‹ Traité élémentaire sur l'emploi légitime et méthodique des émissions sanguines dans l'art de guérir. Avec application des principes à chaque maladieChapitre 18 sur 77 · DES SANGSUES · texte numérisé non relu

DES SANGSUES

Pr Z SrrTe

Es Sangeué dar. MÉORIS nat) est fréquemment employée ‘de nos jours , même à l’exclusion de la saignée ; elle a presque entièrement remplacé les scarifications, moyeu d'évacuation sanguine auquel” les aticiens récouraient avéc tant de ‘succès: IL est vrai que les scarifications exi: geaient des instrumens tranchanss/QqW'élles ne pouvaient être mises Ar Tisage que Fe: des opérateurs , & MAKES sangsues niexigent point. nn 1 aussi effrayant,

.… Cet animal aquatique est armé de trois den® "très-aiguës, capables non seulement de percer la peau d’un homme , mais celle d’un cheval où d’un bœuf : c'est un instrument à tr O1S tranchans ; faisant trois plaies à la fois qu'on distingue aisément sur la peau, quelques jours après l’application. La bouche des sangsues se colle à LL peau ét la succion s PRÈS au moyen

(go ) d’un pelit mamelon flottant qui fait sd office de langue. :

Ce qui a pu , de nos jours, conduire à l'application fréquente des sangsues , c’est qu'en général le peuple ‘est persuadé qu ’eiles ürent surtout le mauvais sang. Les médecins humoristes ne s’efforcèrent nullement de détruire cé préjugé. Il en est:résulté que des gens, d'ailleurs très-instruits, ont été entraînés au point, d'employer : indifiéremment la saignée . ou. les -sangsues, Cependant si, dans quelques cas:, als ont obtenu, le même résultat, en: combien d’autres ont-ils dû étre trompés dans Jeurs espérances (1)? : aofx Insté5à

Ve: die

voa) I faits le FE passant, la: gravde vogue . des sangsues et leur application ,dans des cas où les. petites. saignées conviendraient peut-être. DE j sent dépendre de plusieurs circonstances réunis : 14®, de la répügnance naturelle que les malades ont pour. les. instromens tranchans ; 2° dela paresse que les. médecins apportent aujourd hui à saigner;. Le de certaines difficultés qne présente souvent Lot . de: da saignée aux chirurgiens qui commencent avancer en âge; 4° de ce que la plupart des anciens, médecins ne sachant point seigner , et ne trouvant. plus dans’ les jeunes chirurgiens des, manœuvres | serviles ,. Comme autrefois ; préscrivent les sangsues en remplacement de la saignée, afin d'éloigner la conçurrence avec des rivaux dangereux, *

(azur)

! En général , il faut d’abord reconnaitre que les sangsues ne convignnent point quand.

il devient mdispensable d'agir sur le grand système circulatoire, de modérer promptement son mouvement, de s'opposer à l'in.

flammation vive et menaçante d’un organe, ou de réprimer lafflux dirigé vers lui.

Mais, tirant le sang lentement , et dépouillant principalement Île systéme capillaire , les sangsues conviennent aux!

personnes faibles et peu sanguines , Surtout dans ces fièvres éphémères, ‘si fréquentes, et qui ont pour symptômes une légère élévation du pouis, une augmentation de chaleur naturelle, du mal-aise , de linsomnie, de l’altération, quelques douleurs.

+ Quand la pléthore est légère, quand la fluxion ne fait que se disposer , quand Pappareil inflammatoire n'est point encore identifié ‘avec aucun organe, quand les fluides et les forces vitaies ne se dirigent vers luiique par une sorte d'attraction et sans y avoir établi un siège positif de maladie des, saïigsues. peuvent opérer une heureuse diversion. | L

LA

. Sagtt-il de dégorger une partie dont Nr |

(721) l'embarras n'est que faiblement soumis à l'influence de la grande circulation , et qui

ne dépend que d'une constriction ou dé-

bilié locale ( oppressio), les sangsues trouvent encore des ob d'application : :

citons un exemple.

Lumusaco. M: C...., négociant , âgé de soixante- huit ans, d’une forte constitütion, est saisi par une douleur vive à la ré-

ion lombaire , avec augmentation de chaleur, mal-aise général , légers mouvemens fébriles , perte bte d’appétit , enduit muqueux et jaunatre de la langue, quelques sueurs nocturnes , décoloration,

morosité. Trente jours s'écoulent sans soulagement, sous l'influence des délayans et.

de quelques purgatifs. Appelé en consultation , je reconnais que, quoique les forces

inuséulaines soient abâtiues ; le pouls a une

certaine roideur: profonde. La rougeur et

la cr udité des urines me paraissent en rap-

port avec l'embarras survenu dans la

circulation par suite de l’engorgement local. Je ne considère l'appareil bilieux que comime secondaire, et , mélgré la faiblesse générale, jen hésite point à me déterminer pour l'application de dix sangsues à la ré-

gion douloureuse. Le chirurgien ordinaire , pr aticien

és.

