rarement moins de 3, mais leur Dooibre ne dépasse guère 12.

4* Exanthèmes^ éruptions, etc. — Enfin , la peau peut présenter encore des plaques érysîpélatenses, mais snrtout des pétéchies discrètes ou conOucntes, rosées, tiolêtlcs ou noires, et ayant de 1 à 5 millimètres de diamètre.

Ces quatre symptômes, bubons, anthrax, charbons et pétéchies, peuvent exister umuttanément ou isolément L^ premiers sont ceux qui manquent le plus rareloeot; ou les voit, dans quelques cas bénins, constituer à eux seuls presque toute fa maladie, et n'être point accompagnés de fièvre ; celle-ci, du moins, est si légère e^de si courte durée, que les malades ne sont pas même obligés de s'aliter et contioaeBi de pouvoir vaquer à leurs affaires. Cependant, le plus ordinairement, des sfmplôfficf généraux fort graves coïncident avec le développement des lésions que oooa Tenooi de décrire» Ainsi tous les traits sont décomposés ; il y a des soobre- «ms dea teodoof» el parfois des mouvements convulsifs; la voix est altérée on éteiote, les sens sont abolis ou pervertis , la langue est sèche et couverte de ftili»

ginosités ; H y a des hoqaets , de la dyspnée ; le pouls est inégal, irréguiier, insensible; il y a des syncopes; le sang s'échappe par diverses voles; toutes les excrétions exhalent une grande fétidité. C'est au milieu de ces désordres que la mort arrive.

Marche, — En général, la peste a une marche toujours ascendante; on observe rarement dans son cours des rémissions et des exacerbations alternatives.

Durée , terminaisons, — La durée moyenne de la maladie varie entre cinq et huit jours; d'autres fois la vie se prolonge jusqu'à la fin du deuxième septénaire, tandis que dans quelques épidémies, telles que celle de Marseille en 1720 , beaucoup de malades succombent au bout de vingt-quatre ou trente heures. Enfin, on a dit que la peste pouvait frapper conunc la foudre et tuer subitement des individus qui jouissaient en apparence de la meilleure santé ; mais ce fait est loin d'être en* core prouvé.

Lorsque la maladie a une heureuse issue, les symptômes graves s'amendent pea à peu : s'il y a eu gangrène quelque part , l'escarre est éliminée , les bubons se résolvent ou suppurent; dans ce dernier cas, le pus est généralement de bonne nature. Le petit nombre des malades qui échappent à l'afTection reprennent lentement leurs forces ; leur intelligence est affaiblie ; quelques uns restent languissants ou privés de l'usage d'un sens, d'un ou de plusieurs membres.

Formes. — Les auteurs ont distingué plusieurs formes de peste. Ils ont décrit une peste inflammatoire, gastrique, nerveuse, putride, suivant que les phénomènes inflammatoires, nerveux, etc., prédominaient. Mais ces distinctions sont peu importantes, et il suffit, pour la pratique, de reconnaître qu'il y a une forme bénigne et une forme grave ou maligne.

En général, la peste n'attaque qu'une seule fois la même personne ; cependant on observe de nombreuses exceptions à cette règle : ainsi, on a vu quelquefois un même individu être atteint plusieurs fois de l'afTection dans le cours d'une seule épidémie. Pendant la dernière peste de Marseille, Bertrand contracta jusqu'à trois fois la maladie.

Diagnostic. — Il importe que chaque médecin soit bien fixé sur les symptômes diagnostiques de cette terrible affection , car de cette connaissance pourra dépendre souvent le salut de provinces entières. Chose remarquable, dans presque toutes les épidémies qui ont eu lieu, la nature de la maladie fut méconnue dans les commencements ; et cette erreur a été commise par des médecins d'un grand mérite, et en particulier par N. Massa, J. Mercurialis, Chicoyneau et Yerney. D'autres fois, on a annoncé comme pestilentielles des maladies qui n'avaient pas ce caractère , erreur non moins funeste que la première , qui a jeté tout un pays dans la consternation, et causé le plus grand dommage aux fortunes privée et publique.

