DE LA COLIQUE VÉGÉTALE
Smoimni. — Colique sèche, nerrense, de Madrid, da Poitoa, du DeronsUre, de GfteyaBe, de SariaaMt tttfvnlgledn frand sjmpaUiiqae, etc.
On a décrit sous le nom de colique végétale une affection apyrétique offrant la plus grande ressemblance avec la colique saturnine, et qui est caractérisée comme celle-ci par des coliques violentes, exacerbantes, que la pression n'exaspère pas le phis communément, qui s'accompagnent de constipation, de vomissements bilieux, de crampesy et sont quelquefois suivies d'accident;!: cérébraux analogues à ceux que nous avons vus se déclarer souvent dans l'intoxication saturnine.
Historique. — Cette maladie sur laquelle on a beaucoup discuté, a été le sujet d'une foule de dissertations : on distingue surtout celle de Citois, médecin de Louis XIII (1), celles de Huxham (2), de Boucher Beauval (3), de Bonté (4), celles plus récentes de M M. Marquant (5), Pascal (6) , Sogond (7) , Valleix (8) , Mauduy t (9) , Guépratte (10), Fonssagrives (11). Cependant je n'oserais affirmer que toutes les descriptions dont je parle se rapportent manifestement à la même maladie. Tout porte même à penser que la plupart des prétendues coliques végétales décrites dans le siècle dernier, tant en Angleterre qu'en France, n'ont été ou ^ue des entérites, ou que des affections saturnines méconnues.
Anatomie pathologique, — Nous n'avons aucun renseignement précis sur les lésions que l'ouverture des cadavres révèle. Les uns ont cru reconnaître des traces de phlogose dans le tube digestif; d'autres, avec Segond, disent avoir constaté des
(i) De novo et populari apud pietoreê dolore eolieo bilioto diatriba, Poitiers, 1.816. — (î) Essai sur les différentes espèces de fièvres, — (3) Traité de la populaire colique du Poitou et de la Rochelle ^ 1723,— (4) Aneiett journal de médecine^ t. XV, 16, ÎO. — (5) Journal eorn" plémentairc, — (6) Journal des progrès^ année 1827. — (7) Essai sur la névralgie du grand sympathique. Paris, 1837. — (8) Union médicale, année 1848. — (9) Thèse de Pariée 1848. — (10) Bulletin de V Académie de médecine^ t. XVI, p. 995. — (11) Archives générales de mi* deeinêf Année 1852.
T. It. -^6 *• WT, V»
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altérations diverses (injection, ramollissement, indurations) dam les gnglÎMS d les filets du grand sympathique. Mais rien n*est démontré à cet égard ; les amean ont négligé de déterminer les lésions qui pouvaient appartenir à la maladie elcdlii qui, purement accidentelles, lui étaient consécutives ; d*ailleiin, quand oo aétndié les symptômes et la marche de la colique végétale, et lorsqu'on la rapprack surtout d'aulres affections, comme Tentéralgie et la colique saturnine, oo ne pnt 8*empêcher de croire que Tanatomie pathologique doit être aaaâ mneltc pour fa première qu'elle Test pour les deux dernières.
Symptômes, — te début de Taffection est quelquefois assez bmsqne; cepok dant, dans la plupart des cas, il existe pendant quelques jours du malaise, na oh do)orissement du ventre ; Tappétit se perd, les selles deriennait rares, difficte, el souvent on remarque une teinte ictérique. Après quelques jours, et même aprii plusieurs semaines de cet état, la maladie se caractérise.
Les malades accusent dans le ventre des douleurs violentes, cootonveg, fancinantes, térébrantes ; elles ont la même intensité que celles de la colique satarmocL Comme dans celle-ci, les patients poussent des cris et se roulent ea tout sens dai leur lit. Les coliques sont exacerbantes ; elles occupent tout l'abdomen, mais ds retentissent parfois spécialement, tantôt à Tombilic, tantôt à Thypogastre, taMÉ dans les hypochondres : elles offrent parfois des irradiàtioas vers les testiaria. dans les membres supérieurs ou inférieurs, ou du côté du rachis. Les douleurs, quelque vives qu*elles soient , augmentent rarement par la pression ; celle-ci lei soulage au contraire souvent, ou bien ne leur imprime aucun changement notable. L^aspect du ventre varie : il est tantôt rétracté, tantôt plus développé et pins «h nore, tantôt il a sa forme et sou aspect ordinaires ; Tappétit est nul, la soif variable, ]à langue coiiver^^ d'un enduit blanc ou limoneux; la constipation est des plos opiniâtres ; il y a des nausées, puis des vomissements bilieux, jaunes ou d'un f«t souvent porracé. L'excrétion urinaire elle-même est parfois difficile ; il existe tioa un véritable ténesme vésicaL iNous avons dit déjà que souvent il existait une suAh sion ictérique ; la figure exprime dans tous les cas la souffrance et l'anxiélé la pàv vive, souvent les malades se plaignent d'éprouver des crampes et autres yi^nfitt^r* douloureuses dans les mollets, les cuisses, les bras; parfois même ces douleurs revêtent le caractère tout à fait névralgique et s'irradient sur le trajet des nerfs. €te^ diverses souffrances ne laissent aucun repos ; aussi le sommeil est perdu. Cependant, au milieu de toutes ces douleurs, la température du corps reste nonualt ; quelquefois la peau est un peu froide, mais le pouls conserve son rhytbme ; fl arrive même souvent que sa fréquence diminue. La respiration est courte, il y a de l'anxiété précordiale; cependant l'auscultation et la percussion ne révèlent riea de morbide vers les organes pectoraux.
