‹ Traité élémentaire théorique et pratique de l'art de la danseChapitre 13 sur 19 · LE MAÎTRE · texte numérisé non relu

LE MAÎTRE

Xl faut qu'un danseur, clcve à la raeilleure ëcole, parvienne au premier rang par son exe'cution. Celui qui de l'art de la danse ne possède que la théorie, ne sera jamais un parfait démonstrateur (j). Il faut

(î) J'en ai moi-même eu la preuve convaincante. Après avoir reçu les premiers principes de danse , et avour travaillé pendant quelque temps k l'école d'un corj'phée , je fus prendre des leçons de M. Dutarque , maître de ballet. Mes parens me trouvant des dispositions, et voiJant accélérer mes progrès, me mirent entre les mains de cet artiste, élevé à l'école des grands maîtres, et qui s'était déjà distingué comme premier danseur. A peine commencé-je à étudier sous sa direction ^ que je fus obligé de tout apprendre de nouveau , et d'oublier le peu que je savais.' Jâ trouvai en lui une autre manière de démontrer dans ses leçons, et l'art de la danse me parut changé. J'y découvris un charme séduisant , mais

avoir élé premier danseur pour être un

bon maître,* tout autre sans cela n'enseignera que par routine, machinalement, et n'aura jamais rien de certain dans ses leçons et dans la manière de les démontrer. Il ne donnera point les vrais moyens d'exëcuter, et par conséquent de réussir et

avec de nouvelles difficultés, et la manière de les sumionter m'encouragea dans le travail, en me faisant espérer que mes efforts ne seraient pas inutiles. Des voyages dans les principales villes , de Pordeaux(a), de Marseille , etc., me firent acquérir de nouvelles connaissances dans mon art (le danseur doit beaucoup voir et bien exaxuiuer ) , et

(a) Bordeaux est, après Paris, la première ville de France où s'exécutent de grands ballets. Son superbe the'âtre a presque toujours posse'dc de bons compositeurs, et a fourni d'excellens danseurs même à l'ope'ra de PaTris. Depuis quelques années cette ville a donne' Iroii oa quatre danseurs, qui oui tenu ou qui tiennent encore^ les premières places à V Académie Rojrale de Musique.

Un journaliste disait, au sujet de mes débuts à l'op^ro^: Le théâtre de Bordeaux est destine' i nous approvisionner de danseurs.

Un autre journaliste de la province écrivait: Noire grand théâtre de Dordeuux parait être désormais le dernier échelon pour s'élever à cet Oljrmpe ( le grand opéra ). Que ceci soit dit en faveur du théâtre de Bordeaux, qui présentement possède encore quelque bon sujet, dirige par M. Blacl^p, l'un des meilleurs maître» de ballet.

de se distinguer dan« l'art qu'il pnseî^n©. Un élève qui sortira des moins d'un tel maître, manquera d'abord de perfection, il 'ne possédera pas l'esprit de son art; sa danse sera froide , sans expression , sans ame et sans grâce, II n'offrira qu'un tableau manquant de correction dans le dessin, d'un très-faible coloris , et qui n'aura ni de'gradalions ni clair-obscur. Si donc ces qualités essentielles à la peinture , coninje à la danse , n'existent pas , l'ouvrage ne pourra jamais intéresser ni plaire (ij.

ce fut h l'Opéra de Paris, le plus beau temple qu'on ait clevë à Terpsicore, que je vis jusqu'à quel haut degré était porté l'art de la dause (a). M, Gardel, le premier des choréographes modernes, me montra par ses productions toutes les ri- • chesses de ce beau talent, et ce fut encoi-ngé et aidé par ses conseils, que j'ai dausé à Ij^ca- 'demie Royale de Musique.

(i) J'ai connu des aitistes sortis d'une bonne école, et qui, par quelques cii constances, n'ayant pu parvenir au premier rang, et occuper la place des premiers danseurs, se sont adonnés à la de-

(a) Il est essentiel pour un jeune danseur de passer quelque temps à l'école de Pari»; «'est là ^u'il ee p«rfcctiouQer^ dans «on «rt.

Le maître qui à exerce sou art, et à qui

une longue expérience donne des moyens plus e'tendus , ayant à former un danseur, examinera premièrement si la construction physique du jeune élève est disposée pour lexorcice de la danse (i), et si eu grandissant il pourra faire pompe d'une taille élégante , de formes bien faites et gracieuses; car sans ces dons naturels, et sans des dispositions qui puissent promettre de rapides progrès , l'écolier n'acquerera jamais ni un grand talent , ni une haute réputation. . .

« se adegiiata

« Non avril la Jigura , non imprenda « XJn arte si gentile e delicata (2).

