‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 29 sur 148 · DE LA ROUGEOLE · texte numérisé non relu

DE LA ROUGEOLE

STVorrJOS* — Morbilli^ rubeolœi fièTre morbilleiuc.

La rongeole est un exanthème contagieux précédé de fièvre, de larmoiement , 4e coryza, de toux, et s'annonçant à l'extérieur par de petites tacbes rouges, irré* gnlières, dont quelques unes sont saillantes, et qui, disi)arais8ant vers le septième M le hoitième jonr de la maladie, sont suivies assez souvent d'une desquamation forinracée.

Historique. — Wiilan, à l'exemple de Fernel, de Sennert, de Triller et de beauooop d'autres, n'a pas réussi à prouver que la rougeole ait été connue des Grecs et des Romains. Les savantes recherches de Gruner démontrent qu'originaire de l'Ane, elle apparut en Europe en même temps que la variole. Rhazès, qui en trace ta première description exacte , ne signale pas en effet la rougeole comme étant, à l'époque où il vivait, une affection nouvelle. Le mot de morbUli^ par lequel la rougeole est souvent désignée dans les auteurs anciens, a été proposé dans le XI' siècle par Constantin dit l'Africain, et signifie j9e^t/« peste, parce qu'elle eut probablement alors une gravité qu'elle a rarement aujourd'hui (1). La rougeole a été l'objet d'un grand nombre de travaux. Le plus ancien est celui de Rhazès , dans lequel la rougeole est mal définie et mal distinguée de la variole. Cette con-

(1) Dans le moyen dge, le mot morfnu signifiait spécialement pt»ie.

fàslon existe d*ailleura dans la plupart des traités anciens , dans léMpiek les deux maladies sont regardées à peu près comme identiques et ne différant que par Tintensité. F. Hoffmann un des premiers (1), Debaên (2), Rosen (3), Sydenham (/i), et Borsieri surtout (5), sont les auteurs qui établirent le mieux la rougeole en espèce distincte, et en tracèrent une bonne description. Les médecins contemporains n'ont guère ajouté aux connaissances antérieures que des indications plus précises sur les complications de la maladie. Nous renverrons surtout à Fouvrage de M. Rayer Sur les maladies cutanées, et au Traité des maladies des enfimtSy des docteurs Rilliet et Barthez.

Description de la maladie — La rougeole simjde {rub. vulgaris) présente quatre stades, qui sont : Vincubation, Yim>asion, Véruption, la desquamation.

Premier stade. — Je ne dirai rien de la période d'incubation, pendant laquelle on n*observe aucun dérangement appréciable dans la santé. Elle a une durée de six à sept jours.

Deuxième stade , ou invasion. — Le début de la rougeole est marqué par des frissons irr^liera , par des lassitudes , par un malaise général , par de Tinappétence, de la céphalalgie , de la fièvre. A ces symptômes , dont l'intensité varie, se joignent, le deuxième jour, des signes d'inflammation du côté de plusieurs membranes muqueuses. Ainsi les conjonctives sont injectées, rouges, et il y a du larmoiement ; les fosses nasales laissent échapper un fluide séreux ; elles sont le siège d'un prurit incommode qui excite l'étemument. Quelques malades accusent un léger mal de gorge ; presque tous se plaignent d'oppression et de douleur stemale; ils sont enroués; ils toussent sans rejeter aucun crachai, et l'auscultation de la poitrine fait souvent reconnaître alors çà et là un râle sibilant ou ronflant Ces symptômes s'exaspèrent le jour suivant; parfois, chez les enfants surtout, il s'y joint un peu d'assoupissement , du délire , et même quelques mpuvements convulsifs. Chez d'autres , il y a des vomissements et de la diarrhée. En général , la peau n'est le siège d'aucune seosation spéciale; sa température est élevée, mais généralement elle l'est à un degré moindre que dans les autres fièvres éruptives. Des sueurs plus ou moins abondantes se montrent communément au moment où l'éruption s'opère.

Troisième stade, ou éruption. — L'éruption cutanée se fait communément du troisième au quatrième jour de l'invasion, quelquefois plus tôt, rarement plus tard. Elle est caractérisée par de petites taches rouges irrégulières, ayant cependant, pour la plupart, les dimensions et la forme de morsures de puce; beaucoup forment une légère saillie ; elles disparaissent momentanément sous la pression du doigt , et sont le siège d'un léger prurit. Ces taches, d'abord visibles à la face, se répandent successivement sur le tronc et les membres. L'éruption est souvent complète au bout de quelques heures; mais, dans la plupart des cas, elle n'est générale que douze ou vingt-quatre heures après. A cette époque , la face est souvent très tuméfiée, et les paupières assez gonflées pour empêcher la vision. Les taches offrent beaucoup d'irrégularités et de dissemblance entre elles. Elles sont tantôt parfaitement distinctes, d'autres fois elles se réunissent en plus ou moins grand nombre, et forment de larges plaques rouges, à la surface desquelles le doigt sent de légères inégalités. On a dit que les taches de la rougeole, dont le siège réside dans le corps

(1) Opéra, t II, p. 63. — (2) Ratio mtd., t. IV, p. 87. — (3) Maladie* des enfante^ chap. UT. — (&) Médecine fnrati<fue, t. I, p. 236 et 279, édit. de Baumes — (5) Imtitut. med. pract», t III9 p. 106.

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de la peao , avaient toujours la forme d*an croissant ou d'un arc de (ade; mais, en les examinant attentivement , ou ne tarde pas à se convaincre ont tontes les formes imaginaUes, et qu'elles présentent dans leur confîet leur disposition la plus grande irrégularité. La coloration n*est pas non pteaBSEÎ partout la même : la rougeur a, en effet, des nuances différentes, suivant ki points ; dans aucun cas elle ne ressemble à celle de la scarlatine. Quelquefois , m màlxu de l'éruption morbilleuse, on distingue de petites élevures papuleuaes, ce fB lui donne un aspect tout particuKer : on dit alors que la rougeole est bou--

En général, lorsque Téruptiou est complète, le malaise et la fièvre diminuent ; mais presque toujours les symptômes que nous avons notés du côté des membranes ■nqDenses persistent ; quelquefois même Tenrouement , la toux et Toppression iBgimentenr. Dans le cas où il existe de la douleur et de la sécheresse k la gorge, Fimpection de cette partie fait souvent constater, ainsi que sur toute la membrane moqueuse dn palais , une éruption absolument semblaUe à celle des téguments. Yen le quatrième jour de Téruption, les taches pâlissent ; elles prennent une teinte pile OQ nn peu bleuâtre ; souvent alors elles ne disparaissent pas, ou ne disqa'incomplétement quand on les comprime avec les doigts. En même la fièvre s'éteint, et les symptômes de catarrhe diminuent ou même cessent pour la plupart

Quatrième stade ^ ou desquamation. — Chez un grand nombre de malades, on B'ehterre pas de desquamation. Dans la plupart des cas cependant on voit, du neunéme ao quatorzième jour de la maladie , Tépideime se séparer dans plusieurs points 800S forme de lamelles furfuracées ; il existe souvent alors un léger prurit A cette époque , toutes les fonctions reviennent à leur état normal II n'est pas rare pourtant de voir les symptômes de bronchite persister longtemps encore p«idant la convalescence ; la voix reste rauque ; la toux est généralement sonore , très opiniâtre et sèche (toux férine). C'est à cette même période, ou à la fin de celle qui précède, que beaucoup de malades rejettent des crachats opaques, flocon* seox , déchiquetés, nagjèant dans un liquide trouble, ou bien des crachats uniformément purulents, d'autres striés de lignes opaques, tels enfin qu'on les observe dans la deuxième et dans la troisième période de la phthisie pulmonaire (Chomel). Variétés, — Tels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la rougeole. Cependant cette maladie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractèirei. Ainsi il est des rougeoles dans le cours desquelles on n'observe point l'affec* tîoo catarrhale des membranes muqueuses , c'est-à-dire i'ophthalmie, le coryza , l'angine» et surtout la bronchite, c'est la rougeole sans catarrhe; parfois il n'existe pas même de fièvre ; toute la maladie est alors constituée par l'éruption. D'autres fois, au contraire, on observerait, dit-on, la fièvre et les symptômes ordinaires du catarrhe, tandis que l'éruption manquerait complètement , c'est la rougeole sans HiÊption , on morbilli sine morbillis : c'est là un fait qui a besoin d'être vérifié de nouveau et avec plus de rigueur qu'on n'a fait On a cru souvent en effet que l'éruption manquait, tandis que, partielle et fugace, elle avait été simplement méooonoe. Quoi qu'il en soit, lorsque ces anomalies ont lieu , les individus n'en sont pas moins préservés de la rougeole, comme si la maladie n'avait rien présenté d'înaolite dans sa marche. Chez les sujets affaiblis, on voit parfois l'éruption devenir livide ; elle prend une teinte jaunâtre ; des ecchymoses ou des pétéchies sont dînèminées çà et là ; mais celles-ci diffèrent du purpura en ce qu'elles ont la forme et la configuration des taches morbilleuses : c'est la rougeole noire de Millau. Bal

il existe des rougeoles anomales : dans celles-d Téruptiou peut se uKmlFer plus tôt ou plus tard que de coutume; elle peut commencer par les membres ou n*existei* que partiellement ; d'autres fois elle s'éteint peu après son apparition. Cette rétrocession de Texanthème succède souvent à l'impression du froid, à radminislration intempestive d'un purgatif, ou bien elle se lie à l'existence de quelque pUegmasie viscérale.

Complications, *-* Diverses complications peuvent entraver la marche de la rougeole : la plus fréquente de toutes, et cela à tous les âges de la vie, ^t la pneumonie, qui , chez les enfants , aiïecte presque toujours la forme lobulaire. Chez les jeunes sujets, on observe encore très fréquemment l'entéro-colite, quelques uns succombent à la gangrène des lèvres et des poumons, ou à une inflammation des méninges ; quelques malades cnûn sont emportés rapidement dans le délire, dans le coma et les convulsions, bien que ces accidents ne se lient le plus souvent à aucune lésion matérielle, saisissable, des centres nerveux. La coqueluche et le croup surviennent beaucoup plus rarement que les complications qui précèdent. Divers auteurs, notamment Diemerbroek et Dehaën citent des cas curieux où la variole et It rougeole se seraient compliquées entre elles. La plupart de ces faits sont rapportés dans la thèse soutenue en 1847 (n"" 102) par M. Willemin. Il résulte de ces observations que si la variole se^ déclare la première, celte éruption suspend momoitanément sa marche, tandis que la rougeole suit son cours ordinaire. Si c'est celle-ci qui apparaît la première, M. WiUemin établit que les deux éruptions suivent alors leur cours sans se modifier. Enfin, la variole et la rougeole se déclarent-elles en même temps, il parait que les deux éruptions se développent simultanémept et d'une manière régulière.

