‹ Traite encyclopedique de photographie (volume 2)Chapitre 178 sur 260 · EMPLOI DU BICHROMATE DE POTASSE · texte numérisé non relu

EMPLOI DU BICHROMATE DE POTASSE

697. Historique. — Poitevin constata en 1854 que le mélange de gélatine et de bichromate ^ de potasse soumis à l'influence de la lumière, sous un négatif, puis mouillé et recouvert d'encre grasse, présente une propriété remarquable : l'encre n'adhère qu'aux parties impressionnées par la lumière. Le môme phénomène se produit avec l'albumine, la gomme, les substances mucilagineuses mélangées de bichromate de potasse. En étendant une couche très mince de ces substances sur une pierre, exposant la couche sous un négatif, Poitevin obtint, après encrage de la surface ainsi préparée, de très belles images ; il appela Photolithographie le procédé qui lui permettait de les obtenir.

Depuis lors quelques modifications de détail ont été apportées à ce procédé, mais la marche générale n'a pas été changée; c'est en appliquant la méthode de Poitevin que les procédés directs ou par report ont été perfectionnés.

698. Préparation de la pierre. — On choisit une pierre à grain dur et serré, de teinte grise, ne présentant pas de variété de nuance; cette pierre bien dressée, est placée horizontalement sur une table à grainer : on se sert pour cette opération de sable passé au tamis numéro 100, 140 et 200 ; on commence le grainage par le numéro le plus fort et on poursuit l'opération en employant les numéros suivants.

On graine deux pierres à la fois : pour cela, on projette un peu d'eau sur l'une des pierres posée d'aplomb, on prend une seconde pierre de même dimension que l'on applique sur la première et on use les surfaces en faisant rouler en ellipse la première pierre sur la seconde : le sable devient pâteux et les deux surfaces adhèrent plus fortement à mesure que le travail avance. On lave les pierres sous une nappe d'eau et on arrête l'opération lorsque le grain se montre régulier sur toute l'étendue de la surface; lorsque ce résultat est obtenu, on emploie du sable plus fm et on termine l'opération en employant de la ponce pulvérisée aussi finement que possible. Ce travail

1. Tmité des imjpressions photographiques, 2^ édition, p. 72.

ENCRAGE 1)E LA PIERRE.

se fait quelquefois à sec en fivjttant la pierre avec la ponce en poudre sous un morceau de liège.

La pierre grainée et poncée est prête à recevoir l'albumine bichromatée : on la prépare en ajoutant 0 grammes de bichromate d'ammoniaque à 60 c. c. d'albumine des U'ufs, on laisse reposer pendant quelques minutes cette dissolution, et, sans la filtrer, on Tétend sur pierre. Cette opération se fait à l'aide d'un tampon bien arrondi, enveloppé dans un carré de mousseline et bien imbiljé de liqueur bicliromatée; on couvre la pierre du mélange à l'aide du tampon, en opérant dans tous les sens et en appuyant assez fortement; quand le liquide semble bien imbiljer la pierre, résultat qui est atteint dans une minute, on essuie complètement à sec avec un chilïon non pelucheux. La pierre ne peut donner une bonne image qu'autant <iue la surface en est polie comme une glace ; elle doit être séchée par le passage réitéré du chilfon ; avant Tinsolation, elle doit être lisse et brillante.

On aljandonne la pierre pendant un quai-t d'heure à l'obscurité, elle est alors prête à vive insolée.

699. Insolation. — La [jierre peut être exposée à la lumière lorsque le doigt pass('' sur les marges ne laisse aucune trace. On l'expose derrière un négatif ol)t('nu soit sur i)ellicule, soit sur glace; dans ce dernier cas, le phototype doit être relourné. Dans les deux cas, Tintensité du négatif doit être assez gratide pour obtenir un fond régulièrement blanc; ce procédé ne s'ai)plique guère ({u'aux reproductions de traits et de gravures.

Le châssis-presse doit avoir une épaisseur correspondante à celle de la pierre lithographi(iU(* ; on })eut d'ailleurs se dispenser d'enq)loyer cet api)areil et ai)pli(iuer directement h,' négatif sur la pierre s'il est sur glace. On pose sur les angles des masses lourdes de i>Iomb pour étaltlir le contact; dans ce cas, il est indispensaljle de coll«'r sur le verso du négatif des bandes de papier noir |)oMr diHerminer les marges.

L'insolation est relativement assez courte, il suftit d'exposer pendant trente sec(jndes au soleil ; aucune trace d'image ne doit apparaître à la surface lie la pierre au sortir du chàssis-juvsse.

