DE LA NÉVRALGIE CRURALE
La névralgie du nerf crural est une des plus rares et des moins connues ; il en existe à peine quelques observations dans la science : c'est elle que Cotugno a brièvement décrite sous les noms Uchias neiwosa antica, Ç\)XXï^\tx\v^'^vXxSs\x^'gie fémorO'préfibwie.
61 & DES NÉYBOSES.
La névralgie crurale est caractérisée par unedouleur qui, du pli de l'aine, s*étend à la face antérieure de la cuisse, sur le côté latéral de la jambe, à la malléole io terne, à la face sus-plantaire du pied, et surtout aux divisions nombreuses de la branche tibio-cutanée (Chaussier). La douleur présente les mêmes caractères que dans les autres névralgies. Valleix a aussi constaté divers points douloureux disséminés et circonscrits correspondant aux endroits où le nerf devient superficiel ei envoie des rameaux cutanés.
D'après Chaussier, la névralgie crurale serait plus facilement curable qucla sdâtique. Elle exige le même traitement que celle-ci. M. Martinet dit avoir sUrtoai obtenu de bons effets de Tadministration de Thuile de térébenthine.
DE L'angine de poitrine.
SyMONTMIE. — Steinalgic; gtemodinia tyncopalis; névralgie du cœur.
L'angine de poitrine est une affection apyrétiqiie, revenant par accès, qtii sont caractérisés par une douleur vive, lancinante, siégeant à la partie inférieure du sternum, s'irradiant vers le cou, souvent dans le bras gauche, s'accoihpagnant d'une grande gêne dans la respiration, et d'un sentiment de conslriction et d'angoisse inexprimable.
Historique, — On trouve dans un grand nombre d'auteurs, l'histoire de malades qui étaient évidemment atteints d'angine de poitrine. Un des plus beaux exemples est rapporté dans la vingt-sixième lettre de Morgagni (§ 31) ; mais à cette époque même on n'avait pas su encore isoler et classer la maladie : ce ne fut en effet qu'en 1768 que l'angine de poitrine fut signalée comme une maladie distincte dans une lettre écrite à Lorry par un médecin de Besançon nommé Rougnon. Cependant cène fut que quatre ans après ^(1772) que H(*berden donna ù l'angine d<' poitrine le nom qu'elle porte encore aujourd'hui ; il en traça, dans les Triwsnctam viédicoles, une description assez complète, et provoqua quehpies travaux de plusieurs de ses contemporains tels que AVall (1772), Foihergill (1773), Ilamilton (1783 et 1800) et de plusieurs autres. Depuis le commencement de ce siècle, diverses recherches ont été entreprises sur cette maladie, en Angleterre, par Parry (1806), et récemment par Forbes; en Italie par Brcra (l«S10); en Allemagne par Wichman; en France par M. Carron, dont les recherches se trouvent dans le Journal général [iSl \) , par Baumes, qui a publié en 1808 deux Mémoires dans les Annales de la Société de médecine de Moiitjtellier. Knfin trois auteurs ont publié chacun, sur l'angine de poitrine, une monographie esthnée : M. Desportes en 1811, Jurine en 1815, M. Lariigue en 1846.
Anatomie pathologique, — V^LngiïïG de poitrine n'a aucun caractère anatomiqne. Cependant la plupart des auteurs, les médecins anglais surtout, ont soutenu l'opinion contraire, et ont prétendu rattacher la maladie à diverses altérations d« organes pectoraux ou des pamis thoraciques. Ainsi les ossifications des cartilages costaux, la surcharge graisseuse du cœur, l'hypertrophie de ce viscère, les ossifications des artères cardiaques et des valvules, les dilatations anèvrysmales de l'aorte, Taortite, les épanchements de la plèvre et du péricarde, etjuscju'aux affection> organiques du foie, spécialement l'hypertrophie, ont été considérés tour à tour comme la raison anatomique de l'angine de poitrine. Mais une pareille doctrine est inadmissible aujourd'hui, et l'on ne saurait plus désormais ne voir, dans les lésions giie je viens d'indiquer, qu'utve slvwple covacideuce, (^ue des complications; car. d'une part, l'angine de poitnne çeul cmvev ^v^vvsXft, ç\i ^^^VV >^\s^^^mtMLaé-
DE l'angine de poitrine. 615
ihent sans elles; et, d'autre part, on rencontre tous les jours les unes ou les autres de ces lésions organiques, sans que pour Cela les indiTidùs aient présenté pendant la vie aucun des symptômes de la maladie.
