‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 162 sur 265 · DU CANCER DE L'ENCÉPHALE · texte numérisé non relu

DU CANCER DE L'ENCÉPHALE

Un grand nombre d'observations particulières de cancer de l'encéphale ont été ohliées par les auteurs contemporains, spécialement par MM. Rostan, Lallemand, 4raillaud, Andral, Abercrombie, etc. M. Cahneil, réunissant la plupart de ces lifs épars, a tracé dans le tome XI du Dictionnaire de médecine une histoire assez omplète de la maladie. Le travail de M. Galmeil nous a été d'une grande utilité pour \ rédaction de cet article. Nous nous sommes également beaucoup aidé des recher-' bes de M. Andral, qui, dans le cinquième >olumo de sa Clinique, a donné quelnés résultats fondés sur l'analyse de quarante-trois observations particulières.

Anatomie pathologique. — Toutes les parties de l'encéphale ne paraissent pas ^paiement sujettes à la dégénérescence cancéreuse. On peut conclure des n»cher hes de M. \ndral que l'altération est IxMucoup plus commune dans les l\(\v\\\s\kVv^^^ ue partout ailleurs : ainsi, dans les quarante-trois cas aualvs&s p3iv t^ ^n^wv^x^A^r. //. — d' t'DîT, ^^

seur, on trouve que le cancer siégeait trente et une fois dans les hémisphères cérébraux, cinq fois dans le cer\elet, tmisfois dans la glande pituitaire, une fois dans le mésocéphale et trois fois dans la moelle épinière. Le volume des masses cancéreuses varie beaucoup : il est des cas où un hémisphère tout entier est transformé €ù cancer, et d*autres où il n'existe qu'une |)etite tumeur atteignant à peine le volume d*une noisette. Le nombre de ces tumeurs est également variable : ainsi tantôt on n'en trouve qu'une, tandis que, dans quelques cas, il en existe plusieurs disséminées datis diverses parties de Tencépbale. Le cancer du cerveau peut se présenter sous les apparences du squirrlie : ailleurs c'est une substance colloïde: le plus fréquemment il a tous les caractères de la dégénérescence encéphaloïde. Ces masses Cancéreuses sont quelquefois enkystées ou simplement enchatonnées au milieu de la pulpe nerveuse, (le laquelle on peut aisément l(*s énucléer; d'autres fois la portion altérée conserve ses rapjwrts de continuité avec les parties environnantes.

La substance nerveuse, située autour des productions cancéreuses, peut être intacte; mais très souvent elle est injectée, indurée, et le plus ordinairement ramollie. Si la tumeur siège près de la surface, les circouvoluiions cérébrales correspondantes sont aplaties; quand l'altération atteint la superficit* de l'oi^gane, les membranes peuvent être enflammées, épaissies ou eu\ahies parla prcnluction morbide: celle-ci peut même altérer les os voisins e! se fra>er une issue au dehors. On a vu, dit ^1. Andral, des cancers intra-crànicns ))erforer la lame criblée de l'ethmoîde, pénétrer dans les fosses nasales et remplir les diiïéreuts sinus (|ui communiquent avec ces cavités. Dans un cas, le cancer, déseloppé du œté de la face inférieure du cerveau, était sorti du crâne en en\oyant des ramifications à travers les trous de sa base. Les nerfs situés au voisinage de l'altération sont envahis par elle ou bien œmprimés et atrophiés, ou même entièrement détruits; ceux qui ont le plus fréquemment subi ces altérations scmt, d'après >1. Lelx'rt, outre les trois premières |)aires, la cinquième et la huitième. Si la tumeur presse sur un des réser\()irsdu sang \eiveux, on trouve une infiltration sous-arachnoïdienne considérable et. un é|)anchement intra-ventriciilaire : le même effet a lieu, et une \érital)le hydrocéphale se produit, quand la tumeur est placée de manière à comprimer le quatrième ventricule ou l'aqueduc de Sylvius. Le cancer du cerveau peut exister seul ou coïncider avec des |)r(Kluctions scMiiblables dans divers autres organes; c'c^st ce que M. Andral a trouvé dix fois .sur les quarante-trois cas qu'il a analysés : toujours alors le cancer cérébral paraissait s'être développi' ron.sécutiveiuent à un cancxT extérieur.

