DU CANCER EN GÉNÉRAL. 5A
oanCs; celles-ci diffèrent des premières en ce qu*elles sMrradient et retentissent au Mo, en suivant le plus souvent le trajet connu d*un nerf.
Le cancer, quand il n'occupe pas un organe important, peut acquérir un volume considérable sans altérer notablement la nutrition ; toutefois ces faits sont assez rares et d'ailleurs cette sorte d'état latent cesse toujours quand la tumeur arrive à k période de ramollissement et surtout d'ulcération. Hors ces cas exceptionnels, on peut dire que le cancer est une des productions morbides qui retentissent le fins vite de la manière la plus fâcheose sur la constitution entière. Ainsi on voit les malades maigrir, perdre leurs forces et languir; leur teint prend peu à peu tme couleur jaune-paille qui, d'abord visible à la face, finit par être ensuite évidente mr toute la surface du corps. Cette coloration devient surtout manifeste, et se généralise, à l'époque du ramollissement et de l'ulcération des masses cancéreuses ; Tamaigrissement fait alors des progrès rapides; les digestions se dérangent : c'est à Tensemble de ces symptômes qu'on donne le nom de cachexie cancéreute. Parvenue à cette période, la maladie ne rétrograde plus; elle fait des progrès incessaats; l'extirpation du mal, opécée dans ces conditions, hâte plutôt ses progrès^en provoquant l'apparition des productions cancéreuses dans d'autres organes. Les membres s'infiltrent, la maigreur devient extrême ; quelquefois les os acquièrent une fragilité excessive, par suite de la résorption de la matière organique ; c'est à td point qu^on voit de ces malheureux se faire des fractures en se remuant seulement dans leur lit. Malgré ces désordres la plupart des malades restent sans fièvre ; quelques-uns pourtant offrent dans les derniers temps un mouvement fébrile qui, te plus souvent, est symptomatique de quelqOe complication phlegmasique, mais qui néanmoins, dans quelques cas de cancer ulcéré, parait dépendre uniquement de Faction délétère exercée sur l'économie par la matière cancéreuse résorbée. Quoi qu'il en soit, la fièvre ici est, comme le remarque Hécamier, un avantcoureur prochain de la nK)rt, quelque vigueur, quelque embonpoint que le malade paraisse conserver jusqu'alors.
Il était curieux de rechercher ce qui arrivait au sang dans une maladie qui exerce une influence si fâcheuse sur la nutrition. C'est un point que M. Andral a cherché à éclairer. Ce savant professeur a constaté d'abord qne, dans le cancer, la proportion de fibrine n'augmente que loi^ue la matière squirrheuse ou encéphabide touche ou est déjà parvenue à la période de ramollissement ou de destruction. Si toutefois par son siège le cancer compromet les fonctions d'un organe qui sert à la ré|)aration du sang, comme l'estomac, par exemple, on peut trouver alors une diminution dans la pro(K)rtion de la fibrine. Quant aux globules, cet élément n'a offert rieu autre à M. Amiral que cotte diminution progressive qu'il éprouve toutes les fois que l'organisme est sous l'influence d'une cause quelconque d'épuisement. Le sang devient suitont extrêmement pauvre en globules dans les cancers produisant des hénion*hagies arx)ndantes ou ré|)étées, ou bien encore dans les cancers de l'estomac qui rendent la réparation insuflisante et mOme imi)ossible. Dans le cancer, ra|)auvrissenient des globules n'a donc pas lieu dès le début de l'affection ainsi que nous l'observons dans les tubercules; mais il ne survient que plus tard, d'une manière tout accidentelle et par suite des causes que je viens d'indiquer. M. Andral, ayant également recherché, de concert avec M. Gavarret, si à l'époque où la cachexie cancéreuse est bien établie, le sang ne contient pas quelque produit hétérogène, a constaté, en examinant ce liquide au microscope, une grande quantité de globules de pus très bien caractérisés ; mais, en outre, à côté de ces ^Iabulcs existaient d'autres corps d'un aspect tout particu^T^ Q(ae^V Kx^àxàxil^
5/iJi DÈS l»RODUtTS MORBIDES ACCIDENTELS.
