‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 191 sur 265 · DE L ANGINE I)£ POITRINE · texte numérisé non relu

DE L ANGINE I)£ POITRINE

Sur 164 maladett dont les obsenations ont été analysées par J. Forbes, 9U sont morts subitement.

Quelques auteurs, et Jurine en particulier, pen3ent qu*en se renouvelant et en se rapprochant, les accès d'angine peuvent finir par amener quelque lésion grave dans le cœur ou tes ^ros vaisseaux ; mais cette opinion, émise à priori^ ne me semble pas avoir encore été sanctionnée par l'observation. Lorsque la guérison doit avoir lieu, les accès diminuent d'intensité et s'éloignent de plus en plus.

Diagnostic, — Une douleur violente, constrictive, apparaissant presque toujours brusquement , qui de la partie inférieure et gauche du sternum, s'irradie vers divers points du tronc et souvent le long du bras du même côté ; une douleur de cette nature, qui s'accompagne d'une grande anxiété, d'une angoisse des plus pénibles, qjui donne au malade l'idée d'une fm prochaine, qui se dissipe après quelques minutes, et généralement après un quart d'heure ou une demi-heure, ne peut caractériser aucune autre maladie , si ce n'est l'angine de poitrine.

Les maladies des poumons, les épanchements abondants dans le péricarde et les plèvres, les affections organiques. du cœur et les anévrysmes de l'aorte détenninent aussi des accès d'oppression, une suffocation imminente et des syncopes; mais dans les affections dont nous parlons, il n'y a pas de ces douleurs vives, constrictives, avec irradiation vers le bras gauche, qui caractérisent l'angine de poitrine. Dans toutes il y a une gêne extrême de la respiration ; il y a de l'anhélation, et il n'est pas possible aux malades de faire des inspirations profondes ; le contraire a lieu dans l'angine de poitrine. Notons encore que les malades sont obligés de garder certaines attitudes, que presque tous sont dans une position demi-assise , et qu'ils ne peuvent en prendre une autre sans être menacés d'asphyxie. J'insiste peu sur les résultats fournis par la percussion et par l'auscultation, attendu qu'il n'est pas rare de trouver dans l'angine de poitrine des signes physiques d'une altération organique dans les viscères pectoraux. La névralgie intercostale aurait plutôt quelque faible ressemblance avec l'angine de poitrine, car il existe dans cette affection une douleur vive, lancinante, siégeant le plus souvent au côté gauche du thorax; mais celte douleur, dans la névralgie dont nous parlons, ne s'irradie pas vers le bras ; quelque vive qu'elle soit, elle ne s'accompagne d'aucune angoisse ; quoique exacerbante, elle ne se montre pas par accès aussi distincts que ceux qui caractérisent l'angine de poitrine. Dans celle-ci, la pression des parois thoraciques ne réveille aucune douleur ; il importe cependant d'être provenu que l'angine de ' poitrine s'accompagne quelquefois de névralgie des nerfs intercostaux et des filets du plexus cenical superficiel.

Pronostic. — L'angine de poitrine est une affection extrêmement grave, mais cependant curable. On pourra espérer une heureuse issue si les accès sont peu intenses, s'ils apparaissent à de longs intenalles, et si la maladie, n'étant liée à aucune affection oi^anique , atteint un individu bien constitué. Cependant, même alors, on ne devra pas porter un pronostic sans réserve; car, malheureusement, on voit dans quelqucs-uus de ces cas les malades, succombant brusquement, tromper toutes les prévisions de l'homme de l'art.

Etiologic. — John Forbes a démontré que la maladie était beaucoup plus commune chez l'homme que chez la femme, puisque sur 88 malades, il a compté 80 hommes et seulement 8 femmes. Quoiqu'on l'ait obsenée k çeu v^^ ^ x^vx^Vs» âges, même dans l'enfance, ainsi qua Hamilton en rap^^vle \m exf^tsv^^^^ ^tv^^^

cependant établir que l'angine de poitrine est rare avant cinquante ans, puisque sur St\ individus dont les observations ont été analysées par Forbes, 72 avaient dépassé cet âge. La maladie paraît, dans quelques cas, héréditaire ; il n*est pas rare de voir plusieurs individus d'une même famille en être atteints ; j'ai tu deiu frères qui en ont été aflectés exactement au même âge. On suppose que les climats humides et froids favorisent le développement de la maladie, mais on ignore tout ï fait Tinfluence qu'e^ifercent la constitution, le tempérament et les diverses conditions hygiéniques. Tout ce qu*on a dit à ce sujet reste encore à prouver. Cependant il paraîtrait que, comme la plupart des autres névroses, l'angine de poitrine atteindrait plus souvent les personnes de la classe riche ou aisée que les Individus pauvres. L'affection est, en effet, fort rare dans les hôpitaux.

