N = KL
K est un facteur croissant avec la durée de développement et variant dans la pratique de 1 à 2, soit environ 1,5 en moyenne.
S'il s'agit du négatif d'un spectre et que l'on veuille diminuer N dans une région donnée d'une certaine quantité, Ke par exemple, il faudra diminuer de e le logarithme de la lumination. C'est précisément ce qui arrivera si on interpose un écran dont le coefficient d'extinction pour la région en question sera e, puisqu'on définit en physique le coefficient d'extinction par l'équation
y = 10e ou bien log i — log i' — e;
i représente la lumière incidente et i' la lumière qui traverse.
Si on veut modifier la courbe des noircissements d'une plaque de façon à abaisser vers le violet suivant une courbe donnée, il faut interposer un écran dont les coefficients d'extinction aient, en chaque région du spectre, des valeurs égales à la différence des ordonnées des courbes proposées divisées par K. On détermine K en exposant une plaque dans le sensitomètre Scheiner et en mesurant les noircissements obtenus au moyen du photomètre à polarisation de Martens. N et L étant alors connus, on peut déterminer K. Les valeurs de K sont approximativement les mêmes dans les diverses régions spectrales pour les bonnes plaques orthochromatiques.
La courbe obtenue avec un écran est fonction de la courbe qu'on obtiendrait sans écran; cette dernière courbe elle-même dépend en principe de l'émulsion sensible ainsi que de l'exposition reçue. L'action sélective d'un écran donné n'est pas invariable : c'est ce qui résulte des données fournies par Eder.
L'exposition pourra être d'autant plus courte que la plaque sera plus sensible, en valeur absolue, aux rayons que l'écran laisse passer; et le coefficient par lequel il faudra multiplier le nombre représentant la durée d'exposition sera d'autant plus faible que la sensibilité de la plaque aux rayons utiles sera plus forte par rapport à la sensibilité aux rayons supprimés. Il suit de là que la dénomination : écran multipliant la pose par 5, 10, 15, etc., est inexacte, puisque le coefficient de l'écran est fonction de la plaque employée. Tel écran qui multiplie la durée d'exposition par 15 avec une plaque orthochromatique de qualité médiocre n'aura qu'un coefficient de 2 ou de 3 avec une bonne plaque. Un écran permettra des durées d'exposition d'autant plus courtes qu'il sera plus transparent aux radiations que Ton désire conserver.
Un écran idéal devrait être établi d'après la courbe de la luminosité opti-
que du spectre. Une telle courbe ne peut représenter très exactement le phénomène; c'est cependant la seule base un peu précise dont on dispose : on est obligé de s'en contenter.
L'écran idéal serait celui dont l'influence abaisserait la courbe de la plaque d'une façon graduelle depuis la radiation 560 jusqu'à la limite du spectre normalement visible, c'est-à-dii-e jusque vers la raie H. Ces écrans sont dits écrans à compensation. On devrait les employer toutes les fois que la durée de l'exposition le comporte; ils permettent de compenser l'inactivité relative de certaines radiations.
La pratique a montré qu'il était nécessaire d'avoir une série d'écrans permettant d'opérer rapidement soit pour obtenir des images instantanées, soit pour augmenter ou diminuer les contrastes que présente un paysage, de façon à reproduire correctement les lointains brumeux, les ciels avec nuages, etc. Ces écrans sont dits à contrastes.
1814. Les divers écrans. — Les écrans utilisés renferment la matière colorante soit à L'état de dissolution dans un dissolvant convenable, soit à l'état sec, en couche mince, que l'on prépare en étendant sur une plaque de glace un liquide coloré laissant par évaporation ou dessication une mince pellicule; on utilise à peu près exclusivement la dissolution aqueuse et tiède de gélatine que l'on abandonne à la dessication sur une plaque de verre.
Les écrans colorés dans la masse, ceux du type dit verre coloré, ont un pouvoir absorbant défectueux1 et prolongent considérablement l'exposition, inconvénients qui n'existent pas pour les écrans faits avec des matières colorantes artificielles, dont certaines possèdent la propriété d'absorber plusieurs radiations et d'être très transparentes pour d'autres; en outre, L'intensité plus ou moins grande de la coloration du verre devrait correspondre à une absorption plus ou moins complète des radiations que Ton veut éliminer et servir à réaliser des efïets de compensation variés. Cet etfet de compensation ne se produit pas dans la pratique. A une plus grande absorption des radiations dites actiniques correspond également une absorption assez considérable de celles que l'écran devrait laisser passer presque totalement. Les défauts dans le rendu sont d'autant plus accentués que l'on a affaire à un écran de coloration plus intense. C'est pour ce motif que Vogel préférait utiliser les écrans formés par une couche de collodion colorée à l'aurantia.