Maladies consécutives, — Diverses affections peuvent survenir pendant la convalescence de la rougeole. Les plus fréquentes sont l'inflammation du bord libre des paupières avec ulcération et chute des cils, les engorgements ganglionnaires, la bronchite et la diarrhée chroniques, maladies qui sont généralement plus rebelles dans ces conditions que lorsqu'elles surviennent spontanément. I^a rougeole favorise le développement des tubercules. Ainsi MM. Rilliet et Bartbei ont noté que, sur onze rougeoles primitives chez les enfants traités dans les hôpitaux, il y en avait une à la suite de laquelle se développaient des tubercules. La même chose existe pour la rougeole des adultes, ainsi qu'on peut s'en convaincre par la lecture d'un travail inséré en 18/i7 par M. Michel Lévy dans la Gazette médiade; il est démontré en outre que la rougeole qui atteint les phthisiques hâte la marche de l'affection de poitrine. Enfin , l'impression du froid pendant la convalescence peut donner Heu à une anasarque. Cet accident étant beaucoup plus commun après la scarlatine, j'en parlerai en traitant de celle-ci.

Par contre, on a vu la rougeole modifier heureusement ou môme guérir quelques maladies préexistantes : ainsi M. Rayer cite un eczéma chronique de la face, et Alibcrt un eczéma impétigineux du cuir chevelu, qui ont guéri rapidement après une rougeole.

Bécidives. — La rougeole n'affecte presque jamais qu'une seule fois le même individu. Rosen n'a observé aucun cas de récidive pendant une pratique de qua-t Faute - neuf ans. Cependant BagUvi, Dehaèn, Meza , MM. Rayer, Guersant, Bbche, etc. , citent des faits qui prouvent que la même personne peut contracter h rougeole plusieurs fois.

Ouverture des cadavres. — Chez les sujets qui succombent , on ne trouve pas de lésions qui soient spéciales à k rougede. Celles qu'on rencontre sont l'effet des

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. (Pour li'éut du sang, voir plus bas. Nature des fièvres éruptives,)

Dm^nosiie, — Le développement de la fièvre et les symptômes de catarrhe eiis- BiC sâQaltaDémeDt dn côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, doivent 6ire soQpçoiiner le développement prochain d'une éruption morbilieuse. Le dia* poiiic devient d'autant plus probable que le sujet est plus jeune, qu'il n'a point ■ de rougeole antérieure, et que la maladie règne épldémiquement Cependant on K peat avoir à ce sujet que de simples présomptions, puisque tous ces symptômes Hyirtieonent aussi bien à la rougeoie qu'à la fièvre ealarrhale. Mais toute incertitode cesse vers le deuxième, troisième ou quatrième jour , époque à laquelle l'éruptioD cxMounence le plus ordinairement.

La rougeole ne pourra pas être confondue avec une variole commençante ^ n roD se rappelle que, dans celles-ci, les taches rouges présentent à leur centre, soit

éievure dure et pointue, soit une vésicule; tandis que les taches de la rougeole «ans aucune dureté , tout au plus si le doigt promené légèrement perçoit qwiqaes petites inégalités. Dans la forme boutonneuse, pourtant, il existe des flâlliet nmges, un peu dures, qui pourraient faire croire à l'existence d'une vartole ; i y a alors une espèce d'érytbème papuleux ; mais il est rare pourtant que les faoDtoi» iment très multipliés; ils n'ont d'ailleurs ni la forme, ni la dureté, ni la suHie des papules qui existent au centre des taches varioliques. Ajoutons enfin que le caractère érythématenx des plaques rubéoleuses est presque toujours limité à une partie du corps, à la face surtout : aussi l'existence de taches ayant les caractères précédemment décrits, et existant sur une étendue considérabhi des légumeats, fera toujours recomialtre le véritable caractère de la maladie.

Noos verrons plus tard en quoi la rougeole diffère de la scarlatine, de la roséole, de i'érysipèle , de la miliaire rouge , etc.

Prtmostic. — Dans notre climat , la rougeole est une maladie généralement bénigne ; il n'en est plus de même dans les saisons et les pays \ température extrême, oa bien lorsqu'elle règne épldémiquement. Cependant on observe rarement aujourd'hui des épidémies aussi meurtrières qu'autrefois, si meurtrières qu'eu 1672 elle emportait régulièrement trois cents personnes par semaine (Morton). Le travail de la dentition diez les enfants, chez les femmes l'existence d'une grossesse et l'état poerpéral, sont des circonstances qui aggravent toujours le pronostic. Les convulsioiis, les péléchies, le délire, le développement d'une pneumonie, sont des accidents graves, et qui doivent faire redouter une issue funeste. Il en est de même de la disparition brusque de l'exanthème, lorsqu'elle coïncide toutefois avec quelque complication sérieuse ; car la délitescence seule, indépendante surtout d*ane phleginasie viscérale , parait entraîner moins de périls qu'on ne croit communément : c'est ce qui résulte d'ailleurs du travail de M. Michel Lévy, que nous avons déjà cité.

Etiologie. — Il est peu de personnes qui échappent à la rougeole ; on peut établir, en effet, qu'il y a bien moins de sujets qui lui sont réfractaires qu'on ne voit d'individus non vaccinés l'êlrc à la variole. On a observé la rougeole à tous les Iges de la vie, et, de même que la variole, on l'a vue quelquefois atteindre l'enfant encore renfermé dans le sein maternel. Cependant cette maladie est plus commune dans l'enfance et la jeunesse. Elle règne dans tous les pays du globe et dans toutes les saisons : toutefois elle parait avoir son maximum de fréquence vers Téquinoxo du printemps, tandis qu'elle décroît vers le mois de juillet. La rougeole admet une came spécifique tout à fait inconnue dans sa nature. KUe est essentlellemeDt eoii>tigieiise. Il parak que b contagion est possible depuis le moment où i'énqv

MB DES PIÈVEES.

s*opère jusqu'après la desquamation, et peut-être même jusqu'au Tingtième jour.

Qudques expériences faites d*abord par F. Home en 1758, répétées par Speranza dans l'épidémie de Milan , de 1822, semUeraient prouver que le principe contagieux de la maladie réside dans le sang. Ces médecins ayant, en efiet, pratiqué une légère incision sur les plaques rubéoleuses , et ayant inoculé le sang qui s'en écoulait , ont développé une rougeole régulière après une incubation de six jours, Alex. Monro et Looke disent aussi avoir pu inoculer la maladie avec l'humeur lacr}'male et la salive ; mais leurs obsenations sont moins concluantes que celles des précédents expérimentateurs. Des médecins de Philadelphie , les ayant d'ailleurs répétées, n'ont obtenu aucun résultat. Mais les faits les plus concluants, s'ils étalent suflSsamment authentiques, seraient ceux de Katona, médecin hongrois, qui, dans une épidémie de rougeole , aurait pu inoculer la maladie ^ onze cent vingt-deux personnes, et n'aurait échoué que sept fois sur cent ; chez tous les autres, il serait survenu une rougeole très bénigne, dont les prodromes commençaient au septième jour de l'inoculation ; l'éruption avait lieu, dit-on, le neuvième ou le dixième , la desquamation le quatorzième, et la guérison était complète au dix-septième. Katona pratiquait les inoculations indifféremment avec les larmes des naalades , ou avec une goutte de sang tiré des plaques. (Gazette médicale de l'année 1843.)

Traitement. — Lorsque la rougeole est bénigne, il n'y a aucun traitement actif k faire. Le malade gardora le lit ; on le protégera contre l'action d'une lumière trop vive; on le couvrira modérément; on entretiendra dans l'appartement une température douce et uniforme; on donnera des boissons adoucissantes et pecto* raies. Dans aucun cas , il ne convient d'imiter la pratique de quelques médecins anglais, qui font sur toute la surface du corps des lotions froides, pour diminuer la chaleur fébrile , car on s'exposerait à supprimer l'éruption et à provoquer le développement d'une phlegmasie pulmonaire , si commune dans le cours de cette maladie. Lorsque la fièvre est violente , lorsque la respiration est diflBcile ou qn*il survient quelque complication de nature inflammatoire , la saignée est indiquée. Si quelques circonstances particulières font préférer l'application des sangsues à la phlébotomie , on prendra toutes les précautions pour éviter le refroidissement du corps. On pourra revenir plusieurs fois aux émissions sanguines ; cependant il faut recourir à ce moyen avec la plus grande prudence, et ne pas imiter surtout la pratique de Mead , qui saignait le plus ordinairement dans les deux premières périodes. La disparition brusque de l'éruption exige un traitement différent, suivant la cause qui Ta produite. Dans le cas où elle dépend d'une inflammation viscérale, c'est contre celle-ci qu'il faut diriger la thérapeutique , en même temps qu'on lâchera de rappeler l'éruption au moyen de révulsifs puissants promenés sur la peau. Lorsque l'éruption se supprime sous l'influence d'un refroidissement, le malade sera plongé dans un bain chaud ou mémo encore dans un bain de vapeur; on fera des frictions sèches ou aromatiques , on promènera des sinapismes , on appliquera des vésicatoires , on donnera des boissons diaphorétiques , surtout l'acétate d'ammoniaque ; et s'il existe de la prostration , on ranimera les forces par des toniques et par quelques excitants diffusibles, tels que le café, le thé, l'ammoniaque , etc. La diarrhée est un accident fréquent de la rougeole , et il importe de l'arrêter promptement ; on donne, dans ce but , les mucilagineux et les opiacés. L'opium , moins souvent utile dans la rougeole que dans la variole, convient non eeulement pour modérer le flux intestinal , mais aussi pour calmer la toux quinteuse et sèche dont tant de malades sont tourmentés. Dans les cas où la bronchile provoque une sécrétion considérable de mucosités qui s'accumule dans l'arbre

