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CLARTÉ DES OBJECTIFS

Pour les faisceaux lumineux voisins de l'axe et rencontrant presque normalement les faces des lentilles, le calcul de la perte de ' lumière par réflexion sur une surface séparant deux milieux d'indices respectifs m et n donne pour intensité du faisceau réfléchi

en prenant pour unité l'intensité du faisceau incident. Gomme les indices de réfraction des différents verres utilisés et du baume de Canada sont compris entre 1,5 et 1,7, la perte de lumière à la traversée d'une face collée commune à deux lentilles ne dépasse jamais 8/1000e de la lumière incidente et n'atteint même quejrarement cette limite. La perte due aux réflexions provenant de ce que la lentille traverse une surface de lentille en contact avec l'air est en moyenne de 5 pour 100. La perte due aux réflexions sur les deux faces extrêmes de chaque élément de l'objectif est donc d'environ l/10e du faisceau incident. La perte totale résultant des réflexions successives diminue de façon appréciable l'avantage dù à l'accroissement de l'ouverture utile que l'on réalise dans les objectifs. Pour M. Cousin, un objectif à quatre lentilles isolées par des lames d'air ne laisse passer que 65 pour 100 de la lumière incidente; de plus, cette lumière réfléchie n'est pas annulée comme la lumière absorbée; la plaque reçoit, outre l'image nette principale, un nombre d'images floues réfléchies au moins égal au nombre des surfaces réfléchissantes. Ces images, beaucoup moins éclairées que l'image principale, peuvent prendre une importance considérable lorsque l'objet photographié présente des points très éclairés. C'est dans certains travaux de photographie trichronie, travaux pour lesquels la pureté absolue des images est de rigueur, que peuvent se manifester les inconvénients résultant de ces images multiples.

La clarté de l'image peut diminuer encore par suite de l'absorption par le verre, absorption qui ne peut être déterminée que par l'expérience, car les formules qui lient l'absorption à l'épaisseur traversée s'appliquent seulement aux lumières monochromatiques et non à une lumière complexe comme la lumière blanche.

Deux objectifs formés, l'un de deux éléments d'une épaisseur totale de 1.") millimètres sur Taxe et de 110 millimètres de foyer, l'autre formé de quatre éléments séparés par do l'air et d'une épaisseur totale

de 48 millimètres sur l'axe pour un foyer de 208 millimètres ont donné les pertes suivantes :

Plaque ordinaire. Plaque orthochromatique.

Objectif 110 millimètres 39 % 33 °/0

Objectif 208 millimètres 62 % 50 %

Les radiations jaunes et vertes, plus actives sur plaques orthochromatiques, sont moins absorbées que ne le sont les radiations plus actiniques sur plaques ordinaires.

M. Martin, de Rathenow1, divise les objectifs en quatre catégories principales :

1° Objectifs du type dit simple (verres collées, deux faces au contact de l'air) ;

2° Objectifs doubles (aplanats, protars, doubles anastigmats, orthostigmats, etc.), avec quatre surfaces au contact de l'air;

3° Objectifs triples (à portraits de Petzval, triplet Dallmeyer, Tessar, etc.), avec six surfaces au contact de l'air ;

4° Objectifs quadruples (Planar, Aristostigmat, Unar, Summar, anastigmats de Busch, homocentriques de Ross, etc.), avec huit surfaces au contact de l'air.

Le tableau suivant indique les pertes théoriques dues à la lumière réfléchie :

Perte par réflexion. Lumière transmise.

Objectifs simples 9,8 90,2

— doubles 18,7 81,3

— triples 26,7 73,3

— quadruples 33,9 664

Il faut encore tenir compte de la perte par absorption, et c'est ici que l'épaisseur des lentilles joue un rôle considérable, souvent prépondérant.

M. A. Pluger2 a montré que pour la lumière de longueur d'onde \ — 415 (jl, une épaisseur de 1 centimètre de crown-glass absorbe 1,8 pour 100, pour le crown à la baryte, environ 5,2 pour 100, tandis qu'elle n'est que de 2,5 à 2,7 pour 100 s'il s'agit de crown léger à la baryte. Ces mesures ont été faites à l'aide du thermo-multiplicateur

1. Eder, Jahrbuch fur Photographie und Reproductionstechnik, 1904, p. 46. — % Zeitschrift fur. Wissent. PhoU, 1904, p. 141.

