DES PRODUCTIONS CORNÉES ET KPIDERMIQUES
On voit quelquefois se former sur la peau et sur les membranes muqueuses, surtout sur celles qui sont exposées au frottement et au contact de l'air, des productions accidentelles de nature cornée se présentant sous forme d'écaillés dures ou formant des tumeurs saillantes analogues à des cornes. Ces dernières, superficielles et immobiles, ne s'étendent jamais plus profondément que le dennc; on les obscn e surtout sur les portions de peau couvertes de poils. Elles sont plus communes chez la femme que <^hez l'homme, et se rencontrent spécialement chez U»
DE l'ichthyose. 385
personnes âgées. En général, il n*eo cxbte qu'une ou deux ; d autres fois on en trouve un grand nombre de disséminées sur la surface du corps, où elles fonneût une saillie d'environ 2. centimètres, et qu'on a vue parfois dépasser 30. J'ai, en 1830, présenté à l'Académie de médecine une de ces productions longue de 16 centimètres, pesant 11 grammes, tournée eu spirale comme la corne d'un bélier, et qui s'était développée sur le temporal gauche d'une vieille femme (1).
Les productions dont je parle naissent, en général, spontanément, quelquefois elles sont la suite d'une contusion ou d'une irritation quelconque. Leur mode de iormation est encore inex|^icable. Il faut les considérer, avec Breschet, comme One sécrétion morbide, plutôt que d'admettre, avec 31alpigl)i, qu'elles sont formées |)ar un prolongement neneux du derme. Rien ne prouve non plus qu'elles aient leur point de départ dans un follicule sébacé comme £verard Home et AstL Cooper l'ont prétendu.
Les productions comées qui sO présentent ainsi sous forme de tumeurs isolées doivent être extirpées.
Pour compléter notre sujet, il nous reste à parler des productions coniéeâ ou ^'pidermiques sous forme d'écaillés, qui occupent une partie ou même la totalité* ou la presque totalité du corps. Ces productions squameuses peuvent se rapporter à quatre types principaux, qui sout : Vichtlnjose^ \c piti/riasis, la lèpre et h psoriasis.
DE L'ICJITHYOSE.
L'ichtbyose (de ly%i^ poisson) est une maladie caractérisée par l'épaississemcnt de l'épideime, qui forme des squames plus ou moins larges, dures et sèches, d'un blanc grisâtre et comme imbriquées. La ressemblance grossière qu'on a trouvée entre cet état et la surface du corps de certains poissons a fait donner à la maladie le nom qu'elle porte. Celte affection est presque toujours congénitale; elle peut èu-c paiement accidentelle. La première est ordinairement générale ; la seconde est conamunément bornée aux membres ou au tronc. Lorsc^ue la maladie est générale, souvent elle respecte la face palmaire des mains cl la ligure en entier, ou du moins quelques-unes de ses parties, comme les paupières, qui, en effet, sont fort rarement atteintes.
Symptômes, — Dans l'ichthyose peu grave, la peau reste molle , mais elle est ïèche ; elle semble épaissie ; elle est hérissée de lamelles d'épiderme grisâtres et desséchées, ce qui lui donne un aspect rugueux, inégal. D'autres fois l'épiderme, étant réellement é])aLssi et se fendillant en tous sens, forme de véritables écailles, dores, grisâtres ou d'un blanc nacix'i dont la plupart sont imbriquées. Ces écailles se détachent ou sont arrachées par les malades sans exciter ni douleur ni prurit. Kd général, la peau n'est jamais le siège d'aucune transpiration. Cette excrétion semble quelquefois se faire uniquement sur cei'laines ])arties, comme (es pieds, les aisselles, la tète, où elle est extrêmement alx)ndante.
L'ichthyose congénitale, peu prononcée à rè|)oque de la naissance, ne se révèle guère que quinze jours a|)rès, par 1 état terne, grisâtre, s(H:de la peau, qui parfois même est déjà fendillée. A mesure que l'enfant avance en âge, les caractères de l'ichthyose deviennent de plus en plus marqués.