Traitement. — Le traitement de l'angine de poitrine comprend les moyens employés pour arrêter l'accès et ceux destinés à en prévenir le retour.

lorsqu'on a été témoin d'un accès d'angine de poitrine, on ne comprend pas que des hommes expérimentés aient osé conseiller la saignée. I^ênnec cependant voulait qu'on tirât du sang pendant l'attaque, lorsque l'oppression était forte et lot^iue le malade était pléthorique; Parry même ne croyait pas que la petitesse du pouls, la pâleur de la peau et lé' refroidissement général fussent des contre- indications. Mais hâtons-nous de dire que celte pratique est généralement blâmée, et qu'on ne saurait y recourir sans exposer les malades aux plus grands périls. L'expérience n'a pas encore prononcé sur Tutililé des vomitifs, conseillés par Percival, pendant la violence de la crise, h titre de moyens perturbateurs.

Durant l'accès, si le i^ouls est faible, insensible, et la peau froide, il convient de promener sur les extrémités des cataplasmes sinapisés, ou d'exciter ces parties avec un liniment ammoniacal, et de frictionner doucement la paroi antérieure du tliorax avec du laudanum ; eh même temps on donne h l'intérieur une préparation calmante, antispasmodique : l'élher, la liqueur d'Hoiïmann, l'eau de laurier-cerise et l'opium surtout, sont les médicaments sur lesquels il faut le plus compter. Heberden préférait la teinture thébaïque à la dose de 25 gouttes dans une potion, et il l'associait h une pareille quantité de vin antimoiiié; mais ce mélange ne paraît pas aïoir une grande utilité. Beaucoup de malades vomissant ou faisant des efforts pour \oniir, d*autres ayant de la peine à avaler, il est peut être préférable d'introduire Toplum en lavement. Dans ce cas, on prescrira le laudanum de Sydenham, à la dose de 16 à 20 gouttes ; et si au bout d'une demi-heure le médicament n'avait produit aucun effet, on devrait réitérer la dose.

Lorsquej'ai blâmé précédemment les émissions sanguines, j'ai voulu parler surtout des saignées générais; mais il n'en est pas absolument de u.ême des saignées locales, spécialement des ventouses scarifiées, qui, appliquées sur le thorax pendant la violence des douleurs, ont souvent calmé les souffrances : on y aura surtout recours chez les sujets pléthoriques. Che^ ces individus, on devrait même, excefitiouncllement, ouvrir uneveine du bras, si l'état du pouls l'indiquait. Lorsque l'accès se prolonge nonobstant la série des moyens qui précèdent, il faudra appliquer un large vésicatoire sur le sternum.

• L'électricité peut-elle être utile pour enrayer un accès d'angine de poitrine? M. Duchenne a rapjwrté en 1853, dans le Bulletin général de thérapeutiqtte, l'histoire de deux cas d'angine de poitrine dont les accès furent enlevés par la faradisation pratiquée loco dolenti. La guérison a-t-ellc été définitive? Je ne sais; mais les accès ont été interrompus plusieui-s mois, or c'est déjà un avantage immense. Je doute que Vfe\ecVrit\vé îi^Y>»^\i\v\^t \w>t^ ^^^ ^^^^ V\>s^ ^Vc^Yimais utifc.

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ici, comme d'ailleurs dan» toutes les névroses, il y a avantage à n'opérer que pendant la durée des accès.

Dans le but de prévenir les crises, on' a conseillé une foule de moyens qui n'ont pour la plupart aucnne utilité démontrée : tels sont surtout les sudorifiqucs, comme la salsepareille, le gàlac et la poudre de Dowcr ; Facidc pliosphorique, les antimoniauK, les purgatifs ré))étés ; les toniques, comme le quinquina ; les exutoires appli* qués loin du siège du mal, etc. Parmi les agents thérapeutiques qui ont un eiïet moins incertain que les précédents, nous citerons en première ligne les narcotiques et les antispasmodiques, parmi lesquels on choisit spécialement Topium. la jusquiame, la belladone , Tasa fœtida, le musc, le camphre, la valériane, les éthcrs. Lorsque la maladie se reproduit périodiquement, ce qui arrive surtout quand les accès se montrent pendant la nuit, on devra administrer le sulfate de quinine seul ou uni à Topium, que le malade prendra de huit à douze heures avant le début pro-' bable de la crise. J'ai, par ce moyen seul, guéri, il y a quinze ans, une angine de poitrine qui ne s*est pas renouvelée depuis.

