‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2 (volume 2)Chapitre 44 sur 148 · DE LA CONGESTION SANGUINE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA CONGESTION SANGUINE EN GÉNÉRAL

On doit donner le nom de congestion (de congerere^ amasser ), d'hyperémie oa kpUikore locale^ à l'accumulation du sang en plus grande quantité qu'à l'état lanal, dans une partie quelconque du.corps.

Oa a distingué deux variétés ou espèces de congestion : 1* une congestion active

ntikkûque^ dans laquelle on a supposé une augmentation dans la vitalité des

paiies : ce serait celle qu'on devrait désigner sous le nom de fluxion: 2" unecon-

iatioa aUhénique oupasêive, c'est-à-dire par relâchement ou atonie des vaisseaux,

ajtqoe cette congestion arrive spontanément, soit qu'elle résulte d'un obstacle

à la circulation veineuse. On pourrait rapprocher de cette dernière

les congestions dites cadavériques, c'est-à-dire celles qui se forment après

h BMMt on dans les derniers instants de la vie.

Amaiamie pathologique, — Lorsqu'un organe est congestionné, la quantité de

qu'il doit contenir normalement est augmentée. Par suite de cette accumu«

son volame est devenu plus considérable, et l'on remarque aussi un

îqient dans la coloration du tissu, qui est rosée, rouge ou noirâtre. L'augmen**

de Tolnoie est non seulement produite par la grande quantité de sang con-

dans les vaisseaux, mais encore par une infiltration de sérosité dans les mailles

Al tÎMu cellulaire ; car les congestions, pour peu qu'elles se prolongent, se corn*

piquent souvent d'csdème, lequel est produit probablement par la stase du sang et

par la difficulté avec laquelle ce liquide circule dans la partie hypcrémiée. La con-

pmiuu peut occuper tout l'organe ou bien n'être que partielle. Si la partie cou-

Sntioanée est formée de denx tissusou de deux substances d'une vascularité inégale,

eenune le sont le cerveau on les reins, on trouvera presque toujours que la con-

Sntionest plus considérable là où normalement il existe un plus grand nombre de

16& MALADIES PAR UN VICE DE PnOPORTlON DU RANG.

vaisseaux. Toutes choses égales d'ailleurs, la coiïgesiîon est presque toujours plus marquée dans les parties déclives ; ce qu'il ne faut pas toujours attribuer à un eiïet cadavérique, aiusi qu'on pourra s'en convaincre plus tard, surtout par rapport aux poumons. Un tissu simplement congestionné n'a subi aucune modiCcation de consistance ; si parfois on trouve celle-ci diminuée, cela tient à la grande quantité de liquide dont il est imprégné : aussi en exprimant le sang et la sérosité qu'il renferme, on lui rend presque toujours sa densité normale ; il sufiit également dé k laver ou de le faire macérer quelques heui^es dans l'eau pour le décolorer: on obtiendrait le môme résultat en injectant ce liquide dans les vaisseaux. Tout ceh prouve que, dans la congestion, le sang ne fait que stagner dans les capillaires, sans être combiné avec les tissus. Il est inutile de dire que, dans un organe qui est congestionné, les vaisseaux doivent paraître plus considérables. Leur tension peut même devenir telle, que parfois ils se déchirent, et alors se forment des hémorrhagies circonscrites ou diffuses, suivant l'abondance du sang, le volume des viisMiux et la texture des tissus. La dilatation des vaisseaux dans hs parties conge^îonnées paraît d'ailleurs être presque toujours consécutive, puisque rexamen microscopique, fait au début de la congestion, prouve, dit-on, que lés capillaires fout resserrés, d'où résultent une diminution dans le calibre des capillaires et une accélération proportionnée dans le courant circulatoire. Car il est prouvé, en physique» que si un liquide marchant dans un tube avec une certaine vitesse, celui-ci vient I se rétrécir sans que sa force d'impulsion soit diminuée, le liquide deviH nécessairement couler beaucoup plus vite. Cet état de contraction des capillaires est très passager ; souvent il cesse si rapidement qu'il paraît manquer. M. Dubois, d'Amiens, a également conclu de ses recherches microscopiques que, dans la congestion, le sang se borne à distendre les capillaires de premier ordre, c'est-à-dire ceux qui sont continus et intermédiaires aux altères et aux veines, tandis que, lorsque les capil« laires plus ténus et naturellement blancs s''engorgeni à leur tour, l'hypcrémie toorne à l'hémorrhagie ou à l'inflammation. Il est inutile de prémunir le lecteur qa*ll doit accepter avec réserve cette opinion, ainsi que toutes celles qui ne s'appuient que sur des résultats microscopiques. Dans l'hyperémie, il n'y a aucun changement dans la constitution du sang.

