DES POISONS IKRITANTS VÉGÉTAUX
Les poisons irritants végétaux, parmi lesquiels nous citerons \ejalap, la bvyonc, la gomme- fjutte, le garou, les euphorbes, la chél idoine, la me, la créosote, déterminent des coliques, des vomissements et de la diarrhée, c'est-à-dire la plu|>art des symptômes que produisent les substances minérales corrosives.
Dans cet empoisonnement, il faut ingérer une grande quantité de boissons émoilientes, albumineuses, favoriser et môme provoquer le vomissement, lorsqu'on est appelé peu après l'ingestion du poison. Mais bientôt les symptômes d'inflammation qui se développent exigent l'emploi des antiphlogistiques.
DES POISONS IRRITANTS TIRÉS DU RÈGNE ANIMAL. De rempoisonnemenl par les eantharides.
Les cantharides avalées entières ou en poudre peuvent, dit-on, même à la dose de /tO à 50 centigrammes, déterminer des accidents plus ou moins graves d'empoisonnement.
Altéj'oiions cadavériques, — • Lorsque le poison a été ingéré dans les organes digestifs, on trouve ceux-ci enflammés et ecchymoses; quelquefois un liquide sanguinolent y est épanché; dans les mucosités et les matières intestin9les existent des paillettes d'un vert ou jaune doré, ayant un reflet brillant, et qui nesont autre chose que la poudre de cantharides. Il résulte des recherches de M. le docteur Poumet, insérées dans sa thèse (18ù2), qu'on peut encoi^e, vingt-six jours après l'ingestion des cantharides, reconnaître celles-ci à la face interne de l'estomac et de l'intestin, avec lesquelles elles semblent combinées, pourvu qu'on ait la précaution d'iusufOer et de faire dessécher ces organes. Quelle que soit d'ailleurs la voie par laquelle le poison a été introduit, on trouve le plus souvent de la rougeur et même une véritable inflammation, avec fausses membranes de quelques-uns des organes génitourinaires; on a même vu quelquefois le pénis gangrené (voir Cystite),
Symptômes, — Ceux qui avalent des cantharides éprouvent une saveur acre, une soif intense, des douleurs vives à l'épigastre d'abord, puis dans tout le ventre, accompagnées de vomissements et de déjections souvent sanguinolentes. Beaucoup de malades accusent un sentiment de chaleur, d'ardeur vers la vessie et le long de l'urètre ; il y a de la strangurie ; l'urine, rendue presque goutte à goutte, est souvent sanguinolente et mêlée à des pseudo-membranes plus ou moins volumineuses ; dans quelques cas enfln, mais non pas toujours, comme beaucoup de personnes le croient, il y a satyriasis, c'est-à-dire excitation vive des organes génitaux, désir continuel de l'acte vénérien ; mais la plupart n'ont que du priapismc, c'est-àdire une érection continue, presque toujours douloureuse, sans désirs vénériens. Chez h plupart de ces individus, le pouls est accéléré et la chaleur brûlaiHe. Les
DE L*£MPOISO\NËM£iNT PAR LES MOULES ET AUTRES COQUILLAGES. U5
nos stmi surexcités, ils déliroui ou rpiouvont des moiivemenls convulsîfs, tétaniques; d*autres, au contraire» sont comme engourdis, ils ont des lypothymies, des syncopes et tombent dans un état comateux.
Traitement. — Appelé pea après l'ingestion du poison, on doit se hâter d'en déterminer l'expaision par la titillation de la luette ou par Tadministration d'une boisson abondante et nauséeuse ; on combattra ensuite les accidents inflammatoires par les saignées générales et locales, par les boissons douces, par les fomentations et les bains émollients. Il est quelques accidents qui réclament des moyens spéciaox : ainsi qndqnes faits démontrent que le camphre seul, où uni à l'opium et èmné en pilules, en frictions sur le périnée ou Phypogastre, ou en lavement, est Btile ponr modérer les symptômes d'excitation qui surviennent du côté des organes génito-nrinaires. Dans les cas de collapsus, il faudra ranimer le sujet par l'adminiitntion des cordiaux et des excitants diffusibles (vin, éther, ammoniaque), mais nous croyons qu'il serait dangereux de regarder, avec Giacomini et Técolc controstimuliste, ces agents comme devant constituer la base du traitement ; car la raison H l'expérience prouvent qu'ils ne sont utiles que dans le cas spécial que je viens d'indiquer.
Hé rcmpoifODneiiient par les moolet et «olres coquiUages.
