‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 35 sur 148 · DE LA FIÈVRE INTERMITIENTE SIMPLE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE INTERMITIENTE SIMPLE

Oé A dans le uatiiéro de mars 18^3 de la Revue des deux mondes, que dans la

Aride, où d'infects marécages existent, la race blanche est décimée par les malais qi'eogendre celte cause délétère , tandis que les nègres résistent aux mêmes isAieoces. Diverses causes débilitantes, comme les écarts de régime, les émotions uanles, les maladies, paraissent autant de circonstances qui rendent les individus pfaBSUceplibles à l'action miasmatiqne et qui abrègent la période d'incnbatloa. [lest certain que les fièvres intermittentes ne sont pas contagieuses.

TraiiemenL — Beaucoup de médecins du siècle dernier, et même quelques uns de 008 contemporains, s*appuyant de Taulorité de Galien et de Bœrhaave, ont eonâOé de laisser durer pendant un certain temps les fièvres intermittentes qui ■e menacent pas la vie des individus. Ils voulaient , en eiïet , qu'on n'administrât ksUbhinigies qu'après le septième jour. Mais cette pratique est irrationnelle; elle a'eft fondée que sur cette opinion erronée qui consistait à regarder la fièvre canune od mouvement dépuratoire de la nature, et pouvant exercer une heureuse influence »ur la constitution. Cependant Torti, Werlhof, Strack, Lind, Senac, etc., aaC combattu la méthode de l'expectalion ; ils ont, au contraire, conseillé de guérir h fièvre le phis tôt |X)ssible, parce que la répétition de cinq ou six accès n'est pas UMJoars sans inconvénients, et que , trop souvent , on a vu une fièvre bénigne ckaoger brusquement de caractère et devenir pernicieuse. Il faudra donc chercher à guérir la fièvre aussitôt qu'on en aura constaté l'existence.

Le traitement des fièvres intermittentes comprend : l"* les soins qu'il faut donner au malade pendant l'accès ; 2"* les remèdes qui doivent prévenir les retours de la fièvre.

1* Traitement de l'accès. — "^^jlson Philips établit en principe, dans son Tnaté des fièvres intermittentes, que dans le traitement des paroxysmes on doit aîoir pour but de mettre fin au stade présent en sollicitant celui qui a coutume de bi sQCcéder. Ainsi, pendant le stade de froid on favorise la chaleur, et pendant la chdeur on excite l'établissement de la sueur. Pour remplir ces indications, on devra , pendant le stade de froid , enveIop|)er le malade de linges chauds , et lui faire prendre quelques lasses d'une infusion aromatique chaude. Les saignées , les purgatifs et les vomitifs, que quelques auteurs ont préconisés à cette époque, sont uubibles et souvent très dangereux. Pendant la chaleur, on continue l'usage des faoissoDs tièdes, mais légèrement acidulées ; Lind conseille en outre l'administratioù de l'opium. Ce judicieux médecin dit , en eiïet , que, donné au commencement de la chaleur, l'opium abrège la durée de l'accès, qu'il fait cesser la céphalalgie, le malaise, l'agitation, qu'il provoque un sommeil paisible et procure une sorur abondante : Cullen conseille la même pratique. Dans le dernier stade , le uialade boira tiède pour ne pas suspendre l'exhalation cutanée. Si la sueur était très abondante, on remplacerait le linge mouillé par du linge sec et chaud ; et si le malade était très épuisé, on lui donnerait quelques cuillerées de vin généreux.

Il est possible, dans quelques cas, d'enrayer brusquement un accès dès son début, c'est-à-dire pendant le stade de froid, à l'aide de certains moyens perturbateurs. On a notamment obtenu souvent le résultat dont je parle en appliquant le long du racbis, d'après le conseil de M. Gondret, dix à douze grandes ventouses sccbes ; il arrive même parfois que l'accès, avortant, cesse de se reproduire. C'est ce j'ai observé moi-même plusieurs fois. Ce moyen semble agir à titre seulement de moyen perturbateur.

