PROJECTIONS CINÉMATOGRAPHIQUES
à ressort un dispositif mécanique à l'aide duquel l'opérateur peut commodément écarter cette contre-plaque avec douceur et parallèlement à ellemême, de telle sorte qu'il peut introduire derrière elle, sans aucune secousse ni difficulté, même dans l'obscurité et sans aide, un châssis porte-vue ou porte-objet d'une épaisseur quelconque. La contre-plaque peut alors être libérée pour s'appliquer aussitôt sur le châssis introduit; cette manœuvre se fait sans ces secousses qui peuvent déranger l'appareil et occasionner la rupture des manchons d'éclairage.
1958. Écrans pour projections. — On utilise le plus souvent comme écrans de projections du calicot de grande largeur, enduit de magnésie et fixé sur des moulures en bois léger dites demi-ronds1.
La distance de L'appareil à l'écran, pour avoir une image d'une grandeur déterminée, peut être trouvée facilement. Si dans le porte-vue d'un appareil de projection on place un verre dépoli sur lequel on aura dessiné d'avance un rectangle ayant les dimensions des vues à projeter, on pourra observer sur 1*' verre dépoli (après avoir enlevé l'appareil d'éclairage et en ouvrant la porte qui se trouve à la partie postérieure de l'appareil) l'image des objets qui se trouvent devant l'appareil de projection. En installant donc L'appareil ainsi transformé devant l'écran (sans faire l'obscurité dans la salle), on verra l'image de l'écran sur le verre dépoli; si cette image a la même grandeur que le rectangle, alors l'image projetée par l'appareil installé à cette distance aura justement la grandeur de l'écran2.
1959. Projections en couleurs. — La maison Gœrz a construit, sur les indications du professeur Miethe, un appareil destiné à projeter les photographies en couleurs, obtenues par la trichromie. Le principe primitif de superposer les trois images partielles et de projeter la diapositive ainsi obtenue a été abandonné. Le nouvel appareil3 de projection se compose d'une simple lanterne pouvant recevoir trois lampes à arc, auxquelles le courant est donné par une distribution commune qui permet d'en varier la force entre 10 et 85 ampères pour pouvoir éclairer des surfaces de projections de 4 à 20 mètres carrés. Les condensateurs ont une ouverture relative très grande; de plus, une cuve à eau froide, commune aux trois condensateurs", est destinée â l'absorption des rayons calorifiques qui pourraient détériorer les positifs. Les objectifs ont une distance focale de 30 à 50 centimètres; les écrans colorés sont fixés devant l'objectif : ils se composent de deux glaces collées entre lesquelles se trouve la couche colorée; chaque écran se place devant le positif obtenu d'après chacun des négatifs trichromes. De cette façon, ainsi que par l'adaptation d'un mécanisme obturateur placé entre le diapositif et les objectifs, les écrans ne reçoivent les rayons lumineux que juste le temps nécessaire; on arrive ainsi à prolonger Leur durée.
1960. Projections cinématographiques. — L'entraînement par saccades détériore les bandes cinématographiques et provoque le scintillement
1. Photo-Gazette, 1908. p. L68. - 2. Ibid., 1902, p. 144. - 3. Bulletin de dation helye de photographie. 1906, p. 28.
des images projetées. MM. Lumière ont adjoint à leur cinématographe des dispositifs optiques1 assurant la fixité de l'image sur l'écran pendant son passage dans le champ. Le principe du dispositif employé consiste essentiellement en un système de deux miroirs mobiles substituant à l'ensemble des points mobiles de l'image une autre image rigoureusement de même grandeur et de même forme. Les deux miroirs forment un angle droit et sont placés à 45° de l'axe optique de l'objectif; l'obturation de l'objectif ne dure qu'une très faible fraction du temps d'exposition (1/4 à l/5e environ) et l'éclairage en est d'autant mieux utilisé.