Ces écrans se préparent en emprisonnant une ou deux pellicules colorées entre deux glaces à faces parallèles. On doit renoncer abso-
1. II. -W. Vogel, La photographie colorie des objets en valeur réelle, 1887. p. 77.
lument à la préparation des écrans par imbibition d'une couche de gélatine; les intensités de teinte ainsi obtenues sont des plus variables. On prépare. des écrans d'action uniforme en déterminant le poids de chacunjdes colorants à distribuer par centimètre carré de la surface de l'écran. C'est le seul moyen d'assurer la parfaite identité des écrans fabriqués par divers opérateurs et à diverses époques suivant une même formule, pourvu que la substance colorante ne soit pas trop altérable à la lumière. La couche colorée doit donc être obtenue par dessication d'un volume donné d'une solution de gélatine ou de collodion contenant en solution un poids déterminé d'une ou de plusieurs matières colorantes.
Les écrans colorés liquides doivent être employés dans des cuves à faces parallèles ayant une épaisseur intérieure uniforme de 1 centimètre ou formées de compartiments ayant chacun 1 centimètre d'épaisseur. Le liquide coloré introduit dans la cuve doit être constitué par une solution titrée d'une ou de plusieurs matières colorantes de composition chimique parfaitement définie ou d'origine bien déterminée.
On trouve dans le commerce des cuves spéciales destinées à contenir les liquides servant d'écran; on peut en préparer à Faide d'un bloc de bois d'épaisseur convenable et dont les faces sont parfaitement dressées. Ces blocs carrés doivent avoir au moins 6 centimètres de côté. On perce au centre une ouverture ronde de 3 centimètres de diamètre. Les parois de cette ouverture sont soigneusement enduites de vernis à la gomme laque ou de gélatine bichromatée, suivant que la cuve devra recevoir des liquides aqueux ou alcooliques. On fait adhérer des lames de glace bien parallèles sur les faces du bois et, sur une des faces latérales, on perce deux ouvertures allant rejoindre la cavité, l'une d'un diamètre plus fort que l'autre. La première servira à l'introduction du liquide, la seconde à la sortie de Pair. Les écrans liquides présentent l'inconvénient d'être lourds et encombrants; aussi on ne les utilise que dans l'atelier.
Pour le travail au dehors on se sert d'écrans constitués par deux couches colorées emprisonnées entre des glaces minces à faces parallèles ; ces glaces doivent être choisies avec le plus grand soin.
L'épaisseur de la glace sera de 2 millimètres pour les écrans de 4 centimètres de côté, de 1 millim. 1/2 pour les dimensions inférieures1. On trouve dans le commerce ces glaces minces bien polies; on reconnaît qu'elles ont les propriétés optiques voulues à l'aide de deux procédés.
1. A. Cullier, Bulletin de V Association belge de photographie , 1905, p. 188.
1° On place la glace devant l'œil et l'on regarde un objet situé à une vingtaine de mètres en imprimant à la glace un mouvement de va et-vient dans son plan. Si l'objet examiné parait se mouvoir, la glace est défectueuse et doit être rejetée; si l'objet examiné paraît se mouvoir seulement au moment où il entre dans le champ, mais reste immobile tant qu'il est vu dans le champ de la glace, les faces sont planes mais ne sont pas parallèles; ces glaces peuvent cependant servir. Si l'objet ne bouge en aucun cas, les glaces sont excellentes au point de vue pratique.
2° Un second moyen indiqué par Miethe consiste à placer la glace sur une surface sombre et à regarder par réflexion un objet éloigné. Si un même point présente deux images et que la distance entre les deux images varie suivant la région de la glace qu'on examine, les faces ne sont ni planes, ni parallèles; la glace doit être rejetée. Si la distance entre les deux images reste constante, les faces ne sont pas parallèles, mais leurs rayons de courbure sont égaux. Si les deux images se confondent, les faces des glaces sont parallèles et leurs rayons de courbure sont égaux : elles sont alors d'un bon emploi.
On compensera les défauts de parallélisme encollant deux glaces de façon à obtenir la même épaisseur uniforme du bloc ainsi préparé. Des raies peu profondes n'ont pas d'importance ; on maniera ces glaces en les tenant par les bords et évitant La présence de la poussière et de tout corps dur qui pourrait les rayer.
1815. Position de l'écran. — La meilleure place pour l'écran est sans contredit au contact de La couche sensible. Ce dispositif nécessite des écrans lourds, encombrants, fragiles, etc. Aussi, placet-on l'écran dans le voisinage de l'objectif, soit dans le parasoleil, soit derrière l'objectif. Les écrans sont alors fixés dans des rondelles qui s'appliquent ou sévissent à L'instrument : La maison Bedajhj. 7<s')qui livre des écrans colorés, a établi un dispositif commode pour faire cette adaptation. La monture des porte-écrans de Sangar-Sheperd est constituée par une planchette à rainures dans lesquelles glissent les écrans carrés et que L'on fixe au tube de l'objectif. Quel que soit le dispositif adopté, la mise au point doit être faite avec l'écran en place.
On ne doit jamais placer l'écran entre les lentilles d'un objectif: comme L'a l'ait observer M. Galmels1, cette insertion équivaut à modi-