DU LUPUS OU DARTRE RONGEANTE
aux divers degrés de la brûlure. A la face, de hideuses déformations sont la conséquence de ce travail destructeur. Le nez, dit M. Gibert, est souvent entièrement détruit, et n*ofTre plus à sa place qu'une ouverture triangulaire rongée et séparée par la cloison des fosses nasales; les paupières sont éraillées, renversées et rougeatres; les lèvres, les joues sont rongées, perforées, labourées par des sillons profonds, inégaux, mamdonnés, formés par des cicatrices difformes. Enfin le visage^ tuméfié, engorgé» défiguré, privé de ses traits les plus saillants, devient chez ces malheureux un objet d*horreur et de dégoût, qui inspire aux autres et à eux-mêmes une sorte d'aversion presque insurmontable. Ce qu'il y a de remarquable, ajoute Al. Gibert, c'est le peu de douleur qui accompagne souvent d'aussi grands désordres. Quelques malades accusent seulement du prurit, de la cuisson. Il est rare aussi qu'au milieu de ces accidents la santé générale s'altère. Eu effet, presque toujours les fonctions importantes s'exécutent avec régularité ; il n'y a pas de fièvre, les forces se conservent, à moins de complications.
Le lupus cependant ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères. Il offre, en effet, une foule de nuances, de variétés intermédiaires, depuis son état le plus léger jusqu'à son degré le plus intense ; de sorte, dit M. Gibert, qu'en comparant les deux extrêmes, on croirait voir des maladies tout à fait différentes.
Biett, et après lui MM. Cazenave et Schedel, ont admis trois variétés principales de lupus: 1° le lupus qui s'étend en surface ; 2" le lupus qui détruit en profondeur; 3* le lupus hypertrophiqne. Dans le premier, il n'y a ordinairement ni tubercules ni croûtes; la peau seulement rougit, s'amincit et s'exfolie; elle est lisse, luisante, et ressemble è la cicatrice récente d'une brûlure superficielle; ici la rougeur disparaît par la pression, el celle-ci développe de la douleur. Si la maladie s'arrête, la rougeur disparaît; il ne se fait plus d'exfoliation épidermique, mais la peau reste mince» luisante, lisse au toucher comme si elle avait perdu quelque chose en épaisseur. Quelquefois l'espèce de lupus dont nous parions commence par des petits tubercules, dont les sommités s'ulcèrent L'ulcération peut alors envahir une grande surface, toute la figure, par exemple. Dans la seconde variété, le lupus épuise quelquefois son action sur un point circonscrit, comme un lobe du nez on une joue, qu'il creuse et perfore dans un temps fort court Le lupus avec hyper^ trophie siège presque toujours à la face, et ne se remarque guère que chez les sujets scrofuhux ; il s'accompagne d'une tuméfaction parfois énorme de toutes les parties de la face. Ces différentes variétés de lupus peuvent se rencontrer chez le même malade.
Diagtiostic. — Le lupus sera distingué de la syphilide rongeante tuberculeuse; car, dans celle-ci, on remarque la coloration cuivrée propre aux affections vénériennes; l'ulcération est grisâtre et circonscrite par des bords taillés à piç ; enfin les commémoratiis et les symptômes concomitants ôteront toute incertitude. A leur début, on ne prendra pas pour des tubercules de lupus les indurations qui succès dent à l'acné roêocea, car celles-ci sont rouges, douloureuses, entourées d'une aréole érytbémateuse ; d'ailleurs on trouve dans leur voisinage quelques pustules qtd, comme on sait, sont la lésion élémentaire de la maladie. M. Dcvergie dit que le lupus ulcéreux, en raison des croûtes qui le recouvrent, pourrait être pris pour un rupia. Mais celui-ci atteint rarement la foce; c'est en outre une affection de l'âge avancé, tandis que le lupus est plus spécial aux sujets jeunes. Les croûtes du rupia ont une teinte gris sale qiu n'existe pas dans le lupus, elles ne reposent pas sur un engorgement de la peau et n'affectent guère l'extrémité du nei.^ l' voi^ ^^t^ yeux, le lobule des oreilles, parties que le taposwmYà&iSSMMSQ»^^
Le Inpus diffère du cancer cutané parce qu'il n'affecte que des sujets jeunes, |>ar le peu d'intensité des douleurs, par l'aspect différent des ulcérarions, qui, dans le cancer, sont fongueuses et ont des bords durs et renversés. Le noli me itmij^'r*est une fonne de cancer qui diffère du lupus parce qu'elle se manifeste par un tubercule solitaire, qui est parfois le siège de douleum hncirmnfes, et est enrouiv d'une base dure cl circonscrite. En outre, les cautérisations exaspèrent toujour»lo mal ; celui-ci une fois ulcéré, détruit tous les tissus, sans être même arivté par les as, ce qui n'a pas lieu |X)ur le lupus.
