‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 165 sur 265 · DU CANCER DES POUMONS ET DES PLÈVRES · texte numérisé non relu

DU CANCER DES POUMONS ET DES PLÈVRES

Le cancer du [H)umon a été vaguement signalé avant Bayle, qui le décrivit le premier, et en fit sa sixième espèce de phthisie pulmonaire ; mais cette maladie n'a ^té convenablement étudiée que dans ces dernières années. Elle l'a été surtout par luelques médecins étrangers, parmi lescfuels nous citerons les docteurs Heyf elder, [>>wan, Stokes, C. Hughes, Taylor et Walshe, qui, dans l'excellent manud que lous a>ons déjà eu l'occasion de citer, a parfaitement tracé le diagnostic diiïéreniel de l'affection.

Anatomie pathologique, — L'encéphaloîde est la production cancéreuse qui se tévéloppe le plus comnmnément dans les poumons. L'ahération peut affecter ces Hl^anes dans une assez grande étendue : ainsi un lobe entier peut être entièrement mvabi. Le plus souvent pourtant on rencontre des masses arrondies, en nombre dos ou moins considérable, situées pour la plupail au-<lessous de la plèvre, et dont e volume varie depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'une orange. Ces masses, ]aelquefois limitées à un seul poumon, envahissent le plus souvent les deux organes à la fois. Dans quelques cas, enfin, le cancer, prenant naissance en dehors du loumon, ne fait que comprimer et refouler celui-ci à la manière des épanchements )lenréliques : c'est ainsi qu on a \ n des végétations fongueuses, encéphaloîdes, nées nr la plèvre, eu remplir tonte la cavité, et refouler le poumon dans la gouttière vertébrale; bien plus rarement on a vu des tumeurs solides, nées eu dehors du momon, c'est-à-dire dans la cavité même des plèvres, ou bieu entre ces memnnes et les poumons et les cotes, acquérir un volume énorme (celui d'une tête l'adulte, par exemple), de manière à dilater la paroi thoracique et à refouler le liapbragme en bas (1). Le cancer pulmonaire coexiste le plus souvent avec quelque ancer extérieur, et lui est presque toujours consécutif.

Symptômes, marche, — Lorsque le cancer est disséminé sous forme de petites ameurs, il n'est guère possible de le diagnostiquer : dans la plupart des cas, il est lême entièrement latent. Mais lorsqu'il existe en masse, et qu'il a acquis un grand éveloppement, les malades ont de la dyspnée, de l'oppression ; ils toussent ; quelues-uns rejettent des crachats que Stokes et Hughes comparent à de la gelée de roscille; beaucoup ont des hémoptysies abondantes. On constate une matité cornlète dans une étendue plus ou moins considérable du thorax, avec absence absolue n bruit respiratoire, ou avec production de souffle tubaire et de bronchophonie, oarvu que les tuyaux bronchiques no soient point oblitérés. Knfin , quand la imeur a acquis un grand développement, on obsene divers phénomènes de cornresBÎon du côté de Tcesophage, des bronches ou de la veine cave. La rate ou le foie

(I) On consultera ovec fruit uuc> llu;se intéressante de M. Henri CiuUac^ Sur le^ VutAtut* 4ii€$ intra'thurticiçues (iSài>9 n'*iô).

550 DES PRODUITS MORBIDES ACCIDENTEtS.

sont déplacés, et le côté correspondant du thorax, ainsi que Thypochondre, sont dilatés. A ces phénomènes se joignent bientôt un amaigrissement progressif, une diarrhée colliquative et tous les signes de la cachexie cancéreuse.

On voit par ce qui précède «{u'il n'y a aucun signi* indi([uanl d'une manière certaine l'existence d'un cancer pulmonaire ; toutefois nous dirons avec M. Hughes qae, s'il existe des signes de solidification étendue du poumon, surtout au sommet, sans commémoratifs de pneumonie, sans phénomènes de ramollissement de tubercules; si le malade a eu des liémoptysics ; si l'ensemble des symptômes généraux et la marche de l'affection diffèrent de ceux de la dégénérescence tuberculeuse, si les crachats ressemblent à de la gelée de groseille ; si les veines du bras et de la moitié correspondante du cou, de la |)oitrine, de Tabdomen, sont distendues, ou s'il y a un œdème de ces parties, indice d'uu obstacle à la circulation >eineuse, on pourra soupçonner l'existence d'un cancer des poumons : ce soupçon sera encore plus fondé si des tumeurs de même nature existent déjà dans d'autres parties du corps. Les phénomènes précédents n'indiquent pas, il est vrai, l'existence d'un cancer, mais seulement d'une tumeur qui comprime les vaisseaux. Or, en pareil cas, on ne peut guère hésiter qu'entre un ané>rysme de l'aorte et une tumeur solide. L'idée d'anévrysme sera écartée par l'absence des signes propres à cette affection. Si Ton est conduit aloi's par \oie d'exclusion à croire à l'existence d'une tiuneur solide, on devra supposer que celle-ci est de natun^ cancéreuse, car cette espèce de tumeur est à peu près la seule qui prenne naissance dans la plèvre. Aucun signe un peu certain ne peut faire distinguer les productions encéphaloïdes de la plèvre d'un épanchement pleurétique; on pourrait peiU-étre alors avoir égard aux signes distinclifs signalés par le professeur Walshe de Londres. Ces signes sont : l'absence constante de fluctuation intercostale, la résistance à la percussion, l'intensité du soufllc tubaii'c et de la bronchophonie, l'étendue considérable sur la(|uelle ou entend ces phénomènes, l'absence de toute égophonie, la transmission des battements du coeur, et parfois l'existence de pulsations particulièi es; ajoutez à cela les signes de compression précédemment indiqués. Mais parmi tous ces signes, nous insisterons surtout sur les suivants : 1* la percussion donne une matité extrêmement résistante ; 2° on ne peut, quelle que soit la force av ec laquelle on percute, avoir la sensation d'aucune élasticité profonde ; 3" cette matité est permanente et noa sujette à déplacement par les diverses positions du tronc ; V enfui il y a des signes dé cachexie qu'on ne rencx)ntre point dans une pleurésie simple.