2* Traitement préventif de faccès, — Pendant l'apyrexie , deux ordres de moyens peuvent être employés : les uns, directs, ont pour but d'empêcher le

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retour des accès, ce sont les fébrifuges; les autres, indirects, servent à fxmibatli-c quelques accidents qui pourraient contre-indiquer l'emploi des premiers.

1* Moyens indirects. — Les principaux sont la saignée , les vomitifs et los

purgatifs.

La saignée est indiquée dans les cas de complication inflammatoire , lorsque la période de chaleur est très intense, très prolongée, et qu'il existe des signes d'une vive congestion viscérale, soit pendant l'accès , soit môme durant l'apyrexic. La saignée ne sera jamais pratiquée pendant le frisson ; pour la faire, on clioisira le stade de chaleur ou la période d'intermission. Comme tous leâ remèdes i)erturiMteurs, on a vu la saignée suspendre quelquefois le cours des accès et guérir la

fièvre.

Les vomitifs et les purgatifs ne seront administrés que dans les cas d'une complication bilieuse ; on choisira pour les donner le moment de l'apyrexie qui sera le plus éloigné des accès; on a dit de préférer les purgatifs amers, tels que la rhubarbe ou les sels magnésiens. Mais ce choix ne me parait avoir aucune importance.

2" Moyens directs , ou fébrifuges. — Le quinquina est le fébrifuge par excellence; parmi toutes les préparations de quinquina, le sulfate de quinine est celle qui doit être toujours préférée. On donne ce sel à la dose de 25, 50, 100 et 150 centigrammes en poudre, en pilules ou en sirop. La solution est préférable, car l'absorption du sel est plus facile , plus prompte ; on l'active surtout si on a la précaution d'ajouter au mélange quelques gouttes d'acide sulfurique qui transiforment le sulfate de quinine en bisulfate très soluble. I^ même addition doit être faite lorsque le sel quinique est donné en pilule ou en lavement

A moins de contre-indication spéciale, le sulfate de quinine est presque toujours administré par la bouche ; on peut aussi le donner en lavement. Dans le rectum, en effet , l'absorption du médicament se fait très vite , plus promptemcnt que dans l'estomac lui-même, mais le médicament est plus vite éliminé d'après M. Briquet On a aussi introduit le sulfate de quinine par la méthode endermique. Nous avons expérimenté avec M. Chomel ce dernier mode d'administration, et nous nous sommes assuré que le sel de quinine, appliqué deux heures seulement avant l'accès, pouvait empêcher celui-ci complètement, tandis que, donné par la bouche, il bllaît un temps beaucoup plus long. Mais le sulfate de quinine, appliqué sur la peau dénudée, a l'inconvénient de déterminer souvent des escarres et des ulcérations douloureuses, dont la guérison ne s'opère que lentement; aussi, dans les cas où la fièvre intermittente est simple et ne compromet pas la vie, il faut préférablement administrer le fébrifuge par la bouche.

Le sulfate de quinine, donné pendant ou peu avant l'acd^s, ainsi que le voulait Torti, ne modifie point celui-ci; mais il peut modérer ou empêcher l'accès suivant Il convient de faire prendre le fébrifuge pendant l'apyrexie; et, soit qu'on le donne par doses fractionnées, comme l'indique Sydenham, ou en une seule fois, comme le faisait Torti, il importe, si l'on veut prévenir sûrement l'accès , que le médicament soit pris douze à seize heures au moins avant l'invasion probable de la fièvre. Il n'y a nul inconvénient à administrer la quinine fort loin de l'accès ; c'est ainsi que dans les fièvres quartes j'ai plusieurs fols donné, avec un succès complet , le fébrifuge , soixante et même soixante-douze heures avant la lièvre. Lorsque le sulfate de quinine, administré comme il vient d'être dit, n'a fait que diminuer l'accès, il faut soupçonner que la dose a été insuffisante, aussi devra-t-on l'augmenter. L'usage du fébrifuge sera continué plusieurs jours de suite : en général , pendant huit jours pour les fièvres quotidiennes , quinze joui^ pour les

