‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interne. v. 2Chapitre 7 sur 265 · ET CAUSTIQUE · texte numérisé non relu

ET CAUSTIQUE

Caractères anaiomiques. — Chez les sujets qui succombent à cet empoisonnement, oo trouve souvent sur les doigts, et surtout sur les lèvres, des taches ou des escarres dont la couleur peut indiquer déjà la nature de l'acide ingéré : ainsi elles sont grises et quelquefois noires lorsque l'acide sulfurique les a produites; elles sont jatntes si c'est l'acide azotique. Cette teinte jaunâtre existe aussi quelquefois dans l'intérieur de la bouche , dans l'cesophage et sur la couronne des dents. Les parties qui ont été en contact avec l'agent toxique présentent souvent un changement de nature , dû seulement à une réaction toute chimique. C'est ai..si que les tissus, devenus jaunâtres, sont convertis en une substance grasse ou savonneuse, peu putrescible. On trouve aussi divers gaz, surtout de l'azote, du gaz niireux, de l'acide carbonique, etc« Dans la phipart des cas, cependant, le conuct de l'air a produit une foule de désordres de nature inflammatoire. La muqueuse buccale, pharyngée ou œsophagienne, est rouge, ecchymosée, excoriée ; die est mortifiée ou ulcérée dans quelques points; ailleurs elle est recouverte de concrétions d'un blanc grisâtre et plus ou moins adhérentes. Dans l'estomac et dans le duodénum existent également des lésions qui varient suivant l'abondance et le degré de concentration de l'acide ingéré. Ainsi quelquefois on trouve tous les caractères aoatomiques d'une gastro-duodénite violente ; la muqueuse est alors rouge uniformément, ecchymosée par places, boursouflée et ramollie, convertie en un détritus graisseux, ou recouverte de concrétions membraneuses ; dans d'autres points , on distingue des escarres et des perforations. Ces lésions peuvent se reurcontrer aussi dans une partie de la longueur de l'intestin grêle. Chose remarquable, il peut se faire que les altérations les plus graves occupent seulement l'estomac et le rectum , ce qui s'explique par la rapidité avec laquelle l'agent toxique a traversé l'intestin grêle; il faut, en outre, que celui-ci ait été protégé par l'interposition de matières fluides, au centre desquelles le poison a sans doute cheminé. Lorsque Facide n'entraîne la mort qu'après un temps fort long, on trouve le tube digestif rétracté et atropliié : ainsi l'intestin grêle ^e à peine le petit doigt , et l'estomac

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ii*a souvent que le volume de Filéon ; la muqueuse gastro-intestinale est blancliàtre, épaissie. Le sujet est alors dans un grand état de marasme, et les os, ainsi que Ta noté Tartra dans son excellente Monographie sur i'e^npowmnement par l'acide nilrirjue, sont souvent cassants, friables, comme ils le deviennent parfois dans la diatlu'se cancéreuse.

Si/ï?tpffjmeSj marche. — L'individu qui avale un acide concentré éprouve à l'instant une saveur brûlante et une douleur aiguë dans la gorge, s*irradiant le long de rœsophagc jusque dans Festomac. Presque aussitôt surviennent des vomissements; les matières, parfois sanguinolentes, plus souvent jaunes, brûlant à la gorge, bouillonnent sur le carreau et rougissent le papier de tournesol. La déglutition est impossible; le malade est tourmenté par le hoquet et par une soif îneitinguible ; bientôt il se plaint de coliques violentes ; le ventre se ballonne, et des selles sanguinolentes ont lieu. Dès le début de l'empoisonnement , des symptômes généraux graves se déclarent : ainsi le |)ouls est petit, fréquent, irrégulier ; il y a des frissons erratiques; la surface du corps est couverte d'une sueur froide et gluante, tes lèvres sont tremblantes, les yeux excavés, les lèvres violacées, tous les traits profondément altérés. A l'intérieur de la bouche on découvre des escarres véritables, et plus souvent de simples concrétions grisâtres au-dessous desquelles la muqueuse est rouge, excoriée, ecchymosée et très douloureuse. Enfld , la sécrétion urinairc est souvent suspendue; il y a de la dyspnée et un sentiment d'oppression stcrnalc très pénible.

Ces symptômes n'ont pas toujours la même intensité ; ils varient beaucoup suivant la quantité do |K)ison ingérée et suivant son degré de Concentration. Si les individus n'ont avalé que quelques grammes d'acide, celui-ci borne alors son action dans la bouche et dans le pharynx, et l'on n'observe guère que les signes ordinaires d'une pharyngite ; mais celle-ci est excessivement douloureuse. Il est remarquable, d'ailleurs, que des doses peu considérables de poison produisent des douleurs très vives , atroces même, tandis que les malades se plaignent h peine lorsque la substance toxique a été ingérée en plus grande quantité. Ceci s'explique parce que, dans le premier cas, le poison n'a fait qu'enflammer, dénuder la membrane muqueuse et exalter par conséquent sa sensibilité , tandis que, dans le second, il a désorganisé le tissu et éteint toute espèce de sentiment. On conçoit qu'entre ces deux extrêmes il y a une foule d'états intermédiaires sur lesquels je ne dm*8 pas insister ici.

Dans les cas les plus graves on voit la mort survenir en cinq ou six heures; le plus souvent les malades luttent pendant un, deux ou trois jours. S'ils survivent aux premiers accidents, les signes d'inflammation buccale et pharyngée augmen^ tent ; il y a alors du ptyalisme ; souvent la voix s'enroue, et II existe des signes de laryngite. L'inflammation, qui souvent semblait concentrée dans c^n parties, se propage à l'œsophage, comme l'indique une douleur vive, qui longe le dos et aboutit à l'estomnc ; l'épigastre devient lui-même douloureux ; enfm l'intestin participe bientôt à la phlogose des parties supérieures , comme les coliques et la diarrhée le prouvent. Si des escarres se sont formées, elles se détachent vers le sixième on le septième jour, et leur chute est quelquefois suivie d'hémorrhagie plus ou moins considérable. Quelques malades peuvent alors se rétablir ; d'autres continuent à vomir et à éprouver de la diarrhée ; on voit souvent alors dans les matières excrétées des concrétions membraniformes, grisâtres, denses, résistantes, qui, insufllées, ont exactement la forme de l'oesophage et de l'estomac. Tartra rapporte à ce sujet DD cas extrêmement remarquable qu'il observa avec Bichat à l' Hôtel-Dieu de Paris.

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