MM. Radiguet et Massiot ont perfectionné la construction du cinématographe Parnoland et l'ont rendu pratique et économique 2.
M. Gaumont a établi de nouvelles séries de postes de projections cinématographiques qui possèdent tous les perfectionnements que l'on peut demander aux appareils de cette nature. Le mécanisme qui commande certains de ces appareils est relié à un grammophone, de telle sorte que l'on peut reconstituer ainsi des auditions théâtrales. Oscar Master a établi un biophone donnant la combinaison du cinématographe et du grammophone3.
Sous le nom deKino, la maison Erneman4 a construit une chambre cinématographique du poids de 750 grammes et dont les dimensions très réduites sont de 8,5 X 9 X 16 centimètres. Cette chambre noire, qui permet d'obtenir 700 images du format 10 X 19 millimètres en quarante secondes, sert à la projection des épreuves; il suffit d'enrouler la pellicule positive et de placer l'appareil devant le condensateur d'une lanterne à projection pour obtenir sur l'écran une projection d'environ 1 mètre de côté.
La maison Kamm et Ge, de Londres, a construit un cinématographe donnant une série de 3 à 400 images sur plaque circulaire5. Ge Kammatographe est de petites dimensions et peut être établi à un prix très réduit.
Les projections cinématographiques en couleurs ont fait l'objet de nombreuses recherches. Le Dr Miethe6 sensibilise la pellicule dans une solution de rouge d'éthyle à \ : 35000, et obtient 40 à 50 images par seconde, d'après les procédés de photographie des trois couleurs; les diapositives sont projetées à l'aide d'écrans colorés, et les images se succèdent assez rapidement pour que l'œil reconstitue la couleur.
Les effets stéréoscopiques peuvent être réalisés à l'aide de certains cinématographes spéciaux. Dans le cinématographe de Grivolas7, on utilise le principe des anaglyphes, et les deux images sont obtenues à l'aide de deux écrans colorés de couleur complémentaire. Le strobostéréoscope de G. Jœger8 permet de produire l'effet stéréoscopique à l'aide d'un diaphragme rotatif laissant percevoir rapidement chaque image.
1961. Projections stéréoscopiques. — On peut projeter deux images stéréoscopiques et obtenir, à l'aide d'appareils spéciaux, la sensation du
1. L'Année photographique, 1004, p. 145. — 2. Bulletin de la Société française de photographie, 1904, p. 121. — 3. Die Phot. Industrie, 11)03. — 4. Jarbuch fia- Photographie, 1904, p. 55. — 5. Phot. Correspondent, 1902, p. 721. — 6. Phot. Chronik, 1904, p. 571; Phot. Wochenblatt , 1901, p. 388. — 7. Phot. Chronik, 1904, p. 492. —8. Académie des sciences de Vienne, vol. CXII, p. 985.
PROJECTIONS STÉRÉOSCOPIQUES.
relief lorsque Ton examine ces images sur l'écran (G, 1722, 1731). Dans ce but, comme l'a indiqué depuis longtemps d'Almeida, on peut, à l'aide de deux lanternes, projeter deux images stéréoscopiques, l'une au travers d'un verre rouge, l'autre au travers d'un écran vert. La superposition optique par les yeux est réalisée en munissant chaque œil d'un verre d'une seule couleur; les deux yeux unissant à la fois les deux couleurs et les deux imagos percevront le relief dans une teinte grisâtre.
Les projections stéréoscopiques s'obtiennent à l'aide de diapositives préparées par les procédés usuels. La lanterne de projection doit être munie d'un condensateur do 115 millimètres de diamètre pour projeter des images faites sur verros de 45 X 107 millimètres; ce condensateur aura 135 millimètres pour des imagos do 7 X 15, 170 pour des images de 8 X 16 et 180 millimètres pour les stéréogrammes de 83 x 170. Il est bon de laisser subsisterentre losdoux imagos stéréoscopiques une distance plus grande que colle qui existe dans los épreuves de format courant.