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, et iNnodoit, sortoQt chez les enfants, beaucoup d'aoxiété et d'oppressm, ■ «hâtera d'administrer un vomitif, et préférabiement l'ipéca. Si la bronchite ènat capillaire , ou insistera sur les boissons pectorales, Téfliétique et les vésisur la poitrine. (Voir cette maladie.) Contre les pneumonies qui survien- B aouYcut, il est diflBdle de beaucoup insister sur les émissions sanguines ; le artre sdhîé à haute dose est généralement plus avantageux. On se conduira, d*aild'aprés les rè|^ que nous établirons plus tard pour le traitement des pneusecondaires. Dans ces cas de complication tboracique grave, les auteurs préconisent l'infusion de feuilles de digitale (/ii) à 80 centigrammes dans 120 gnunaies d'eau) ; mais TefiBcacité de ce moyen n'est pas encore prouvée. SmÊ$ en dirons autant de la pratique du docteur Chiara, de Naples, qui, dans tout le coors de h maladie, donne 2 ou 3 centigranmies d'aconit dans la tisane, et attrihR à ce remède le pouvoir de conjurer les accidents thoraciqnes. Les symptOmes cérfimm » beaucoup moins communs que ceux dont nous venons de parler, céderont aooTcnt à l'application de quelques sangsues derrière les oreilles, et aux révulail portés sur les extrémités; mais il faut prendre garde pourtant de trop insister mr le prunier de ces moyens.

Prcphylaxie. — Lorsqu'une rougeole maligne éclate dans une famille ou dans on pensionnat , il faut se bâter de séquestrer les individus malades. Si l'épidémie est bénigne , peut-^tre convient-il de laisser les enfants communiquer librement entre eux , afin de les mettre à l'abri, pour l'avenir, d'une contagion plus grave. Cest dans ce but que quelques auteurs ont conseillé, dans les cas favorables, l'inocnhtîon de la maladie. Nous serions assez de cet avis : aussi voudrions-nous que les médecins qui ont la direction des établissements où sont réunis beaucoup d'enfants se livrassent à ce sujet à quelques expériments qui, dans aucun cas, ne peu- Tent afoir rien de fâcheux; voilà pourquoi nous n'hésitons pas à les conseiller^ Quant anx moyens prophylactiques vantés dans ces derniers temps en Allemagne, teb que les fleurs de soufre (Tourtual), le mélange par parties égales de vin antimonié d'Huxbam et d'oxymel sciUitique (Wildberg), les fumigations chlorurées (Bemdt), la belladone (Mandt), nous n'en dirons rien, car ils ne méritent aucune OMifiance.

.— MorhttU eonftuênUtî ignU sacer; morbilU ignei; Jèbrit sctiHaiina; fie vie roofi.

La scarlatine est un exanthème contagieux et fébrile , caractérisé par de petits points ronges granités et réguliers, ou par de larges plaques d'un rouge framboise occupant presque toute la surface du corps, s'accompagnant presque toujours d'une coloration analogue dans la bouche, avec angine plus ou moins violente, et se terminant par desquamation à la fin du premier septénaire.

Historique. — U est très douteux que h scarlatine ait été connue des Grecs, des Bomains, et même des Arabes; ce ne fut guère que vers le milieu du xvi* siècle qu'elle fut signalée par Ingrassias, à Naples, où elle régnait d'ailleurs même avant l'an 1500; par Cojttar, médecin â Poitiers, qui l'appelait fièvre pourprée épidé^ mique et contagieuse; enfin par Baillou. Longtemps on la confondit avec la rougeole et avec l'esquinancie ; car on regarde avec raison , dit Jos. Frank , comme ayant appartenu â une scarlatine méconnue, ces épidémies qui, sous les noms d'angine gangreneuse et de gctrrotilloj ravagèrent, au commencement du xvii'^ siècle»

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l'fll^ne, ritalle et b Sicile. La scarlatine, dont Seiinert a^ah d^l tncé les principaux caractères, fut roieuxdécrite par F. Hoffmann, par Sydenham Éirtout, et par Rosen. Elle a été Tobjet de travaux immenses p^klant presque tout le XYiu* siècle, où Ton vit cette maladie n'épargner aucune région de l'Europe. Les travaux qui , depuis quarante ans, ont été entrepris sur la scarlatine otit en presque tous pour but de faire connaître certaines complications ou ont porté spécialement sur Tana'* tomie pathologique et la thérapeutique de la maladie : nous les mentionnerons plue tard.

Anaiomie pathologique. «- La scarlatine ne détermine pas beaucoup de lésions. Une couleur violacée de la peau, de la muqueuse du pharynx et de celle des bronches; quelques ecchymoses dans le tube digestif; une congestion sanguine, plus rarement une inflammation des bronches et des poumons avec une injection pointillée des centres nerveux, sont à peu près les seules altérations qu'on trouve dans les solides. Depuis quelques années on a dit aussi avoir rencontré les follicules intestinaux , et surtout ceux de Peyer, rouges, volumineux, indurés, boursouflés : c'est ce que je n*ai jamais pu vérifier dans aucune des autopsies que j'ai prati* quécs. Quoi qu'il en soit, lorsque les follicules sont altérés , ils ne ressemblent jamais aux plaques gaufrées de la fièvre typhoïde , on n'y trouve point la matière jaune élastique ; ils ne s'ulcèrent pas, et les ganglions mésentériques restent sains. Le sang offre les caractères qu'il a dans toutes les pyrexies , c'est-à-dire que la fibrine est à l'état normal ; elle est diminuée pourtant dans certaines scariatînea graves compliquées d'hémorrhagies.

Les recherches faites autrefois par F. Fischer (1) , celles plus récentes qu'oit doit à Hamilton (2), à M. Rayer (3), ont prouvé que, chez les individus qui suc* combent à la suite de la scarlatine , et par une complication qui n'est pas rare, l'anasarque, on trouve les reins souvent hyperémiés, et pouvant même présenter les altérations qui caractérisent les deux ou trois premiers degrés de la maladie de Bright

Division» — Le cours de la scarlatine se partage en trois périodes , qui sont : l'invasion, l'éruption et la desquamation. On pourrait anssi admettre une période d'incubation plus courte que dans la variole et la rougeole, car elle n'est guère que de trois jours (Heberden et J. Frank).

Première période. — Vinvasion de la scarlatine est marquée communément par des frissons et par de la fièvre , par une angine plus ou moins intense, par un grand malaise et par de la céphalalgie. A ces symptômes se joignent souvent des épistaxis, des nausées, des vomissements, et parfois des accidents nerveux, tels que délire, coma, ou convulsions , S|)écialement chez les jeunes sujets. Ces troubles vont en s'aggravant jusqu'au deuxième jour, époque à laquelle l'éruptloii commence.

Deuxième période^ ou éruption. — La face se tuméfie légèrement, et l'on aperçoit sur elle de petites taches d'un rouge vif ne formant point de saillie, cft disparaissant momentanément par la pression. De pareilles taches se montrent bientôt sur le cou, sur la poitrine et les membres. Au bout de vingt-quatre heures, l'éruption est générale et complète. La peau offre alors une coloration écarlate uniforme, comme si on l'avait barbouillée avec du jus de framboises. Cette coloration existe tantôt par larges plaques irréguliôrcs, séparées par des intervalles où la peau

(1) Journal d'Ekfeland, février 18 J4. — (3) Edinburgh médical and iurgieal Journal, iSaS. — (3) Traité dêê maladicê da retni, t« U, p. A28.

DE LA SCARLATINE. ill

a Mi aap«ct normal ; d'autres fois la coaleur ronge se sumtre uniformémeiinDr

Mie la surface du corps ; toutefois l'exanthème offre une rougeur plus intense et ^ me partout où F^derme a moins d'épaisseur, comme à la partie interne des cooKS* aux aines, sur le scrotum et sur les articulations dans le sens de ia flexion JB ■Kmbres. Assez souvent l'éruption scarlatineuse présente un autre aspect : or, ao hea des larges taches dont Je viens de parier, on voit une multitude de pttito points rouges extrêmement rapprochés les uns deà autres , très réguliers dans Inrdispontifm, ce qui donne à la surface de la peau Taspect de certains granits très fias. Qadie que soit la période de l'éruption, la peau est tendue, ordinaire- BNnt aèche, toujours elle est brûlante; sa température est plus élevée que dans les aou^ fièrres émptives , et les malades y ressentent un prurit plus ou moins âiense. Enfin les pieds et les mains sont gonflés; ils sont le siège d*une gêne et d'«ne roideur notables , qui deviennent surtout incommodes lorsqu'on essaie de flédnr les doigts. Les symptômes généraux et la fièvre persistent à peu près au aéine degré qu'avant l'éruption ; la douleur de gorge augmente , et souvent les guigtions sQfus-roaxillaires s'engorgent. Si l'on fait alors ouvrir la bouche au mafade, on voit la face interne des lèvres et des joues, les gencives, le voile du palais et K8 piliers colorés de la même manière que les téguments. Cette coloration se rencontre aussi sur la langue , mais, en général, un peu plus tard que sur les autres ptrtks de la bonche, probablement à cause de l'épaisseur plus considérable de son ^thélinoL La rougeur framboisée de la muqueuse buccale et pharyngienne est on phénomène presque constant dans la scarlatine ; cependant l'époque de son apparition \me beaucoup. Tantôt, en eflet, elle précède l'exanthème cutané , d'autres km eUe apparaît avec lui ; dans quelques cas, elle lui est postérieure, et n'est môme bien visible que pendant la troisième période. L'éruption cutanée persiste, en génélal, au même degré pendant un ou deux jours. On a dit que sa couleur, moins vive le matin, était plus foncée le soir ou pendant la nuit ; mais cette assertion n'est ooilement prouvée. C'est lorsque l'exanthème a son maximum d'intensité, c'està-dire vers le quatrième ou cinquième jour, qu'on voit souvent, surtout chez les «nlantSf se développer sur les parties latérales du cou, de la poitrine, aux aisselles, aox aines, moins souvent ailleurs, un nombre plus ou moins considérable de petites vésicules semi-sphériques contenant un liquide d'abord transparent, puis un pea opaque : c'est une éruption miliaire telle à peu près que nous l'avons vue dans le cours de la fièvre typhoïde ; les vésicules pourtant, dans le cas de scarlatine, sont plus volumineuses et plus résistantes au toucher, et se rapprochent davantage de celles que nous retrouverons bientôt dans la suette. Lorsque l'éruption dont nons parions existe, on donne à la scarlatine le nom de scarlatine miliaire.