L'ichthyose accidentelle a une marche beaucoup plus rapide; on la voit diminuer et disparaître même à certaines époipies de l'aimée, ou bien à l'occasion d'une
(i) BulUîim à€ V Académie, t. XV, p. 018.
t. H. — 6* Amt. 1^
ii6 DÈS PRODUItli MORBIDES ACCIDENTELS.
ipaladic intercurrente, pour reparaître ensuite de nouveau. Ces ahematires se remarquent quelquefois aussi dans richthyose congénitale, mais inûdiment plus rarement que dans celle qui est accidentelle. La preinière ne guérit peut-Olrc jamais; la seconde guérit quelquefois, mais après une dtu^e qui, rarement, est moindre de plusieurs années.
La maladie n*entraine jamais la mort par elle-même ; elle ne met pas à Tabri d*une autre affection cutanée, mais les caractères naturels de celle-ci sont alors toujours plus ou moins masqués on modifiés.
Diagnostic, — L*iclithyose congénitale ne peut être confondue avec aucune autre maladie connue. Celle qui est accidentelle et locale, si elle est en môme temps légère, pourrait être prise pour un eczéma ou pour un lichen à leur période d*exfoliation; mais la sécheresse des surfaces, la dureté des lamelles, Fépaississement et la teinte grisâtre de la peau, permettront d*établir le diagnostic diiïérentiel. EnGn le psoriasis et la lèpre diffèrent de Tichthyose par Taspect des écailles et par la rougeur qui existe.
Pronostic: — L'ichthyose ne compromet pas Texistence : cependant le pronostic est grave en raison de Tincurabilité de raffection.
Etiotogie, — L*ichthyose congénitale est souvent héréditaire; elle paraît plus commune chez les individus du sexe masculin. On ne sait rien sur les causes qui la produisent
Traitement. — Le traitement de Tichthyose congénitale est palliatif; il consiste en bains de vapeur, ou en bains simples et mucilagineux. On oint fréquemment la peau d'une pommade alcaline. Quant aux divers mo^iens admhiistrés à l'intérieur pour triompher du mal, ils sont restés jusqu'à présent sans aucune utilité.
m PITYWASIS (DARTRE FURPURACÊE VOLANTE).
Le moi pityriasis (de irtVupov, son) était tisîté chez les médecins grecs, et il est encore employé de nos jours pour désigner une maladie de la peau dans laquelle celle membrane, diversement colorée ou consei*vant sa coloration normale, présente comme phénomène caracléiistiquc Ime desquamation de Tépiderme, qui se détache en petites lamelles blanchâtres, pulvérulentes, qu'on a comparées avec raison à de la farine ou à de la poudre de son.
Cette maladie peut Cire bornée à certaines régions du corps, au cuir chevelu ou à la face, par exemple; d'autres fois elle envahit la totalité ou la plus grande partie de Tenveloppc cutanée. On en distingue quatre variétés, qui sont les pityriasis iiibra, alba, vetsicolor et nigra.
Le pityriasis rubrn est une forme assez rare de la maladie. La peau présente alors, sur les points affectés, une rougeur vive, stiperficiellc, très bien limitée ; eDc est sèche et recouvcile de petites squames blanchâtres, qui se détachent au moindre frottement et quelciucfoîs aU plus léger mouvement. Ces lamelles se ivnouvellent sans cesse. ï^ malades éprouvent ordinairement un prurit léger. Le pityriasis rwéra occupe surtout le cuir chevelu {pityriasis cô/jitis). Il est plus fh!»quent chez les pei*sonnes qui ont des cheveux épais, qui négligent les soins de propreté, ou qui tombent dans un excès contraire; les cheveux fniissent alors quelquefois par devenir secs et cassants, et sont entrahiés en grand nombre par le peigne. Le pityriasis de la face se montre surtout au menton, où il est presque toujours entn?tenu parTaction du rasoir»
Lepityna$i$ alba se montre sutloui yi bL tîWi» Oti\^\V>Mi^\xa>i\!t^V«\chllrc,
DE LA LkPRE. 3H7
hrincuse, disposée par plaques irrégulières, se détacher; c'est' à peine si le malade éprouve un peu de prurit En général, après peu de jours, la maladie disparaît; elle peut néanmoins être |)ersistante ; elle est surtout opiniâtre quand elle occupe le cuir chevelu.
