DE U PHLÉBITE. SOS
que M. Tessier a , dans ces derniera temps , contesté ce fait , qui n'en reste pas iDOHis pariaitement établi pour nous et pour tous ceux qui ont disséqué a?ec quelque soin des veines enflammées; qu'il me suffise de citer ici les noins de MM. Blandia, fiérard, Velpeau, Diance, Cruveiihier, Brescbet, Sédillot, etc. Si parfois on trouve la portion de veine malade séquestrée de la circulation par des caiHots adbéreots, il n*eo faut pourtant pas conclure que, dans ces cas, le pus n*a pas été mêlé aa sang; car ce mélange a pu fort bien se faire avant l'organisation des caillots, ou bien ceux-ci, existant dès le début de la maladie, ont pu se décoller oq le rompre à une certaine époque, et livrer ainsi passage au pus^ enfin, l'infecMoQ a pu également se faire par les collatérales. Ainsi , dans toute phlébite , il peut y avoir infection du sang par le pus qui est sécrété dans la veine, et c'est cette altélacîou consécutive que le sang éprouve qui déterniine la série d'accidents que MOfi verrons caractériser la seconde période de la maladie, et qui rend compte en OBtre de la formation de toutes les collections purulentes que nous avons rencon^ Inées dans la plupart des organes. Dans la phlébite , il n'y a |)as seulement, ainsi qae quelques uns l'ont cru, transport mécanique du pus de la veine dans d'autres parties; mais il faut encore admettre, avec Dance, que le sang vicié, infecté, est apte à produire des inflammations disséminées toutes spéciales, qui se terminent rapidement par suppuration ; ou bien encore on peut supposer avec MM. Crureilbier, Rokitanski et Sédillot, que le pus, n'étant point éliminé , agit comme an véritable corps étranger qui, s'aiYêtant dans certains capillaires, les enflamme et détermine des engorgements sanguins , et bientôt après des abcès. Ces deux théories sont les seules qu'on puisse raisonnablement admettre et défendre aujourd'hui.
M. Lebert cependant s'est élevé dans sa Physiologie pathologique contre l'idée d'une phlébite capillaire qui serait excitée par la présence des globules purulents ; il s'appuie sur ce qu'en injectant du pus dans les veines on voit les globules disparaître en très peu de temps, et le microscope lui-même est impuissant pour en déceler la présence. Quand môme, ajoute4-il, les globules se conserveraient intacts, ib pourraient encore circuler dans la plupart des capillaires, n'étant guère plus folumineux que les globules de sang. Quoi qu'il en soit et de quelque manière que le pus agisse, sa pénétration dans le sang est la seule cause de l'infection purulente. On a pu reproduire toutes les lésions viscérales qui accompagnent la phlébite en iojeclant du pus dans les veines des animaux. Si quelques auteurs n'ont pas réussi dans ces expériences , s'ils n'ont trouvé à l'ouverture des corps que des ecchy- Boses , c'est parce que les animaux ont été sacrifiés trop vite ; mais si , imitant h conduite de MM. de Castelneau et Ducrest, on injecte le pus peu à peu , à des iatenralles plus ou moins éloignés, et si on laisse les animaux vivre plus longtemps , on trouve alors des abcès viscéraux identiques avec ceux que la phlébite déteroûne. Ces auteurs ne pensent pas non plus que le pus agisse exclusivement oomme corps étranger. A l'exemple de M. Cruveiliiier, ils ont injecté dans les veines diverses substances, comme du lait, de l'urine, du noir animal , du mer-' cure, etc., et ils ont vu que quelques uns de ces corps produisaient bien des abcès, mais seulement dans les poumons et non ailleurs. Excepté dans quelques cas rares où l'on avait injecté du mercure, ces abcès ne ressemblaient pas d*ailleurt par leurs caractères extérieurs aux abcès métastatiques, et quant aux symptAmes, il n'est pas de phénomène isolé que provoque l'infection purulente qui n'ait été vu également dans les cas dont je parle, mais il n'en a pas été de mêm^ de Y ensemble des symptômes. Les troubles fonctionnels, comme les caraciiic
anatomiques, ont varié aussi suivant la nature de la substance injectée, mais le pus seul a pu déterminer des abcès absolument semblables, pour la symptomatelogie et pour les caractères anatomiques » aux abcès métastatiques (1). D'après ce qui précède, il est naturel de conclure que le pus, en pénétrant dans le torrent circnlatoire, agit surtout par Taltération qu'il fait subir au fluide sanguin. Cette pénétration est indispensable pour la génération des phénomènes, et vouloir expliquer, comme le fait M. Tessier, les lésions multiples que détermine la phlébite par une diathèse, par une disposition spéciale de Téconomie à produire du pus , idée empruntée à Dehaën , c*est préférer les ténèbres à la lumière et vouloir se placer en dehors de toute observation sérieuse.