Quoiqu'il n'y ait aucun symptôme qui soit pathognomonique de la peste, cependant il y a une réunion de caractères qui font aisément distinguer cette maladie de toutes celles avec lesquelles elle peut avoir quelque ressemblance. Ainsi , une maladie fébrile débutant en général brusquement, sévissant sur un grand nombre d'individus à la fois, et qui, au milieu de symptômes typhoïdes graves , s'accompagne de bubons, d'anthrax, de pustules gangreneuses, ne peut être que la peste. Si, la maladie mal caractérisée d'abord, on avait quelque incertitude sur sa nature, il faudrait, comme le conseille M. Chomel, dans son Traité des fièvres, isoler les malades , ainsi que les personnes qui les soignent , et toutes celles qui , dans le même lieu , offriraient des symptômes suspects : on concilierait ainsi tous les intérêts.

MvtNtt dit iMTécédemment que les personnes qui avaient eu h peste jadis

inflTaieat souvent de» douleni's dans les cicatrices des bubons et des charbons

vdsDt et même quelque temps avant Tépidémie. Il faudrait tenir grandement

Mplede celle circoustance, car c'est jusqu'à présent, d'après M. Prus , le meil-

oroioyende découvrir si une conslltution pestilentielle existe ou est imminente.

PmoUic. — La peste est un des plus terribles fléaux qui puissent affliger l'espèce

hnaiae; elle enlève quelquefois la moitié des habitants d'un pays, elle interrompt

i( commerce et tous les rapports sociaux ; elle expose souvent celui qu'elle épargne

aifliia les iiorreurs de la misère et de la famine. La mortalité varie dans les dif-

Irato éfûdéoûes, et ne saurait être calculée. 11 parait, toutes choses égales d'ail-

Iess, que la peste qui survient pendant une saison humide et chaude, ceUe qui

imtaa sein de popcdations pauvres et entassées, est plus grave. La plupart de^

amrs ont également reconnu que les sujets vigoureux et pléthoriques étaient

fins rapidement enlevés que les individus d'une constitution moins forte. Quant

axsigvies pronostiques, il n'y en a aucun qui ait une valeur certaine ; et, comme

Ta dit afec raison J. Morello, dans la peste, les sens, la raison, les aphorismes

d'flippooate , tout nous trompe, et un signe favorable dans une épidémie devient

pemkieox dans une autre. Cependant, règle générale, les charbons , la gangrène,

ies syncopes, la prostration extrême, le refroidissement da corps, la décomposition

destraôis, les convulsions, les urines sanguinolentes, sont des signes qui indiquent

ooe mort presque certaine et imminente.

EtiUogie, — La peste est endémique dans plusieurs pays d'Orient , spécialement en Egypte, en Syrie et en Turquie, ainsi que àans quelques autres contrées d'Afrique et d'Asie : on Ta môme vue naître spontarément dans plusieurs provinces dXorope. Les opinions les plus diverses ont été émises sur les causes qui président ao développement de la maladie. Dans les paysoi elle est endémique, la plupart accusent avec raison des causes locales d'insalubrité , telles que foyers d'infection produits par la décomposition des matières végétales et surtout animales , débordement de fleuves, humidité , encombrement des populations, misère, malpropreté, etc. Ces causes d'insalubrité sont réunies chaque année dans la basse l:)g>pce, aussi la peste y est-elle endémique : on l'y voit presque tous les ans sous forme sporadique, et tous les dix ans enuron sous la forme épidémique (Prus). Beaucoup cependant pensent que ces causes locales d'insalubrité , qu'on rencontre à peu près partout, ne sont point suffisantes pour la génération de la peste ; suivant tflx, elles n'ont point d'autre influence que de favoriser l'extension de la maladie et de la rendre beaucoup plus grave. L'impossibilité où l'on est souvent de rapporter le développement de la peste à l'existence de causes locales a fait supposer à quelques personnes, et en particulier au docteur Clot-Bcy, que la maladie naissait alors sous l'influence de ces causes générales, probablement météorologiques , qui président au développement de la plupart des autres épidémies, et dont il nous est impossible de déterminer la nature. Quoi qu'il en sôit , il est incontesuble , aiosi que l'a fort bien établi M. Prus, d'après des documents nombreux et authentiques , que la peste s'est toujours montrée avec les principaux caractères des malidies épidémiques, toutes les fois qu'eflc a sévi avec violence en Afrique, en Asie ei en Europe. EUe s'étend, se propage alors sur des points souvent très éloignés, pur la seule influence des causes occultes générales répandues dans l'air, et sans qu'il soit possible d'accuser aucune communication suspecte, soit par les personnes, soit par les choses.