Symptômes, marche, ^— L'angine de poitrine débute en général brusquement au milieu de toutes le^ apparences de la santé. L'individu surpris pendant la maW che s'arrête tout à coup, étant en imminence de suffocation et de syncope. Il ressent une douleur constrictive et déchirante, située presque toujours à la partie inférieure et latérale gauche du sternum, le long d'une ligne qui s'étendrait d'une mamelle à l'autre (Fothergill) ; elle n'augmente ni par la pression, ni par les mouvements du bras, ni par les inspirations profondes. La douleur semble traverser la poitrine de part en part et d'avant en arrière ; elle se propage souvent au bras gauche, presque jamais au bras droit, et suivant, dans l'un et l'autre cas, la direction du nerf cubital jusqu'au coude, et parfois jusqu'aux doigts. Chez beaucoup de malades, la douleur s'irradie aussi par les filets du plexus cervical superficiel, sur la partie latérale du cou, et même jusque Vers la mâchoire inférieure et l'oreille : cependant, dans ces cas, les individus ressentent vers le cou plutôt un engourdissement pénible qu'une souffrance aigué. Chez quelques-uns, chez les femmes surtout, les branches thoraciques antérieures s'affectant en même tem]:», il en résulte une vive exaltation de la sensibilité dans la mamelle et les téguments qui la recouvrent; enfin la douleur peut s'irradier encore vers l'épigastre, h la partie inférieure du ventre, et quelquefois dans les quatre membres à la fois. Il est rare pourtant qu'elle occupe simultanément toutes les régions que je viens d'indiquer. Presque toujours on ne voit la douleur s'irradier de la partie latérale gauche de la poitrine que vers le membre supérieur correspondant, ou vers quelques points du tronc. Dans quelques cas rares, elle débute dans ces dernières parties, et s'étend rapidement au thorax : Heberden, Jurine et d'autres en citent quelques exemples.
C'est pendant la violence de la crise que les malades éprouvent un sentiment de constrictlon et d'angoisse inexprimable : ils sont dans un état imminent de suffocation. La face est pâle, frappée de terreur; la surface du corps est refroidie et baignée d'une sueur visqueuse. Quelques-uns ont des lipothymies et même des syncopes. Au milieu d'un état si grave, les malades ont le sentiment d'une fin prochaine, leurs forces sont anéanties : le |)ouIs, que Heberden signale comme étant normal, est presque toujours petit, faible, mais régulier et plutôt lent qu'accéléré; dans quelques cas il est intermittent ou irrégulier ; il y a rarement des palpitations. La respiration est un peu plus accélérée que de coutume ; mais, ainsi que Jurine l'a vu dans cpiatre de ses observations, elle n*a jamais dépassé 36 inspirations par minute ; sa fréquence n'est donc pas en rapport avec les troubles profonds qu'on obsene ni avec l'anxiété des malades ; il est remarquable d'ailleurs que la plupart peuvent encore faire des inspirations profondes sans être arrêtés par la douleur. Contrairement à ce ({u'on observe chez les asthmatiques, les individus atteints d'angine de poitrine n'affectent aucune position spéciale ; leur attitude, commandée plutôt par la douleur que par la dyspnée, varie ; les uns restent immobiles, redoutant le moindre mouvement, tandis que les autres renversent le tronc en arrière ou en avant, etc.