Les caractères anatomiqucs des congestions précédemment décrits se difflpent quelquefois très rapidement dans les derniers instants de la vie : c'est ce qui explique pourquoi l'on ne trouve plus à l'ouverture de certains cadavres les traces des congestions diagnostiquées pendant la vie, et qui ont produit néanmoins de gram accidents.

Sytnptomatologie. — Une congestion peut se former brusquement ou peu à peu ; elle peut être précédée ou accompagnée de symptômes généraux et sympathiques extrêmement variables ; mais elle est surtout caractérisée par des troubles locaux qui difièrent suivant une foule de circonstances et surtout suivant l'organe qui est le siège de la congestion. Aiusi, lorsque la partie hyperémiée est extérieure, on la voit rougir et augmenter de volume ; sa température semble s'élever, et les artères qui la traversent battent avec plus de force que de coutume. Souvent aussi les malades y éprouvent un sentiment de chaleur, une douleur obtuse ou une sensation d'engourdissement Les fonctions de l'organe sont également plus ou moins perverties, et cela varie depuis un trouble à peine marqué jusqu'à la suspension complète de la fonction, comme on l'observe, par exemple, dans certaines congestions cérébrales qui, ainsi que nous le dirons sous peu, peuvent tuer rapidement et presque instantainément.

ne LA CONr.Ë5TION SANGUINE EN GÊNÊBAf.. 165

ifarcke^ durée^ terminaison, —Les symptômes propres aux congestions peuvent ifriTer Imisqiiemcnt à leur summum d'Intensité ; d*autrcs fois ils oiïrent pendant fidqae temps une marche ascendante. Cependant leur durée est généralement CMUte; il est rare qo*eUe dépasse, en elTet, trois ou quatre jours. Elle peut néanprolonger parfois plusieurs mois comme ne durer que quelques moments; ce aoot là des cas exceptionnels. D'ailleurs on ne peut établir aucun rapport h fioleoce de la congestion et sa durée. Une congestion peut, en effet, cesser an point et se reproduire dans un autre : c*est ainsi qu'on peut voir en quel* oa en quelques jours les oi^anes les plus éloignés, internes ou externes, èit pris d'un mouvement fluxionnaire. M. Trousseau, qui a observé plusieurs Usde ce genre, dit que cette variabilité dans le siège des congestions ne se regoère que chez les chlorotiques.

h idapart des cas, la congestion se termine par délitescence ou par réso* Gdle-ci est parfois accompagnée de quelque mouvement critique dncftté de Il pem on du tube digestif; d'autres fois Thyperémie se juge par une hémorrhagie ^se Cûl dans l'organe congestionné ou à son voisinage ; enfin, dans les cas les plus nres, on voit survenir une inflammation plus ou moins grave.

Il est peo de maladies qui soient plus sujettes à récidive que les hyperémies. On adil arec raison que les congestions appelaient d'autres congestions, et que, lors* fs'oB org^uie s'est fluxionné une fois, il a beaucoup de tendance à le devenir encore. 1 en des individus chez lesquels ces hyperénodes se font toujours vers le même paîn, et cela à des intervalles plus ou moins rapprochés, et quelquefois i-éguliers. La reprodaction fréquente des congestions dans un même organe finit par produire diwerscs lésions consécutives» telles qu'une vascularité plus grande, et plus tard ■e angmentation de volume ou une hypertrophie. U n'est nullement démontré, au «■traire, qoe les parties qui sont souvent affectées d'hyperémie deviennent plus feéqnemment le siège de lésions organiques et de productions accidentelles. Toute- Us il arrire fréquemment que, dans le sein d'un tissu chroniquement affecté, il se fermeck temps en temps des congestions sanguines actives qui ont pour effet d'aug- OMiler Dioraentanément les souffrances et d'imprimer une marche plus rapide à la lésion organique.