Troisième période , ou desquamation. — Vers le cinquième , ou au plus tard le sixième jour de la maladie , Texanthème pâlit. Les interstices qui séparent les plaques deviennent plus considérables, la peau se tuméfie, la fièvre tombe, le mal de gorge disparaît An huitième jour, il n'y a généralement plus de trace de rougenr. La desquamation commence à se faire dès le cinquième jour sur la face et sur les parties latérales du cou et de la poitrine ; du huitième au dixième jour, elle est bien établie. Elle a lieu par larges plaques : c'est ce qu'on voit surtout aux pieds et aux mains, où l'épiderme d'un orteil ou d'un doigt , après s'être crevassé , être devenu rugueux et blanchâtre, se sépare parfois tout d'une pièce, comme un doigt de gant. Disons pourtant que la desquamation n'a pas de période bien î\xt ; ainsi nous ne l'avons vue quelquefois commencer que vers le quinzième jour, et il n'est pas rare, même quand elle se fait plus tôt, de la voir se prolonger jusqu'après k

Î12 D£S FIËVRBB.

vi4^ûiquièiiie. Ceci dépend le plus ordinairement de ce que TexfoUation de Tépiderme 3e fait deux ou trots fois de suite sur les mêmes points.

Tels sont les symptômes et la marche de la scarlatine qu'on nomme simple ou régulière. Sa durée moyenne est d*un septénaire.

Variétés. — La maladie se présente souvent avec des caractères différents de * ceux que nous venons d'exposer. Ainsi, l'angine, qui a ordinairement une médiocre intensité, peut être beaucoup plus vive , elle peut même devenir le symptôme prédominant : on dit alors que la scarlatine est angineuse (WiUan). Dans cette variété les phénomènes précurseurs sont , en général , plus graves; la douleur et le gonflement de la gorge existent dès le début; la déglutition est très difficile ; les amygdales sept tuméûées et d'un rouge cramoisi; elles se recouvrent, ainsi que tout le fond de la gorge, d'une matière pultacée, grise ou jaune, qui se colore quelquefois en noir, lorsque du sang a été exhalé , et qui se détache aisément et se reproduit de même. Enfin, les ganglions sous-maxillaires sont volumineux, très sensibles ; on les a vus quelquefois, ainsi que le tissu cellulaire du cou, s'abcéder et constituer de véritables bubons scarlatinenx. Dans la scarlatine angineuse» la ûèvre est plus vive; il y a souvent des nausées, des vomissements et de la diarrhée. En général, l'éruption apparaît un jour plus tard que dans la période précédente. Au lieu d'occuper toute la surface du corps, elle n'existe souvent que dans des points limités, comme aux aines, aux aisselles ou aux mains ; elle disparait parfois du jour au lendemain , et la desquamation qui a lieu ensuite se bit moins régulièrement ; celle-ci est en outre plus tardive, et elle se prolonge souvent jusqu'après le troisième septénaire.

Il est une autre forme de scarlatine qu'on a appelée maligne , en raison de la gravité qu'elle présente. Les prodromes offrent encore plus d'intensité que précédemment ; les malades tombent dans la prostration ; la langue et les dents s'encroûtent de fuliginosités, l'haleine est fétide; il y a du délire et du coma, de la surdité, c'est la scarlatine netvense. Le pouls, d'une fréquence extrême, est mou, dépressible ; souvent alors l'éruption , tout k fait éphémère , se montre k peine ; souvent elle paraît et disparait plusieurs fois de suite ; presque toujours elle n'occupe que quelques points du corps au voisinage des articulations, surtout daqs le sens de la flexion ; ailleurs elle prend une teinte livide, et est souvent parsemée de pétéchies et de larges ecchymoses. Des points gangreneux peuvent même se former dans divers points du corps ; le malade rend alors des urines sanguinolentes et des selles fétides; enfin , il meurt tantôt subitement, d'autres fois après une longue agonie.

On voit que , dans les formes angineuse et maligne, l'éruption est souvent peu marquée, partielle et tout à fait éphémère. On conçoit même que, dans un grand nombre de cas, elle puisse passer inaperçue des malades et même des médecins; c'est ce qui arrive en effet fort souvent C'est probablement Si des cas de scarlatine à éruption />ar/iW/e et éphémère qu'il faut rapporter tous ou presque tous les faits qu'on cite comme des exemples de scarlatine sans exanthème. La doctrine de li ûèvre scarlatine sans éruption compte cependant beaucoup de partisans. Heberden, Jk)s. Frank et plusieurs autres autorités la défendent, mais on trouve dans les écrits de ces auteurs bien moins de faits précis que de simples assertions. Quant aux observations rapportées par des médecins contemporains, par Dance [Archives^ 1830), par M. Trousseau {Archives, 1829), par M. Taupin {Tlièse, 18^0), nous croyons qu'elles ne sauraient dissiper tous les doutes et établir d*une manière irrévocable l'existence de la scarlatine sans exanthème.

ZmmplicaiitmM. — Diierses aiïections peuvent coDipliquer la scarlatine ?^ee SML dans les fornoies graves, des bémorrhagies passives ; diverses phlegmasies des ooMS throraciques et abdominaux ; celles-ci néanmoins sont infiniment moins amaoes que dans la rougeole. On observe encore des accidents cérébraux très umhles, tc^ que délire, coma, convulsions et contractures. Ces symptômes, qui mt aaez fréquents chez les enfants, simulent quelquefois chez eux une méningite; fepwdanl il est rare d'observer sur le cadavre des traces de phlegmasie intra^ oiueoiie ; presque toujours les accidents nerveux observés pendant la vie ne bMent d^aatres vestiges qu'une forte congestion, et, dans quelques cas, un épaBchement séreux plus ou moins considérable dans les ventricules cérébraux. Ju rencontré plusieurs fois des douleurs rhumatismales dans le cours de la scarlatine. La maladie offre alors une forme plus ou moins irrégulière, plus ou moins aoinale. Cette complication , quoique assez rare , a pourtant été observée parfois fane oianîère presque épidémique. Diverses affections cutanées peuvent encore complîqiier la scarlatine. Nous avons parlé déjà de la miliaire, nous pouvons -aussi citer l'érysipèle, les fnroncules et surtout Turticaire. Celle-ci même n'est pas fort rare pendant la période de desquamation. Enfin , tous les auteurs parlent de la romplicatîon de la scarlatine par les autres fièvres cruptives , par la variole et la rougeole. Cette complication fort rare a été étudiée récemment par M. M^illemin tossa thèse (18/i7). Ce médecin a établi que, lorsque la scarlatine survient en iBème temps que la variole, ou lorsqu'au milieu de son cours cette dernière vient se joindre à elle, ces deux exanthèmes se développent simultanément ; la scarlatine s'est pas arrêtée, mais presque toujours le développement des deux éruptions se fait r^lièrement. Si c'est la rougeole qui complique la scarlatine, parfois elles se développent simultanément sans se troubfer, ou bien elles se modifient récipro-» quement ; la durée de chacune est abrégée. Enfin, dans les cas plus fréquents peutêtre où elles se succèdent immédiatement , on n'observe aucune modification des deux maladies Tune par l'autre.

Récidives. — Ces récidives sont pour le moins aussi rares^pour la scarlatine que pour la rougeole. Cependant J. Frank et d'autres médecins étrangers , ainsi que MM. Rayer, Barthez, Rilliet, citent dans leurs ouvrages des cas incontestables de récidives ; j'en ai observé un cas très bien constaté chez la fille d'un de mes colléfoes ^ la Faculté qui fut atteinte deux fois de scarlatine intense à deux ans d'interîalle. Il paraît que des sujets ont même montré une prédisposition très extraordinaîre Si contracter la scarlatine; ainsi on parle d'une personne qui aurait éprouvé dans sa vie sept atteintes de scarlatine (Jahn), et une autre dix-sept (Henrici).

Anamrque consécutive. — L'anasarque est l'accident le plus fréquent qu'on observe pendant la convalescence de la scarlatine. Signalée vaguement par Sennert, mieux étudiée depuis par Storch , Navier, et Plenciz , etc. , elle a été plus récemnieot, en Angleterre surtout, l'objet de travaux importants. L'anasarque se déclare ipédalement chez les enfants, dans les saisons froides, humides ; elle succède souvent Si un refroidissement , mais le plus ordinairement elle survient sans cause déterminante appréciable. Elle se montre communément dans le courant du troi- Bème on du c[uatrième septénaire de la maladie, rarement plus tard. Les malades, qui avaient été jusqu'alors dans un état satisfaisant , se plaignent tout à coup de btigoe, de malaise, d'insomnie ; leur figure est pâle et bouffie, les paupières surtout sont tuméfiées; l'oedématie occupe bientôt les pieds, les mains, le scrotum, et envahit enfin toute l'habitude du corps. Des épanchements séreux peuvent se fmner aussi dans les plèvres et surtout dans le péritoine. Dans ce cas, l'urine est

T. i. — 6« iniT. 8

li/| DES PlkVRKS.

moins abondante; sa |)esameur spécifique est dipuinuée (Haïuiltonel Wood) ; elle est trouble, d*un rouge brun, H contient une plus ou moins grande quantité de sang; quelquefois elle est pâle, décolorée; si on la cbanlTe ou si Ton y verse une certaine quantité diacide nitrique, on produit aussitôt un coaguluui plus ou moins abondant, formé par de Talbuiuine. 1/altératiou de la sécrétion urinaire n'est pas un phénomène constant. Si M. Legendrc Ta trouvée chez les quatorze sujets dont il a examiné les urines (1),]MM. Guersant et Blache, par contre. Font vue manquer chez un tiers des enfants hydropiques qu'ils ont traités (2). Les symptômes généraux varient suivant que Tanasarque suit une marche aiguë ou une roaixhe chronique. Dans le premier cas, il y a de la Gèvre, de la céphalalgie ; l'œdème est dur, résistant ; dans la forme chronique, au contraire, il n'y a pas de fièvre, et la peau, presque froide, conserve facilement et longtemps l'impression du doigt Divers autres accidents peuvent survenir encore : ainsi beaucoup de malades vomissent et ont de la diarrhée; la plupart éprouvent quelques symptômes du côté des organes thoraciqnea, car la bronchite, la pleurésie, l'hydrolhorax, l'œdème des poomons, mais la pneumonie surtout , sont des complications extrêmement communes dans Tanaaarque consécutive de la scarlatine; enfin , il y a quelques individus qui succombent rapidement dans un état comateux ou à la suite de convulsions. L'auasarque, après avoir présenté des altemalives en bien et en mal, linit par diminuer peu à peu, et par disparaître tout à fait. Sa durée est, en général, longue; il est rare qu'elle persiste moins de deux ou trois semaines, et le plus souvent elle se prolonge pendant un , deux , cl parfois même trois mois.