nu CANCER DE l/CESOPHAKE.

L'œsophage est quelquefois affecté de dégénérescence cancéreuse ; mais cet organe est moins suj(*t à c^ genre d'altération (|ue ne le sont l'estomac et les intestins. On ne rencontre guère dans l'œsophage (pie le squirrhe ou Tencéphaloîde. L*altération n'occupe peut-être jamais la nmqueuse Isolément, ainsi que cela a quelquefois lieu pour l'estomac ; mais toujours les tissus subjaceuts, le tissu celhilâire sous-muqueux surtout, sont le siège spécial et quelquefois unicfue de la production morbide. En général, le cancer n'envahit l'organe que dans () à 9 centimètres d'étendue; tantôt il n'y a qu'un seul côté qui .soit atteint, le phis souvent i>ourtant tout le pourtour de l'organe <*st envahi : les deux extrémités du conduit sont les deux points qui sont le plus fré([uemment affectés. J/œsophage est toujours rétréci, et quelquefois même tout à fait oblitéré au niveau de la dégénéresci*nce canré. reuse. I^ partie de l'oi-gane située au-dessus de l'altération est agrandie, dilatée,

fMdJs que celle placée au-dessous esvreN^uut^ut ^>\vi-wv^\\\^ \ ^vi^vswia.^^

nu CANCER DE J/eSTOMAC. 551

gements dans les dimensions de l'œsophago n*oiit pas lieu constamment Lorsque le cancer est ramolli, ulcéré, on peut trouver des communications anormales entre l'œtiopbage et les organes voisins, notamment avec la trachée, les bronches, les poumons et le tissu cellulaire des médiastins. Enfin, les ganglions bronchique^ et cenicaux sont fréquemment engorgés, volumineux et transformés en squirrhe ou en encéphaloîde.

Symptômes, marche. — Ijd cancer ayant pour effet constant de rétrécir l'œsophage, on observe tous les troubles locaux que nous avons décrits en traitant, dans U dasse précédente, des rétrécissements de ce conduit (p. 293). .Mais, lorsque le rétrécissement tient ti une production cancéreuse, on observe en outre de l'amaicrissement et du dépérissement dèi$ le début, avant m^me que la dysphagie soit portée à un degré considérable. Des mucositées fdantes et sécrétées fonstainment k la surface des parties malades sont rejetéos avec effort, ce qui est une cause incessante de souffrances et d*anxiété ; cet effet n*a guère lieu dans les rétrécissements non cancéreux, qu*ils soient produits par une œsophagite chronique ou par la compression d'une tumeur extérieure. Les mucosités dont je parle sont d*abord blanches^ tout à fait albumineuses ; mais à une époque avancée do la maladie elles sont mêlées à du sang, à du pus, et quelquefois à du détritus cancéreux. Inodores au début, elles peuvent accfuérir plus tard une odeur fétide. Je ne parle pas des douleurs lancinantes, qui manquent le plus souvent ; du moins la plupart des malades n'accusent qu'une douleur sourde dansleflos ou d(M*rière le sternum, et qui s'exas[)ére par le passage des aliments, par les éructations et les efforts : qu(;lques-nns ont une sensation de chaleur, <le brûlure, mais rarement de véritables douleurs lancinantes. Nous avons vu dans un cas les douleurs produites par un cancer de la partie moyenne de TcBSophage s'irradier de la colonne vertébrale dans tout le côté droit de la poitrine, en suivant le trajet des nerfs intercostaux, lorsque par les progrès de la maladie, une communication s'établit avec la trachée, il en résulte une toux convulsive et des accès de suffocation, toutes les fois que les malades avalent un liquide.

La mort est la terminaison constante de la maladie. Celle-ci arrive après une durée moyenne de treize mois, tantôt par les progrès de la cachexie cancéreuse, phis souvent par inanition, ou bien par suite de queUpie complication, ou bien encore en raison de l 'extension de la maladie et de la communication ([ui s'établit entre l'œosjiliage et quelques-uns des organes \oisins, notamment avec les |)oumons et avec la ca>ité des plèvres, etc.