Marche, durée, terminaisons. — Si la maladie s'aggrave, l'abdomen ae l^nd it o^re une sensibilité analogue à celle de la péritonite : les vomissemeuts pourtant se calment, mais il y a parfois de la diarrhée ; la chaleur de la peau est inégale, leponk est fréquent, faible, parfois irrégulier ; les douleurs racliidiennes et celles des membres redoublenL C'est alors que des malades deviennent amaurotiques ; beaucoup ont du délire, du coma ou des mouvements convulsifs, épileptiformes, qui les emportent rapidement
Lorsque la maladie tend au contraire vers la guérison, on voit, au bout de dnq ou six jours, les douleurs se calmer et les selles se rétablir.
Il importe de dire ici avec Segond qu'il n'y a rien de ûxe ni de pariiitenieat régulier dans l'évolution de la maladie, £lle peut, comme nous l'avons déjà dit.
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fDBdre tout à coup sur l'individu oa avoir des prodromes. Sa marche est progressive, ou bien alternative et irrégulière. Parvenue à son état, ses symptômes sont tantôt continosi tantôt irréguliers, erratiques; de là des simulacres de convales«cence entremêlés de crises qui, si la maladie était livrée à elle-même, tendraient à devenir de plus en plus intenses et redoutables.
On ne saurait préciser la durée de la maladie, elle est fort variable. L'afiection est-eHe légère, eUe peut se terminer en douze ou quinze jours ; a-t-elle de la gravité, sa durée est plus longue, et si elle passe à la chronicité, elle se prolonge indéfiniment
La colique végétale a le plus souvent une heureuse issue ; quelquefois elle se termine d'une manière funeste : les malades sont alors emportés pour la plupart par des accidents cérébraoi assez auaic^ues à ceux de Tintoiication saturnine. Chei d'autres TafTection passe à l'état chronique ; Fictère alors est permanent, iey malades maigrissent, dépérissent et meurent dans un état de marasme. Mais, dans ces cas, n'y a-t-il pas quelque complication? La chose est probable. Quoi qu'il en soit, les malades qui guérissent sont quelquefois frappés consécutivement de paralysie^des extenseurs des poignets ou des membres inférieurs. Les rechutes sont fréquentes.
DiagnoBiie. — La colique de plomb est la seule affection qui ait de l'analogie avec la colique végétale. La ressemblance même est si pariaite, qu'il est impossible de saisir aucun caractère important qui les distingue ; c'est ce que j'ai déjà précé^ demment établi page 21 : on pourrait dire que h colique végétale et la colique satnmine ne se distinguent entre elles que par la cause qui les produit.
Pronostie, — La colique végétale 9 rarement une issue funeste; cependant le pronostic sera grave lorsque l'affection est abandonnée à elle-même ou mal traitée* lorsqu'elle est endémique, lorsqu'elle passe à l'état chronique, ou quand elle st complique d*accidenls cérébraux.
Causes, — Les auteurs qui ont décrit la colique du Poitou, de Normandie, do Devonshire, ont attribué lafTection au vin blanc, à l'usage abusif du cidre; mais il est douteux que ces boissons puissent par elles-mêmes occasionner les accidents dont je viens de parler. Cet effet ne saurait avoir lieu que lorsque les liquides étant de mauvaise qualité , ont été sophistiqués avec une préparation de plomb. G- est ce qui a été obsené il y a quelques années à Paris, où Ton a vu dans |4usieurs faubourgs des accidents graves de colique saturnine se déclarer sur des familles entières après l'usage de cidres auxquels on avait ajouté une certaine quantité de sous acétate de plomb. On comprend que de |)areilies sophistications aient dâ être communes à une époque ou la suneiliance était moins active qu'elle ne l'est aajourd'bui ; aussi l'affection qui, dans le siècle dernier, était si fréquente en Poitou et dans la basse Noimandie, y est-elle iucoimue à présent, bien que le climat et Talimentation n'aient pas sensiblement changé. Nous croyons donc que la colique dn Poitou n'était autre chose qu'une intoxication saturnine, affection absolument distincte de la colique sèche.