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tierces, trois semaines pour les quarles. Beaucoup de médecins sont dans Thabittk de donner alors le médicament h doses décroissantes ; mais il arrive dans ce os qae l'économie, habituée d'abord ë des doses considérables du remède, n'est fbs inllaencée par des quantités plus minimes. Il convient donc, à Texemple de Svdenham, lorsqu'on a coupé la fièvre, de suspendre le remède quelques jours, et de le donner ensuite à haute dose à certains intervalles, et parfois pendant un ooplnsieurs mois, en ayant toujours le soin de choisir pour cette administration k jour qui eût été celui de Tapyrcxie, si les accès avaient continué.

Il y a cependant quelques conditions qui nécessitent certaines modiûcations dans remploi du sulfate de quinine. Ainsi , dans les cas où il y a des coliques et de la diurbée, le fébrifuge sera associé à une certaine quantité d'opium, Chez les enfants, on le combinera avec une substance aromatique comme Tanis, pour en masquer h saveur amère, ou bien on le donnera dans du café au lait, ou dans une infusion ^ de thé; mais comme dans ce cas une partie du sulfate de quinine est précipité à Fétat de tannate insoluble, il faut donner une dose de médicament un peu plus considérable. M. Trousseau a aussi recommandé en pareil cas de donner la quinine brute ^ la dose de 20 à 50 centigrammes ; on la coupe en petits fragments et on Tadministre dans une compote ou un peu de potage. II faut éviter qu'elle reste dans la bouche, attendu que, contrairement à ce qu'on dit généralement, la quinine brute a mie amertume presque aussi prononcée que celle du sulfate de quinine hn-méme. Dans ces derniers temps, ou a conseillé, chez les sujets nerveux , irritables, de remplacer le sulfate par le valérianate de quinine, qui aurait en outre l'avantage de pouvoir être donné à plus faible dose (Devay). On a encore prôné divers antres sels de quinine, tels que le chlorhydrate, l'azotate, le carbonate, Iç citrate, l'acétate, l'hydrocyanatc ferrure, le lactate et le tannate; mais aucun d'eux l'est supérieur au sulfate acide; et plusieurs ou moins solubles, comme le tannate,

00 contenant moins de quinine à volume égal, lui sont par conséquent de beaucoup inférieurs. Si l'on manquait de sulfate de quinine, on prescrirait le kina en extrait

1 la dose de 8 ou 16 grammes, ou bien en poudre à la dose de 1^ à 60 grammes, sons forme de bols, ou en teinture alcoolique à la dose de 10 à 20 grammes. Il est utile de rappeler ici qu'on doit expressément se servir de préparations faites avec le quinquina calysaya, car en employant les extraits, les teintures, les vins iaiis avec le quinquina gris qui est le quinquina officinal , on aurait un médicament tonique, mais peu ou point fébrifuge.

Le soUiate de quinine, dont le mode d'action nous est inconnu, est absorbé et M partie éliminé par la sécrétion rénale. On le retrouve, en effet, dans les urines, 00 sa présence est décelée par l'iodure de potassium ioduré , qui détermine un précipité jaune-orange imitant la poudre de cannelle ou de quinquina jaune. On peut encore reconnaître la présence du sel de quinine en concentrant la liqueur et en l'examinant au microscope : on découvre alors des cristaux polyédriques, aOongéSy groupés en éventail et en feuilles de fougère ; la plupart sont irréguliers et comme amorphes.

D'autres substances ont été vantées comme fébrifuges : je citerai surtout la salicine , la poudre de houx , l'olivier d'Europe , l'écorce de marronnier d'Inde, le 1er, le mercure, Tantimoine, la gentiane, l'opium, la fève Saint-Ignace , la digitale, l'arnica, Falun, le phosphore, l'écorce d'oranger, etc. , etc. ; mais toutes ces substances ne méritent aucune espèce de confiance.