Pronostic. — Le lupus osl une affection extrêmement grave, bien qu'elle ne compromette pas l'existence. Elle est en effet rebelle, et dans les cas les plus fa\orables elle laisse après elle des déformations et des mutilations.
Étiologie. — Le lupus affecte de préférence les enfanrs et les jcimes gens, surtout do douze à vingt-cinq ans ; il est presque inconnu après la quarantième année. Il a une fréipience égale chez l'homme et chea la femme ; il atteint spécialnnoni les sujets lymphatiques et les scrofuleux. Quelques médecins même regardent Klupus connue un effet de la diathèse scrofnleuse ; mais C4»lte opinion n'est [ws fondée. On ignore les causes sptVJales qui peuvent développer la maladie.
Traitement. — I^ traitement du lupus est avant tout local; il faut cherchera modifier la vitalité des parties par l'emploi de substances irritantes et «M^nio ranstiques: ainsi, au début de l'affection, on a proposé les onctions avec les pommadr< au précipité blanc, h l'azotate d'argent, au proto et au deuto-iodure do mercun*. Mais on a surtout vanté l'iodure de soufre combiné avec l'axongo dans des proportions >ariables (de 1 à 4 grammes jwur 30 d'excipient) ; d'autres |>ansent a\tHle styrax, cl M. Payan, chirurgien de l'Hôtel Dieu d'Aix, se loue beaucwipde l'application en nature du styrax liquide. A ces moyens, on combinera les doucln^ de vapeurs simplement aqueuses ou bien aromatiques ; enfin on essaiera la compression ; mais tous ces remèdes sont presque toujours impuissants et nVmpfk'heiii pas l'ulcération de se produire. Lorsque celle-ci existe, on devra recourir b nn moyen plus violent, à la cautérisation. On a proposé le nitrato d'argent et de umtcure, la pâte arsenicale du frère Côme, la poudre de Dupuytren, la |)ommade an chlorure de zinc, le caustique de Vienne, etc. ; ce dernier est jH'ut-etre |>lus commode à manier. Il faut, avant d'o|)érer, avoir soin de faire tomber les cmiit«*s à l'aide de cataplasmes émollients, puis on |)orte le ranstique sur toute la surf^K^ malade, et même un \)eu au delà de ses limites; h la chute de l'eschan*, on i^aiisera simplement: si Fulcénition n'est pas de bonne nature, on reviendra à une nomell^ cautérisation; il est rare (|ue la piTmière réussisse.
I^ traitement sera quelquefois avantageusement secondé par l'emploi dedonc/ies de va|>eur. Celles-ci conviennent surtout dans la forme hy|)ertrophique.