Les deux images sont projetées sur l'écran à l'aide d'un seul objectif. On peut les examiner, soit à l'aide de Vapédioscope de Belliéni, qui est une moitié de stéréoscope à miroir de Gazes, soit en se servant du stéréoproject de MM. Demaria frères, appareil qui est à peu près identique au stéréoscope Gazes. M. Papigny a fait construire par M. Mattey une jumelle de théâtre appelée stéréo-télescope ; grâce à un système de prismes placés à l'intérieur, l'appareil permet la vision stéréoscopique des images projetées.
Il est d'ailleurs facile, comme l'a indiqué M. Knight, de construire un appareil permettant La vision stéréoscopique sur l'écran. Une planchette en bois mince ou on métal est percée de deux ouvertures correspondant aux doux yeux; l'œil gauche examine l'image gauche directement à travers la première ouverture; l'œil droit regarde l'image droite à travers la seconde ouverture par l'intermédiaire de deux miroirs, l'un fixe, l'autre mobile autour d'une charnière; on oriente ce miroir de manière à superposer les deux imagos. Tu écran on carton, mobile le long de la cloison séparative, est placé do manière à cacher l'image droite à l'œil gauche et l'image gauche à l'œil droit.
L'appareil le plus simple est celui qui permet do percevoir le relief d'un stèréogramme projeté sans l'interposition entre l'œil et l'image d'aucun appareil rétlcetour ou réfracteur. Ces stéréoscopes directs sont constitués par une boite en bois ouverte sur un côté; la face opposée est percée de deux trous dont la distance correspond à celle dos yeux. La dimension et la position de l'ouverture percée sur le côté opposé sont déterminés de telle façon que l'œil droit no puisse voir que l'image placée à gauche et l'œil gauche que l'image placée à droite. Les bords de cette ouverture sont munis de languettes qui permettent de régler ses dimensions d'après la grandeur et la dislance des images observées. On facilite l'adaptation on mettant dans le plan de l'ouverture un objet de petites dimensions, qu'on regarde d'abord, ce qui oblige les yeux à prendre la convergence voulue. Au début, L'œil éprouve une certaine fatigue, car les images tendent à se séparer; cet effet ne dure que très peu de temps et le relief acquiert de la stabilité. M. Chorretier a construit plusieurs modèles de ces stéréoscopes diaphragmatiques.
Les appareils destinés à projeter les stéréogrammes sont assez nombreux.
MM. Demaria frères ont construit sous le nom de Diana B Congrès, etc., des lanternes de projection permettant de projeter des vues stéréoscopiques depuis le format 45 X 107 jusqu'au format 85 X 170; chaque stéréogramme est introduit dans le châssis à diapositive, manœuvre qui est un peu longue et quelquefois délicate à cause du format de l'épreuve.
L'un des meilleurs appareils pour ce genre de projection est construit par M. Gaumont. Dans une lanterne spéciale à projections, on dispose le stéréodrome de ce constructeur; les oculaires sont enlevés, l'appareil est placé sur des cales inclinées, de manière à ramener dans une jposition sensiblement verticale le châssis dans lequel se présente la diapositive. Il suffit pour faire défiler les vues de manier la manette du stéréodrome comme d'habitude; grâce à un dispositif spécial, on peut projeter soit les vues stéréoscopiques, soit les vues simples, en amenant le centre du condensateur, le centre de la vue simple et le centre de l'objectif sur une même droite. Pour masquer l'élément qui ne doit pas être projeté, on peut baisser une petite trappe placée à l'intérieur de la lanterne, et pour éviter aux spectateurs la vue d'un mouvement ascensionnel, toujours fatigant, un petit volet se relève brusquement lorsque la diapositive arrive à sa position de projection; quand le stéréogramme descend, le volet retombe aussitôt, intercep-
Fig. 143. Fig. 144.
tant le faisceau lumineux jusqu'à ce que le positif suivant, arrivant à sa place, vienne le soulever à nouveau. La partie antérieure de la lanterne est mobile et permet le changement rapide d'objectif.