Les médecins de marine qui ont le mieux observé la coUque végétale, et parmi iox je citerai les docteurs Segond et Guéprattc, s'accordent à reconnaître que la maladie survient exclusivement à la suite des brusques variatioos atmosphériques. Mais pour M. Fonssagrives cela constitue plutôt une prédisposition qu'une cause efTiciente. Le marin qui, à bord des vaisseaux, a à peu près invariablement le nièiue régime, est frappé tout à coup lorsqu'il arrive dans certains parages, aux Antilles, à Gayenne, au Sénégal, à Bourbon, dans l'Inde : la maUàve ^n\\s\\\\w\v'^\^:V^«^'^^
des éqniaoxes. Panni les hommes du bord, ce sont les coisinieri, les chauffeurs et les boulangers, c'est-à-dire ceux qui sont le plus exposés aux transitions brusques de température, qui sont Trappes en plus grand nombre, d'après M. Guépratte. U parait aussi que la maladie sévit beaucoup plus sur les paquebots. que sur le navires à voile. On avait aussi remarqué qu'en Espagne les maréchaux ferrants de l'armée française, placés dans des conditions analogues à celles des chauffeurs des b&timents, étaient aussi plus exposés à contracter la colique qui règne fréquent ment à Madrid, et dont les étrangers ont beaucoup à souffrir lorsqu'ils s*expQseiii aux transitions brusques de température, tandis que les Espagnols cherchent à s'ei garantir en s'enveloppant de leurs vastes manteaux. On a remarqué que les fem mes, les enfants et les vieillards étaient rarement atteints de la maladie. Quoi qnl en soit nous venons d'indiquer plutôt les causes prédisposantes de la colique sàck que sa cause efliciente, celle-ci nous est inconnue ; l'air en est-il le véhicule? c'es ce que nous ignorons. Mais il importe de dire que la colique végétale n'est ps une des expressions de l'intoxication saturnine. Cette croyance d'ailleurs est {rfmôt celle des médecins civils que des médecins de marine, qui presque tous au oottraire ont protesté contre cette étiologie. Les résultats négatifs fournis par l'analvse des aliments et des boissons des équipages, les conditions dans lesquelles h maladie se déclare, tout se réunit pour prouver que la colique végétale est distincte de la colique saturnine, quelque ressemblance, je dirai même quelque ideatité qu'il y ait d'ailleurs sous le rapport symptomatique entre les deux affection M. Fonssagrives ayant épuisé toute la série des informations étiologiques sans et retirer rien de précis, s'est demandé si cette singulière affection ne se développerait point sous l'influence de miasmes analogues ou identiques aux miasmes palustres, mais ce médecin distingué n'a fourni aucune preuve péremptoire en favenr de cette nouvelle théorie.
Traitement, — Il nous semble que le traitement de la colique de plomb démit dtre prescrit rigoureusement dans les cas de colique végétale. C'est ce qui n'a pe été fait généralement, du moins on ne Ta appliqué que d'une manière incomplèie et timide. M. Fonssagrives a prôné la belladone au début, et lorsque les douleins renaissent, il y joint l'emploi des purgatifs. Cette méthode n'a pas encore été soisamment expérimentée.
La prophylaxie de la colique végétale se déduit de la connaissance des causes. Oa devra donc soustraire les malades aux variations atmosphériques, éviter les refroidissements, et lorsque la maladie se prolonge, passe à l'état chronique, ou bîca lorsque, la guérison obtenue, on a à craindre une rechute, il faut, si faire se peut, transporter les individus dans d'autres parages. Le changement de lieu a souvent rendu rapidement à la santé et à la vie des équipages jusqu'alors décimés par li maladie.
Nature. — On ne saurait classer la colicpie végétale ailleurs que dans les névroses. Le caractère des douleurs doit la faire rapprodier des névralgies, et tout porte à croire avec Segond que ce sont les filets du trisplanrhnique qui sont spécialement ou même exclusivement atteints. Les connexions intimes du grand sympathique avec les centres nerveux expliquent les irradiations de la maladie, qui pourrait être considérée comme une forme ou une variété de i'entéralgie.
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