CHOIX DES OBJECTIFS
§ 1. — Influence de la distance focale principale.
1776. Perspective donnée par l'objectif. — On a souvent répété que l'objectif photographique et surtout le grand-angulaire « faussait la perspective ». C'est là une inexactitude. Au point de vue esthétique, on peut regretter que tout objectif bien construit et correctement employé donne une perspective géométriquement exacte, perspective qui pourra permettre de passer de l'image au sujet qu'elle représente (établissement d'un plan en relief, photogrammétrie, etc.) : ceci tient à ce que l'on compare la perspective donnée par l'objectif à celle qui est admise par les peintres, perspective qui ne permet pas toujours de reconstituer avec ses dimensions exactes le sujet dessiné.
On oublie trop souvent que l'exactitude de l'effet perspectif varie avec la position de l'œil de l'observateur (C, 1534). L'emploi d'objectifs à longs foyers ne présente pas d'inconvénients si l'on dispose d'un recul suffisant pour regarder l'image positive de son vrai point de vue.
La distance de la vision distincte étant de 25 à 30 centimètres, on aura tout intérêt à utiliser des objectifs dont la distance focale est de 25 à 30 centimètres. Si l'on utilise des appareils à main pour lesquels ces distances focales ne sont pas admissibles, l'image devra être amplifiée de telle sorte que ses dimensions soient les mêmes que si elles avaient été prises à l'aide d'objectifs de foyers compris entre ces limites.
Il est, en somme, très difficile d'examiner correctement les images obtenues par l'emploi d'objectifs à court foyer : en effet, l'œil immo-
LE YÈRANT.
bile et inerte ne nous permettrait de voir nettement qu'une petite portion de l'espace s'il ne pouvait tourner autour d'un point lixe (centre de rotation) et si, par l'accomodation, on n'en faisait varier la distance focale : l'œil pourrait être classé dans la catégorie des objectifs très petits angulaires à monture de mise au point rapide, tellement rapide que les mises au point successives provoquent des sensations qui se combinent, se superposent.
Dans l'examen de l'image photographique, il ne saurait être question d'accomodation, puisque l'on examine une surface plane; il y a lieu de se préoccuper des déplacements angulaires de l'axe visuel. Pour l'image, le point de vue de la perspective est le point que Abbe a appelé pupille de sortie. Avec les objectifs photographiques usuels, lorsque la distance du sujet photographié est assez éloignée, il faut placer le centre de rotation de l'œil à une distance précisément égale à la distance focale de l'objectif, condition qui se trouve réalisée par l'emploi d'objectifs de foyer voisin de 25 centimètres, ou encore par l'agrandissement, ou enfin par L'emploi d'une loupe qui, reculant les limites de l'accomodation, nous permette d'approcher l'image de notre œil autant qu'il en sera besoin1. Quand le centre de rotation de l'œil aura ainsi coïncidé avec ce point de vue, il faudra qu'autour de ce centre cet œil puisse tourner librement pour aller, comme devant la nature, successivement chercher et repérer les divers éléments de la vue.
Par l'emploi des loupes usuelles, ce sont là des conditions qu'il est à peu près impossible de réaliser : l'image est vue de trop loin, nous ne pouvons en apercevoir la surface entière, et, même dans ce cas, la distorsion intervient de telle sorte que l'image est confuse.
C'est M. Gullstrand, d'Upsal, qui a montré le rôle capital que forme le centre de rotation de l'œil et la nécessité de renoncer aux types de loupes employées ordinairement pour examiner les photographies.
M. von Kohr a calculé un nouveau type de loupe, le Vérant, permettant d'obtenir une reconstitution exacte du sujet photographié.
1776. Le vérant de Zeiss. — L'appareil construit par Zeiss est une loupe possédant un grand champ, aussi exempte que possible d'aberration; elle est formée de deux lentilles non accolées; les axes
1. Wallon, Union nationale de photagraphiê, Nice, 1905, p. 62,
des faisceaux qui la traversent, venant des divers points d'une image plane installée dans son plan focal antérieur, se croisent en un point où, grâce à une monture spéciale, se placera forcément le centre de rotation de l'œil. Pour ce même point, la loupe est complètement corrigée d'astigmatisme et de distorsion jusqu'à une grande distance de l'axe ; la seule aberration résiduelle est une légère concavité du champ, d'où résulte pour l'observateur la nécessité de modifier un peu l'accommodation quand il passe du centre aux bords de l'image.
M.HUN6ÈR i.JEN,
Fig. 14.
Pour que les conditions nécessaires à une reconstitution exacte soient pleinement satisfaites, il suffit qu'au point où sont réunis déjà le centre de correction du système optique et le centre de rotation de l'œil vienne encore se placer le point de vue de l'image examinée. C'est ce qui aura lieu si cette image a été prise avec un objectif dont la distance focale soit celle de la loupe, si elle est placée dans le plan focal antérieur de cette loupe et si elle est également centrée.
L'altération de la perspective, quand la différence entre les distances focales de l'objectif et de la loupe ne dépasse pas 10 % ou même 15 %., n'est pas appréciable.