Symptônips, marche . — Il est à peu |>rès impo.ssihle d(» fixer le début du cancer du cerveau; car loi'scpie la tumeur est peu volumineuse v\ (pic .son dé\ cloppemenl s'effectue, ainsi cpie le dit M. C^alineil, par une sorte d'assimilation leule et p;raduelle, le tremble qui r(»sulte de s(m contact avec la substance cérébrale |M»ut être nul ou à peu près. Ainsi maintes fois on trouve dans le crâne des tumeurs carcinomatetLses qui n'ont produit pendant la vie aucun trouble appréciable , (m bien les nuitades n'ont éprouvé que des symptômes légers, de simples indispositions pour lesquelles ils n'ont pas consulté. Kn gé-néral, les tumeurs cancéreuses intra-crAniennes ne produisent de troubles fonctionnels un peu notables que lorsqu'elles ont acquis im certain volume : parmi ces troubI(»s, nous citerons, d'après M. Calmeil, comme étant les plus constants et l(?s plus remarquables , la céphalalgie, les lésions des mouvements, des sens et d(»8 facultés intellectuelles.

L'i céphaîal:];ie est un des s> mptomes les plus con.stants, car .M. ('almeil l'a notée trente-trois fois sur quarante. Cette céphalîilgie peut être circonscrite ou générale, mobile ou ^\\i^\ mais, dans ce cas, elle n'indique pas toujours par son sié^ge celui

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de la lésioa orgMiiquc Rarement continue, elle revient le plus souvent par accès qui oflrent quelquefois une certaine périodicité. La douleur oiïre souvent tous les caractères de la migraine; chez quelques-uns elle est sourde et contusivc; chez d^antres elle est intense, atroce, elle arrache des cris, et simule par sa violence et par son siège un accès de névralgie; elle s'aggra\e souvent par la chaleur; quelquefois, au contraire, celles-ci la calme ; il en est do même de la pression extérieure, qui tantôt Tadoucit et tantôt l'exaspère. La fatigue, l'insolation, les émotions morales et les travaux intellectuels provoquent les crises, qyi se rapprochent, en général, d'autant plus que la maladie est plus ancienne; il arrive souvent que les émissions sanguines ics arment ou en abrègent la durée. Dans quelques cas rares (une fois sur quarante), la sensibilité générale est exaltée; on ne peut alors toucher la peau de ces individus sans réveiller les sensations les plus pénibles; d'autres accusent dans le tronc et les membres des douleurs vives, s|)ontanées, simulant des douleurs névralgiques ou rhumatismales. L'ouïe peut être affaiblie ou perdue; il en est à^ même de la vue; quelques malades ont de la diplopie avec ou sans strabisme; quelques-uns ont de véritables hallucinations, surtout du sens de la vue; l'odorat et le goût sont rarement perdus. Il y a paralysie du sentiment siu* un dixième des sujets, et diverses paralysies du mouvement chez les cinq sixièmes. La moitié sont hémiplégiques, les autres sont parahsés de tout le corps. La paralysie est ordinairement incomplùte ; elle s'établit graduellement ou d'une manière brusque, au mflieu des symptômes ordinaires d'une apoplexie ou bien après des convulsions. Ces lésions de la sensibilité et de la motilité offrent souvent des alternatives : ainsi on les voit diminuer, cesser, puis reparaître encore trois, quatre, cinq et six fois avant de devenir définitives.

Les convulsions sont un symptôuie asisez fréquent; elles affectent différentes formes; elles se manifestent souvent à d'assez longs intervalles simulant quelquefois des accès épileptiques. Sur quelques individus, les attaques convulsives sont annoncées par de la céphalalgie , avec tendance au coma , et par un ensemble de symptômes cérébraux excessivement graves dont la durée est de plusieurs heures et quelquefois de plusieurs jours. Dans quelques cas les convulsions sont partielles et limitées à un membre ou seulement à un côté de la face. Quelques malades offrent une contracture permanente; d'autres, en très petit nombre, ont des mouvements cboréiques. Les convulsions alternent sou\ eut avec la paralysie. M. Calmeila noté divers troubles de rintelligence chez la moitié des malades; ces troublés sont très variables : quelques sujets ont un délire maniaque, mais la plupart perdent la mémoire, le jugement, et tombent en démence.