UtNiTés dans- le sang que dans la circonstance dont nous parlons : c'étaient des lamelles elliptiques/granitées à leur surface, d'un volume beaucoup plus coosidé* rable que les globules de pus, et d*une forme beaucoup plus régulière que celle des simples plaques albumlueuses. Ces lamelles n*existàient pas seulement dins k sang contenu dans le ventricule droit, mais on les retrouvait encore en grand nombre dans le liquide ichoreux recueilli au sein des masses cancéreuses ; de sorte que M. Andral se demande si ces lamelles seraient la forme par laquelle se révélerait à nous la matière cancéreuse ramollie, où l'espèce d'ichor qu'on en retire. C*est là un sijget de recherches à poursuivre. Quoi qu'il en soit, il est évident que le sang est altéré, et cette altération peut rendre compte du développement des cancers secondaires. Ceux-ci peuvent bien naître, il est vrai, par suite de la cause inconnue qui a produit le premier cancer ; mais il parait constant aussi que le détritus de celui-ci, absorbé par les vaisseaux, peut aller reproduire au loin des tumeurs de même nature : c'est un point de doctrine qui est admis par yop;el , ^t l'on peut citer à son appui ce fait remarquable de Langenbeck, qui, ayant introduit dans lei vaisseaux sanguins d'un chien des cellules cancéreuses encore chaudes, vit des tumeurs de même nature se développer dans .les poumons de l'animal.
Marche^ durée, terminaisons. — Le cancer a une marche progressive; il peut rester longtemps stationnaire quand il est à la période d'induration, mais une fois ramolh et surtout ulcéré, sa marche est toujours ascendante. Commençant presque toujours par un point circonscrit, et quelquefois simultanément sur une assezgrande surface, il tend sans cesse à envahir les parties voisines, qu'il s'as&imilc. Abcmethy avait prétendu que l'extension du mal par voie de continuité était propre au squirrhe, tandis que l'encéphaloîde refoulait plutôt les parties voisines qu'il ne les convertissait en sa propre substance. Cette idée du chirurgien anglais, sans être tout à fait erronée, est au moins très exagérée. Cependant le cancer ne se propage pas seulement de proche en proche, mais il s'étend encore à des organes éloignés au moyen de la circulation lymphatique. Ainsi les ganglions qui reçoivent les vaisseaux blancs provenant de la partie malade s'engorgent et subissent bientôt la transformation squirrheuse ou encéphaloîde ; plus tard, l'altération se propage ï d'autres ganglions plus profonds; enfm, sous l'influence de celte infection qui se produit et par le système lymphatique et par les vemes, qui, ainsi que nous l'avoof dit, peuvent être pénétrées par la matière cancéreuse, et sous l'influence aussi de h diathèse, cause première de l'affection, on voit des altérations analogues se former dans un grand nombre d'organes, spécialement dans les organes parei^:hymateux, comme les poumons et le foie.
La durée du cancer est tout à fait indéterminée ; il en est qui, en deux ou iroii mois, parcourent toutes lem^ périodes ; d'autres durent un grand nombre d'années, mais la plupart se terminent après neuf, douze ou quinze mois. I^ mort pariH être la terminaison constante de la maladie. On a cité pourtant quelques exemple» de résolution d'engorgements prétendus squirrheux; Aécamier ttk rapporte (kui cas qui ont été vus par M, DumériL Cependant de pareils faits ne sauraient étr^ acceptés sans cxwtestation, car ils ont été recueillis à une époque où le diagnostic des tumeurs cancéreuses avait moins de précision qu'aujourd'hui. Si le cancer ne guérit pas, il peut rester du moins longtemps stationnaire, ou même rétrograder en quelque sorte : ainsi on voit quelquefois l'organe se durcir, se rapetisser, re<^(ttir sur lui-même, s'atrophier enfin, et rester daus cet état pendant un temps fort long. Mais remarquée qu'alors la maladie n'en persiste pas moins ; elle a seulemt9tf diAs ce cas» chuié île foroie. Om voit lossi quekpieMs la tumeur cascé-
rm dANGER EN GÉNÉRAL. |(AS
reuse, frappée brusquement de gangrèae, être éliminée; mais rarement alors la roordiication atteint toute la masse, et, dans les cas rares où cet effet a lieu, la maladie ne tarde pas à répulluler. On peut même considérer la gangrène conmie étant plutôt un accident qui avance le terme fatal que comme un moyen de guérison spontanée de la maladie. II est à peine croyable que les ulcères carcinomateux soient susceptibles de cicatrisation : or c*cst cependant ce qui peut avoir lieu, mais sans que Tétat constitutionnel soit amélioré, sans même que Taffection locale soit détruite, car la cicatrice s*établissant sur la matière encéphaloîde elle-même, ne tarde pas à être détruite.
/^iff^no5/ic. — Le diagnostic du cancer est souvent difficile; s*il est accessible à la vue et au toucher, il peut être facilement confondu avec une phlegmasie chronique, avec des abcès, des tumeurs et des productions diverses. S*il est. profondément placé; s'il ne se révèle que par des troubles fonctionnels, qui généralement n*ont rien de caractéristique, la difficulté sera plu^ grande encore. Dans ces Cas très obscurs, on aura égard à Tâge des individus et à leur degré de prédisposition héréditaire pour le cancer; à Torganc qui est atteint, à Tinflucnce du traitement, à Tétat constitutionnel du sujet; enfin à Texlstancc sur un point de Téconomie d*un cancer bien caractérisé, ou à Texistcucc antérieure d'un cancer enlevé ou détruit : tels sont les éléments principaux qui, avec les troubles fonctionnels, feront reconnaître on cancer plus ou moins profondément placé.