Un grand nombre de ces hydropiques succombent, et ï l'ouverture de leur corps on trouve, le plus souvent , dans les reins, quelques unes des altérations que nous ferons çonnalure plus tard, comme caractérisant la maladie de Bright II existe en ovtre des lésions accidentelles dans divers viscères, spécialement dans l'intestin et dans la poitrine, car la plupart de ces malades sont emportés par une maladie intercurrente, comme une entérite, et surtout une phlegmasie de la plèvre ou des pounoons.

L'apasarque est une complication assez commune de la scarlatine, mais dont la fréquence varie néanmoins beaucoup dans les différentes épidémies. Dans celle qui régna à Edimbourg, de 1835 à 1836, elle est survenue dans un septième des cas environ (Wood), MM. Barthez et Rillict l'ont notée chez un cinquième de kurs malades. Elle se déclare indifféremment après les scarlatines graves comme après celles qui ont été le plus bénignes. Elle est beaucoup plus fréquente dans tes hôpitaux qu'en ville,, dans la classe pauvre que la classe aisée. Nous redirons cncere qu'un refroidissement est sa cause déterminante la plus ordinaire. Pour la produire il n'est pas nécessaire que l'impression du froid soit continue, mais il suffit souvent pour cela de Timpression la plus passagère, la plus fugace. On a cru dans cc^i cas que l'hydropisie sunenait par la suppression ou la diminution de la perspiration cutanée ; la chose est possible. Cependant on ne peut s'empêcher de rapprocher ces hydropisies de celles que nous décrirons dans une aulre classe et qui survenant également sous l'influence d'un refroidissement brusque, reconnaissent pour cauK organique une altération du sang , ou une diminution dans la proportion d« ion albumine. Celte diminution semble être tantôt primitive, ailleurs elle est consécutive à une altération des reins; dans ce dernier cas, de l'albumine étant éliminée

(1) llecherc/tei anaWmo-patkologiques sur quelque» maladie» de l*en[tmce. p. ai 7.

(2) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, art. Scablati.'vi.

pv OS oiigauie», l'urioe doiiue uu précipité floconneux quand ou la traite par l'acide

wiâfate ou par b chaleur. Lorsque par contre les rein^ sont sains, les urines ^eot bien être pâles, anémiques, mais elles ne contiennent pas d'albumine.

Ikagnosiic. — Nulle difficulté pour distinguer la variole de la scarlatine , car la pemière ne présente au début ni plaques rouîmes ni pointillé régulier, mais de petites Ucbes rouges au centre desquelles est une élevure. On pourrait plus facile-^ utt cottfondre la scarlatine et la rougeole, cependant ces deux maladies diffèrent kesDConp Tune de l'autre, i" par les prodromes; 2"* |)ar les caractères de l'érop- &m; 3* par la manière dont la desquamation se fait.

Les prodromes de la rougeole sont remarquables par les symptômes de catarrhe ^'oa obserTC du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, tandis que riea de pareil n'a lieu dans la scarlatine. Dans celle-ci ou constate presque toujours ne aogîoe assez forte, tandis que cette affection est très rare dans la rougeole; ou hieo quand elle existe, elle est toujours très peu marquée, et dans aucun cas les BMiqueuses buccale et pharyngienne ne présentent cette coloration écarlate qu'elles ont dans la scarlatine; cniiu les prodromes ont une durée bien plus longue dans la première qne dans la seconde. Quant à l'éruption, elle est écarlate^ fromtboisée dans la scarlatine, et d'un rouge beaucoup tuoim foncé dans la rougeole. Dans celles:! • d'ailleurs, il n'y a rien de régulier ni dans la couleur, ni dans la forme, ii dans l'étendue et la saillie de Téruptioii. Dans la scarlatine, au contraire, tout est régulier ; c'est ce qu'on remarque particulièrement pour la forme pointillée ou Srauitée, qui est celle qu'on pourrait le plus facilement confondre avec la rougeole. Enfin, le mode de desqtiamalion diffère essentiellement dans les deux maladies qne je compare , puisque dans la rougeole l'exfoliation est insensible , ou bien l'épiderme se déuche sous forme de lauielles furfuracécs, tandis que dans la scarlatine ce sûot de larges plaques , de gros lambeaux ayant plusieurs centimètries de lon-

jpKur.

11 n*est pas très rare de méconnaître une scarlatine et de ne croire qu'à tme aegine. Dans la forme angineuse, eu effet, l'exanthème est quelquefois partiel, sa dirée e^ souvent éphémère , de telle sorte qu'il peut passer inaperçu : on peut ciwe alors à l'existence d'une esquinancie ordinaire ou d'une angine pultacée ou coaenueuse. Celte erreur a été évidemment commise par Fothergill ; il est facile, fQ effeC , de se convaincre que l'épidémie qu'il a décrite sous le nom de mai de 'j^ge avec ulcères n'était autre qu'une scarlatine angineuse. On ne commettra point une pareille méprise, si l'on a égard aux symptômes généraux, plus graves dans la scarlatine que dans l'angine sunple, à la coloration écarlate des amygdales, àa pbaryux et de la bouche. Quand une angine coexiste avec un appareil fébrile intense et saiiS proportion avec l'étendue de la phlegmasie, il faut procéder à un euoien attentif de toutes les parties du corps, et souvent alors on reconnaîtra sur divers points quelques rougeurs partielles, framboisées, uniformes ou granitées, sans dureté du derme, très superlicielles ; ces rougeurs ont existé chez tous les matiin de Fortbergill, mais cet auteur en méconnut les véritables caractères, puis- 1(8*11 les regardait comme étant seidement érysipélateuses. (Voir plus loin l'histoire de Yangine couenneuse.) L'érysipèle pourtant, par sa circonscription à une partie pen étendue, par la dureté du derme, par sa marche progressive, n'a aucune ressemblance avec la scarlatine , et cependant dans quelques cas nous croyons qu'on a fait erreur. Ceux, par exemple, qui ont cru à des érysipèlcs universels occupant fiinultanément toute la surface du corps , ceux-là , d'apros nous, se sont mépris vK ont méconnu une scarlatine.

Pronostic. — G*est à torique Sydenhain a signalé la scarlatine comme uAe maladie bénigne, et qui ne pouvait devenir fatale que par Timpéritie du médecin. On doit dire, au contraire, avec Darwin , que la gravité de celte affection varie, suivant les épidémies, depuis Tinnocuilé d*one piqûre de puce (quelquefois il ii*y a pas même de fièvre) jusqu'au danger de la peste, du choléra et des varioles confluentes. Toutes choses étant égales d'ailleurs , la scarlatine est plus grave chez Tadulte et le vieillard que dans le jeune âge ; l'état puerpéral est aussi une circpnstance aggravante. Les scarlatines qui s'accompagnent d'hémorrbagies et d'accidents nerveux ont le plus souvent une issue funeste. L'anarsaque qui succède à la scarlatine est souvent plus grave que la maladie elle-même, surtout lorsqu'elle suit une marche aiguë. Le pronostic est plus fâcheux lorsque les urines sont albumineuscs, que lorsque ce phénomène manque, en raison de l'altération des reins que ce phénomène révèle. Le pronostic de l'anasarque est grave encore par suite des sérieuses complications qui surviennent si fréquemment du côté des organes pectoraux.

Ètiohgie. — Les observations de Clarke , Ileberden , J. Frank , prouvent : i"* que les enfants au-dessous de dix ans sont plus spécialement sujets à la scarlatine; 2'' que jusqu'à vingt ans, celle-ci affecte h peu près également les individus de l'un et de l'autre sexe , tandis qu'après cet âge elle est plus commune chez les femmes. L'état puerpéral prédispose ces dernières à la contracter. MM. Rilliet et Barthez ont émis l'opinion que la scarlatine atteignait rarement les enfants tuberculeux, et cette proposition nous paraît également vraie pour l'adulte. La scarlatine aiguë règne dans toutes les saisons ; mais elle sévit plus spécialement à l'équiuoxe du printemps ou à l'automne. Elle est essentiellement contagieuse, et il est à croire, avec MM. Blache et Guersant, que cette fâcheuse propriété n'est pas toujours éteinte après plus d'un mois. On dit que Stoll a pu l'inoculer; mais Petit-Radd l'a vainement tenté. Quoique cette maladie soil fréquente , on peut dire pourtant que le nombre de^ individus qui lui sont réfractaires est plus considérable que le nombre de ceux qui résistent à la rougeole ou à la variole.

Traitement, — Dans la scarlatine simple, il faut abandonner le malade à h nature. Iji diète, le repos au lit , les pédiluves , les boissons acidulés , tempérantes, une température douce, sont les seuls moyens qu'on doive employer. Les malades seront modérément couverts. La saignée n'est utile que lorsque la réaction est vive, le pouls large, dur, et qu'une congestion active a lieu du côté de qnelque viscère.