Diagnostic, — Il est parfois difiicile de distinguer une hy|)erémie au premier iigré de l'inflammation d'une hémorrhagie interstitielle. Il nous est impossible 4e tracer à ce sujet aucune règle générale de diagnostic ; mais en traitant de chaque byperémie nous aurons soin d*ex|)oscr les difficultés des cas particuliers, et nous rechercherons comment on peut en triompher. Pramaiie. — Le pronostic varie suivant la forme de la congestion et sa persissolvant Timportance de l'organe affecté, enfin selon ses modes déterminai- , etc. ; c'est ce qui s'expliquera mieux par la suite à l'occasion de chaque hyperémie en particulier.

Éiiologie, — Tous les organes peuvent se congestionner; mais la fréquence des hyperémies dans chacun d'eux est presque toujours en raison directe de la quantité de vaisseaux qu'ils contiennent: ainsi l'utérus, le cerveau, les poumons, le foie, la rate et les membranes muqueuses sont les organes qu'on voit se congestionner le plos souvent. I..CS hyperémies se forment à tous les âges, et aussi facilement chez les sujets débilités et ayant un sang appauvri, que chez ceux qui sont dans les condiiions opposées : mais l'âge exerce la plus grande influence sur le siège des congestions, ainsi que sur leurs symi)tôincs. L'eut pléthorique et une grande irritabilité ueneuse sont les deux conditions organiques qui prédisposent le plus aux

i66 MALADIES PAR UN VICE DE PROPORTION DU 8AH6.

congestions. Celles-ci se déclarent le plus sooveat sponunénient sans qa*OQ puûse saisir aucune cause déterminante ; d'autres fois elles succèdent manifestement à quelque cause d'excitation locale 60 générale ; fréquemment aussi VMnx dn sang vers une partie tient à des variations brusques dans la pression atmosphérique on dans la température.

Quant à la cause intime du phénomène, nous ne pouvons la saisir. Expliqoer» en effet, la congestion par un spasme des veines, des artères, du cœur, etc. ^ c'est faire une hypothèse gratuite que rien jusqu'à présent ne peut justifier. . Traitement. — Les congestions sthéniques réclament un traitenMnt actif, td que saignées générales^ dérivatifs puissants, comme le sont tous tes révufaîfB eu* tanés, les purgatifs drastiques, et même les diurétiques. Quelquefois, pour dégorger l'organe plus complètement, on doit recourir aux sai^;nées locales, et surtout aux sangsues, qu'on applique en grand nombre, afin de produire un écoolemeat oonsi* déraUe ; si l'on agissait autrement, les sangsues pourraientavoir un effet oontrairs» Enfin, il est des congestions tellement rebelles ou qui se reproduisent ri fréquent ment, qu'on est obligé, pour les combattre et en prévenir le retour, d'établir en permanence un large exutoire loin du point où la congestion se fait On peut auari y appliquer de temps en temps quelques sangsues. On ajoute à ces moyens l'usage des lavements, des diurétiques, l'abstinence des boissons stimulantes et des alooo-» liques; enfin on prescrit un régime délayant Chez les sujets nerveux, les bains tièdes ou frais, avec ou sans affusion, et les antispasmodiques seront utiles; ches les dilorotlques, l'usage des martiaux suffit seul pour triompher des congestions qu'on observe.

Des congestions passives. -^ Jusqu'à présent je n'ai parlé que des oongeslions actives, qui semblent n'avoir lieu que par une surexcitation àë$ forces vitales ; il me reste à dire un nxyt de celles, au contraire, qui surviennent dans les cas où le principe de h vie affaibli ne peut plus contre>telancer la puissance des lois physH ques. Elles reconnaissent souvent pour cause un obstacle à la cvculation ; eilas sont fréquentes dans les maladies qui s'accompagnent d'une diminution de la fibrine du sang. Ces congestions se produisent aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérienr; elles se font vers les parties les plus déclives ou dans celles dans lesquelles l'influx nerveux est diminué ou anéanti. Elles se forment peu à peu, elles ont une marche lente, et l'on peut souvent les feire cesser ou reparaître à volonté, suivant que ka parties sont placées dans une position élevée ou déclive.

