‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 122 sur 265 · DE LA LÈPRE · texte numérisé non relu

DE LA LÈPRE

espèces appartenant à un mOme genre. La lèpre ne pouiToit guère ôtre confondue qu'avec Vherpes circinalus, avec le [jorri(jo scutulaia et avec la syphiiide tul culease. Alais on se rappellera que dans Therpès il n*y a qu'une exfoliation 1< reposant sur un fond rouge , et l'on reconnaîtra le plus souvent des débris de v^icules; d'ailleurs la marche des deux afTections est tellement dissemblable, qu*elk peut à elle seule les faire distinguer. I^ porrigo n'offre une certaine ressemblance avec la lèpre du cuir chevelu qu'au début ou à son déclin, lorsque la chute des croûtes laisse une surface roùgc en forme d'anneau ; mais le développement des postules et la nature des croûtes , l'altération des bulbes et le caractère contagieux , ne permettent aucun doute. Enfui , nous avons dit que les tubercules s)phiUti(pies dispiosés en cercle, surtout quand ils existent au front ou au dos, pourraient simuler nue lèpre; mais la teinte cuivrét^ des premières et l'absence des scpiames proprement dites suffiraient ]M)ur établir le diagnostic : indépendamment de ces différences, on peut se convaincre que dans celte forme de sypliilide il n'y a pas, 5 proprement parler, de cercle complet; car les tubercules, quelque rapprochés qu'ils soient, laissent entre *eux des inten ailes plus ou moins marqués.

Pronostic. — La lèpre est sans dai^er : mais elle est souvent rebelle et même incurable, surtout chez les vieillards.

Etiologie, — Rare dans l'enfance, la lèpre affecte surtout les hommes. On a regardé un régime acre, excitant, l'abus des alcooliques, les privations, les chagrins, la misère, la malpropreté, l'exposition à une température élevée, comme y prédisposant; toutefois l'inOuence de ces causes n'est peut-être pas encore suffisamment établie par les faits. Quoi qu'il en soit, la lèpre a paru être quelquefois héréditaire, mais elle n'est jamais contagieuse.

Traitement, — La lèpre étant une maladie très rebelle , on lui a opposé une Ibole de médications. Ainsi les Anglais ont beaucoup vanté dans les temps le rhus radicaus , le daphne mezereum , l'orme pyramidal , et surtout la douce-ainère en décoction (de 16 à 6^ grammes pour une pinte de liquide), substances qui, expérimentées en France, ont paru quelquefois améliorer l'état des malades, mais rarement elles les ont guéris. Les drastiques, comme le jalap, la gomme-gutte, l'aloès, et même les purgatifs plus doux, et parmi eux le calomel, sont d'une utilité réelle et constituent un des moyens adju\ants' les plus avantageux. Le calomel n'agit d'ailleurs que par ses propriétés purgatives et nullement h titre d'altérant ou de spécifique. L'antimoine et son sulfure, le sublimé et même le goudron, vantés par beaucoup de monde, ont paru peu efficaces à Biett et à M, Cazenave; ce dernier se loue au contraire l)eaucoup des préparations sulfureuses, surtout des eaux minérales données à l'intérieur ou administrées sous forme de l)ains. Mais le soufre a peu de prise sur la lèpre invétérée et très étendue ; à celle-là on doit opposer la teinture de cantharides et les préparations arsenicales. M. Cazenave préfère le premier de ces médicaments chez les femmes , chez les sujets jeunes, et dont la lèpre offre les caractères delà forme nlp/iotde. On l'a donné d'abord à la dose de kovL 5 gouttes, le matin h jeun, dans une petite cpiaùtité de tisane; on augmente de quelques gouttes tous les six ou huit jours, de manière h arriver progressivement jusqu'à 30 ou fiO gouttes, dose qu'on doit rarement dépasser. Les pré|>arations arsenicales exigent, pour être employées, l'intégrité des voies digestives ; on donne tantôt la solution de Pearson (contenant 5 centigrammes d'arséniate de sottde pour 30 grammes d'eau distillée) à la dose de 1 à ^i grammes dans un véhinile inerte, ou bien, à l'exemple de Biett, on prescrit l'arséniate d'ammoniaque

