CHAPITRE V
§ 1. — Généralités.
1350. Qualités des obturateurs. — Un obturateur quelconque doit être doué de certaines qualités qui semblent s'exclure. Tout d'abord, l'obturateur doit être d'un transport facile; il faut de plus que pendant son fonctionnement l'appareil ne produise aucun mouvement de vibration, aucun choc qui provoquerait un manque de netteté de l'image. La manœuvre qui permet à la lumière d'arriver sur la plaque sensible doit s'effectuer sûrement et rapidement. Les deux périodes d'ouverture et de fermeture doivent être aussi courtes que possible par rapport à la durée du temps de pose total; l'obturateur doit de plus fournir facilement des durées d'exposition de 1 4, 1 6, 1 10 de seconde, durées qu'il est extrêmement difficile d'obtenir s'il faut presser deux fois la poire de déclenchement.
On rencontre plusieurs de ces qualités dans certains obturateurs : tous ne les possèdent pas au même degré; de là le nombre considérable de nouveaux instruments mis dans le commerce. Les formes les plus diverses ont été imaginées, soit pour réduire le volume des appareils, soit pour augmenter leur rendement. La distance qui existe entre les lentilles des objectifs a été fortement réduite dans les nouveaux types d'anastigmats ; cette condition, très importante au point de vue mécanique, a fait renoncer à certains modèles d'obturateurs utilisables seulement avec les anciens objectifs.
1351. Classification des obturateurs. — M. le colonel Moessard1 a divisé les obturateurs en deux grandes classes, selon qu'ils sont montés au diaphragme ou en dehors du diaphragme.
1, Bulletin de Ici Société française de photographie, 189"), p. 217.
Pour les obturateurs de la première classe, il a proposé d'ajouter une troisième caractéristique aux deux qui ont été proposées par le Congrès de photographie : c'est le diamètre de l'ouverture circulaire inaxima que découvre l'obturateur au moment de la pleine pose. Pour comparer rationnellement deux obturateurs, il faut faire le produit de leur rendement, tel que le définit le Congrès, par le carré du diamètre du plus grand cercle inscriptiblc dans leur ouverture inaxima .
En donnant dans les essais d'obturateurs une même valeur à la vitesse, une même valeur à l'ouverture, et supposant que les organes mobiles de ces appareils se meuvent avec une vitesse constante (1 mètre par seconde pour la vitesse et 4 centimètres pour le diamètre du cercle d'ouverture inaxima >. on constate que la moindre durée d'action totale est réalisée par l'obturateur à lamelles multiples et le plus fort rendement par la guillotine double à ouvertures rectangulaires plus grandes que le diaphragme.
La guillotine simple et le secteur tournant donnent plus de pose et moins de rendement.
L'iris permet une pose courte; le rendement est moindre, mais les layons centraux travaillent plus que les rayons marginaux.
On peut admettre connue caractéristique des obturateurs de la deuxième classe (ceux montés en dehors du diaphragme) : 1° le temps de pose : c'est de lui (pie dépend fa netteté de l'image d'un objet en mouvement : 2° l'effet utile, on le rapport de la quantité de lumière que reçoit un point à celle qu'il recevrait dans le même temps
si aucun des rayons que lui envoie l'objectif n'était arrêté par l'obturateur : la clarté de l'image augmente avec l'eiret utile; 3° la durée totale du passage, ou le temps qui s'écoule entre le moment où les premiers rayons lumineux arrivent sur la plaque et celui où les derniers rayons la quittent : celle caractéristique permet de se rendre compte des déformations subies par les objets en mouvement.
La guillotine simple à ouverture rectangulaire constitue le seul type d'obturateur pouvant se monter en dehors du diaphragme : l'égalité d'effet sur tous les points de la plaque ne peut être obtenue que si la vitesse est constante, constance irréalisable dans la pratique. Quant à l'effet utile, il est indépendant de la vitesse et, par conséquent, correspond bien à L'idée qu'on se fait de la caractéristique d'un appareil.
Il y a avantage, au point de vue des trois caractéristiques, à mettre
la guillotine aussi près que possible de la plaque et à augmenter la hauteur de la fente ainsi que la vitesse de la chute.
L'obturateur monté en dehors du diaphragme est supérieur à- tous les autres au point de vue purement technique. Il présente les avantages suivants : il n'entraîne pas, comme l'obturateur monté au diaphragme, dans la construction de l'objectif, des modifications qui ont d'ordinaire pour résultat de nuire aux qualités optiques de l'appareil; il peut servir avec n'importe quel objectif, avec n'importe quel diaphragme, en utilisant tous les rayons lumineux actifs; enfin, il est simple, facile à construire et a réparer.