• Ces congestions passives réclament rarement l'emploi des antiphloglBtiqneB. Elles devront le plus souvent être combattues par les stimulants et par les toniques administrés à l'intérieur, ou du moins en topiques. Mais il importe, avant tout, de placer les parties hyperémiées dans une position convenable. Lorsque l'engorgement sanguin est l'effet d'un obstacle au retour du sang veineux , comme dans les cas de compression ou d'oblitération d'une veine, il n'y a d'autre indication qu'à détruire l'obstacle ; si la chose est impossible, il conviendra d'exercer une douce compression sur la partie, et de la placer de manière à favoriser le plus possible la progression du sang du cftté du ccBur.

DB LA GONGESTIOlf CÉRÉBRALE.

STMOHYim. — Hjpwémle eértfbrala; coop à» ung.

Historique. — La congestion cérébrale a été mal indiquée par les auteurs anciens ; ils b confondaient d'ailleurs avec l'apoplexie lorsqu'elle était portée k un

DE tA CONGESTIOiS CÉRÉBRALE. 167

ceruiii degré d'intensité. Mais les travaux des auteurs modernes, et [Mrticulièrement ceux qne MM. Lallemand, Andral, Cruveilhier, Rostan, Rocheux, Durand* Fardel » ont entrepris sur les affections cérébrales , ont fait cesser cette confusion. Grâce à ces travaux, tous remarquables à différents titres, Tbistoire des congestions cérébrales est aojourd'hui assez complote,

Anatomie pathologique. — Pour apprécier convenablement les lésions propres à h cong^on cérébrale, il importe de se rappeler que la coloration du cerveau varie beaucoup à l'état normal , dans les différentes parties de Torgane, etqu'ello n'est pas la même aux divers âges de la vie. L'hyperémie peut occuper isolément

00 limnltanément les deux substances cérébrales. Lorsqu'elle survient spontanément» elle est presque toujours générale, tandis que l'hyperémie bornée à un point limité des centres nerveux se lie presque toujours à quelque lésion malérielle ocganique préexistante I/)rsque la substance blanche congestionnée est coupée par tnmcbes, ou voit suinter à sa surface de petites taches de sang plus ou moins con^ ihientes ; on dit alors que le cerveau e&i piqueté ou sablé, parce que, en effet, ce pointillé ressemble assez bien à des grains de sable rouge qu'on aurait semés sur la subftancc médullaire. Cette disposition se rei»arque surtout dans les lobes antérieurs» à la convexité des hémisphères et dans les couches optiques. L'hyperémie de la substance grise se révèle quelquefois par le méuic état piqueté ou sablé ; mais le plus souvent on ne distingue qu'une coloration d'un rouge uniforme, et par la preasioD ou exprime du tissu une quantité de sang plus ou moins considérable ; il y a quelquefois On peu d'épanchcmcnt séreux dans les ventricules et de la sérosité ioGIlrée dans les mailles de la pie-mère : mais, dans tous les cas, la pulpe cérébrale conserve sa consistance normale , et les membranes se séparent facilement Cdief-ci pourtant participent souvent à l'injection du viscère. Suivant M. Rochoux,

1 fiodrait même admettre {Archives de 184^) que le cerveau ne peut se congés^ tionner, mais que la stase sanguine siège exclusivement dans les vaisseaux de la pîe-mère, opinion que nous ne saurions partager.

Lliyperénue cérébrale, qu'elle soit stbéuique ou asthénique, aiguë ou chronique» se révèle à peu près toujours sur le cadavre par les mêmes caractères. Il est pourtant une altération sur la((uelle M. Durand-Fardel a depuis peu appelé l'attentioD» et qui, d'après cet habile observateur, serait caractéristiciue de l'hyperémie chronique. Cette lésion» que M. Durand appelle état criblé du cerveau, consiste en une réunion de petits canaux creusés au sein de la substance cérébrale et traversés chacun par un petit vaisseau ; ces trous peuvent admettre la |X)inte et parioia b tête d'une très fine aiguille. Dans ces cas, la partie malade ressemble beaucoup, par sa structure et sou aspect, à ce qu'on nomme la laine criblée du cerveau, située en dehors du cbiasma. Les criblures pathologiques siègent surtout dans les hémisphères , au-dessous des circonvolutions , et |)euvent occuper une très grande étendue. M. Durand explique cette lésion par la distension souvent répétée des Taisseaux , qui ont dû opérer ainsi forcément un refoulement de la substance du cerveau. Cette explication rationnelle est d'ailleurs confirmée par les phénomt'ues de congestion observés pendant la vie de ces individus. Toutefois les faits rapportés par M. Durand ne me semblent pas encore suffisants pour donner à son opinion la valeur d'une démonstration. (Gazette médicale^ année 1862.)