à la dose de 3 ou 6 milligrammes par jour en solution. Mais on préR*re génémle- OMlt la solution de Fowler (30 centigrammes d'arsénite de potasse pourvu grammes 4ll|id) , dont on commence à donner 3 ou U gouttes,. en augmentant progressivement jusqu*k 12 ou 15, quantité qu'il n'est pas prudent de dépasser. On doit même interrompre de temps en temps le traitement, pour laisser reposer les organes, puis le reprendre, en commençant encore par de petites doses. Ces médicaments ont souvent réussi à amener en quelques mois la guérison de lèpres qui depuis plusieurs années se montraient rebelles aux traitements les plus énergiques et les plus variés.

Il convient d'associer à la médication interne des moyens locaux qui seuls amèneraient rarement une guérison radicale. C:es moyens sont les bains simples, sulfureux , les bains de mer et de vapeur, les fumigations sulfureuses , l'hydrotliérapie, diverses pommades dans lesquelles entrent les iodures de fer ou de soufre (1 à & grammes pour 30 d'axonge), le proto-iodure ou le protonitrate de mercure (1 gramme sur 30), le goudron (100 grammes pour 300 d'axonge), l'huile de cade dont on oint les surfaces avec un pinceau; enfin, lorsque la maladie résiste avec opiniâtreté, on doit chercher h modifier la vitalité des parties par la cautérisation ou l'application plusieurs fois répétée de vésicatoires. Je n'ai pas parlé des antiphlogistiqucs, car ces agents ne conviennent que dans quelques cas exceptionneb et seulement momentanément.

DU PSORIASIS.

Le psoriasis est une maladie caractérisée par des plaques plus ou moins étendues, irrégulières, saillantes et recouvertes de squames minces, sèches, d'un blanc chatoyant : au-dessoQs de ces squames la peau est rougeâtre et épaissie. Le psoriasis e^t une des maladies de peau les plus communes, nous la regardons comme identique avec la lèpre, car elle a la même forme élémentaire ; elle suit la même marche et exige le même traitement. Elle n'en diffère que par la forme de Téruption, qui dans la lèpre se présente par plaques orbiculaires, arrondies, dont les bords sont élevés et dont le centre est sain, tandis que dans le psoriasis ce sont tantôt de petites plaques irrégulières, ayant quelques millimètres d'étendue, existant en plus ou moins grand nombre, et ressemblant à des gouUes de liquide qui auraient été projetées sur un ou plusioui^ points de la peau : c'est ]e psoriasis guttata, qu'on observe surtout à la face externe des membres et à la partie postérieure du tronc; ou bien ce sont des plaques étendues, irrégulières, anguleuses, envahissant tout un membre ou tout le coips : c'est le psoriasis diffusa. Dans cette dernière forme , la peau est quelquefois épaissie, durcie, rouge et fendillée {pso^ riasis invtterata), ou bien les plaques squam( uses, comme rubanées, se contournent sur elles-mêmes en spirales {psoriasis gyrala).

Le psoriasis offre aussi certains caractères particuliers suivant le siège qu'il occupe. Ainsi, aCfecte-t-il le prépuce, il produit nn épaississement CDnsidérable de ses replis, il en rétrécit l'orifice, qui est rouge et fendillé ; les grandes lèvres chez les femmes peuvent offrir une lésion analogue. Siége-t-il aux lèvres, celles-ci présentent à leur bord libre une surface froncée, gercée et dure. Si les paupières sont envahies, il existe ordinairement de l'œdème et une rougeur vive de la conjonctive. Dans le psoriasis qui affecte la paume des mains, on trouve toujours la peau i*ouge, élevée et profondément fendillée, surtout à la face interne des doigts; elle se couvre d'une squame blanche, sèche et adliérente. Si la maladie persiste longteaps, k$ ougles se déforment, s'atrophient ou se ramollissent et tombent

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