La doctrine de la contagion de la peste, adoptée depuis Fracastor, sans contes-

7B DES PIÈVBES.

tation, a subi des modiûcations impoiiantcs depuis le s\èt\e dernier. On sait que ■ niée par StoU , par Yemey et Ghicoyoeaa , etc., elle a trouvé , dans les docteurs ^^ Glot-Bey et Brayer, deux adrersaires. ■

Cependant tous les raisonnements qu*on peut faire , et tous les cas d^immunité > qu*on rapporte chez des individus qui, s'étant exposés à la maladie , ne Tout point a contractée , ne sauraient inûrmer les faits nombreux favorables à la contagion, a Ainsi t lorsque la peste se déclare sur notre littoral, c'est toujours dans des lieox m qui ont eu des relations avec les contrées où la maladie existait déjà. Il est certain l'i que, dans les pays ravagés, on parvient souvent à se préserver du fléau en s*i90bnt m des personnes infectées. Mertens dans la peste de Moscou, Bulard et M. Lachtee « dans la dernière épidémie d'Egypte , ont vu un grand nombre d'établissements u publics être entièrement préservés par Tisolement , tandis qu'au dehors le fléau n exerçait ses ravages. La science possède quelques cas où la peste a été inoculée ^ et transmise h des criminels ou à des prisonniers de guerre ; et si plusieurs ^j médecins ont pu s'inoculer impunément le pus des bubons , d'autres ont payé « de leur vie cet audacieux expériment Cependant , parmi les faits de transmissioii cités , beaucoup sont douteux ou peu concluants , et il serait nécessaire de répéter ^ les expériences sur des individus placés loin du foyer épidémique; c'est ce qai n'a pas été fait jusqu'à présent. On a cru généralement que la transmission de la peste se faisait surtout par le contact immédiat; qu'elle pouvait aussi avoir Uéd par les effets et les harde^ ayant appartenu aux pestiférés , et jamais par les cadavres. Mais cette doctrine a été réfutée dans le rapport de l'Académie, oà il est établi que le contact immétiat de milliers de pestiférés est resté sans danger pour ceux qui l'ont exercé à hir libre ou dans des lieux bien ventilés, et qu'aucune observation rigoureuse nedémontre la transmissibilité de la peste par le seul contact des malades ou par les vHements et les hardes qui leur ont appartenu. I^ transmissibilité par les marchandises a également été contestée. Mais il estrecomin que, dans les foyers épidémiques, la peste est transmissihle par les miasmes qu'exhalent les pestiférés et par les foyers d'infection qui peuvent en résulter. Elle est transmissible aussi de la même manière hon^ des foyers épidémiques, soit sur les navires en mer, soit dans nos lazarets. On conçoit, en effet, que des pestiférés, en viciant l'air des localités dans lesquelles ils résident, puissent créer des foyers d'infection pestilentielle stisceptibles de transmettre la maladie à des distances plus ou moins grandes. On a établi par contre que les malades atteints de peste sporadique ne pouvaient produire des foyers d'infection assez actifs pour propager la maladie. Quoi qu'il en soit , la peste importée dans un pays ne pourra s'y transmettre et y exercer de grands ravages qu'autant qu'elle trouvera dans le climat, dans l'atmosphère et les habitants, des conditions favorables à son développement (Prus).

On a reconnu qu'une température humide et chaude, que la faiblesse de la constitution, l'âge adulte, le sexe féminin, les fatigues, la terreur, la misère, les grands rassemblements du |)euple dans les cérémonies publiques , étaient tout autant de circonstances qui favorisaient la propagation de la maladie. Dans certaines épidémies, on a vu que des personnes exerçant certaines professions en avaient été presque exemptes, mais 11 n'y a encore à ce sujet rien de bien démontré. Il y a aussi dans toutes les pestes un certain nombre d'individus qui, vivant sans cesse dans le foyer de la contagion, sont respectés par la maladie sans qu'on puisse savoir la cause de cette imnmnité.