Symptômes. — La congestion cérébrale a assez souvent un début brusque ; ailleurs les accidents se développent graduellement. Dans les deux cas, la figure s'injecte, se boursoufle ; les malades accusent des vertiges, des éblouissements, des tintements ou des bourdonnements d'oreilles ; la vue est trouble ; ils ont des Ulu-

168 MALADIES PAR UN VICE DK PROPOUflOW DU SANG.

sions d*optiquc ; la tête est lourde, pesante; les facultés intellectuelles «ont obtuses; il y a de la tendance au sommeil ; beaucoup de malades éprouvent des engourdissements, des fourmillements ou de la iiesanteur dans les membres; la démardic est chancelante, autant par la faiblesse des membres inférieurs que par suite des vertiges; la langue semble se mouvoir difiBcilemeut , ce qui produit un certain embarras dans la parole ; les artères temporales battent avec force. Cependant le pouls a communément sa fréquence normale, il est seulement plus ample. Il y a apyrexie.

Lorsque la congestion est plus forte, les malades perdent tout à coup connabsance; ils sont privés de sentiment et de mouvement; tous les musclés sont dans la résolution ; la respiration est stertoreuse. Quelquefois, au lieu de cette résolution générale de tous les membres, on n'observe qu'une paralysie bornée à un seul , ou à une moitié du corps. La paralysie alterne quelquefds avec des mouvements convulsifs, mais le plus souvent ceux-ci ne se remarquent que dans le c5té du corps opposé à la paralysie. La perte du sentiment ou du mouvement coïncide le plus fréquemment avec Tabolition des facultés intellectuelles ; d'autres fois celles-ci sont intactes; enfin , quelques malades peuvent éprouver un délire maniaque avec une agitation extrême. L'byperémie avec perte de connaissance et paralysie caractérise ce qu'on nomme la congestion apoplectique ou le coup de sang.

Formes. — Gomme on le voit, les symptômes de la congestion cérébrale varient beaucoup suivant les individus; c'est ce qui a porté quelques auteurs à distinguer cinq , sept et jusqu'à huit formes différentes d'hyperémie cérébrale. On pourrait en admettre un plus grand nombre encore , mais ces distinctions n'ont aucune importance; pour la pratique, il suffit de distinguer, avec M. Rostan, une forme bénigne et une forme grave.

Marche, durée, terminaison. — Quels que soient d'ailleurs les symptômes qu'on observe, ceux-ci n'ont généralement qu'une durée assez courte. Il suffit souvent de quelques heures pour que le rétablissement des malades devienne complet. Cependant, lorsqu'il y a eu i)erte de connaissance ou paralysie, il est rare de voir cet état cesser brusquement , et mémo au bout de trois à douze heures. Dans h plupart de ces cas, en effet, les malades éprouvent encore pendant plusieurs Jours de la torpeur, de l'embarras dans toutes les fonctions de la vie de relation ; mais 11 est rare que les symptômes graves de la congesti(N) cérébrale durent plus de trois jours; lorsqu'ils persistent au delà de cette époque , il faut généralement soupçonner quelque autre lésion du cerveau, particulièrement une hémorrhagie ou un ramollissement. Il n'est pas très rare de voir des malades succomber rapidement par suite d'une congestion cérébrale : nous avons observé plusieurs faits de ce genre. Dans ce cas, l'autopsie n'explique pas toujours ni la terminaison funeste, ni les symptômes observés pendant la vie. C'est ainsi que des individus qui sont morts après avoir éprouvé une hémiplégie ou des convulsions dans un côté du corps, ne nous ont pas toujours montré la congestion plus marquée dans un hémisphère que dans l'autre ; avec quelque attention qu'on examinât alors leur cerveau, on ne voyait nulle part la raison des accidents qui s'étaieut montrés dans une moitié du corpsL Souvent aussi, bien que les malades meurent avec des symptômes de compression et de coUapsus, on ne trouve, pour expliquer la terminaison funeste, qu'une injection fort légère. Il faut nécessairement admettre alors que Thyperémie a diminué dans les derniers instants de la vie.