Currie, Thomson, Bateman et plusieurs autres médecins anglais ont beaucoup |)réconisé, dans la scarlatine, les lotions acidulés, les aspersions froides, lesaffnsions générales. Ils ont prétendu que ces moyens modéraient la chaleur, diminuaient la fréquence du pouls, procuraient du sonmieil et excitaient une transpiration salu-' taire; mais l'expérience n'a pas encore prononcé sur refticacité de cette méthode, dont l'emploi n'est peut-être pas sans danger. Dans la scarlatine bénigne , Tangine devient parfois assez violente pour rendre nécessaire l'application de sangsues sur les parties latérales du cou. Les médecins anglais ont plutôt insisté , dans ces cas, sur l'usage des purgatifs. Si la faiblesse du malade empêchait de tirer du sang, et si, d'autre part, quelque complication abdominale rendait l'emploi des purgatib impossible, il faudrait combattre l'angine par des révulsifs cutanés, et surtout par un large vésicatoire appliqué h la nuque. Les gargarismes émollients sont utiles lorsqu'il n'existe pas trop de gonflement; on peut aussi , vers la fin , ajouter une petite quantité d'acétate de plomb (eau, 120 grammes; alcool, 15; vinaigre, 8; acétate de plomb, 50 centigrammes). Si l'angine devenait gangreneuse, on aurai!

fMoiirs aux gai*garisiiies faits avec une décoction de quinquina, avec ou sans alcool oophré, ou bien on y associe un quart de solution de chlorure d'oxyde de sodium, ^Faina ou de l*acide cblorbydrique , moyen qu'il faut combiner ayec un traite- ■ent tonique général. Quelques médecins ont préconisé le cblore, à la dose de S grammes , à titre de spécifique; d'autres ont conseillé l'administration de l'éméliqHe à des doses voqiitives, toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures ; mais acon liait ne prouve l'utilité du chlore. Quant aux vomitifs , ils ne conviennent ^ dans les cas de complication saburrale , ou bien lorsque des mucosités ou des buBCB membranes existent dans l 'arrière-gorge ; alors les efforts de vomissement fn*ik provoquent expulsent facilement les matières qui obstruent le pharynx.

Dans la scarlatine maligne , et surtout dans la fonue nerveuse , Thomnle de l'art ■e peut employer que des remèdes presque toujours impuissants. Ainsi, les révulàk calaoés, comme les vésicaloires^ les bains tièdes , le carbonate d'ammoniaque Taoté en Amérique surtout (U^ \Q grammes dans une potion), les purgatifs, les ànétiqnes, les acides, les tonique^, les antispasmodiques, surtout le camphre et le msc 9 sont presque toujours sans action. £n est^li de même des affusions ou des loCJODS froides tant préconisées par Currie, parGregory, par Bateman, par Nasse, ctpar nne foale de médecins distingués d'Allemagne etd'Angletierre? M. Schedel, ^ans son livre sur l'hydrothérapie, s'en montre partisan après avoir vu employer ce trailenient dans l'établissement célèbre de Grsfemberg. Quelque opposée que soit cette pratique aux idées régnantes, il est avéré cependant, en consultant les meil* leon témoignages, qu'on n'aurait jamais eu à lui reprocher des accidents sérieux* £n France , personne n'a encore osé expérimenter la méthode de Currie. Nous croyons que, si l'on doit s'en abstenir dans la scarlatine simple, il faudrait au contraire y recourir dans la forme grave ou maligne, lorsque les forces sont anéanties, kNTsqne le pouls est petit, la chaleur brûlante , lorsqu'il y a de l'agitation et du délire. On a vu souvent, en eiïet, ces accidents se calmer et s'amoindrir rapidement après l'emploi d'une affusion froide. Il y a plusieurs manières d'appliquer la méthode : les uns, avec Currie, projettent sur le malade, préalablement placé dans Boe baignoire, cinq ou six seaux d'eau froide ; tandis que Nasse et d'autres se bor- Bent à faire des lotions d'eau froide pure ou vinaigrée. Quel que soit le système qa'on adopte, iIim))orte de savoir que la sédalion n'est souvent que passagi^re , et qoll faut revenir souvent une ou plusieurs fois à l'application du froid pour déterminer une amélioration persistante.

Pendant la convalescence , et même plusieurs semaines après la guérison complète, il faut préserver les malades de toute espèce de refroidissement, et surveiller kar régime. Nous voulons que, pendant la saison froide , ils ne sortent pas avant sii semaines ou deux mois, et qu'ils soient couverts de flanelle de h tête aux pieds. Si, malgré les soins dont on entoure les malades, l'anasarque néanmoins survenait, on devrait, si la fièvre continuait, recourir à une ou plusieurs émissions sanguines, pourvu cependant qoe Tétat du pouls le permît. M. Rayer a obtenu, dans ces cas, fhcnreux effets de l'application de sangsues et de ventouses sur les régions rénales. Les bains tièdes sont également utiles. On devra, au contraire, s'abstenir d'admî- Bîstrer les diurétiques énergiques, dont le danger avait déjà été signalé, il y a plus fon siècle, par les médecins florentins. — Dans la forme apyréiique de l'ananrque , on excitera la transpiration cutanée par l'emploi des sudorifiqucs et surtout des bains de vapeur; on fera des frictions sèches, aromatiques , toniques ; on

donnera qoekpifs purgatifs, et, si le sujet est faible et anémique, on prescrira ■-

quinquina Cf surtout les préparations de ferr

*** DES PrÈVRES.

Prophylaxie, — Comme on ne sait pas an juste l'époque à laquelle la scarlatine cesse d'être contagieuse, il est prudent de ne fréquenter les individus qui en ont été atteints qu'à la fm du cinquième ou sixième septénaire. On a préconisé un grand nombre de remèdes comme jouissant d'une vertu prophylactique contre la maladie : tels sont les purgatifs, les exutoires, le calomel, les acides à rintérieur et en lotions , la gentiane, le goudron , etc. , mais ces substances n*ont point l'effet qu'on leur a attribué. Depuis quelques années , les médecins allemands ont beaucoup vanté la belladone. On conseille de dissoudre iO centigrammes d'extrait de belladone dans 32 grammes d'eau de cannelle, et d'en donner chaque jour aiit enfants de 3 à 4 gouttes pendant toute la durée de l'épidémie. D'autres préfèrent b teinture éthérée, qu'on prescrit à la dose de 6 à 10 gouttes par jour chez les enfants de huit à dix ans. Des faits très nombreux semblent déposer en faveur de la verta préser^'atrice de la belladone. On trouvera , par exemple , dans le tome II de la bibliothèque de thérapeutique de M. Bayle , que , sur 2027 individus soumis I l'administration prophylactique de ce médicament, il y en a en 1948 qui col échappé à l'influence épîdémique. Une foule de médecins étrangers, notammeiK Zeuch, Schenk, Bemdt, Kœhler, Dutersberg, ont cité des cas nombreux favorables à l'action du remède. Ce dernier a éprouvé l'efficacité de la belladone dans trob épidémies successives ; pour rendre ses résultats plus concluants, il omettait volon* lairement de donner le préservatif «^ un enfant dans chaque famille, et celui-là était le Qeul qui fût atteint Quelquefois pourtant la maladie frappait ceux qpi n'avaient pris ta belladone que pendant quatre ou cinq jours; mais la maladie était alors très bénigne chez eux. Quelques médecins français ont également éprouvé daos ces derniers temps les heureux effets de la belladone ; je citerai , entre aatret« Guersant et Delens à Paris, et surtout MM. les docteurs Godelle à Soissons, et Stévenard à Valenciennes. Ce dernier ayant donné la belladone à quatre cents personnes, toutes furent préservées, tandis que la maladie atteignit des individos de la môme localité placés dans des conditions identiques, mais qui n'avaient pas élé soumis au traitement préventif. D'après tous ces faits, on ne saurait s'eœpôchef , en cas d'épidémie, d'administrer la belladone : cette administratioii ne peni avoir d'ailleurs aucun inconvénient

DE LA SUETTB MITJAIBE.

SYVOTmil. — Mitiarit tudatoria; #uettc de# Picardi, nèirre suaote.

La suetle miliairc est une sorte de fièvre éruptive qui règne presque toqjeofi épidémiquement« et qui offre, pour principaux symptômes, des sueurs trèa akop* danles, accompagnées d'uoe éruption miliaire et le plus souvent aussi d'une CQa<r striction douloureuse à l'épigastre.

Historique, — Rien ne prouve qu'Hippocrate et ses successeurs, jusqu'aq iniUtii du xvir siècle, aient connu cette affection. Il est même très douteux qu'on puinî rapporter à la suette miliaire la terrible maladie connue sous le nom depe$iewidf guette britannique, qui, pendant quarante années, à dater de 1686, exerça les plus grands ravages dans une partie de l'Europe. Quant à la suette miliaire que je vaia décrire, il n'existe dans la science aucune description qui atteste qu'elle ait régné épidémiqucment avant les années 1713 ou 1718. Bornée d'abord à la Picardie, eHc a gagné plus tard les pays voisins, et a successivement occupé les départements ,de la Seine, de Seine-et-Oise, de la Loire-Inférieure, de l'Eure, de Seine-et<|tfame;

DE LA SUETTE MlMAlRK. 11^

f>aiiiêm« gagné l'Allier, le Bas-Rhin, le Puy-de-Dôme , TAube, la Hante-

r»tfmoe, le Rhône, la Dordogno, la Vienne, rHérauU, etc. ; on la voit sévir presque M les ans dans quelques localités. L'une des épidémies les plus remarquables IbtcHIe de 1 821 , qui eut lieu dans lo département de l'Oise ; M. Rayer nous en a yi«é une bonne relation. On lira aussi avec intérêt, dans la Gazette de 1839» rhirtoire d*une petite épidémie observée par MM. Barthez, Gnéneau de Mussy et Uidoaiy ; le tome \ des Mémoires de l' Académie de médecine renferme la relahn complète de la dernière épidémie (18&1) du département de la Dordogne, par H. le docteur Parrot. Enfm la suette, qui, en 1865, a régné à Poitiers et dans ses evffîroiis, a inspiré plusieurs travaux estimables : nous citerons surtout le Mémoire de M. Loreaa, celui de M. Gaillard, et l'excellente relation que M. Oriliarda piblîée daoH le 1 1* Bulletin de la Société de médecine de Poitier:t.