700. Encrage de la pierre. — L'encrage ddit être l'ail à l'abri d'une lorte lumière. On se sert d une encre de report contenant 1 gramme de cire, 1 gramme de suif, 1 gramme de savon noir, \'l grammes de vernis moyen et (i grammes d(> térèbenlhiîie de Venise, on ajoute une quantité de noir de fumé(! sullisante i)our obtenir un beau noir, (Ui fond le tout ensemble, on mélange, et lors([ue celte encre est refroidie, on l'additionne de vernis gras et on eu couvre d'une couche mince toute la superlicie du rouleau; on fait rouler ce derniei- sur une piei re lithograi)hi(iue ne servant qu'à cet usage et appelé pierre à enerer. L'encre étant répartie bien uniformément sur le rouleau, on appliiitui ce dernier sur la pierre en roulant de bas en haut à plusieurs reprises, puis de gauche à droite et inversement en suivant la diagonale; on ne s'arrête que lors([ue la pierre oll're une surface noire et uniforme, en un mot, ou fait tableau noir. On se sert d'un second rouleau pour dépouiller l'image de l'excès de noir. On dispose à cet elfet un récipient plein d'eau Iraiclie à la(|uelle on mêle 2 pour 100 d'acide nitrique et

2 pour 100 de gomme, on plonge la pierre dans ce liquide et on la retire immédiatement. L'eau ne doit la couvrir que pendant une seconde; on la place sur une table et, avec un second rouleau, on opère comme si on voulait l'encrer une seconde fois. L'encre abandonne alors la pierre dans les parties qui doivent rester blanches et s'attache au rouleau. Il faut commencer en faisant courir légèrement le rouleau sur la pierre , on augmente peu à peu la pression, l'encre se fixe sur les lignes qu'elle doit noircir et abandonne les marges de la pierre et les blancs de l'épreuve.

On lave alors la pierre avec de l'eau ordinaire que l'on fait couler à sa surface, on laisse sécher et on fait les retouches nécessaires à l'aide du crayon lithographique.

701. Gommage et acidulation. — Lorsque la pierre est sèche, on recouvre de gomme la surface encrée, on l'étalé sur la pierre avec la paume de la main et on sèche par la friction, on laisse reposer le tout et on acidulé quelques heures après. Il faut avant d'aciduler dégager la surface de toute trace de gomme par un lavage complet sous un robinet ou dans un baquet d'eau.

On acidulé avec de l'eau additionnée d'acide nitrique en quantité telle que cette eau soit franchement acide à la langue ; on laisse agir l'acide dilué pendant environ une minute : l'acide nettoie la pierre et la dégage de tous les corps étrangers. Il faut éviter d'employer un acide trop fort et l'on doit arrêter son action aussitôt que la pierre paraît nettoyée; le rôle de l'acide est de décomposer le savon de l'encre et de mettre en liberté les acides gras qui s'unissent à la chaux de la pierre pour former un savon calcaire insoluble. Le premier lavage, après que l'on a fait tableau noir, a commencé cette opération; c'est principalement pour ce motif que l'on emi^loie un acide plus faible que celui dont se servent les lithographes. Si l'on emploie un acide trop fort, la pierre prend l'encre difficilement; on dit alors qu'elle est brûlée.

702. Emploi de l'essence. — La pierre, séchée après le lavage qui suit Tacidulation, peut être soumise à l'encrage; aussitôt que cet encrage est terminé, on peut éliminer l'encre en frottant la pierre avec une éponge ou un linge fin imbibé d'essence de térébenthine, on mouille la pierre et on encre de nouveau. L'expérience a montré qu'en lithographie l'enlevage à l'essence est souvent indispensable parce c[ue le dessin s'empâte si la surface n'est suffisamment humide et si le rouleau est trop chargé de noir. Cette opération n'est pas toujours utile, mais il est rare que pendant un tirage on ne soit obligé de la faire plusieurs fois.

La pierre ainsi obtenue sert à obtenir des tirages de tous points semblables à ceux que fournit la lithographie ; on obtient par ce procédé de bonnes reproductions d'images au trait.

703. Reproduction des demi-teintes. — Le procédé que nous venons de décrire ne permet pas, en général, d'obtenir des images d'après des négatifs présentant des demi-teintes. Si l'on essaie de reproduire par ce procédé un phototype ordinaire, on n'obtient le plus souvent que du blanc et du noir, sans les dégradations de teinte qui se trouvent dans le négatif.

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