Trnitemenf. — Son traitement nous [>araîl devoir être entièrement palliatif. On pourra conseiller la dilatation au début seulement ; mais il serait imprudent de la faire quand le cancer est nnnolli , car on a vu plusieurs fois alors des perforations s'opérer et entraînei- des accidents ra[)i(lemenl mortels. (Voyez précédemment, page 294.) On cherchera à prolonger la >ie par d(»s lasements de bouillon bien 4égrai.ssé et privé de sel, afin de ne pas (»xciter les selles. Mais quelques ])récautions qn*on prenne, cette ressource est très précaire.

OL CXNCKR l)K I.'kSTOMAC.

L'estomac est un des organes de l'éconimnV i\w\ est le plus souvent atteint de dégénérescence cancéreuse (1).

(1) ^f. Tancliou a Iroiivé quo sur 9,118 cnnrers dont .'^425 rtscéraux, il y «mi avait 2,203 qui ■pparlenai'*iU à reMomac. D'où il suit que rcstoniac aurait fuiirni environ \e. quart du nombre Otal de* cancers et les deux tiers des ramvrs visrérau\ ÏJouri>nl A^' ^V^\*^i5^V^^^ ^^'^^^^^''^^^

llBtiHJgue pourtant n\'$t pua peut^lre trèi rigoureuse,

Historique, — Le cancer de Testomac, vaguement indiqué par ks indens, commença à être décrit vers le commencement du xvr siècle. Depuis lors, vm grand nombre d*auteurs publièrent quelques obser\'ations sur cette grave maladie; mais les faits les plus complets ont été réunis et rapportés par Morgagni dans plusieurs de ses lettres, notamment dans les 29*, 30% 35*, etc. Les travaux de l*école de Paris ont depuis quarante ans beaucoup perfectionné Thistoire du cancer de l'estomac, tant sou& le rapport anatomique que sous le rapport symptomatique. Nous mentionnerons ici la monographie de Chardel, ouvrage qui n'est pas sans mérite; les recherches de Bayle et Cayol, insérées dans le grand Dictionnaire des sciences médicales; celles de M. Louis, j)ubliées dans la collection de ses mémoires; ceDes de M. Andral, dont les idées sont exposées dans sa Clinique et dans son Anatomie pathologique, Enfm, pour terminer, nous citerons d'une manière honorable le traité publié par Prus en 1828.

Anatomie pathologique. — Toutes les formes de l'afTçction cancéreuse peuvent se rencontrer dans l'estomac. Cet organe peut être envahi dans toute son étendue; mais le plus communément l'altération est limitée à une portion du viscère. Les parties qui sont le plus fréquemment affectées sont, par ordre de fréquence, le pylore, la petite courbure, le voisinage du cardia, la grande courbure, les faces antérieure et postérieure, enfin la région splénique.

La dégénérescence envahit communément toute l'épaisseur de la paroi stomacale, ou du moins plusieurs de ses éléments anatomiques; dans quelques cas pourtant, l'altération peut n'occuper qu'un seul des tissus. Ainsi on voit quelquefois la muqueuse seule être affectée ; on trouve alors la face interne de l'estomac hérissée de végétations fongueuses, bleuâtres ou rougeatres, friables, dont les unes ont une base large, et les autres sont pédiculées; leur volume varie depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'au volume d une noix ; il peut vn exister un grand nombre, d'autres fois on n'en trouve qu'une. Elle peut naître alors dans le canal pylorique ou sur les bords même de la \alvule, et a\oir produit dans ce cas tous les accidents qu'entraînent les rétrécissements organiques de cette portion de l'estomac. Il est fort remarquable que la membrane muqueuse, au niveau même de la végétation, ait consené son épaisseur et sa consistance ; c'est ce que j'ai presque toujours constaté.

Le tissu cellulaire sous-muqueux et celui qui sépare les fibres de la tunique musculeuse peuvent également s'alTecter isolément; ce cas même n'est pas rare. Au début, le tissu cellulaire peut être simplement hypertrophié, mais tôt ou tard il devient le siège d'une transformation nouvelle et présente tous les caractères du squirrhe; il a alors de 5 à 1^ millimètres d'épaisseur, il est blanc, grisâtre ou jaunâtre, il est dur, cassant.

La tunique musculeuse peut ne pas être envahie et consener son aspect; mais quelquefois on n'en trouve plus de vestige, soit qu'elle ait participé à la dégénérescence, soit qu'elle ait été simplement atrophiée». Cependant , dans la plupart des cas, la couche musculeuse est au contraire plus v isible et manifestement hypertrophiée; elle peut, en effet, acquérir plus de 3 centimètres d'épaisseur. Cette lésion a été signalée et supérieurement décrite pour la première fois par M. lx>uis. L'hypertrophie dont je parle s'étend eu général au delà du cancer ; elle s'explique, en partie du moins, par la rétention des matières alimentaires, et par les (efforts que leur expulsion nécessite.

lorsque les tuniques celluleuse et musculeuse sont ainsi simnltanénient affectées, )a paroi correspondante de l'eslomac a accyiiis une é\>aisseur considérable ; quand

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