Le cancer est-il accessible à la vue et au toucher, pourrait, avons-nous dit, simuler plusieurs autres maladies : ainsi un encéphaloîde en a souvent imposé pour un abcès, pour un kyste séreux ou hydatique. Cependant Tabcès se distingue de Fenc^baloîde par une mollesse plus uniforme et plus complète, par une marche en gfaiéral plus rapide, par des souffrances moindres, par un dépérissement moins marqué. Ce dernier signe a toujours une grande valeur, surtout pour distinguer l*encéphaIoIde d'un kyste qui ne gêne que par son volume et n'influence guère la constitution, tandis que le cancer, quel qu'o^ soit le siège, retentit sur l'organisme el s'annonce de bonne heure par un dépérissement marqué. £nfin, dans ces cas obscurs , une ponction exploratrice devient nécessaire pour éclairer tout à fait le diagnostic.
Le squirrhe, en raison de sa dureté surtout, et par les douleurs qui l'accompagnent, peut être facilement simulé par une induration inflammatoire ; mais celleKU reste en général circonscrite, ou bien elle n'a que des progrès très lents, tandis que le cancer a une marche sans cesse envahissante. La première est une affection presque locale, à moins qu'elle n'affecte un organe essentiel, tandis que le second influence la constitution, quel que soit le point du corps où il a pris naissance. Celui-ci produit promptemcnt rcngorgcment des ganglions voisins qui s'indurent et deviennent immobiles, tandis que la phlegmasie chronique ne produit pas le même effet, ou au moins ne détermine qu'un engorgement ganglionnaire qui n'est pas comparable au précédent. Les effets du traitement éclaireront aussi le diagnostic ; car le cancer, quoi qu'on fasse, n'est guère susceptible de résolution, tandis que les antiphlogistiques, les fondants, font résoudre les engorgements inflammatoires. Les indurations qui tiennent à l'inflanimation vénérienne sont celles qui sinmlent le plus facilement le squirrhe : c'est ce qu'on \oit pour les testicules, pour les amyg dalcs, pour le rectum, etc. Le traitement s|)écirique est souvent alors seul capable de révéler la véritable nature du mal. Si enfin on peut examiner anatoiniqucment les deux tumeurs, on trouvera dans l'inflammation les éléments anaiomiques modifiés dans leur nutrition, mais néanmoins très reconnaissaLble^ «ikCAv^^ Vui^\& ^<^
5&ft DES PRODtJlTS MORBIDES AGCIOENTELS.
dans le cancer i)s ont disparu, et Ton distingue en outre, à l*cxameii microscopique, les cellules et les noyaux que beaucoup regardent comme caractéristiques.
Pronostic. — D*après ce qui précède, il est inutile d*insister pour pro jver b gravité du cancer; on a dit même que Tincurabilité était un de ses caractères; qu'extirpé, il répullulait fatalement, après un temps plus ou moins long. Peut-être a-t-on trop généralisé ce qui a lieu dans la plupart des cas. La science en effel renfenne des faits irrécusables de cancers extirpés et qui n*ont répullulé ensuite ni sur place, ni ailleurs; mais reconnaissons encore combien de pareils exemples sont rares.
Éiiologie, — Le cancer est une affection. qui ne respecte aucun âge; on rot>— serre assez souvent chez les enfants très jeunes; chez eux, on ne rencontre quac Tencéphaloïde, et rœil est Torgane le plus souvent envahi. Cependant c*est daiss l'âge adulte et à son déclin, ainsi que dans la première période de la vieilh^ssc, qii^ la dégénérescence cancéreuse a son maximum de fréquence. Il n*est nullement prouvé, ainsi qu'on Ta avancé, que les affections cancéreuses soient phis communes chez la femme que chez l'homme ; car si chez la première on voit fréquonment le cancer utérin et celui des mamelles, on trouve chez le second le cancer des testicules, et beaucoup plus fréquemment qiie chez la femme le cancer de l'estomac et de la face. Tous les organes ne sont pas également prédisposés au cancer. Il résulte d'une statistique de M. Marc d'Espinc, reproduite par M. Lebcrt dans son ouvrage, qu'à Genève les organes les plus disposés au cancer, puis(|u'ils comprennent les cinq sixièmes des cas, sont le tube digestif et ses annexes, les organes génitaux de la femme, y compris les mamelles, ^ous ne savons ncn de précis sur l'influence que les constitutions, les tempéraments, les professions et les diverses conditions hygiéniques exercent; tout ce qu'on dit à ee sujet ne repose, en effet, que sur des assertions dénuées de preuves : seulement il paraît avéré que les peines morales et les passions tristes ont une influence réelle. Contrairement à ce qu'ont dit Bayle et M. Cayol, nous admettons comme un fait démontré l'hérédHé des affections cancéreuses; M. Leroy d'ËtioUes a estimé que la transmission héréditaire existait dans un dixième des cas, M. Lebcrt chez un septième.