Les phénomènes que nous indiquerons sous peu comme caractérisant la seconde période ou la période d'infection de la phlébite, période dont les abcès métastatiques sont le caractère anatomique, ne peuvent être produits que [)ar la pénétration accidentelle du pus dans le sang. On peut, avec M. Sédillot, fournir de ce fait les preuves irrécusables suivantes: 1° L'infection purulente est toujours précédée d'une suppuration dans un point du corps, et aucun des faits, rapportés par les auteurs, de génération spontanée du pus dans le sang, ne saurait supporter le moindre examen. 2"" Il y a une relation manifeste, incontestable, facilement démontrable, entre la suppuration des veines et l'infection purulente du sang. 3° La présence du pus dans le sang peut être prouvée par l'inspection ordinaire ou par le microscope, mais il faut pourtant bien se garder, quand on se 'sert de cet instrument , de prendre pour du pus les globules blancs du sang, li" Ënfm, nous avons dit tantôt qu'on pouvait produire à volonté tous les accidents de l'infection en injectant peu à peu du pus dans les veines et en multipliant les injections; mais si l'on rapprochait trop celles-ci, ou bien si l'on injectait une trop grande quantité de pus à la fois, on verrait alors les animaux mourir comme asphyxiés, sans présenter à l'autopsie les caractères anatomiques de l'infection.
C*est donc incontestablement le pus pénétrant dans le torrent circulaire qui altère le sang. Mais par lequel de ses éléments le pus agit-il ? Les uns ont cru que c'était surtout par le sérum, d'autres par les globules. M. Sédillot, dans son excdlent livre, a résolu, ce nous semble, ce problème. Le savant professeur de Strasbourg a établi que le sérum, quand il n'est pas altéré, quand il n'a pas subi la décomposition putride, pouvait être injecté presque impunément dans les veines, puisqu'il a pu en faire pénétrer sans accidents dans la jugulaire d'un chien, et cell dans l'énorme proportion de 160 grammes. M. Sédillot, ayant d'autre part Injecté des globules purulents parfaitement lavés et sans mélange de sérum, a produit tous les accidents et toutes les lésions anatomiques de Finfection purulente.
Nous dirons, en terminant, que la phlébite n'est pas pour nous la cause unique de l'infection purulente ; celle-ci peut s'effectuer encore après la division traumatique des veines, après une altération du vaisseau qui permet au pus d'un foyer de pénétrer dans l'intérieur. Mais il est douteux, ainsi que nous le dirons, que la lymphangite puisse produire les mêmes effets, et rien ne démontre non plus que l'inflammation du système k sang rouge ait produit jamais l'infection purulente. Quant k la prétendue génération spontanée du pus dans le sang, nous rediscms encore que c'est une fable. Enfin nous croyons, avec les professeurs Bérard et Sédillot, que la résorption du pus, assez souvent admise coTnme cause d'infection, ne peut avoir lieu : le pus ne saurait, en effet, être absorbé en nature ; il ne peut péoé-
(4) àlémoireê de f^Aeùiémiê de médecine^ U XII.