Les moules occasionnent souvent des accidents; ceux-ci dépendent, en général* moins de la qualité du coquillage que de l'idiosyncrasie des sujets. On n'observe d^ailleurs dans ces cas que les symptômes ordinaires d'une indigestion, et souvent un prurit à la peau avec on sans plaques d'urticaire. Ces symptômes ne commencent guère que trois ou quatre heures après le repas. Dans quelques cas pourtant, l'ingestion des moules détermine de véritables symptômes d'empoisonnement. Ainsi, indépendamment du malaise, de l'épigastralgie, de l'étoufTement, des évacuations par haut et par bas, et de la soif, on voit des malades s'affiaisser ; leurs extrémités sont froides; i|s ont des lipothymies, des syncopes; le pouls est petit, fréquent; toutefois, ces accidents sont rarement assez graves pour entraîner la mort. On ignore encore quelle est la modification que le coquillage a subie dans ces cas. Les uns croient à une altération putride de l'animal (Burrous), d'autres admettent que celui-ci s'est nourri d'une matière nuisible nommée crasse (Lamouroux), on de petites étoiles de mer (Breumié, du Rondeau), ou qu'il renferme des particules cuivreuses, parce qu'il aurait été recueilli sur la carcasse de quelque vieux navire doublé de cuivre (Bouchardat).
TraiiemenL — La première indication consiste à exciter les vomissements par l'administration d'un émétiquc. Si les matières ont pénétré dans l'intestin, on en favorisera l'expulsion par des lavements et même par quelques laxatifs doux, comme rhuile de ricin. On donnera à l'intérieur une boisson légèrement acidulée, et l'on combattra les accidents nerveux par l'éther, l'eau-de vie, le rhum, le café; on emensoite les moyens propres à modérer l'inflammation consécutive.
tkG DES EJMPOlSONNBMBfiTft.
DKIIXIÉME GENRE D'EMPOISONNEMENTS.
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Lorsque les iiiédîcamdnts connus suas le nom de narcotiqueëltlkkiiûminiêtrés II trop haute dote» ils détermûMnr de la pesanteur de tête, des Tértiges, un senti-^ment d'engourdissementi un délire plils oïl moins marqué, des natisées, des ? o* missementft, et à ilne période plus avancéOi un état oomatenk, apoplectique, ^dl précède la mort. C*est à l'ensemble de ces phénomènes qti*on donne le nom de narcotimtek Les substances qui produisent le plus souvent oet état sont : Vf^um et SM diverses préparalions« la morttlle^ la laitue vtretiMi Ujtisfuimmi ainsi qiM la kelladane. Elles ont tontes des edets analogues ! liussi ce que nous dirons tiientOt do ropiùui pourra s'sppliqUcr à toutes les autres. D'après ce qui préoède^ on toit que les poisons narcotiques agissent sur les centres nerveux consécutivement k letlf absorption : ils n'exercent aucune action manifestement irritante sur les surfaces avec lesquelles on les met en contact; Ceci s'applique même k la belladone et aux alcooliques, qu'on a eu tort par conséquent de classer parmi les substances narcotico-ftcres.
La qtianiité d'opltim Héeeësalre potir prôduli'e le UAitotlstne vfltie suivant fétlt de santé ou de maladie, suivant l'âgé des sujets et leur idiosyricfasiè. Aih#i tKM rrom vu le narcotistue sUr'Venir clleï ut)é dame apr(*ë l'ingestioti de 3 centigrâmmen d*0ptum; 20 ceAiigfatemes ont quelquefois suffi pont* tuer des sujets aduhês, et une dti 4lêU)[ gotlUcs dé laudanum t)etiVcnt êtfe mortelles pour Un enfaiit nouveau^ né. Le poison est surtout absorbé rapidement quand on l'injecte dané le f ectuiti où lorsqu'on le place sur lo peau dénudée. Il e^ douteux que le natrotlsme putlse être produit lorsque ta peau est encore protégée par l'épiderme.
AliéraiiùnB cadavétfques. -»-Cheï le* Sujets empoisonnés parropfuui, OU (l'OffVé les pouiuons peu eiépltants et gorgés d'un sang noir; les vaisseiiut cérébraux Soiit distendus par ce liquide ; la substance cérébrale est fortement injectée ; la pie-fiiêre est infiltrée de sérosité ^ le sang Contenu dans le cœur et les gros vaisseaux est généralement noir et fluide; il n'est pas rare pourtant qu'il sOit réuui en caillots; tfiHis ceUit^cl i^ottt peu résistants.
Symptômes. — A doses modérées, mais néartniolus eriCore totfqucs, ropiuit) dé-« têfmlne des symptômes d'ivresse, tels que pesanteur de tête, vertiges, délits, etaltdtion des seus et rfiême des organes génitaux ; là chaleur des téguments augmente pfus ou moins, le pouls acquiert de la forôé et de la fi*équencc. La peau est, ed outre , le Siège d*m prurit insupportable, sans qU'on*y rcmaitfue aucune lésion appréciable; d'autres fois elle présente à sa Surface diverses éruptions, telles qUê prurigo, urticaire et eczéma. A cette excitation succède bieutdt un état de torpetlt* et de sommeil qui peut persister pendant six ou douze heures, après lesquelles les individus restent encore pendant quelque temps fatigués, engourdis, ayant de la pesanteur de tCtc et une soif vive.