La congestion cérébrale peut suivre aussi une marche chronique, persistant alors

DE LA COlXGESI'ION Cf^RllnRALK. 169

éts mois, des années mémo, oo présentant des alternatives journalières en rapport a^ec le tratail de la digestion , a?ec rcxposition à une tem))ératurc liasse ou élevée, et& Quoi qu'il en soit, cette congestion permanente entretient un état de gtoe, de torpear qui rend difficiles les travaux intellectuels et même les occupations manneOes qui exigent de la précision on qui ne peuvent s*eiercer qu*en Inclinant h léle ea bas. La congestion cérébrale est une des maladies qu'on voit récidiver le plus aooveot Lorsqu'elle se produit ainsi à de courts intervalles, elle a sou« vent poor résoltat de troubler gravement les fonctions cérébrales; c'est ainsi que les bcoltés intellectuelles s'émoussent , que la contractilité musculaire s'affaiblit ; enfin les malades arrivent, avant l'âge, à un état qiii se rapproche de la démence

DioffmMiie. — La congestion cérébrale offre des points de contact avec plusieurs onabdies, spécialement avec les hémorrhagies intra-crâniennes, avec le ramollisse^ ncot cérébral, avec l'arachnitis, Tépilepsie, la syncope. Mais on verra, en parlant et chacane de ces affections^ que leur diagnostic différentiel d'avec la congestion cérébrale est le plus souvent facile. Je rappellerai seulement ici que les symptômes qn accompagnent les congestions du cerveau, même les plus graves, comme la paralysie, le délire et les convulsions, disparaissent promptement ; ils ne sont même qoelqaelbîs qu'éphémères,' tandis qu'ils ont une durée incomparablement plus bague dans les autres maladies. Ainsi , la rapidité avec laqudle disparaissent les svmpCOoies propres aux congestions cérébrales sera un caractère distinctif de la ptes grande valeur. Il est inutile de dire que, lorsque l'hyperémie cérébrale tue promptement, il est impossible de la différencier de l'apoplexie et de la plupart des latres causes de mort subite.

Je sois porté à rattacher à la congestion cérébrale cette affection connue sous le iom de caientttre^ qu'on observe fréquemment à bord des navires naviguant sous ks tropiques, ou sur nos soldats exposés au soleil d'Afrique dans le mois de la Cette maladie est caractérisée par un délire violent, survenant brusqueao mOieu de la nuit, avec cris, vociférations, agitation extrême et hallucina- Ce qui justifie cette opinion , c'est la facilité avec laquelle on voit ces accidents disparaître sous l'influence de saignées copieuses. Cependant jusqu'à présent Boos manquons d'autopsies qui nous permettent d'établir quelle est la véritable nature de la calenture.

Ffxmostie. — Le pronostic n'offre aucune gravité loi*sque la congestion est légère; mais il n'en est plus de même lorsque rhy|)erémie est assez forte pour prodoire le délire, le coma , la paralysie ou les convulsions. Toutes cbosçs égales d'ailleors, la congestion est plus fâcheuse chez les vieillards que chez l'adulte, parce qne chez les premiers elle produit plus souvent que chez les autres des bémofrbagies ou des ramollissements consécutifs, maladies auxquelles la vieillesse prédispose.

Couses. — Tontes les conditions qui augmentent la quantité du sang , ou qui iont aflSuer ce liquide en plus grande abondance vers le cerveau , ainsi que celles qui gênent son retour vers le coeur, sont autant de causes prédisposantes ou efficientes des congestions cérébrales. Il faut ranger dans les deux premières catégories la pléthore, la suppression d'une hémorrhagie constitutionnelle , l'anévrisme dn ventricule gauche du cœur, le mouvement fébrile, les émotions morales, les travaux intellectuels opiniâtres, l'abus des liqueurs alcooliques, une alimentation trop succulente, une diminution dans la pesanteur atmosphérique, une chaleur ou une insolation trop intense ou un froid trop vif. Ainsi , les individus qui meœ^eni

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