Ànûiamie pathologique, — Les recherches anatomiques sont encore très incom< piétés. On dît que la muquensedc l'estomac est souvent rouge, que le cerveau fit injecté , et que les ventricules contiennent de la sérosité. Quelques personnes Mt même parlé d'une éruption vésiculeuse qui se serait développée dans l'intestin t nais les dernières épidémies n'ont fait découvrir aucune lésion spéciale, si ce n'est peat-éire an développement insolite du foie sans altération dans sa structure , et Qoe augmentation considérable du volume de la rate, laquelle est alors ramollie et diflaenie. Ces lésions sont les seules qui aient été le plus habituellement rencontrées par 31. Parmt, dans l'épidémie de la Dordogne. Il faut y ajouter l'état du suif«qai, en sortant do la voine, est d'une couleur rouge presque cerise; il se ooagole lentement ; son caillot est mou , souvent difllucnt , jamais couenneux. Ces caractères simt absolument ceux que M. Parrot a notés dans la suQtle de Périgueux. Je les ai également vérifiés à Poitiers, dans cette épidémie meurtrière de 18/i5, dont le gouvernement m'avait chargé d'aller étudier la nature.

Sffmfjiômex et marche, — La suette miliaire est souvent précédée, pendant i^lqoes jours, de malaise, de lassitude et d'anorexie, avec ou sans vomissementii et diarrhée : d'autr(*s fois le début est brusque : ainsi les malades, s'étant couchés bien parlants, se réveillent dans la nuit inondés de sueurs. Celles-ci , qui constiloent un des phénomènes prédominants de la maladie, en marquent le plus amvent le début. Elles coïncident a\ec un grand malaise, avec ime céphalalgie ^ivorbitairc, parfois très vive , accompagnée d'un sentiment de constriction douffureuse à Tépigastre et d'un poids énorme qui , pressant sur le sternum , s'oppo- !ierait à la dilatation du thorax; ajoutons encore à cela des palpitations assex pénibles, souvent avec tendance aux lipothymies et aux syncopes. Les sueurs ont, d«« le début, une abondance excessive; elles |)énètrent les vêlements, les couvertQfM et jns(|u'au lit des malades. On a dit qu'elles exhalaient une odeur fétide , méphitique, que l'on a comparée à celle de la pallie pourrie; mais je n'ai rien noté de semblable à Poitiers. A cette même époque, la face est injectée , la soif est plus ou moins vive , mais rarement proportiotmée h l'abondance des sueurs ; la bogue est blanche ; l'urine rare, rouge ; il y a parfois de la dysurie et presque toujours de la constipation ; le pouls est ample, d*iinc fréquence modérée (80 pul- Mioos) : cependant, chez quelques malades, la réaction fébrile est plus grande, et le pouls atteint 120 pulsations. Ces symptômes persistent deux, trois ou quatre jours, et offrent souvent une ou deux exacerbations quotidiennes , mais sans pré* miter ordinairement rien de régidier. Du deuxième au troisième jour, ordinaimuent pendant la nuit, et le plus souvent au milieu d'un de ces paroxysmes fébriles, les malades accusent des picotements violeqts sur tout le cor]pft , i|il

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meut daus le dos; d'autres ressentent dans ces parties un prurit iocommodc; beaucoup se plaignent d'un sentiment de gêne, d'engourdissement, de raideur dans les membres , surtout dans les mains , absolument comuae si une scarlatine allait débuter; j'ai noté ce phénomène dans presque tous les cas. C'est au milieu de cet ensemble de symptômes qu'une éruption apparaît.

Celle-ci se montre sous deux formes principales : le plus souvent on voit oatlre une multitude de petites taches irréguUères, ayant à peu près la même nuance que les taches de la rougeole, disparaissant comme elles par la pression du doigt, et ofTrant à leur centre un point saillant et dur formé par une petite vésicule remplie d'un liquide transparent. Ces vésicules, moitié plus petites qu'un grain de millet, sont appréciables à la vue; mais il faut quelquefois, pour les découvrir, s'armer d'une loupe. Dans quelques cas cependant, même avec cet instrument, on ne dis* tingue aucun point vésiculeux sur les saillies , qui sont alors constituées par de petits boutons durs, par de véritables papules; celles-ci pourtant n'existent jamais que sur quelques points circonscrits , et tôt ou lard elles se transforment en vésicules. Telle est l'éruption que Ton nomme miliaire rouge. Une autre forme d'éruption, qui existe rarement seule, est constituée, conune la précédente, par des vésicules diaphanes; elle ne s'accompagne pas de rougeur des téguments, elle ressemble tout à fait aux sudamina , et ne se distingue de ces derniers que parce qu'elle est beaucoup plus résistante , et qu'elle ne se laisse pas écraser comme eux par la pression du doigt : c'est Ih la miliaire blanche. Quelle que soit sa forme, l'éruption miliaire commence ordinairement sur la face antérieure de la poitrine, puis on la voit dans le dos, à la partie antérieure des avant-bras et sur le reste des membres; die respecte presque toujours la figure, du moins c'est ce que j'ai constaté à Poitiers. Elle se montre dans tous ces points plus ou moins abondante; sa confluence est telle parfois, qu'on peut à peine saisir l'interstice qui sépare chacune des vésicules ; lorsqu'il en est ainsi, la peau oiïrc une couleur rouge uniforme ou par larges plaques; elle a un aspect inégal et chagriné qu'on distingue très bien en promenant les doigts à sa surface. L'éruption n'a pas lieu simultanément partout; en général, il se fait plusieurs éruptions successives, à douze ou vingtqdatre heures de distance les unes des autres ; elles sont toutes marquées par un redoublement dans les sueurs, dans la fièvre, dans l'oppression et dans l'angoisse épigastrique.

L'éruption une fois complète, on voit les sueurs diminuer, souvent même il n'y a plus que de la moiteur ; la fièvre persiste en général au même degré ; la constriction épigastrique et l'oppression reviennent encore de temps en temps, mais la céphalalgie cesse. Vers le troisième jour de l'éruption, le liquide contenu dans les vésicules devient opalin. Les petites tumeurs se rident, s'aiïaissent, la rougeur des téguments pâlit et s'éteint, la fièvre tombe, l'oppression ne se renouvelle plus, et vers le sixième ou septième jour de l'éruption, la desquamation commence. Elle a lieu ordinairement par petites écailles furfuracées, quelquefois par larges |daques comme dans la scarlatine. Elle est lente \ se faire ; nous Tarons vue se prolonger pendant six ou sept semaines, ce qui dépend sans doute en grande partie de ce que, pendant la desquamation, et même à une époque où la convalescence est déjà avancée, de petites éruptions partielles ont encore lieu sur le tronc et les membres. Celles-ci sont seulement annoncées par quelques sueurs, mais ne s'accompagnent guère ni de fièvre ni de constriclion ihoracique.

On voit, par ce qui précède, qu'il serait possible d'établir dans l'étude de la suette les mêmes divisions que da^^s les autres fièvres éruptives, c'est-à-dire qu'on

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^nrait admettre, comme dans celle-ci, une période d'invasion durant ordinaire- BMt de deux à quatre jours, et une période d'éruption. Mais dans la sucttcce sont ia émptioos successives qui se répètent plus^ou moins; elles cessent, en général, i^rés quatre, cinq on six jours, pour Ôtre remplacées par une période de desqna« ■alioo dont la dorée est illimitée.

Cependant la soette ne suit pas toujours une marche ^ussi régulière, et elle ne « piésente pas constamment avec la même physionomie. On volt dans toutes les épidémies, et nous-méme avons rencontré à Poitiers des cas d'une bénignité atrême. Ainsi les individus, après avoir mouillé quelques chemises, présentaient mt émplion discrète, bornée à quelques points du corps, et cela presque sans fèfre, sans céphalalgie ni constriction épigastrique ; de sorte qu*en trois ou quatre jours ces malades étaient guéris ; quelques uns môme n'ont pas été obligés d'interrompre leurs occupations. Cependant de pareils cas sont rares ; il est beaucoup pins commun de voir la maladie revêtir un caractère fâcheux, tantôt dès le début, k pins souvent ^ une période plus ou moins avancée. En général» la gravité du mal tient à la prédominance des accidents nerveux: ainsi la céphalalgie est atroce, il y a dn délire, du coma, des convulsions, des contractures, des soubresauts et ia syncopes; mais les malades se plaignent surtout de l'épigastralgie et de la constriction thoracique ; ils sont souvent alors dans un état de suffocation immineote. Dans ces cas, l'anxiété est extrême; le pouls prend une grande fréquence, les traits se décomposent , et pour peu que cet état se prolonge , ou que les accès d'oppression se rapprochent, la mort ne tarde pas à arriver. Il est des indi- Tîdos, enfin, chez lesquels le caractère grave de la maladie se révèle bien moins par la prédominance d'un seul symptôme que par un ensemble d'accidents fâcheux : ainsi le pouls s'accélère et faiblit, les sueurs se suppriment, la^ peau devient aride et brûlante, l'éruption pâlit et s'affaisse, la langue se sèche; il survient enfin un état de subdelirium, présage presque certain d'une mort prochaine.

La suette, à l'instar des autres fièvres éruptives, suit parfois utic marche anomale; c*est ainsi qu'on prétend avoir vu Téruption manquer tout à fait. Mais c'est là 00 pcNUt qui n'est pas encore bien établi. Les sueurs mêmes peuvent également faire défaut; la peau est alors aride, ou bien il n'y a qu'un peu de moiteur. L'absence des sueurs se rencontre peut-être plus rarement dans les cas graves que dans les cas bénins.

Durée, — La suette a une durée très variable : quelquefois ses diverses périodes se succèdent si rapidement, qu'en trois ou quatre jours les individus sont en pleine convalescence; ailleurs, au contraire, les accidents se prolongent pendant deux septénaîres. La durée moyenne pour les cas bénins est de sept à huit jours, et de quatorze à seize pour les cas graves qui guérissent. La mort arrive le plus souvent do troisième au quatrième jour : cependant quelquefois la terminaison funeste a lieu après douze ou quatorze , tandis que d'autres malades , comme foudroyés, périssent après quarante-huit, vingt-quatre, douze, six et même trois heures. M. Parrot a vu des cas semblables dans l'épidémie de Périgueux.