\j^ pityriasis versicolor oûMoasmn^ nommé autrefois taches hépatiques, est caractérisé \VàT des taches grisâtres, fauvos, jaunâtres ou safranées, de forme et d'étendue variables, plus ou niohis rapprochées, et séparées par des intenalles où la peau conserve sa coloration normale. Ces taches, qui siègent surtout au devant delà poitrine, sur le cou et au ventre, se recouvrent de squamules fnrfuracécs. Le prurit est nul, ou moins marqué que dans la variété précédente. Né le plus souveiit sons IMnfluence de Tinsolation et par Tusage d*alimcnts épicés, le pityriasis versieolor est une alTection de peu d'importance, et qui ne se lie point, comme le prétendait Alibert, h des maladies viscérales.
\je pityriasis niyra se présente avec tous les caractères du pityriasis rubra\ excepté que les squames reposent sur des surfaces d*un noir plus ou moins foncé.
Diagnostic, — Le pityriasis est d'un diagnostic très facile. Nous verrons qu*il diffère essentiellement de la lèpre et du psoriasis par la forme, retendue et la coloration des squames. Il se distingue de Tcczéma et du lichen par Tabsence d'une éruption vésiculaire et papuleuse. D'ailleurs la forme de la desquamation est difîérente : on ne volt pas, en effet, dans ces deux dernières afîections, cette reproduction incessante de lamelles fnrfuracécs qui constitué le caractère distinctif du pityriasis. Enfin, le pityriasis vcrsicolnr se rapproche de certaines éphélides par la coloration de la peau; mais il s'en distingue par la desquamation qui est nulle dans les premières.
Pronostic, — li* pityriasis constitue toujours une alTection bénigne. Celui du cuir clievelu est souvent rebelle, et peut produire ralojiécie.
Ètiologie, — Le pityriasis est une affection qu'on ol>serve à tout âge; il n'est pas rare chez les nouveau-nés; il occuih; chez eux le cuir che\elu, et apparaît d'abord sous forme d'une crasse légère, bientôt remplacée par des squami*s. Cette maladie reconnaît souvent pour cause une surexcitation de la peau produite par rinsolation, |>ar un régime échauffant, par le frottement, la saleté, ou par des soins cxcesùfs de propreté.
Traitement, — Des lotions émollienics ou légèrement alcalûies, l'emploi de pommades douces et de quel([ues laxatifs, constituent tout le traitement qu'on doit opposer au pityriasis dans sa période aiguë. S'il siège au menton, on devra s'abstenir du rasoir, et couper seulement la barbe avec des ciseaux. Le pityriasis rapitis des nouveaivnés cède communément aux soins de propreté, à quelques lotions alcaline», et h des frictions douces exeixées avec une brosse fine. Contre le pityriasis rebelle, on op|)osera les bains sulfureux, lis bains et douches de vapeurs simples ou ironiatiques, les bains de mer, les lotions chlorurées; les pommades astringentes bites 9^QC l'alun, le borax, l'arx'tate de ph>mb; MM. Dcvergie et Gibeit conseillent même, dans les cas rebelles, l'nnploi, à l'intérieur, des solutions arsenicalesi (liqueur de Fowler ou de Pcarson).
DE LA Ltl*RE.