Riccob.

jnonstration de leur art » et ont fourni de très-hons élèves. Mais de pareils maîtres sont en trop petit norahre , et la majeure pariie est ineapaMe 4 par les raisons que j'ai déjà alléguées, de créer un danseur fini,

(.1) L'âge de huit ans est le plus propre aux premiers exercices da danseur ; le jeune élève comprendra facilement la démonstration ; et le maître pouvant ju°er de son physique, l'instrau-a avec plus de fruit.

(2) Un grand acteur disait: On ne veut se

A peine le maître ^ura-t-îl dégrossi lelève par les premiers exercices, qu'il devra luiapprendre la leçon (i), et le perfectionner

distinguer au théâtre que lorsqu'on est aidé

par la nature. Ces mois dictés par l'expéiience

goni pleins de vérité.

(i) L'enchaînemeut des exercices élémentaires,

et des principaux pas de la danse , s'appelle la

leçon.

Les ployés dans toutes les positions, les grands

et le? petits battemens, les ronds-de-jambes à terre et eu l'air, et les petits battenieus sur le coude-pied, sont les exercices du danseur. Ce travail , nui se fait d'abord en se tenant , se répète ensuite sans aucun soutien. 11 faut que relève parvienne par co niovcu h. acrpiérlr de l'aplomb. Les temps de courante simples et composés j les coupés h la première , à la seconde , et composés j les attitudes , les grands rond-dc" jambes , les tenjps de cbaconne , les grands fouettés en face et eu tournant, les quart do tour, les pas de bourrée, et les temps des diverse* pirouettes, suivent les premiers exercices. Ces temps de la belle danse fonneront le danseur, et le feront parvenir. La leçon se ferme par tourner les pirouettes, par des temps terre à terre, cl par des temps de vigueur.

Cependant après que l'élève sera pai-venu i» ^icn danser la leçon ^ il u'a pas encore atteint 1q

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par les temps dVcole , par les principaux pas de la danse, et alors lui indiquer et lui faire adopter le genre de danse qui est convenable à ses dispositions, à sa construction physique et à son sexe.

L'homme doit avoir une manière de danser qui diffère de celle de la femme ; les temps de vigueur , de force , et lexecution hardie, majestueuse du premier, ne siéraient point à la seconde, qui ne doit plaire et briller, que par des mouvemens gracieux et souples, par de jolis pas Icrre-à-terre , et par une de'cente voluptd dans ses altitudes (i).

Lui qu'il (loll s'^lrc proposé ; il faut » pour qu'il soit uu tlanscur fini^ qu'il cherche h perdre cet oir d'écolier, qu'il aura nécessairement, eu se livrant avec sûreté dans son exécution , et qu'il montre qu'il est passé maître , il faut aussi qu'il cherche à plaire le plus qu'il pourra; qu'il charme par la grâce, par un aimable abandoti, par une danse toujouis animée, expressive, qui entraîne ïtî spectateur, et le ravisse délicieusemenL \oilk l'aiiiste achevé.

(i) Je connais un maître qui jouit à Pans d'une grande réputation, et qui a le défaut de faire danser les hommes de la mènie manière que dansent les femmes, de soite que tous ses élève»

rua

Ceux quî possèdent une belle taille seront destine's, par le maître, au genre sérieux , à la danse noble. Celui ou celle qui D'oflrira qu'une stature moyenne avec des formes élancées et de'licates , sera livre' au genre demi-caractère ou mixte. Tous ceux d'une taille plus que me'diocre , et d'une construction forte et ramassée , s'adonneront au genre coraique et aux pas caractéristiques. Le maître doit terminer ses instructions et ses leçons, en donnant à l'élève l'esprit, le sentiment, le charme de son art, pour en faire un artiste accompli (i). 11 faut qu'il lui démontre bien la différence qu'il y a d'un genre de danse à

sont manières et aficctent une sorte de grâce f|ui a quel<jue chose de répugnant.

(i) A l'âge ou je suis, c'csl-à-dire de vingttrois à vingt-quatre ans, le danseur doit avoir acquis tout le mécanisme de son art , et il doit posséder l'exécution la plus brillante , dont ses moyens seront susceptibles. Ce n'est pas dans l'art de la danse , que la valeur doit attendre le nombre des années. Le danseur arrivé à trente six ans, et môme à quarante, s'il s'est bien conservé, et s'il a eu une bonne école, peut encore hrillcr au premier rang. Nous en avons eu des exemples.

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l'autre, qu'il en fixe bien pr^cîs(^ment l'exécution, et qu'enfin il apprenne à l'ëcolicr quelles sont les diverses manières de danser qu'exigeront l'habit et les costumes dont il devra se revêtir selgu l'occureoce (i).

(i) Si IVlève se sent enclin à la composition, et qu'il paraisse montrer des dispositions pour ' inù"incr4 le maître savant dans son art, doit le faiie exercer dans la composition des pas , et l'insu-uire dans le dessin et dan» le beau do la «Lorcogrnplu<!. ■ • . ■ •

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