Canvaiescenee. — La convalescence dans la suette est presque toujours plus ou moins longue et pénible : ainsi les individus restent pendant assez longtemps faibles, anémiques; ils sont plus ou moins amaigris, ils éprouvent des vertiges et de riosomoia Quelques uns ont des rechutes caractérisées par du malaise, par un |)eu de fièvre, par des sueurs, ou seulement par de la moiteur et par une éruption miliaire partielle. Ces symptômes ont généralement une durée assez courte et sont sonoBC exempts de tout péril.

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Diagnostic, — La suetie iie aurait être confondue avec aucune autre affection* £n effet, ia constrictiou épigastrique, les sueurs excessives et l'éruption miliaire bt caractérisent suflisanimeut et la différencient de toutes les affections. On ne pourrait d'ailleurs la confondre qu'avec |a rougeole ou la scarlatine. Mais elle diffère i% la première, non seulement par les symptômes spéciaux que nous venons d'énumérer, mais encore par l'absence de coryza ot de catarrhe brondiique. Elle se distingue aussi de la scarlatine par l'absence d'angine et de la coloration des muqueuses buccale et pharyngienne , ainsi que par la nuance et la disposition de U rougeur des téguments. Je ne chercherai |)as en quoi la suette diffère de la fièvre qu'on a appelée miliaire, et dont les médecins ont tant parlé dans la seconde moitié du dernier siècle; car il est prouvé actuellement que sous celte dénomination on confondait toutes les maladies aiguës et même chroniques dans le eours desquelles survenait une éruption de sudamina. L'éruption miliaire était toujours l'echer* chée avec le plus gr^nd soin par nos devanciers ; et toutes les fois qu'ils en constataient l'existence, ils on faisaient le symptôme essentiel et prédominant, tandis que ce n'était qu'un épiphénomène presque sans importance. J'établis donc en prin« cipe que la sueito miliaire telle que l'entendaient les médecins d'autrefois n'exisie pas. Pour se convaincre de la vérité de ce je dis , on n'a qu'à lire le traité de Gcislcliier.

Pronoêtit. — Le pronostic varie beaucoup dans les diverses épidémies, et suivant que ia maladie affecte la forme bénigne ou maligne. Cependant il faut savoir que la suette est une maladie des plus perfides. Aussitôt qu'elle est bien caractérisée, il faut toujours rester sur le qui^vivc; ne pas hasarder un pronostic, même dans les cas en apparence les plus bénins; car on a vu maintes fois, notamment à Périgueiix et à Poitiers, succomber en quelques heures des malades dont l'état n'inspirait aucune inquiétude^ La fréquence du pouls, Faridité de la i)ean , l'affaissement de l'éruption, les pressentiments sinistres sont des signes toujours fâcheux. Le pronostic est également grave lorscpic les accès de constrictiou thoraciquc ont une durée longue et qu'ils se succèdent à d(t courts intervalles ; k délire enûn, les convulsions, les syncopes sont tout autant d'accidents qui annon* cent une issue promptement funeste. Dans beaucoup d'épidémies, une constitn-^ tion forte a été ufie circonsiançe plutôt aggravante que favorable ; on a vu aussi quelquefois la maladie sévir préférablemcnt sur l'un ou l'autre sexe. Quant à Tâge, il n'y a rien de constant ; car, suivant les épidémies , on voit la maladie faire un plus grand nombre de victimes tantôt dans un âge, tantôt dans un autre. Kn somme, la mortalité est plus ou moins forte ; si dans les tem|)s ordinaires elle peut n'être cj[ue d'un vingtième ou d'un vingt-cinquième, d'autres fois elle emporte le sixième m même le cinquième des individus. C'est ce qui a eu lieu , par exemple, dans l'épidémie de Poitiers.

Ètioloyie, — On ne sait rien sur la cause qui engendre les épidémies de suette miliaire; peutnûtre les localités humides et ombragées favorisent-elles leur développement. La maladie atteint tous les âges; elle semble pourtant plus fréquente c))ez les aduhes. Dans quelques épidémies les enfants sont respectés : c'est ce que j'ai vu à Poitiers. M. Parrot a noté la même particularité à Périgucux. Suivant les épidémies, on voit aussi tantôt les deux sexes également atteints, tantôt, au coih» traire, la maladie prédominer chez l'homme ou chez la femme. Luc constitution forte est souvent une prédisposition à contracter la suette. Dans quelques cas celle-ci sévit surtout sur les pauvres, d'autres fois elle les respecte pour ne frapper que des individus de la classe riche ou aisée, comme on l'a vu à Poitiers. La suette

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f fft montrée dajis les localités les plus divei-scs et ù la suite de conditions méûocologîqucs si dissemblables, qu'il est impossible de trouver dans ces circon-' ttflces la caose véritable de la maladie. La cause vraiment productrice nous échappe* ÛB adil que la suettc était contagieuse à la manicre de la rougeole et de la scar* latine; mais ce fait n*a pu être encore démontré. La maladie peut aiïecter plusieurs kà ie même individu soit à un intervalle de quelques mois, soit au bout d*un plus ou moins grand nombre d'années.

Traitement. — Je disais dans la première édition de ce livre que d'après phi- Meurs relatîous d'épidémies de suette miliaire que j'avais consultées, il me seror biail que la saignée générale devait être rarement indiquée, et qu'elle était souvent Mîiihle ; j*ai trouvé dans l'observation de l'épidémie de Poitiers la confirmation M cette opioion. Les saignées générales ne conviennent en effet qu'exceptionnelle» lient, et lorsque le pouls est large et dur ; les saignées locales, surtout k la base dn crâne, sont quelquefois utiles pour remédier à la cépha^lalgie. La constrictioo tboracique, l'oppression, sont les accidents qui préoccupent le plus le médecin : kl agents les plus efficaces i)our les modçrer sont les révulsifs (sina|>isme8 et vési catoires) appliqués sur les extrémités inférieures. M. Gaillard signale aussi, compie pniculiêrement efficaces contre l'oppression , les frictions faites avec un mélange de térébenthine et d'ammoniaque. On obtient aussi de bons effets de l'emploi de l'ipéca ou d'un éméto-catliarlique; ce dernier a souvent réussi à Poitiers, tandis qu'on voyait échouer communément l'opium et les antisj)asmodiques, qu'on préférait d'abord en raison de la nature toute nerveuse des accidents. L'émétique cependant semble d'un emploi plus restreint que les évacuants intestinaux; ceux-ci, en effet , eu raison de la constipation qui est un phénomène constant dans la suette, ron^iennent dans presque tous les cas, soit qu'on les administre en lavements, soit qu'on les donne par la bouche, ce qui est préférable. Le moment le plus opportun pour les employer, c'est de les donner après que l'éruption s'est faite. On voit que fions nous montrons partisan de la méthode évacuante , et cette opinion a reçu une confirmation nouvelle de l'étude de quelques épidémies récentes : ainsi M. le docteur Foucart a signalé les avantages de l'administration de Tipécacuanha dans UHites les formes et à tontes les périodes de la suette. Ayant traité de la sorte en 18^9 un millier de malades et n'en ayant perdu aucun, il croit que la racine du Brésil a une vertu s|)éci(jque (1). Je pense qu'il n'en est rien, et que ce précieux médicament qui s'est montré si efficace dans une épidémie pourra faire défaut dans nne antre. C'est Ui l'histoire de toutes les médications exclusives.

Il arrive souvent, à une époque des suettes graves, où il y a indication de recourir i radiiiinistration des toniques et des excitants. Ces médicaments conviendront en effet toutes les fois que les forces sont prostrées, que la chaleur s'éteint, que l'éruption pâlit et s'affaisse.

La suette a quelquefois une marche rémittente et un caractère pernicieux : c'est ce que .M. Parrot a parfaitement établi. Dans ce cas, on peut enrayer la maladie, la faire avorter au quatrième ou cinquième jour en administrant le sulfate de quinine âi la dose de 1 ou 2 grammes. Cependant cette méthode, préconisée par le médecin de Périgueux, est loin d'être applicable à tous les cas et à plus forte raison à tontes les épidémies ; on sait du reste qu'à Poitiers elle a généralement échoué.

Les individus atteints de suette seront mis à l'usage d'une tisane douce, tempe*

(i) Voj. dsM le toneXVII des Mémoireê de VAcadiww le rapport de M. J. Guérin, tor le Mtewe de M. Foucart.

124 OliS FlkVRES.

ranie, qu'ils boirout tiède ou à la température de la chambre. Ils observeront la diète et le repos au Ht. On évitera de les surcharger de couvertures, afin de ne pas exciter les sueurs. On devra , toutes les iois qu*il sera nécessaire , les changer de linge et même de lit , eu prenant toutes les précautions usitées en pareil cas pour prévenir un refroidissement; l'air de rapparlcment devra être également renou* vêlé souvent. Dans les campagnes, ces principes trouvent des contradicteurs dans le peuple, et même (quelques médecins, regardant l'éruption et les sueurs comme nécessaires, comme critiques, sont dans l'habitude de surcharger les malades de couvertures, de les calfeutrer dans des lits entourés de toute part d'é|)ais rideaux; enfin, ils leur administrent des boissons chaudes, aromatiques et tous les excitants diiïusibles : c'est là le comble de la déraison. M. Loreau s'est élevé dans ces derniers temps avec beaucoup de force contre une pratique aussi dangereuse. A Timitation de Fouquet et de Pujol, il regarde Téruption comme chose mauvaise, et il cherche à la prévenir. Il conseille dans ce but, avec Pujol, non seulement de changer de linge aussitôt qu'il est mouillé et de ventiler l'appartement, mais il joint elicore à ces moyens les lotions sur le corps avec des liquides aromatiques, excitants, tels que eau de lavande, eau-de-vie camphrée, ammoniaque liquide largement étendue ; enfin, il insiste sur les évacuants intestinaux. Cette méthode, qu^on aurait tort de regarder comme irrationnelle, mérite d'être expérimentée.

£n résumé, on ne peut opposer à la suette une méthode uniforme de traitement il est des cas tellement simples, qu'ils guérissent par le repos et des soins hygiéniques; mais il en est qui sont si graves, qu'il devient nécessaire de recourir à des moyens énergiques ; on variera ceux-ci , ou on les combinera entre eux suivant le génie de la maladie et la nature des symptômes qui prédominent

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