Presque tout ce qui précède s'applique à la peslc épidémique, mais nullement k celle qui se montre si souvent à l'état sporadique dans les pays d'Orient. Celle*Ut

qui peat régner toate Tannée, ne parait pas être jamais contagieuse, et A ae se lie pas, comme celle qui est épidémique, à un changement dans la con- ■ation médicale du paySi

Les antean estiment qu'il se passe d*un à sept jours entre le moment oA le liv est introduit dans l'économie et celui où ses premiers effets se développent. & Anbert'Roche, qui a étudié la question de l'incubation avec le plus grand soin, léBhli qae la durée la plus longue de cette période était de neuf jours. Enfin, la caBDÎsMD de l'Académie, étudiant cette importante question avec tout le soin fi'cDe méritait, a conclu que si l'on ne peut assigner une limite fixe et absolue à la de rincabation de la peste , il paraît cependant démontré , d'après les faits que loin des pays où la peste est endémique, et en dehors des foyers épicette maladie n'a jamais éclaté chez les ])ersonnes compromises après un it de hait jours. Les faits en petit nombre qu'on pourrait regarder coihme eiception à cette règle sont tous susceptibles d'une autre interprétation. Du trmtiement. — Le traitement de la peste doit être distingué en curatif et en prfnrvitif oa prophylactique.

i« Traitement curatif. — On a tour à tour préconisé un grand nombre de reempirkpies dont l'expérience n'a pas jusqu'à présent sanctionné l'efficacité ; it les frictions avec la glace, vantée par SamoHowitz dans la peste de Moscou ; ks fridioiis huileoses qui ont été employées dans plusieurs épidémies sans que leur ^àSik coomie moyeu curatif ait été démontrée. D'autres médecins ont eu recours I me médication perturbatrice. Ainsi, les saignées abondantes, les sudorifiques pHBBts, administrés dès le début de la maladie, ou bien les excitants diffusibles, la touques, le haschish, les narcotiques et les mercuriaux eux-mêmes ont compté flufa moins de partisans. Mais malheureusement le traitement de la peste, comme eeUde la plupart des autres affections, ne saurait être soumis à une méthode unifane , et les moyens thérapeutiques doivent varier suivant la physionomie de la mfadie et la prédominance de quelques symptômes; en un mot, il faut satisfaire iodicatioos les plus pressantes. C'est ainsi que , lorsque dès le début il existe d'une violente réaction inflammatoire, lorsque le sujet est vigoureux, une savate générale sera pratiquée; mais il faut user do ce moyen avec prudence, en faim de la prostration qui se déclare tôt ou tard. On conseillera concurremment ks boisBOOs acidulées rafraicbissantes.

Nous «roos vu que dans la peste on observait presque toujours quelque trouble <■» ks fonctions digesdves. La plupart des auteurs avaient cru pouvoir le combattre par l'émétique ; mais ce remède est le plus souvent inutile, et il est quelquefois iugereoi, en raison des altérations dont l'estomac est le siège. Il est donc pff^ftnUe de n'opposer aux symptômes gastriques que les boissons acidulées , gavas, fnHdes, et même glacées, prises en petite quantité à la fois.

JEafio, lorsque les accidents neneux prédominent, il faut les combattre par une ■édkatioo spédale. Ainsi, à la prostration on oppose les toniques et les cordiaux ; ■ Mire, aux soubresauts, aux contractures, le musc, le camphre et les affusions

Qntiqoes uns des symptômes de la peste réclament en outre des moyens |)articaKers. Ainsi, pour te bubons, on s'attachera, en règle générale, à en favoriser la iBppuration« Ils seront à cet effet, couverts de topiques èmollicnts, et on ne les iaÔBera que lorsque la fluctuation sera bien évidente. Pendant longtemps les anthrax et les efaarboos ont été scarifiés , irrités , brûlés de diverses manières : ce traitement était presque toujours nuisible. Aujourd'hui , docile aux conseils de

Diemerbroek , de Ghénot et de J. Frank , on n'empkMeploB ces moj^QS violets, mais on fait sur ces tumeurs des fomentations avec de Thuile ou de Teau Uaoche. Les charbons sont pansés avec la poudre de quinquina rouge , ou recouverts de compresses trempées dans du vin aromatique. ËnGo^ on se conduit ici comme dans tous les cas de gangrène et de plaie avec perte de substance.

2*" Traitement prophylactique. — Voici les précautions que la commission de l'Académie conseille d'adopter, si la peste venait à éclater dans une de nos villes. Si la maladie se manifestait dans une maison, il faudrait, immédiatement porter le pestiféré dans un lieu bien aéré, où il ne puisse former un foyer d'infection, et 6ù il: recevrait les soins que son état exige. Tous les autres habitants de la maison se rendraient dans un lieu désigné par l'autorité, et ils seraient soumis à la surveillance d'un médecin. La maison évacuée serait uettoyée,'purifiée et resterait vide pendant uo mois au moins. Plusieurs maisons viendraient-elles à être frappées, on tiendrait pour chacune d'elles la conduite qui vient d'être tracée. On agirait de même k l'égard des villes entières. Il faudrait toujours, d'une part, s'attacher à faire sortir des foyers épidémiques toutes les personnes non encore atteintes par la maladie; de l'autre, isoler, disséminer les pestiférés en les plaçant dans des endroits élevés et bien ventilés, de manière à prévenir la formation de foyers pestilentiels.