Lorsque le parox\sme doit cesser, les douleurs se calment peu à peu, ainsi que la conslriclion thoracique et l^jingoisse qui l'accompagne. Chez quelques-uns, la fin de l'accès est manjuéc par des vomissements et par des fetv\cU\\ûws ^^x^\«a^. Au bout de quelques instants tous les symptômes ç^raxcs ouV. ceîsafe; V'i \w^^^^^
n'éprouvent plus qu'une grande fatigue et une sensation d'engourdissement^ de brisement, plutôt que de douleur dans la poitrine et dans les bras.
Les accès n'ont pas toujours la même physionomie, la même intensité, ni la même durée. Ainsi, chez les uns, c'est la douleur qui domine ; cliez les autres ce sont les syncopes et la résolution des forces. 'On conçoit en outre que, lorsque l*angine se complique d'une aiïection organique du cœur ou des gros vaisseaux, il doit exister des si^mptômcs en rapport avec ces altérations. C'est surtout dans ces cas que la dj'spnée est intense, que le pouls est petit, inégal, et qu'il existe des palpitations.
Lïntensité des accès n'est pas toujours la même. Les premiers sont communément peu graves et cessent après quelques minutes ou quelques secondes. Cependant nonobstant cette bénignité apparente, les malades conservent une grande appréhension, et ont la conscience qu'ils n'auraient pu résister à l'attaque, pour peu qu'elle se fût prolongée. Après un intervalle de temps qui varie depuis quelques heures jusqu'à un grand nombre d'années, les mêmes accidents se reproduisent Plus les crises se renouvellent, plus aussi elles sont intenses et de longue durée ; lorsque la maladie se reproduit fréquemment, on voit les accès persister pendant une demi-heure, pendant une ou plusieurs heures, et même pendant pluûeurs; jours, comme Heberden en a rapporté un exemple. Cependant lorsque l'accès se prolonge pendant une ou plusieurs heures, il faut que toujours il y ait une rémission, car on ne concevrait pas que la vie pût Ée maintenir si longtemps au milieu de souffrances ou d'angoisses aussi vives que celles que les malades endurent au fort de leurs accès.
Les crises ont lieu souvent spontanément, le jour comme la nuit; dans ce dernier cas, c'est presque toujours après le premier sommeil ; c'est-à-dire à peu près à la même heure. Fréquemment aussi elles sont provoquées par un effort, par un mouvement brusque, par Téquitation, par la marche, par les cahots d'une voiture, par une émotion vive, etc.
Lorsque les accès sont très rapprochés, les malades conser\'ent pour la plupart dans leurs intervalles un état de malaise dans toute la poitrine ; souvent alors ils ne peuvent faire quelques pas sans s'arrêter, avertis qu'ils sont par quelques sensation douloureuse vers la partie inférieure du thorax ; s'ils continuaient, un nouvel accès aurait infailliblement lieu.
Si les crises sont très éloignées les unes des autres, si les malades ne portent aucune lésion organique des poumons , du cœur ou des gros vaisseaux , on les voit se rétablir promptement et assez complètement, n'éprouvant aucune gêne dans la respiration ni aucun trouble appréciable du côté des organes circulatoires. Dans l'angine de poitrine, les malades conservent l'intégrité des diverses fonctions et à peu près leur embonpoint, même dans les cas où les acres sont très rapprochés.
Durée, terminaisom. — L'angine de poitrine a une durée tout à fait indéterminée. Il est des individus qui, après avoir eu un ou plusieurs accès, ont fini par ne plus en ressentir; mais, chez la plupart, ces accès se renouvellent à des intervalles variables, et finissent par emporter les malades.
La mort est, en effet, la terminaison la plus ordinaire de la maladie ; elle arrive presque toujours subitement, d*une manière foudroyante, Foit au plus fort de l'accès, soit tout à fait au début. C'est ainsi que beaucoup d'individus s'arrêtaut tout d'un coup en marchant, comme surpris par TaccèS, tombent aussitôt roides morts, 8ÛUS que l'autopsie fasse découvrit ^\ic\iwe l^m ^ve\^lic^ue une fin aussi rapide.