On est encore pancnu à empêcher les accrs de se reproduire, ou du moins on les a éloignés beaucoup, eu entretenant pendant longtemps un exutoiro sur la poitrine, ou en y provo((uant de temps en temps des éruptions pustuleuses par des frictions avec Thuile de croion ou la pommade d'Aulenricth. Laènnec a surtout préconisé contre Tangine de poitrine l'application sur le thorax de deux plaques aimantées d'une ligne d'é|)aisseur, un peu ovales, et légèrement courbées sur le plat pour s'accommoder à la forme des parois. Il en mettait une sur la région précordiale gauche, et l'autre sur la partie opposée du dos, de manière que les pôles fussent exactement opposés. Laènnec no regarde pas ce moyen comme infaillible ; mais il affirme qu'il lui a réussi plus souvent qu'aucun autre h dimiimer les angoisses des malados et à en éloigi^er le retour. Lorsque l'application do l'aimant produit |)eu de soulagement, on en obtient ({uelquefois davantage en appliquant ml petit vésicatoirc soiis la plaque antérieure (Laènnec). Parmi les moyens qu'on a employés contre l'angine de poitrine, nous ne devons pas oubliier de mentionner les bains, qui seront pris tiùdos l'hiver ei frais pendant l'été. Dans cette dernière saison, il sera souvent avantageux d'envoyer les malades aux bains de mer.

Pour compléter le traitement, les malades seront soumis à un régime sévère; ils prendront un exercice modéré, et l'on éloignera d'eux tout ce qui pourrait exciter le svstème nerveux.

iSohtre, siéye. — L'angine de poitrine, par son début brusque, par ses retours sous forme d'accès, par son intermittence et l'absence de toute lésion constante,' doit a))partenir nécessairement à la classe dos névroses : c'c^t l'opinion, d'ailleurs, que la plupart dos autours adoptent. La douleur étant son caractère dominant, cette douleur parfois lancinante, se propageant le plus souvent suivant la direction connue de divers cordons nerveux, il (^t im))ossible de ne pas la rattacher aux névralgies. C'est une opinion qno Tothorgill et Baumes ont vaguement émise, et qui a été développée |X)ur la promiôro fois, avec un grand talent, par M. le docteur Desportos. Mais il est moins facile d'assigner h la maladie son siège précis, et de délormiuor (|uoIs sont les norfs (pii sont priniitivoment aiïoctés. Suivant Laonnoc, a» ne seraient pas tcmjours les momos ; le nerf ))noumogastriquo, les filets cardiaques du grand sympathique pouvant être, d'après lui, affectés isolément ; mais il est im|M)ssible de rien préciser à cet égard. En considérant la gravité des accidentSs il n'est guère permis de douter que, dans l'angine de ço\lme,\^v\tNtî\'^^\3iv\«>3^ les nerfs airdiaqms. Si Von objectait que le pouls ne pvfeswiVe w^\xvotv?oûr?oX \««^-

daot l'accès ni intermittence ni irrégularité, nous répondrions que cela ne saonît infirmer notre opinion ; car nous avons vu que la névralgie des autres cordons nefveux n*avait pas pour effet constant ni même ordinaire d'exdter la contraction convubiye des muscles auxquels ils se distribuent Les douleurs dans les nerfs tboraciques, dans les rameaux émanant des plexus cervical, brachial, et même lombaire et sacré, ne sont que des accidents, des irradiations de la maladie au deUi de son siège primitif, à Taide des anastomoses. On ne saurait par conséquent admettre, avec M. Piorry, que l'angine de poitrine soit seulement une névralgie des nerfe tboraciques, des nerfs du plexus brachial et du nerf cubital Nous redisons encore en terminant que la maladie dont nous parlons n*est essentiellement liée à aucune lésion organique, soit du cœur, soit de tout autre organe ; ces altérations, quand elles existent, doivent être considérées comme des complications qui rendent la maladie pi'esque nécessairement incurable.

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