L'isolement est un bon moyen de préservation , mais non pas on moyen d*une «fficacilé absolue. On comprend, en effet, comme l'indique d'ailleurs le rapport à FAcadémie, que quand une contrée est en proie à une peste épidémique, les habitants sont exposés d'abord à l'influence des causes générales épidémiques, et ensuite à l'influence des malades. Or l'isolement peut bien préserver de celle-ci , mais il ne préserve pas de la première. Au contraire , en dehors des foyers épidémiques ordinairement circonscrits , et dans les pays habituellement sains, l'influence des causes générales épidémiques étant nulle , l'influence des pestiférés et des foyers qu'ils peuvent créer reste seule. L'isolement, dans ce dernier cas, est un moyen certain de se mettixî à l'abri (Prus).

Il n'y a , en dehors des règles d'une bonne hygiène , aucun moyen préservatif pour le médecin qui est appelé à soigner les individus atteints de la peste ou qui doit pénétrer dans les foyers d'infection. Porter des gants et même un masque , se frotter les narines, les mains, avec de l'huile et du vinaigre, mâcher des aromates, ne point avaler sa salive, ne pas respirer l'haleine des malades, sont tout autant de préceptes sans efficacité réelle ; d'ailleurs l'observation de plusieurs d'entre eux pouvant inquiéter, effrayer les individus que nous devons soigner, il convient de s'en abstenir et de traiter le pestiféré comme on soigne et traite un individu atteint de toute autre affection. Les précautions barbares adoptées autrefois, et mises encore en pratique dans certains lazarets, ne sont plus de notre temps; d'ailleurs elles avaient nécessairement pour effet de produire des foyers pestilentiels et de favoriser par conséquent l'extension de la maladie.

La peste est un de ces fléaux qu'il est au pouvoir de l'homme de détruire. Ainsi nous sommes convaincu que les progrès de la civilisation éteindront un jour la peste en Egypte, où elle était inconnue avant que ce pays fût tombé à l'état de barbarie. La ville de Londres est un exemple remarquable de ce que peut l'hygiène pour l'extinction de la peste. On voit en effet que cette terrible maladie était presque endémique à Londres il y a encore deux siècles; mais l'incendie de 1666 ayant consumé en quelques jours la plus grande partie de la Cité , le feu ayant surtout dévoré les quartiers les plus insalubres, on eut soin, dans leur reconstruction, d'élargir les rues et d'exhausser le sol : aussi, dès ce moment, Londres cessa d'être

DE LA VAftlOLE. 81

iMfé par des éfûdémies de peste, bien qu'à dater de cette époque, cette ville ait

nés ooDunaakatioos plus fréquentes qu'autrefois avec les pays d*Orient.

Mâture de la peste. — La peste est une maladie générale produite par un em-

fràuieinenl miasmatique ; mais jusqu'à présent il n'a pas été possible de préciser

laUore de l'afieclion, puisque nous ignorons le mode d'action de l'agent morbi-

kfMt, et que nous ne pouvons connaître l'organe ou l'appareil qu'il affecte primi-

imDenL Bulard suppose pourtant que la peste est une maladie par altération de la

kB|iiie; il regarde celle-ci comme constituant l'essence de l'affection; il admet

anécotifeinent une altération du sang par laquelle il explique les phénomènes

Mneox et les symptômes généraux d'infection qui caractérisent la maladie. Cette

cpÉuQD est DOD seulement ingénieuse , mais elle a de plus pour elle une certaine

TnâernbUnce, et compte en outre en sa faveur les résultats d'anatomie pathologi-

fK : cependant on ne saurait avoir à ce sujet aucune conviction. Il reste d'ailleurs

poové par les ouvertures des cadavres que la peste n'est point constituée par une

■flammation Tiscéralc quelconque, pas plus par une gastro-entérite que par une

inflammatinn dfs gaugUous du trisplanchuique.

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