Le taœiphote Richard (G, 1730) peut également servir, soit pour la projection de vues simples, soit pour la projection de vues stéréoscopiques. La source lumineuse se place en A (fig. 143), le condensateur en B, le stéréogramme à projeter monte en D, et son image se forme sur l'écran soit par l'oculaire F du taxiphote, soit par un objectif spécial disposé à la place des oculaires usuels; dans ce cas, on utilise une lanterne spéciale à condensateur de foyer relativement long à cause de la distance des diapositives au condensateur. Les diapositives à projeter doivent être placées renversées,
PROJECTIONS STÉRÉOSCOPIQUES.
le ciel en bas, à cause du redressement produit par l'objectif. On y parvient facilement au moyen d'une boite à rainures dans laquelle on place vingtci mj diapositives du format du vérascope ; en appliquant sur cette boîte une autre boite vide (firj. i44) et en renversant le tout, les vingt-cinq diapositives de la première passent dans la deuxième, mais complètement renversées.
Les stéréoscopes classeurs qui, le plus souvent, peuvent être disposés pour la projection, présentent le très grand avantage de préserver les diapositives de toutes les détériorations qui se produisent si facilement pendant les manipulations effectuées rapidement dans l'obscurité.
MM. Scbmidt et Du puis ont réalisé d'une façon pratique les projections stéréoscopiques à éclipses dont le principe a été indiqué en 1858 par d'Almeida. Le dispositif comprend deux parties : 1" le poste de projection stéréoscopique permettant de projeter sur l'écran les deux éléments du diapotitif stéréoscopique, et 2° les jumelles à vision stéréoscopique permettant à un grand nombre de spectateurs de percevoir le relief des vues projetées. Les deux éléments du stéréogramme sont alternativement projetés sur l'écran à L'aide de deux objectifs de projection, grâce à l'emploi de miroirs tournants : la projection de chacune des images s'effectue avec une vitesse qui n'a pour limite que la vitesse de rotation du miroir. Le relief stéréoscopique s'obtient par l'interposition, entre l'écran et l'observateur, d'un obturateur fonctionnant synchroniquement avec le miroir tournant, de façon à ne découvrir l'œil droit qu'à la projection de la vue correspondante et vice verta, C'est à l'aide d'un mécanisme électro-magnétique, relié électriquement au poste de projection, «pu1 l'on obtient le synchronisme nécessaire à la vision stéréoscopique. Le principe de cet appareil avait été indiqué par Vqlpicelli *.
Les projections stéréoscopiques par anaglyphes ont été réalisées par M. Petzold* de Chemnitz. Il imprime les deux diapositives sur deux verres, les met en contact en les montant comme les diapositives de projection. On sensibilise des plaques à la gélatine dans un bain de bichromate de potasse à 1 °/0, on lave légèrement et on fait sécher dans l'obscurité. Pour l'image qui doit être coloriée en vert, on expose pendant une heure sous le négatif; pour celle qui doit être coloriée ponceau, on expose pendant une heure et demie. L'image doit être très visible en une teinte brune sur fond jaune; on lave pendant vingt minutes pour éliminer l'excès de bichromate et on plonge dans les bains de teinture : on obtient ainsi des positifs colorés. On colle les deux épreuves l'une sur l'autre, de telle façon que les parties qui donnent le plus d'effets stéréoscopiques se couvrent approximativement. Il n'y a pas lieu d'apporter trop de soin à cette opération, parce que les yeux, armés de lunettes à verre de couleur, superposent très facilement les deux images dont l'une doit être retournée.
1. La Photographie, 1904, p. — 2. Bulletin de l'Association belge de photographie, 1904, p. "'*>•