Ijc mot lèpre ^ employé par Ilippocrate et les médecins grecs pour désigner d'un<? manière générique les afTections s<juameuses de la peau, a été p\ns UtA 4.tVc^wnA de son acception ; car aujounllwi, dans le langage des gcus du rnouvXf^ ^ vw^iha* itheÊOcoap de médedns, Vcxprùssion lèpre emporte l*idéc d'une lu^liAve ^^n^^
hideuse et dégoiitaytc. iMais AiVillan lui a rendu sa signification première, et Cdle-ci a été aussi adoptée en France par la plupart des dermatologistes, notamment par Biett, par MM. Cazenave, Schedel et Gibert. A leur exemplç, nous définirons donc la lèpre (de Xcttc?, écaille) une éruption squameuse, caractérisée par des plaques arrondies, élevées sur les bords, déprimées au centre, et recouvertes de squames minces, d*un blanc argentin, chatoyant, nacré. Quoique pouvant se développer sur toutes les parties du corps, la lèpre semble cependant affecter de préférence les jnembres au voisinage des articulations, aux coudes ou aux genoux et à la partie antérieure du tronc; elle se présente avec les symptômes suivants.
Symptômes. — Elle débute ordinairement par de petits points rouges formant ï peine saillie au-dessus de la peau, se recouvrant aussitôt de squames minces, peu adhérentes et qui ne tardent pas à tomber. Bientôt ces plaques s^élargissent et prennent de plus en plus une forme exactement circulaire. Les disques qui caractérisent la lèpre ont une largeur qui varie depuis ccUe d'une pièce d'un franc jusqu'à celle d'un écu ; leurs bords sont élevés, recouverts de squames multiples, superposées, grisâtres, sèches et très adhérentes; au centre des disques, la peau est saine, et souvent déprimée, en raison de l'élévation des bords. Dans quelques cas rares pourtant, les squames existent partout ; ce n'est alors que par la forme orbiculaire des plaques qu'on distingue le caractère de la maladie. Ces plaques, d'ailleurs, ne sont pas toujours aussi distinctes que nous le supposons ici ; souvent, en effet, plusieurs d'entre elles sejoignent dans leur mouvement péripliérique : il arrive alors, ou bien que cette rencontre ne nuit eu rien à la forme exactement circulaire des plaques qui ne font que s*eutrelacer, ou bien il se fait que, par suite de leur contact, leur développement est comme arrêté ; les disques sont alors déformés, aplatis dans quelques points de leur circonférence.
Les plaques lépreuses sont ordinairement indolentes, ou ne deviennent le siège de prurit ou de quelque sensation incommode que dans les circonstances qui activent la circulation. Leur développement se fait toujours lentement, d'une manière à peu près insensible et presque toujours sans dérangement dans la santé. Les plaques, après avoir débuté par les coudes, les genoux ou le ventre, finissent par envahir successivement tout le tronc, le cuir chevelu et jusqu'au visage et aux mains. Les squames tombent, se renouvellent sans cesse, et laissent après leur chute des surfaces rouges légèrement proéminentes, indolentes, lisses, quand la maladie est récente, inégales et sillonnées quand l'éruption est ancienne (Cazenave). Wlian, et plus tard Biett et M. Cazenave, ont admis deux variétés de lèpre, qui sont la lèpre alphoîdc et la lèpre noire : la première est remarquable par des plaques très petites, et dont les squames sont d'un blanc chatoyant ; dans la lèpre noire (lepra nigricam)^ les squames sont au contraire noirâtres.
La lèpre a une durée indéterminée; eUe cesse quelquefois spontanément au renouvellement des saisons, ou par un changement de climat, d'habitudes, de régime; mais elle est très sujette a récidive. Lorsqu'elle marche vers la guérison, les disques s'affaissent, leurs bords se resserrent, les squames deviennent de plus en plus minces; elles se reforment lentement; les surfaces qu'elles laissent à nu après leur chute sont moins rouges; enfin les cercles se rompent, les élevures s'affaissent et la plaque disparaît Mais ces changements ne s'opirent ordinairement qu'avec une extrême lenteur.
Dinfjiiosttc, — Nous verrons bientôt en quoi la lèpre diffère du psoriasis; ces deux maladies ont d'ailleurs entre elles beaucoup de rapport, et ne sont que des