A plus haute dose, le poison excite des vomissements ou tout au moins des uausées ; la bouche est sùche ; il y a de la soif et de la constipation ; la sécrétion urinaire est diminuée ou même suspendue. Les malades tombent dans un profond assoupissement ; leurs yeux sont immobiles et injectés ; la pupille est souvent con-
DE L'EMPOISONNEIfBMT PAR LES NARCOTIQUES. U1
(ractile et très resserrée; cbex d*aurres ello osl large et Immobile; les thembres not (Uns U résolution i lo respiration est libre, souvent pénible, stértoreuse, entrecoupée; la fice est pfile ou violacée; le pouls large, dur, lent, où bien petit et fréqaeot ; la peau» souvent froide, marbrée, est couverte de suetirs. Quelques ma' lades éprouvent de temps eo temps de la roideur et des convulsions ; In ttlOrt suN lieot, en général, dans le coma ou avec des symptômes d*a<iphyxie. Lorsque les iadÎTidi» reviennent à la santé , ils commencent par Otrc sensibles flux excitants ntérieorSt et peu à peâ ils recouvrent connaissanee : c*est ordinalremeht à cette époque qu'ils ressentent un prurit extrêmement pénible , accompagné ou non dé meure. La plupart de ceux qui sttcc^mbetit raetirent, d'après 'Chrlstison, de sept Idooie beures apfès i'idgestion du poison; pt-esque tous cedk qtll dépassent la <|uiniièine heure guérissent.
Dans l'empoisoiniemeiit plr la morphine et ses sel^, oit obserté à peu près les mêmes accidents que dans rempoisonnement par l'opitim : cependant il est quel* qoes phénomènes qu*on rencontre plus spécialement dans le premier cas. Ce sont : les nausées, la sécheresse de la bouche, les vomissemdits, qui sont bilieux, le prurit, qui est toujours intense, les sueurs abondantes, le resserrement des pupilles, qui aurait lieu dix-huit ou dix-neuf fois sur vingt, la dimintitiou ou la suspeuiiou de ia sécrétion urinaire, surtout chea Thommei
La belbdone et le datlira stramoniom produisent la plupart des accidents des narcotiques ; mais l'empoisonnement par ces plantes est surtout remarquable par la dtlalation constante de la pupille et pat divers troubles nerveux qui, sans être nécessaires, se remarquent du moins dans la plupart des cas : tels smit raphoiiitfi les mouvements spasmodiques, un délire apyrétique souvent gai, extravagant, par^ fois furieux, sans signes de congestion cérébrale, s'acConipagnaht souvent dlllu^ sioBs ou d'hallucinations de la vue ou de l'ouïe^ ces phénotnènes sont suivis d'assoupissement, et quelquefois ils alternent avec ce dernier; beaucoup de Hm malades ont de la diarrhée. L'empoisonnement par les baies de belladone est par» fois mortel; beaucoup des malades qui guérissent con9er\'ent pendant pldsietlfll seoiaines des vertiges, des tremblements et des troubles de la viskiti.
Traitement. -^ Il faut se hâter d'expulser le poison en administrant 15 I 20 centigrammes d'émétique; d'autres préfèrent le sulfate de Eînc (75 c«nti« grammes à 1 gramme) ou le sulfate de cuivre (30 à 60 centigrammes) : si le poisotl a été Introduit dans le rectum, on donne un lavement purgatif. On a attribué à pltl*' Meurs corps la propriété d'être atitidotes de l'opium ; les principaux sont : le tannini la noix de galle, la teinture d'iode, la solution de brome, le chlore, le camphre, substances dont l'utilité est très douteuse , d'après M. Devergiè. Cependant, depuis qa'OrCb a prouvé qu'une décoction aqueuse de noix de galle, versée dans une solu-> tioa d'opium, formait un précipité moins vénéneux que l'opium Inl-méme. on a pnn poeé de neutraliser l'agent toxique en donnant la solution dont je parle , mais ellO doit être concentrée. Orflla insiste pour qu'avant tout on procède sans retard à l'ettraction des liquides contenus dans l'estomac, h l'aide de la pompé Imaginée pour cet usage. 8i Ton n'a pas cet instrument et qu'on soit obligé de débârrasséf restcNnac avec les émétiques, on évitera avec grand soin de dissoudre ces remèdes dans une grande quantité d'eau ; en ne devra pas non plus, sous aucun prétexte^ iMniduire dans l'estomac beaucoup de liquides mucllaglneux OU même seulement aqueni ; car en dissonant le poison, on en rendrait inrailllblement l'absorption l>Jus facile. Ce que je dis s'applique aux acides Végétaux (acétique , cilT\i\u<h i tvtnqae)4 qu'on a bvouooup préeonMs eoaittip éfant les antidotes de Vop\utA\
/i8 DKS ËMPOISONNËMËM'S.- -
mais Orfila a prou\é que cette opinion était erronée. Il a, en cflet, fait voir expérlinentalenient que les acides ne conviennent dans t^ cmpoisounement qu'après que lo poison a été évacué ; si on les donnait pendant qne celui est encore contenu dans l'estomac, on augmenterait les accidents, attendu que ces substances ont la propiiété de dissoudre les parties actives de Topium.
