CHAPITRE VI
GÉLATINO-CHLORURE D'aROENT.
§ Ifii-, — IMAfiKS OBTENUES PAU DÉVELOPPEMENT.
599. Procédé au gélatino-chlorure d'argent. — Les pieiiiicrs (issais ({ui ont été cirectués eu vue d'obteuir des images sur papier préparé à l'aide d'une émulsion au gélatino-chlorure d'argent sont dus à Humbert de Molard^; niais il opérait par noircissement direct. Ce procédé fut d'ailleurs peu employé, et il faut arriver aux travaux des 1)'"^ lyler et IM/zighelli pour trouver un procédé complet pernicllanl (l"ul)l(Miir par dév(^loppement des images h l'aide d'une émulsion au gélatino-chlorure d'argent. Le chlorure d'argent se laisse émulsionner comme le bromure; sa sensibilité varie avec le mode de préparation. On peut obtenir deux sortes d'émulsions : l'une acide, ((ui donne des teint(^s claires: l'autre ammoniacale, qui donne de l'in- ItMisité.
600. Préparation de l'émulsion. — Le mode de préparation du géiatino-cldorure d'ai-gent est le même que celui du gélatino-bromure. On ajoute à une solution chaude de gélatine un chlorure, puis, en ngitant. du nitrate d'argent; il faut, dans cette opération, que le chlorure soluble soit en excès. On emploie soit le chlorure de sodium, soit le chlorure d'ammonium : ce dernier donne des images un peu plus fail)les que celles fournies par l'emploi du chlorure de sodium.
On lait dissoudre dans 200 c. c. d'eau 14 grammes de chlorure de sodium ou l;i grammes de chlorhydrate d'ammoniaque, on ajoute à ce li({uide S) gi'ammes de gélatine, on abandonne le tout pendant une (b'mi-li(Mire pour permettre à la gélatine de se gonfler; d'un autre
1. Ihillrtin (le la Société française de photoffvapJiie, 1880, p. 124.
2. Jiulh tin de V Association belge de pliotographie, 1881, p. 225.
côté, on fait dissoudre 30 grammes de nitrate d'argent dans 50 c. c. d'eau chaude et on ajoute ce liquide à une solution de 25 grammes de gélatine dans 250 c. c. d'eau. On mélange dans le laboratoire obscur la solution de chlorure avec celle de nitrate d'argent et gélatine après avoir porté à la température de 50*^ G. ces divers liquides, on agite fortement pour bien mélanger, on laisse tomber la mousse et on abandonne au refroidissement l'émulsion pour qu'elle fasse prise. On divise la gelée obtenue pour la laver; quand le lavage est terminé, on laisse égoutter pendant une demi-heure les particules de gelée, on les place dans un ballon de verre et on les fait fondre au bain-marie. On obtient ainsi environ 2 litres d'émulsion que l'on peut employer sans la faire mûrir. Une telle émulsion étendue sur verre donne une couche très transparente et la lumière transmise paraît rouge; elle fournit cependant des images très vigoureuses et colorées en brun rougeâtre. Une demi-heure d'ébullition ou la maturation prolongée à 30 ou 40» G. porte la sensibilité au double ou au quadruple, mais la couleur de l'épreuve est grise et plus froide que celle donnée par l'émulsion qui n'a pas bouilli.
Par l'addition d'une goutte d'acide chlorhydrique on obtient des images très brillantes ; on peut, dans le môme but, employer l'acide citrique : on peut en ajouter de 10 à 20 grammes à l'émulsion terminée.
Gette émulsion est trop concentrée pour ôtre étendue sur le papier fabriqué pour les photocopies destinées à être examinées par reflexion ; on l'additionne d'environ la moitié de son volume d'eau et de 5 c. c. de glycérine pour 100 c. c. d'émulsion.
L'émulsion ammoniacale se prépare en ajoutant au nitrate d'argent assez d'ammoniaque pour redissoudre le précipité : on obtient ainsi des images d'un noir violacé ; dans ce cas, la lumière transmise par une plaque recouverte de cette émulsion est d'un vert bleuâtre.
601. Emploi de l'émulsion. — Les opérations que l'on effectue en se servant du gélatino-chlorure d'argent peuvent s'exécuter dans un local éclairé par une lumière jaune orangé assez peu intense.