La monture est disposée de façon à masquer complètement l'un des deux yeux (fîg. 14). L'appareil comporte une mise au point par variation de tirage; mais il vaut mieux agir par variation de puissance, et
LE BIVÉRANT.
la monture est construite de façon que l'observateur puisse ajouter à la combinaison optique un verre de bésicles de même numéro que celui dont il se sert d'habitude.
Un porte vue permet d'examiner, sans les coller sur carton, les épreuves sur papier.
La construction du Vérant dans lequel la monture est combinée de façon à masquer complètement l'un des deux yeux a conduit à celle
Fig. 15.
du Bivérant. On obtient la reconstitution exacte et complète de l'impression perçue devant Le modèle en retrouvant pour chaque point de ce modèle la même convergence des axes visuels. Cette condition est géométriquement satisfaite pour les images stéréoscopiques: 1° si l'écartement des deux objectifs fournissant les deux images et celui des oculaires servant à les examiner sont égaux tous deux à celui des yeux; 2° si les deux vues sont centrées exactement de même par rapport aux objectifs et par rapport aux oculaires; 3° si les oculaires satisfont isolément aux conditions énoncées pour la vision monoculaire. On associe deux vérants et on obtient le bi-vérant (fig. 15). A la limite minium de l'écartement des objectifs, c'est-àdire lorsque l'écartement est nul et par suite dans le cas où les deux images sont identiques, l'examen de ces deux images donne un ell'et
remarquable à la condition que la vue ne comporte pas de premiers plans très rapprochés. Cet appareil peut s'adapter aux différentes vues, soit par variation de tirage, soit par introduction de verres de bésicles dans la monture des loupes.
§2. — Influence des aberrations.
1777. Aberration chromatique. — La correction du foyer chimique de l'objectif se fait habituellement en faisant concorder au foyer de l'objectif deux sortes de radiations. Or, dans la photographie trichrome l'utilisation des écrans colorés et l'emploi de plaques sensibles à diverses radiations exige la concordance d'au moins trois couleurs en un même point : c'est ce que l'on réalise dans la construction des objectifs apochromatiques. Employés dans la pratique courante, sans écrans colorés, les objectifs apochromatiques donnent des images plus fines que celles qui sont fournies par les objectifs ordinaires, surtout lorsque le temps de pose est dépassé. La différence n'est pas très grande, mais elle devient sensible quand on soumet le négatif à l'agrandissement.
Les appareils à main de petit format devraient donc être munis d'objectifs apochromatiques.
Employés pour les épreuves de grandes dimensions, ces objectifs donnent une netteté extrêmement précieuse quand il s'agit de reproduire des gravures, cartes, plans, etc. ; mais s'il faut reproduire un sujet d'après nature, paysage, portrait, la sécheresse de l'image est peu artistique. Cette correction poussée à l'extrême donne des négatifs d'un effet tout particulier, et il est incontestable que sous ce rapport l'emploi du verre simple de bésicle ou des objectifs anachromatiques fournira de meilleurs résultats.
1778. Objectifs anachromatiques. — Les verres simples de bésicles ont été employés d'abord en utilisant de petits diaphragmes de façon à réduire l'influence de l'aberration chromatique. Plus tard, on a cherché à utiliser judicieusement le résidu d'aberration que laisse une rectification logique de mise au point, effectuée avant la pose. Si après avoir mis au point et avant la pose on déplace la surface sensible pour l'amener au foyer des rayons violets, ces derniers
OBJECTIFS AN ACHROMATIQUES. 39
agissent plus énergiquement que les autres et donnent une image légèrement estompée. Les lignes du modèle restent franchement dessinées tout en se raccordant avec le fond par une bande légère doucement fondue. Cette zone dégradée, que M. de Pulligny a appelée frange chromatique, est peu visible dans le cas de poses courtes.
En rapprochant l'une de l'autre les lentilles après la mise au point et avant la pose, on réalise la correction nécessaire pourvu que l'aberration sphérique soit suffisamment faible; on évite les effets de la distorsion par l'emploi de deux lentilles symétriques ou d'un système double constitué par deux lentilles de même forme générale. L'astigmatisme aura peu d'importance si l'on choisit des combinaisons à long foyer : celle qui est formée de deux ménisques simples, minces, avec concavités en regard fournit de bons résultats; l'ouverture maxima peut atteindre f/5; en pratique, on fait travailler l'objectif avec une ouverture de fjl à 10; c'est une bonne combinaison pour les études de portraits.
Pour le paysage, on doit utiliser des téléobjectifs à court foyer. La bonne distribution de la netteté entre les divers points exige que l'ouverture relative de l'objectif soit inversement proportionnelle à la longueur focale réalisée. L'objectif à paysages doit se composer d'un système convergent allié à un système divergent1.
Les téléobjectifs actuels ont une distance focale beaucoup trop longue et le prix de ces appareils est très élevé. Une solution assez pratique consiste à transformer l'anastigmat que l'on possède en un téléobjectif. Cette transformation se fait à l'aide d'une lentille divergente de foyer relativement long : on obtient ainsi un objectif anachromatiqueà paysages qui répond à peu près à tous les besoins de la pratique.