ACHROMATISME. 15

par une méthode décrite et utilisée depuis longtemps par M. Bouasse. On conçoit que la diminution d'épaisseur puisse compenser, souvent dans une très large mesure, les réflexions dues à, des surfaces multiples; c'est ainsi que des mesures effectuées sur deux objectifs, l'un le double anastigmat f/1,1 de Gœrz, l'autre, le double anastigmat de Busch, //7,7, ont donné :

Lumière transmise. Perte par réflexion. Perte par absorption.

Gœrz 67,4 % 18,5 % 14,1 %

Busch 62,8 » 32,5 » 4,7 »

La différence, comme on le voit, n'est pas trop considérable et l'on comprend tout l'intérêt qu'il y a à diminuer les épaisseurs des verres employés dans les systèmes optiques. On ne peut réaliser cette diminution pour les lentilles de très grand diamètre et l'absorption peut alors devenir très forte *.

1765. Achromatisme et apochromatisme. — L'emploi des objectifs apochromatiques permet d'obtenir des résultats supérieurs à ceux que fournil L'utilisation des objectifs achromatiques, surtout pour la photographie en couleurs. M. Boffmann1 a montré que l'emploi des écrans colorés et celui des plaques orthochromatiques peut amener d'assez fortes perturbations dans la netteté de l'image, surtout en dehors de l'axe. Dans ce but, il a utilisé trois écrans : le bleu, préparé avec le bleu de toluïdine, laissant passer les radiations comprises entre 0,390 et 0,510 y. et ayant son maximum optique entre 0,450 et 0,470 l'écran vert, préparé avec le vert acide, mélangé de vert de naphtol et d'auramine, transmettant les radiations comprises entre 0,470 et 0,580 \). el ayant son maximum optique entre 0,590 et 0,540 enfin, l'écran rouge préparé avec le rouge de toluène et la tartrazine, laissant passer les radiations comprises entre 0,585 et 0,090 ji., le maximum optique étant entre 0,610 et 0,630 \l. Tous ces écrans colorés étaient constitués par des solutions liquides contenues dans des cuvettes à faces rigoureusement parallèles. L'expérience consistait à photographier, sur la même glace, une règle finement divisée, et à mesurer au comparateur les différences de dimension à 10, 20, 30 centimètres du centre du champ en prenant

1. Die Phot. Industrie, L906, p. 88. — Eder, Jahrbueh fùr Photographie und Hcproduetioitstecluiik, 11)05, p.

comme unité la grandeur de l'image obtenue avec l'écran bleu. Il a obtenu les résultats suivants en comparant un Tessar apochromatique d'ouverture 1 : 10 et de 46 centimètres de foyer et un anastigmat achromatique 1 : 8 de 44 centimètres de foyer.

Distance au centre .

30 cm.

Ecran bleu

300 mm.

— rouge

— vert

Anastigmat.

Ecran bleu

300 mm.

— rouge

—0,22 mm.

— vert

—0,15 mm.

Les résultats de ces expériences montrent que dans la pratique de la photographie trichrome, l'emploi d'objectifs apochromatiques très bien corrigés, tels que le tessar apochromatique ou les instruments similaires, est indispensable pour l'obtention d'images ayant rigoureusement la même grandeur, ce qui est de toute nécessité pour le repérage des couleurs.

1766. Objectifs à diffusion de foyer; anachromatisme.

— Un objectif qui serait théoriquement parfait, c'est-à-dire dépourvu de toute aberration, donnerait une image d'une sécheresse extrême. Les anciens objectifs à portraits, bien corrigés suivant l'axe, fournissaient des images dont le centre, très net, contrastait par trop avec les bords ; de là l'invention des objectifs à diffusion de foyer que l'on appelait aussi objectifs égaliseurs 1 . Dallmeyer est le premier qui ait construit des objectifs de ce genre d'un usage vraiment pratique; mais ces instruments sont d'un prix élevé et leur maniement est un peu délicat. On a alors songé à utiliser l'objectif téléphotographique (B, 1341) pour la production des portraits, et on a construit un objectif de cette nature en utilisant de simples lentilles non achromatisées (B, 1346); les résultats obtenus étaient supérieurs à ceux fournis par l'emploi de verres simples, verres de bésicles dont l'utilisation nécessitait l'emploi de petits diaphragmes. MM. de Pulligny et Puyo 2 ont montré tout le parti que l'on pouvait

1. Voyez tome I, p. 99. — 2. L. de Pulligny et C. Puyo, Objectifs d'artistes.

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