Pour préparer le papier au gélatino-chlorure d'argent, on peut le faire flotter sur un bain d'émulsion fondue ; on peut aussi appliquer le papier humide sur une plaque de verre placée horizontalement, retourner les bords en forme de cuvette et y verser l'émulsion.
S'il s'agit de préparer une petite quantité de papier, le meilleur
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moyen consiste à verser 1 emulsion comme à l'ordinaire snr des plaques ])ien nettoyées et talquées; après que la couche a fait prise, on y applique par raclage du papier humide. Lorsque le tout est sec, le papier avec la couche de gélatine adhérente se détache facilement de la glace et présente une surface unie et parfaitement glacée.
Pour éviter que le papier préparé ne s'enroule, on le renferme dans un cliAssis-presse à l'abri de la lumière; en cet état, il se conserve pendant plusieurs mois.
L'addition de glycérine à l'émulsion est très utile : elle rend le papier très souple. On peut ajouter jusqu'à 10 % de glycérine à l'émulsion sans qu'on doive craindre une adhérence du papier au négatif; après développement, fixage et lavage, la glycérine se trouve éliminé<' dans les eaux de lavage.
Si, par suite de l'emploi d'une gélatine de quantité inférieure, l'émulsion refusait de faire i)rise, on devrait augmenter la proportion de gélatine.
Le séchage doit s'effectuer dans une obscurité complète.
602. Exposition et développement. — L'exposition à la lumière s'cllecliie cxacteiiuMit comme i)()ur le papier au gélatino-bromiii'c : on ('\})os(' à la himièi'c du jour ou à la lumière artificielle ; il vaut mieux prolonger la durée de l'impression si l'on désire des tons chauds.
Le développeiiieiil s'effectue à l'oxalate ou au citrate de fer; on peut aussi enq)loyer l'hydroquinone ou le chlorhydrate d'hydroxylamine.
La formule à l'oxalate de fer indiquée par Warnerke donne d'excellents résultats. On prépare une solution de 25 grammes d'oxalate de potass(\ 1 graiiiiiie de bromure d'ammonium et 100 c. c. d'eau; d'un aulnî (-ôté. on fait dissoudre 10 grammes de sulfate de fer dans ir)0 c. e. d'eau, on ajoute un petit cristal d'acide citrique et un peu de bromure de potassium, on mélange par parties égales chacune de ces dissolutions. On peut diluer ce révélateur avec de l'eau pour le cas de négatifs très denses ou s'il s'agit d'obtenir des teintes chaudes. C'est ainsi (jue la formule de Warnerke donne normalement des tons bleus et une iinag(> intense; avec 3 à 10 volumes d'eau, l'image est faibb^ et les tons sont chauds; on peut obtenir une image d'intensité suflisante en prolongeant l'exposition.
Le !)■• .Tust recommande les formules suivantes : on fait dissoudre 90 grammes d'oxalate de potasse dans 1,500 c. c. d'eau; d'autre part,
on fait une solution de 25 grammes de sulfate de fer dans 500 ce. d'eau , on ajoute 2 grammes d'acide citrique et 0^'''2 de bromure de potassium, on mélange ces deux solutions.
Le révélateur au citrate de fer donne des teintes plus chaudes que celles obtenues par l'emploi du révélateur à l'oxalate de fer. Ce révélateur est obtenu par un mélange de citrate acide d'ammoniaque, de sel marin et de sulfate de fer. Pour le préparer, on dissout dans une grande capsule de porcelaine 150 grammes d'acide citrique dans 700 c. c. d'eau, on ajoute 160 c. c. d'ammoniaque jusqu'à ce que le papier de tournesol bleuisse légèrement, on ajoute 100 grammes d'acide citrique, et aussitôt qu'il est dissous on filtre et on conserve en flacons bouchés. On prépare ensuite une dissolution de 100 grammes de sulfate de fer dans 300 c. c. d'eau : enfin, on prépare une solution de 10 grammes de sel marin dans 300 c. c. d'eau.
Le révélateur se compose de 90 c. c. de la solution de citrate d'ammoniaque, 30 c. c. de solution de sulfate de fer et 6 c. c. de solution de chlorure de sodium. Le chlorure de sodium agit comme retardateur ; plus on met de chlorure, plus le ton de l'image est foncé ; en diluant le révélateur de son volume d'eau, la teinte de l'image est d'un jaune rougeâtre.