Le traitement générai se borne le plus souvent à l'emploi de quelques boi^^^ns amères, à l'usage de bains simples. (Iep4?ndant, si le malade est scrofulcox, il faudra le mettre au régime, et lui donner à l'hitérieur les médicaments que nous avon< cons(4llés plus haut en traitant des scrofules. Enfin, il est ini mécHraineiii qui a souvent réassi entre les mains de M, Émery contre les lupus les plus n4)ell(s: je veux parler de l'huile <le foie de morue, que ce médecin administrait «ni parri! cas à des doses énormes, comme 5,() ou 700 grammes par jour. M. I>even;ie qiil a également ex])ériinentc ce remède, n'hésite pas à le déclarer comme 1^ f>lii^ efficace.
I/)rsque\e\upu&oc;c»v^\^'^t>À«^%<^^^^ surveiller les ouver-
tures Tul\aâre ^ vm^ «fÀ ^Kwn^ML vw^vix xn^ \te^«3»KCM!ox tmfôiU^bk.
DES ÊPHÊLIDES. 891
On s*y opposera par Tintroduction de mèches ou de tentes induites d'un corps gras ou d'une pommade résolutive.
Ses taches, oa maculei.
Des colorations diverses |)euvent succéder à quelques-unes des maladies de la, peau; nous les avons fait coimattre. En ce moment nous voulons seulement parler de celles de ces colorations qui constituent des maladies véritablement idiopathiques : ce sont le lentigo et les éphélides.
1<* Du lentigo, ou taches de rousseur.
Le lentigo est caractérisé par de petites taches d'un jaune fauve ne dépassant jamais la largeur d'une lentille : souvent elles sont plus petites. Presque toujours congénitales, elles ne se développent souvent que dans l'âge dé dix ou doti/e ans et occupent spécialement la face, le cou, le devant de la poitrine, les mains et les avant-bras. On rencontre des taches de rousseur, surtout chez les individus lymphatiques, qui sont blonds, roux, et dont la peau est fme et blanche; ces taches ne sont Iç siège d'aucun prurit, d'aucune desquamation. Elles sont en général persistantes ; quelquefois elles s'éteignent pendant l'hiver pour reparaître de nouveau au printemps on pendant l'été.
2* Des éphélides, ou taches hépatiques.
Les éphélides sont des taches irrégulières beaucoup plus étendues que celles dij lentigo, d'un jaune safrané, prurigineuses, donnant lieu quelquefois à une légère exfoliation: on les rencontre spécialement à la partie antérieure du cou, sur la poitrine, sur les mamelles chez les femmes, sur le ventre et à la partie interne des cuisses. Elles ne sont pas rares sur la figure des femmes grosses. KUea ne s'accompagnent d'aucun trouble appréciable dans la santé; mais souvent elles excitent ui} prurit incommode, qui augmente par la chaleur, après les repas, les émotions, vives, et aux épocpies menstruelles. Les éphélides peuvent n'avoir qu'une durét éphémère ou persister longtemps.
On observe spécialement les éphélides chez les individus blonds, surtout chez les fenunes; cette éruption est quelquefois provoquée par l'insolation, par l'indigestion, par une nourriture excitante, par un dérangement dans le flux meastniel. On dit qu'elle est quelquefois liée à l'inflammation chronique d'un viscère, surtout du foie; mais cette corrélation n'a pas encore été établie d'une manière rigoureuse.
Les taches liépatiques ne pourraient guère être confondues qu'avec le pitf/riasi» versicolor, !Vlais,dans celui-ci, il n'y a pas seulement exfoliation, mais des(|uamatioa véritable de l'épiderme, qui se sépare par larges lamelles; en outre le prurit, dani le pityriasis, est à peu près nul. Quant aux colorations s\ philitiques, on les disthigne des précédentes par la coulenr cuivrée et l'absence do prurit et d'exfoiiation.
MAL (îazenave et Srhedel regardent comme parfaitement inutiles les liniments déterrifii, les pommades alcalines et tous les résolutifs. Ils ne conseillent que l'usage des eaux sulfureuses à l'intérieur, comme l'eau d'Enghien; on prescrira aussi deux ou trois bains sulfureux |)ar semaine, et l'on administrera de temps en temp9 UD purgatif doui.