PROCÉDÉS DIVERS
1979. Plaques autochromes. — La Société Lumière a entrepris la fabrication de plaques permettant d'obtenir directement des photographies en couleur. Comme L'a fait observer M. Wallon5, ce procédé constitue un nouveau mode d'application de La méthode indirecte imaginée par Gros et Ducos du Hauron; c'est aussi une très heureuse modification du procède
i. Comptes rendus, 1904. - ± La Photographie, 1904. - 3. Bulletin de la Société française de photographie, 1904, p. 889; La triplice photographique.
que l'on a très improprement appelé procédé Joly et dans lequel on utilisait de manière analogue des écrans lignés en trois couleurs. Ce procédé a été décrit il y a plus de trente ans par Ducos du Hauron, qui s'exprime ainsi-: « Il est absolument indifférent pour les résultats optiques à obtenir que le « réseau soit constitué par des lignes droites et constamment parallèles ou « par des divisions géométriques quelconques, pourvu que, dans un espace « donné, le fractionnement de chacune des trois couleurs reproduise la « même somme de surface pour chacune d'elles. »
Le procédé de MM. Lumière consiste à déposer à la surface du verre des grains de fécule colorés ; on les recouvre de vernis convenable, puis d'une couche d'émulsion sensible. La plaque est exposée par le côté verre, de telle sorte qu'avant d'atteindre Témulsion, la lumière passe au travers des grains de fécule; on développe. L'image examinée par transparence montre les couleurs complémentaires de celles du sujet photographié; on transforme le négatif en positif, qui présente alors les couleurs de l'objet.
Si nous considérons, en effet, une région de l'image colorée en rouge, les rayons lumineux rouges seront absorbés par les éléments verts de la couche, tandis que les éléments orangés et violets se laisseront traverser par ces radiations. Le développement de cette plaque viendra masquer les éléments orangés et violets, tandis que les éléments verts apparaîtront après le fixage. On a donc dans ce cas un résidu coloré vert, complémentaire des rayons rouges considérés, et de même pour les autres couleurs. On conçoit qu'un négatif ainsi obtenu puisse, par reproduction à la chambre noire dans les mêmes conditions, donner avec des plaques préparées de même manière des épreuves positives complémentaires des négatifs, c'est-à-dire reproduisant les couleurs de l'original; mais il est plus simple de transformer le négatif en positif par les procédés connus.
La. couche formée par des écrans microscopiques orangés, verts, violets s'obtient en séparant dans la fécule de pomme de terre les grains ayant de 15 à 20 millièmes de millimètre de diamètre. Ces grains sont divisés en trois lots, qui sont colorés respectivement en rouge-orangé, vert et violet à l'aide de matières colorantes spéciales. Après dessiccation, on prépare un mélange ne présentant pas de teinte régulière, et la poudre ainsi préparée est étendue au blaireau sur une lame de verre recouverte d'un enduit poisseux. La difficulté de fabrication de cette couche réside en l'obtention d'une seule couche de grains se touchant tous, sans aucune superposition.
On obture ensuite, par le même procédé de saupoudrage, les interstices qui peuvent exister entre les grains et qui laisseraient passer de la lumière blanche. Cette obturation s'effectue à l'aide d'une poudre noire très fine, du charbon de bois pulvérisé, par exemple.
La surface ainsi préparée est isolée à l'aide d'un vernis ayant un indice de réfraction voisin de celui de la fécule. Ce vernis est aussi imperméable que possible et l'on coule sur lui une couche mince d'émulsion sensible panchromatique au bromure d'argent.
L'exposition se fait dans un appareil photographique ordinaire, la plaque étant retournée, c'est-à-dire la face verre tournée vers l'objectif. La lumière traverse les particules colorées avant d'atteindre la couche sensible. On interpose un écran jaune spécial destiné à compenser l'excès d'activité des radiations violettes et bleues.