§2. — Obturateurs montés au diaphragme.
1352. Obturateurs à guillotine. — Les obturateurs à guillotine sont les plus simples de construction, et le plus souvent on
OlOB
Fin. 93.
emploie la guillotine simple montée «nu diaphragme. Quelquefois, l'ouverture de la guillotine est de forme circulaire, bien que cette disposition ne soit pas la plus avantageuse à employer sous le rapport du rendement (I, 204).
La guillotine à double lamelle, surtout lorsque les lamelles sont percées d'ouvertures rectangulaires, donne un meilleur rendement que la guillotine simple. Ce type d'appareil est adopté par un grand nombre de constructeurs.
Le mode de fonctionnement est indiqué dans la figure (J8.
Dans l'obturateur Masson1, qui est assez semblable à celui de Thury et Amey, deux lames en acier très mince, percées d'ouvertures circulaires, marchent en sens inverse et se meuvent dans une
J. Bulletin de ht Société fi-<r/tr<iis<> de photographie, 1893, p. 197.
OBTURAI EUR8. 165
huile (Valuminium. des volets sont placés immédiatement en arrière du diaphragme; ils son! mus par un système de levier* sur lesquels ils sont montés et sont actionnés par un ressort d'horlogerie contenu dans un barillet. La vitesse de translation de ces volets peut être réglée au moyen d'un frein.
1353. Obturateurs à secteurs. — M. Dessoude!!1 a modifié d'une façon très pratique L'obturateur Londe-Dessoudeix 1. 94 : l'addition d'un diaphragme iris permet d'obtenir le changement ra-
pide du diaphragme: l'obturateur est constniîl en aluminium, ce <|ui diminue son poids sans compromettre sa solidité el le rend par là même plus portatif.
Le mode de fonctionnement de cet obturateur se comprend à la seule inspection de la figure 99.
Au lieu d'employer une simple lamelle on peul en employer deux, et cet obturateur prend quelquefois le nom d'obturateur central circulaire double; son fonctionnemenl est d'ailleurs des plus simples
Fig. Iih».
{fi(j. 100). L'obturateur (le M. Mare y rentre dans cette catégorie: il consiste essentiellement en deux lamelles symétriques, percées d'une ouverture, pivotant en un poinl fixe et agissant en Be croisant. L'obturateur est à trois combinaisons, donnant la pose, l'instantanée peu rapide el L'instantanée à grande vitesse, n est d'un volume 1res réduit, et comme il est construit en aluminium, son poids est très
l. Bulletin de la Société française iîs photographie, 1892, p. •','.».
faible: on peut l'adapter facilement à toutes les chambres à main. Les lamelles, au lieu d'être directement sollicitées par le ressort, lui sont reliées par un bras de transmission ; ce qui permet de construire ces lamelles en tôle extra-mince sans crainte de les fausser. Le mouvement est très rapide à cause de leur légèreté. Grâce au peu d'épaisseur de ces lamelles, on peut monter cet obturateur sur les objectifs dont les lentilles sont très rapprochées1. Dans l'obturateur construit par M. Otto Lund, un diaphragme iris, placé à faible distance des lamelles, permet de simplifier la manœuvre de l'appareil 2. L'obturateur de M. Decaux est un de ceux qui possèdent le plus grand rendement ; l'ouverture et la fermeture des deux lames qui fonctionnent s'effectuent en un temps qui n'excède pas 1/400° de seconde. Cet appareil peut être adapté à tous les objectifs, même à ceux dans lesquels l'espace entre les lentilles est très restreint.
135. Obturateurs à iris. — Les obturateurs à iris sont quelquefois désignés sous le nom d'obturateurs centraux. Les lamelles
Fig. 101.
de ces obturateurs sont à mouvement alternatif ou circulaire: c'est en général au premier mode de construction que l'on donne la préférence. On prend un nombre quelconque de lamelles. Le cas le plus simple est fourni par l'obturateur à deux lamelles; chacune des lamelles démasque la moitié de l'ouverture. La pleine pose .commence au moment où les lamelles sont tangentes au bord du diaphragme {fig. 101). Il existe un assez grand nombre d'obturateurs de ce type , parmi lesquels il convient de citer le Saturne de MM. Bazin et Leroy (fig. 102). Le mécanisme de l'appareil, enfermé dans une boîte métallique, consiste essentiellement en un anneau moteur A, entraîné par deux forts ressorts R et R', et commandant