On reconnaît qu'il y a insuffisance de pose quand les détails dans les ombres apparaissent relativement plus vite que ceux des grandes lumières. On emploie alors un révélateur aussi concentré que possible; dans le cas inverse, on se sert de bains faibles.
L'emploi du bain de citrate de fer est avantageux parce qu'il ne donne pas de précipité: sa couleur passe du vert clair au brun foncé. Le chlorure alcalin agit comme le bromure en retardant l'effet du révélateur; un excès de chlorure peut empêcher à peu près complètement l'apparition de l'image. Les chlorures de potassium ou d'ammonium peuvent être employés indifféremment à la place de celui de sodium.
La teinte de l'image varie du jaune brun au sépia avec l'émulsion préparée sans ammoniaque, tandis qu'avec l'émulsion préparée à l'ammoniaque la teinte varie du brun clair jusqu'au noir, suivant l'action plus ou moins longue du développateur, sa teneur plus ou moins grande en sel marin et sa fraîcheur plus ou moins grande.
Le développateur étendu d'eau perd de son énergie ; si l'on ajoute plus de 4 volumes d'eau, l'image n'est plus suffisamment intense, même pour une exposition triple ou quadruple de celle qui est
GÉLATINO-CHLORURE d' ARGENT.
nécessaire. La couleur des images obtenues avec un développateur étendu tend plus vers le rouge que celle des images développées normalement. En augmentant les proportions d'acide, on ralentit l'action du développateur et on diminue la sensibilité.
Kder a proposé d'ajouter de l'acide gallique à la solution révélatrice au citrate de fer, et cela à la dose de 10 volumes d'une solution à 10 "/o d'acide gallique par 120 volumes de révélateur. La couleur de l'image, au lieu d'être d'un brun sépia, est d'un brun olive. Dans ce cas, l'émulsion au chlorure d'argent ammoniacal donne les nuances foncées et l'émulsion ordinaire les nuances claires. Les plaques ainsi développées retiennent un peu d'acide gallique, en même temps la gélatine se durcit. L'acide gallique ainsi retenu donne plus tard naissance à des réactions secondaires : par exemple, lors du virage au bain d'or, l'acide gallique réduit l'or et la nuance s'assombrit considérablement. Le développateur à l'acide gallique agit plus rapidement que le révélateur normal : il permet de diminuer le temps d'exposition à la lumière et donne une teinte agréable ; mais pour les photocopies sur papier, il nécessite des lavages très abondants.
On |)cut aussi eniiiloy»-!' un révélateur mixte, au citrate et à l'oxalate de fer; on obtient ainsi des tons d'un brun foncé. En mélangeant trois parties <le révélateur au citrate et une partie de révélateur à l'oxalate, on obtient normalement de beaux tons pourprés; pour 100 c. c. du mélange, on ajoutera une goutte de solution de bromure de potassium à 5o/o. Kn mélangeant des volumes égaux de chacun des révélateurs, on obtient des tons noirs. Cowan» a indi(iué les fonnules suivantes : pour des tons d'un noir froid, on mélang(> b", granunes d'oxalate de potasse et 45 grammes de citrate de potasse;V"i' '1^'=^ teint. -s chaudes, on emploie 40 grammes d'acide citrique, grammes de carl.oiiat.' d'ammoniaque et 120 c. c. d'eau; enlhi, si ion désire une teinte plus l.rillante, on se sert d'un bain contenant GO grammes .l'acide citri(iue. 20 grammes <le carbonate d'ammoniaque et 120 c c. d eau. Prnir trois volum.-s ,1.> Vnur ,le ces <lissolutions, on ajoute un volume d un bail, .le fer préparé avec 100 grammes de sulfate de fer, 10 gouttes d acide sulfuriqu.' et 'MO c. <•• d'eau. Le mélange de citrale et d'oxalate constitue le bain .lui développe 1.. plus rapi.len.ent : le dernier bain est celui qm développe le plus lentement. . i - ^+ i«a
En les mélangeant, la pose pourra être plus ou moins prolongée et les tons seront différents : par l'addition à chaque oO c. c. de ^^'f ^^^^^^^^^^^l^^^ à dix gouttes d'une solution de sel marin à 10 o/o, la durée de ^l'^^ ^^"^^^ être prolongée et l'on obtiendra des tons plus agréables et plus vigouieux.
On utilise beaucoup depuis peu de temps le révélateur à l'hydro-