CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA NATIRE DES FIÈVRES ÉRUPTIVES
Piiiel avait méconnu la véntable nature des fièvres éruptives lorsque, dans sa nosographie, il classait ces maladies parmi les phlegmasies cutanées. Il est pourtant très facile de prouver que l'inflammation de la peau ne constitue qu'un caractère accidentel purement secondaire, et qu'il est impossible d'en faire le point de départ de la fièvre et de tous les accidents qu'on observe. Comment, en eiïét, rapporter à une maladie de la peau, qui n'existe point encore, ces troubles généraux souvent assez graves, persistant pendant plusieuii} jours, et qui offrent des caractères si distincts suivant l'éruption qui doit avoir lieu ? Comment mêdie expliquer la pyrexie par la maladie cutanée une fois développée, lorsque nous voyons le mouvement fébrile diminuer et même quelquefois s'éteindre tout à fait , du moins momentanément , aprùs que l'éruption s'est effectuée ? C'est ce qu'on remarque notamment dans presque tous les cas de variole. Ajoutons aussi que si les symptômes qu*on observe, que si la gravité de la maladie, dépendaient de la lésion des téguments, nul doute qu'il ne dût exister un rapport exact entre l'intensité des symptômes et l'étendue des altérations : or c'est ce qui n'a pas lieu, à beaucoup près, dans tous les cas. Il n'est pas très rare , en effet , surtout en temps d'épidémie, de voir des varioles discrètes se terminer d'une manière funeste ; plus souvent encore on rencontre des rougeoles, et surtout des scarlatines mortelles, quoique l'éruption soit bornée à une partie très circonscrite des téguments et quoiqu'elle n'ait qu'une durée très éphémère. Enfin, si, comme on le dit, il y a des cas bien constatés de rougeole et de scarlatine sans éruption aucune , cas souvent assez graves pour se terminer par la mort, cette circonstance indiquerait nettement que
DES FIÈVRES fNTEItMITTIN TES. 123
Talectioii cotaoée oe constitue dans ces maladies qu'un symptôme, nécessaire sav doute pour diagnostiquer sûrement la maladie, mais néanmoins tout à fait seondaire. Ajoutons en terminant queTëruptiôn (cl nous entendons parler surtoot id de celle de la variole), quand elle est très intense, peut déterminer à son tour k$ acddents de réaction comme en produisent toutes les inflammations qui ont ne grande étendue.
Ces phlegmasies cutanées, qui sont la conséquence d'une cause générale, proba- Uement d*une infection du sang, diffèrent des phlegraasies franches et primitives jar plusieurs caractères : 1* elles se montrent successivement ou simultanément sur hiate ou presque toute la périphérie du corps; 2*" il est impossible de les produire artifidelleunent, et elles reconnaissent toujours une cause spécifique; 3° les agents tbéfapenliques, tels que les anliphlogistiques et les contre-stimulants, qui ont une ' 9 grande efficacité pour modérer et combattre les inflammations ordinaires, sont ans efflet sur ceiïe dont nous parlons. Elles ont , en effet , une marche invariable , ■ne dorée qui est presque toujours la même et un même mode de terminaison. Cat ainsi que la variole se termine toujours par suppuration ; la rougeole, la scarlatine et la miliaire, toujours par desquamation.
Par ce qui précède , on voit que nous avons eu raison de placer les maladie» émptires dans la classe des fièvres; car, nous le redisons encore, ce sont des maladies qui ne reconnaissent aucune affection locale primitive. Les recherches importaotes entreprises dans ces derniers temps par MM. Andral et Gavarret, sur les altérations du sang , justifient d'ailleurs la place que nous assignons aux fièvres éruptîves dans notre cadre nosologique. Ces observateurs ont , en effet , démontré que le sang, dans ces maladies, présente les altérations qu*on tronve dans les autreit pyrexies, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais augmentation de la fibrine comme dans les phlegmasies ; le plus ordinairement la quantité de ce principe reste normale ; parfois elle diminue très sensiblement, surtout à la période d'éruption ; les globules conservent leur chiffre normal ; le sang enfin ne présente jamais de couenne , si re n*est lorsqu'il existe quelque complication phlegmasique. Dans la variole néan- Boins, lorsque l'éruption est très confluente , et lorsque surtout des collections poruientes existent sous la peau ou dans quelque organe , on peut trouver une couenne à la surface du caillot ; mais cette couenne est molle, gélatineuse, et diffère beaucoup de celle qui se montre dans les cas de phlegmasies franches. MM. Bec« fnerel et Rodier sont arrivés à peu près aux mêmes conclusions.