I>an8 ces derniers temps , M. le docteur Boudin a essayé de réhabiliter l'acide arsénieux , employé il y a longtemps en Allemagne. Il le donne dep^ûs queXcpm

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milligrauunes jusqu'à 5 ou 6 ceniigrammcs par jour , à prendre six k huit heures avant l'accès. Eu cas d'insuccès, il augmente ces doses , mais en les fractionnant le plus possible, attendu qu'on rencontre souvent des individus qui ont une susceptibilité insolite. Ce remède dangereux est rarement employé dans les cas dont nous parlons; il est d'ailleurs inûdèle : aussi doit-ou toujours loi préférer le sel de quinine (1).

On a fait grand bruit pendant quelque temps de l'utilité du sel marin. M. Piori7 s'en était déclaré le défenseur; mais je crois avoir prouvé que ce n'était là qu'une illusion née de ce que, dans l'administration de ce médicament, ce médecin s*était écarté des règles d'une expérimentation rigoureuse (2). Le chlorure d'oxyde de sodium serait-il efficace pour prévenir les rechutes, serait-il même pour cela préférable au quinquina, ainsi que M. Thomas a cheixhé à le prouver, en 1839, dans le Hccueil de la Société d' Indre-et-Loire? Les faits réunis par l'habile mèiecin de Tours m'ont paru insuffisants ; de nouveaux ex|)érimeuts sont encore nécessaires.

Accidents consécutifs. — La céphalalgie qui persiste après la guérison des accès cède ordinairement à une saignée générale. L'engorgement de la rate, les hydnipisies , le teint jaune et cachectique, indiquent l'usage des amers, des diurétiques, dos frictions sèclies et aromatiques. On persistera surtoiit dans l'emploi du sulfate de quinine, que l'on combinera utilement, dan^ les cas d'anémie, à une préparation ferrugineuse (sous-carbpnate, laclate ou limaille de fer). Le sulfate de quinine agit surtout efficacement contre l'engorgement de la rate; il faut quelquefois porter la dose de ce médicament à f ou 2 grammes. Son action est souvent très rapide ; M. Piorry affirnie même que la lésion splénique commence à diminuer quelques minutes après l'ingestion du remède : c'est là encore une pure illusion. Ce fait d'ailleurs est contredit par la généralité des médecins; je ne l'ai point vérifié; M. Bouillaud, dans une discussion à l'Académie (12 janvier 1847), M. Valleix, dans un travail 8j)écial {Union médicale, août 18i!i7). et tout récemment M. Briquet, dans son excellente Monographie du quinquina (p. 205), ont combattu cette chimère. Il est des cas, et nous en avons vu de nombreux exemples, où la rate conserve un volume considérable, nonobstant l'emploi du sel de quinine; malgré cela, la santé générale se rétablit chez prescjue tous, ce qui prouve que l'inefficacité du remède n*est ])asdue, comme on l'a dit, à la présence dans la rate de quelques productions tuberculeuses ou carcinomateuses.

Malgré l'emploi de ces moyens, il est des individus qui ne peuvent se rétablir, ot chez lesquels la fièvre récidive constamment après un court répit Dans ce cas, il faut conseiller au malade de (juitter momentanément le pays; en effet, le simple changement d'air suffit le plus souvent pour le rétablir.

Il n'y a fiucun moyen prophylactique contre les fièvres intermittentes, lorsqu'on s'expose auv causes qui les engendrent; mais il est presque au pouvoir de l'homme d'empêcher le développement de ces maladies, ou du moins de les empêcher de régner é))idémiquement , en dessé( liant les marais et en assainissant le pays. M. Villermé a prouvé , par exemple , qu'autrefois on voyait, presque tous les ans à Paris, des épidémies de fièvres d'accès, tandis qu'elles ont cessé depuis que, par le

(i) M. Boildin eiAploîe la formule suivante: acide arsénieux, cinq cent\g%'ammc» ; eau distillée, unt vin^l-einq gramme». La solution sera faite parébullilion prolonj^ée pendant une demi-heure.

(2) Voy. la discussion qui a eu lieu à T Académie de médecine, séance du 10 Terrier, année {852, t. XVII. p. 390 et 430 du BuUrtin.

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