RE er

praticien très-recommandable, âgé de soixante: dix ans , et que son goût avait toujours éloigné des consultations, se re- fuse obstinément à partager mon opinion:

Il y a appel d’un troisième médecin, à la vérité aussi partisan des émissions sanguines que le premier en était détracteur.

Le consultant est , positivement , d'avis qu'il faut recourir à la Saïgnée du bras.

On s'accorde pour l'application locale des sangsues ; et , douze heures après l’évacuation qu'elles procurent, le malade : est délivré de son lumbago. L'appareil bilieux disparaît de suite , l'appétit reyient promptement; et, en peu de jours toutes les fonctions se rétablissent dans leur état naturel, |

En raison des communications immédiates que les veines hémorroïdales ont avec le systême veineux de l'abdomen et du bassin , l'application des sangsues, faite à l'anus et aux aînes, a des avantages marqués dans les embarras et les imflarmations des viscères ; surtout lorsque leur affection n'a pas donné lieu à une fièvre générale , à une grande exaltation du pouls ; en un.

mot, dans tous les cas où il,y à indication de désemplir le système veineux

(74) #bdominal , sans avoir pour ainsi dire besoin na) sur la “Brand circulation.

Les sanosues conviennent éselement dans

Je vomissement de sang, inaladie dans

laquelle les hémorroïdes fluentes viennent apporter des changemens heureux; car alors les sangsues peuvent être considérées comme des hémorroïdes artificielles,

À l’époque de la cessation des règles, ou lors de leur suppression accidentelle; si les femmes , loin d’avoir une disposition aux hémorragies utérines et aux engorgemens de la matrice , éprouvent des bouffées de chaleur , des insomnies, des rêves fatigans, des ardeurs vagues et irrégulières, des vertiges , des étourdissemens, des étouffemens , on peut recourir aux Ssangsues à la vuite aux aines, aux cuisses ou à l’anus.

On les employera aussi avec succès dans les hémoptysies périodiques qui üennent à l’engorgement du système veineux pulmonaire, affection qui se rencontre assez ordinairement vers l’âge de trenie à quarante ans; alors il faut appliquer

(75) une petite quantité de sangsues 'et y ve venir souvent. k

Dans les contusions violentes , avec exiravasation , les sangsues pompent le sang épanché , et “produisent des effets merveilleux qu’on ne pourrait obtenir d'aucun autre moyen artificiel de DPAYUERS des évacualions FAURE

Du les blennorrhagies avec excès d'inflammation et de douleur, dans le phymosis, dans le développement des engelures , les sangsues méritent une pré-

féreuce Met e

Dans l’accès violent de goutte , de même que dans le gonflement hémiorpoidaire # appliquées sur le lieu même du mal, les sangsues produisent le plus ordinairement un soulagement très - prompt,

Dans les douleurs pleurétiques qui persistent après l'usage des saignées portées assez loin pour avoir affaibli la circulation générale, et fait cesser son influence sur le point douloureux, les sangsues peuvent avantageusement précéder l'emploi.

( 56 d'un. vésicatoire, et souvent même elles peuvent suffire,

Pringle les prise beaucoup dans. le rhumatisme aigu, avec gontlement aux articulations. Il conseille de les appliquer successivement par quatre el cinq sur les.

parties où l’inflammation et la douleur sont : VIVES et de laisser couler le sang jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même. Il est certain qu'après quelques saignées | générales , le rhumatisme articulaire aigu réclame l'application locale des sang- sues, et que l'expérience a Ne sur ce point.

L'emploi des sangsues est utile dans tous lés engorgemens des vaisseaux sanguius du bas ventre, qui donnent lieu à cette foule de maux dont Srahl a fait mention dans une dissertation ayant pour titre : De vené porté, porta malorum, Rypocondriaco- splénico , Rysterico-colico hemorrhoïdariorum.

Les bons effets qui résultent de l'application des sangsues , n’ont point élé ignorés des anciens ; el Pine en parle dans son lastoriä mundi , de la manière suivante :

(97) « Diversus hirudinum quas sanouisugas vocant ad extrahendum sanguinem usus est , elc. » | Le k ‘#41 )

On ne pourra refuser aux sangsues le pouvoir d'agir localement d’une manière puiss sante ; de ranimer les propriétés vitales engourdies. où suffoquées ; de dissiper cer

. tains engorgeinens, et même quelques ins

flammations .chroniqués , placées hors de la sphère d'action des mouvemens géné:

raux de l’économie animale; ei ces ‘effets des sangues pourront élre appréciés autant sous le rapport de l'irritauion cutanée, que sous celui de l'évacuation sanguine.

Les avantages des sangsués sont balancés par quelques inconvéniens auxquels une grande partie des praticiens fait en général

4rop peu d'attention. C’est surtout a l’âge

critique qu'on en abuse pour diminuer les

douleurs des 1ombes et de l’hypogastre ;

on Îles applique, en pareil cas, aux aîneÿ, à. la .vulye. jou à l'anus. Mais si l’engorgement dé‘ces parties est ‘entréténu par un état de pléthore géaérale , les sangsues,, provoquant l'afflux du sang vers le bassin, Peuvent en raison de quelques prédispositions , favoriser le développement de:

Mi UE à ces affections cancèreures de lutérus , si communes de nos jours , et constatées par le docteur Landré Beauvais {1)..