Au milieu de ces désordres, les fonctions digesti vos et la nutrition peuvent rester quelque temps intactes; mai3 tôt ou tard les malades s'affaiblissent, ils maigrihsent, quelques-uns sont pris de vomissements opiniâtres; enfin, après quelques moi&, une ou plusieurs années de souffrance, ils succombent. Les uns meurent graduellement, d'autres sont emportés \iolenunentdans un accès convulsif; enfin quelquesuns succombent à une complication cérébrale ou à quelque maladie intercurrente étrangère à l'encéphale. Dans tous les cas, la mort arri\e avant que les symptômes de cadiexie cancéreuse soient bien marqués.

Diagnostic, — Il est fort difficile de s'élever au diagnostic des affections cancéreuses de l'encéphale; car les symptômes précédents, pris isolément ou même réunis, ne sauraient caractériser sùreiiient celte affection. Toutefois, aidés de quelques commémoratifs, ils peuvent permettre de soupçonner l'altération. Ainsi nous dirons avec M. Calmeil que, toutes les fois qu'on sera ap\^^\^9i\\^Tv^^\\v\^\\\^v^ai(J&

5A8 l)i:S PRODUITS MORRIDES ACCIDKNTKLS.

qui, sans présenter les s)inptu[nes d*UDe encéphalite locale, aiguë, d*une héinorrhagle ou d'un ramollissement récent, accuse depuis longtemps de \iolente8 douleurs de tête, de la faiblesse dans un côté du corps ; lorsqu'il éprouve des accès de convulsions épileptiformes, diverses lésions des sens et des troubles de l'intelligence, sans que, du reste, la santé générale soit habituellement bouleversée, on |)Ourra opiner pour l'existence d'une tumeur intra-crânienne de nature cancéreuse. Il restera moins de doutes si le malade porte sur quelque partie du c^rps une plaie ou une tumeur cancéreuse, ou s'il a été opéré récemment de celte affection. Kous répétons ici ce que nous avons déjà eu occasion de dire plusieurs fois, qu'on ne saurait, d'après le siège et l'étendue de la paralysie et des convulsions, déterminer quel est le point de l'encéphale qui est affecté de cancer ; d'ailleurs une lésion très circonscrite peut produire des troubles généraux. Quand la tumeur occasionne une paralysie ou des convulsions partielles, ses effets sont toujours croisés.

Il est presque inutile de dire qu'on n'a aucun moyen de distinguer le cancer, développé primitivement dans l'encéphale, de ces tumeurs cancéreuses, fibro-plastiques, etc. , confondues sous le nom commun de fongus de la dure-mère. Pronostic, — L'affection est essentiellement incurable. Étiologie, — Sur les quarante-trois cas analysés par !M. Andral, deux fois seulement la maladie a paru succéder à une cause traumatique ; mais il faut admettre qu'il a dû exister préalablement alors une prédisposition spéciale, sans laquelle les causes occasionnelles seraient sans influence. Il n'est pas vrai que le cancer soit quelquefois l'effet de l'inflammation : c'est à tort que M. Cabneil paraît soutenir une opinion contraire, qu'il n'appuie d'ailleurs que sm* des raisonnements et non sur des faits. Le cancer cérébral peut se montrer à tous les âges de la vie ; mais, d'après les relevés de M. Andral , il serait plus commun passé quarante ans. On ignore l'influence exercée par le sexe; ou ne sait pas non plus quelles sont les causes spéciales qui déterminent l'action de la diathèse cancéreuse plutôt sur l'encéphale que sur tout autre organe.

Traitement. — Le traitement est uniquement palliatif. II faut prescrire au malade un régime doux, une vie calme, Tabstinence de boissons stimulantes; on entretiendra la liberté du ventre, on produira une révulsion permanente à la base du crâne par l'application d'un exutoire profond (cautère, moxa ou séton). Si les douleurs sont violentes, on administrera l'opium ou l'on mettra quelques sangsues derrière les oreilles, et si le pouls est fort, on ouvrira la veine. Les émissions sanguines sont généralement indiquées pendant les accès convulsifs, car ceux-ci dépendent souvent d'un travail congestif ou d'un ramollissement qui se forme autour de la production morbide. Toutefois les pertes de sang ne devraient être faites que lorsque le malade est encore assez fort i)our pouvoir les supporter aisément

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