Presque toujours le cancer naît lentement, spontanément, sans action manifeste d'une cause excitante ; dans quelques cas pourtant on voit Taitération se déclarer à la suite d'une violence extérieure, mais celle-ci ne peut et ne doit être considérée que comme une cause accessoire qui n'a pu agir chez l'individu que parce qu'il existait préalablement chez lui une disposition intérieure incomiucdans son essence, en un mot une diathèse spéciale. Celle-ci explique pour(|U()i le cancer naît presque toujours sans l'intervention d'aucune cause; jwurquoi il se développe souvent simultanément ou successivement dans plusieurs organes de l'économie éloignés les uns des autres; i)ourquoi, quand on l'extirpe, il renaît h peu pri's constamment; pourquoi , enfin , on ne peut jamais , quoi qu'on fasse , reproduire l'altération \ volonté si l'individu ne porte déjà en lui-même le germe de la maladie, ou tout au moins la prédisposition. Le cancer n'est pas contagieux.
Il n'y a aucun antagonisme entre les tulxîrcules et le cancer. Ainsi M. Leberia vu la tuberculisatidn se développer huit fois sur cent chez les cancéreux.
Théropcutiqvc, — Convaincu de l'impuissance de l'art j)our guérir le cancer, nous n'énoncerons point ici tous les moyens qu'on a préconisés contre lui; car, comme le dit M. Littré, une pareille énumération serait pour ainsi dire une imposture capable de faire croire que ^a médecine ])eut choisir ses remèdes, Uodis qu'en réalité elle n'offre que de (ibles et trompeuses ressources. laissons
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ne de côté la cigiië, la belladone, Tacoiiit, la digitale, ropîum, le fer, l'iode, menic, les roercoriaux, les sels de cuivre et de baryte, l'alun, la créosote, etc. Parmi les moyens externes qu'on a préconisés, on trouve la compression, que teamier a beaucoup employée, mais dont rincfficacité est aujourd'hui malheu- «sèment démontrée. Nous ne dirons rien des pommades fondantes, des révulb et des antiphlogistiques, moyens qui sont plus nuisibles qu'utiles, et à l'efficacité squels aucun homme expérimenté ne croit plus. Ceux qui jugent encore l'innrention de l'art possible, utile, veulent qu'on détruise le cancer par les causlues ou qu'on l'enlève par l'instrument tranchant Nous nous expliquerons sur s méthodes en traitant du cancer de l'utérus, car c'est le seul cancer du domaine i la pathologie médicale auquel il soit possible de les appliquer. Pr^que toujours le traitement du cancer doit être purement palliatif. Ainsi on acera les malades dans de bonnes conditions hygiéniques, on mettra l'organe idade dans le repos le plus complet qu'on pourra, on le protégera contre toutes s TÎolences extérieures, on calmera les douleurs par l'opium administré à Tintéeur et comme topique. Si le cancer est ulcéré, on se servira, suivant l'état des irfaces, des/^mollients ou des toniques ; on corrigera la mauvaise odeur par des liions chlorurées; enfm, on combattra les hémorrhagies par la glace, les astrinents, la compression, la cautérisation.
Nature. — D'après les détails que nous avons donnés précédemment, il résulte ne le cancer est un produit morbide qui naît au centre des tissus, lesquels sont eu à peu envahis et détruits. Il est inutile d'insister maintenant pour prouver que i maladie n'est ni une inflammation ni un reliquat de cet état morbide. En cflet, I dans quelques cas on voit la lésion succéder à une cause traumatique ou à une Uegmasie, il est juste de convenir que cela n'arrive que tout à fait exceptionnellelent Ici l'inflammation ne crée pas le cancer, mais elle agit simplement comme anse occasionnelle, en apportant un trouble dans la nutrition. L'inflammation par Ile seule ne pourrait produire le cancer ; on ne peut pas, en effet, faire naître à oionté ce produit accidentel, mais il est nécessaire qu'il existe préalablement une rédisposition toute spéciale. Ajoutons enfm que l'examen anatomique exclut dans i cancer toute idée d'inflammation: dans celle-ci, en effet, les tissus ou éléments (Mistitutifs des organes sont plus ou moins altérés, mais ils sont encore très reconaissables; dans le cancer, au contraire, les tissus primitifs n'existent plus, et à nr place se trouve un produit accidentel.