Le professeur Pinel, dans sa nosogra-

phie philosophique, s'exprime de la manière :

suivante : « Dans le cas où la congestion utérine est très-marquée, et lorsque l’nnpulsion du sang paraît se diriger vers l’utérus , l'application des sangsues à la vulve, peut augmenter cette congestion, ou méme déterminer la phlegmasie de cet organe;

(1) M. Aoussile Chanseru offre les considérations

suivantes , relativement au travail de M. Montain, sur les effets des différentes espèces d’évacuations sanguines artificielles.

« L’excitalion intempestive que peut appeler vers certains organes l'emploi de la saignée capillaire’, (sangsues) a été jugée, par des observateurs scrupuleux, devoir être da plus grand danger. C’est ainsi que l'abus des saignées locales pratiquées vers le siège, a paru, Spécialeiment chez les femmes , portér attéinte aux organes hypogastriques, y appeler la fluxion plutôt que de la détuurner , amener des congestions rebelles, susciter les liémorragies an lieu de les prévenir, et provoquer ainsiles: maladiés utérines les plus graves. Nous pensons qu'un, examen approfondi de ces objections contre, les sangsues, joint à d’autres considératious sur les ‘abus des bains, des démi-bains, et même des lavemens prodigués à contre - tems, pourrait devenir la mätiére d’une discussion clinique

très-intéressante à développer. » ( Recueil de la So=

ciélé de médecine ; tom. 38, pag, 405. .

C79) | alors il faut faire précéder quelques saignées générales, et préférer même celle

du bras (1). ;

Voici un exemple des mauvais effets des sangsues , dans un cas d'hématurie périodique, active, accompagnée de dysurie

habituelle. | |

Le nommé € ...., d’une constitution athlétique , éminemment sanguin, est atteint d’une dysurie permanente, occasionnée par un état hémorroïdak du col de la vessie. Après avoir éprouvé de grandes difficultés à uriner, il rendait tout-à-coup beaucoup de sang avec les urines , et se trouvait soulagé pour quelque tems. On lu fit, à plusieurs reprises, apphquer des sangsues à l'anus, et les accidens ne firent qu'augmenter. On n’atiribua les progrès qu'à l'insuffisance des évacuations ; et , alors on multiplia tellement les applications , qu’en dix- huit mois , il fut piqué de trois cents sangsues. Le mal ne fit qu'augmenter : appelé près du malade, je fus frappé de la plénitude et de la dureté du pouls qui me parut en rapport avec les progrès de la maladie , exaspérée

(1) Troisième édit. , tom. 2, pag. 564.

ve ( 80 )

pät l’einploi inconsidéré de ce moyen

dérivatif. Je déclarai que l'engorgement du col de la vessie était entretenu par l'activité de la . grande circulation, et que l'indication positive consistait à agir sur elle ; je proposai la saignée révulsive, et des consultans vinrent confirmer la

préférence qu’on devait lui accorder. On

ouvrit largement les veines du bras. La

saighée fut d'abord répétée tous les huit

jours , ensuite à des intervalles plus éloi-

gués. On diminua également par gradaon, la quantité du sang tiré qui s'offrait toujours trés-épais. Le soulagement fat prompt, et le malade a guéri complet- |

tement ( 1).

L'application des. sangsues au cou

demande aussi beaucoup de circonspection. En général le public y répugne, et prétend qu'elles ont quelquefois causé l'aveuglement. Il est certam qu’elles déteriminent souvent, dans le lieu ou dans les environs de Le piqüres, des extravasations et même des épanchemens considérables. Leur application aux Cuisses Sur

le trajet de la saphène a eu, à ma cons ;

naissance , cet inconvénient , LS moins

(1) HS Observ, de l’Auteur. AE

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(81) grand ,il est vrai, que celui qui résulte de tar compression des jugulaires. |

Un voyageur arrive à Nantes avec un engorgement de la conjonctive aux deux yeux; Sa constitution est pléthorique , son pouls se montre très - plein. Je propose au malade la saignée , il la refuse; et, contre mon avis, 1l se fait appliquer US sangsues autour du cou. Les accidens augmentent beaucoup pendant la nuit, les paupières participent le lendemain à " l'engorgement ; le malade est quelques . Jours sans pouvoir distinguer les objets; il faut recourir à deux saignées du bras et à une du pied. La résolution s’opère lentement , les sangsues ayant laissé autour du FA une extravasation sanguine, dont on aperçoit encore des traces au bout de quinze jours (1).

On trouve, dans le 52. vol. du Recueil de la Société de Médecine de Paris , quelques réflexions sur l'emploi des sangsues, par M° Tellengen, médecm à Groningué. TL considère l'émission sanguine , opérée par ce moyen, comme artérielle ; il Pemploie ; tantôt comme dérivative däns les environs des, parties aflectées , tantôt

(1) IV.e Observ. de l'Aut.

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