Le café en infusion et le camphre ne sont pas non plus des contre-poisons; mais ils »»ont utiles, le premier surtout, pour combattre Tétat de collapsus. On peut, contrairement à ce qu'on fait pour les acides, les donner dès le début. Le camphre sera prescrit en lavement. Indépendamment de ces moyens, il devient souvent nécessaire de tirer du sang au malade par une saignée du bras, de la jugulaire, on par des sangsues au cou, lorsque la congestion cérébrale est trop forte et qne le sujet est pléthorique. Enfin, dans le narcotismc avec asphyxie, les frictions rudes à la peau, et surtout la respiration artificielle, ont rappelé à la vie plusieurs malades dont l'état paraissait désespéré.
EMPOISONNEMENT PAR I/aCIDE CYANHYDRIQUE OU HYDROOYANIQUE.
L'acide cyanhydrique est un des poisons qui agit le plus promptement et à plus bible dose : c*est, de tous les poisons, le plus actif, après le curare. Gomme ce dernier, il tue parfois instantanément. Une seule goutte peut faire périr an chien après lieux ou< trois inspirations seulement.
Altérations cadavériques, -^ La fluidité du sang, la congestion des principaux viscères, notamment c^lle des poumons et des sinus de la dure-mère, la rougeur de l'arbre aérien, sont les lésions les plus constantes; les cadavres, en outre, exhalent souvent une odeur d'amandes amères.
Symptôtnes. — Lorsque la mort n'est pas instantanée, le malade éprouve des vertiges, des bâillements, de la dyspnée ; il tombe privé de connaissance, et le plus souvent de sentiment et de mouvement. La pupille est ûxe, dilatée ; la respiration bruyante, difficile; une écume sanguinolente sort de la bouche ; le pouls est petit, fréquent, la peau froide ; les mâchoires sont serrées ; il y a parfois des mouvements convulsifs violents. La mort arrive au bout de quelques secondes ou après quelques heures dans un coma profond. Si le malade guérit, il recouvre peu à peu la liaison ; revenu à lui, il consene encore pendant six à huit heures des vertiges et une anxiété précordiale des plus pénibles. Il suit de ce qui précède que l'acide cyanhydrique exerce rapidement une action stupéfiante sur les centres nerveux.
Traitement. — Des expériences nombreuses ont prouvé que le chlore était L'antidote de l'acide cyanhydrique. On mêle 1 partie de chlore liquide concentré à ti parties d'eau ; on met une éponge imbibée de ce liquide sous le nez, sur la bouche ou sur les tempes et les joues. A défaut de chlore , on emploie l'amuaoniaque, ou plutôt une eau légèrement ammoniacale, comme le veut Orfila (1 partie d'ammoniaque et 12 d'eau), qu'on fait inspirer, ou bien on frictionne avec ce liquide la surface du corps , et surtout les tempes. L'ammoniaque n'agit ici en vertu d'aucune propriété chimique , mais seulement comme stimubnt du système nerveux. Le docteur Herbst, et plus tard Orfila, ont démontré l'utilité des allusions froides dans les cas dont nous parlons : ce moyen est peut-être même le plus eflicace de tous ceux qu'on a proposés^ On fera ces affusions en versant sur la tête et sur le rachis de l'eau la plus froide possible ; puis on placera sur la tête une \ossic contenant de la glace. Des sangsues ne cx)nviennent qu'exceptionnellement iM pour combattre la congestion. Inutile dédire que, si le poison existait en-
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oore daos Testoiiuic au moment im Fou est appelé, on devrait administrer aussitôt oa éméfiquc éucrgique.
L*eatt de laurier-cerise, prise en grande quantité, les cyanures de mercure et de potassiom, à la dose de quelques centigrammes seulement, et les amandes amères; açsKBt exactement comme l'acide cyanhydrique. Il faut, par conséquent, com battre Tempoisoniiemeiit que ces substances déterminent par les moyens que nous aroos indiqués plus haut.