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Journal Phot. Soc, 28 mars

PLAQUES PANCHROMATIQUES. 285

MM. Lumière, après avoir mis dans ie commerce deux variétés de plaques orthochromatiques (A, sensibles au jaune et au vert, B, sensibles au rouge et au jaune), ont préparé de nouvelles plaques qu'ils appellent panchromatiques et qui sont simultanément sensibles aux radiations rouges, jaunes et vertes. Ces plaques sont d'une sensibilité identique, à celle des plaques de la marque bleue des mêmes fabricants; leur manipulation est un peu plus délicate que celle des plaques ordinaires. La quantité de lumière à admettre dans le laboratoire obscur où l'on manipule ces plaques doit être aussi faible que possible, et lorsqu'il n'y a pas d'inconvénient à cela, on doit les manier dans une obscurité à peu près complète. Ces plaques fournissent des négatifs aussi brillants que ceux provenant de remploi des plaques ordinaires, pourvu qu'elles aient été soigneusement soustraites à l'action de la lumière colorée jusqu au moment où le développement est commencé dans le bain révélateur. Ces nouvelles surfaces sensibles conviennent pour tous les genres de travaux et nous les employons pour obtenir presque tous nos négatifs.

Dans la préparation des plaques ortliocliromatiques. il convient de n'employer que les sensibilisateurs agissant à très faible dose. Après avoir vérifié ce fait, MM. Lumière ont été conduits à préparer de nouvelles couleurs d'aniline qui jusqu'ici n'avaient point été essayées1. Ils ont trouvé à des classes entières de colorants les propriétés les plus remarquables : tels sont, par exemple, les sels des succinéines. benzoéines, citréines, oxaléines. etc.. chlorées, bromées. iodées, provenant de la condensation d'acides ou d'anliydi ides organiques avec la résorcine. Des résultats analogues à ceux que fournissent les substances précédentes sont obtenues par la condensation des mêmes corps avec le métamidophénol et les homologues des substances dihydroxylées et ainidobydroxylées axant leur substitution en position méta.

Les sensibilisateurs paraissent appartenir principalement à La série du tri phényl méthane. Pour donner à une émulsion déterminée une sensibilité pour les diverses régions spectrales comparable à celle de notre œil pour les mêmes radiations, on opère de La manière suivante : on photographie un spectre en employant L'émulsion à modifier, et on détermine les régions pour lesquelles il y a Lieu d'augmenter la sensibilité ; on recherche ensuite parmi les colorants actifs

1. îiulletin de la Société français* de photographie, 1895, p. 311.

à dose très minime ceux dont les sels d'argent présentent une bande d'absorption dans ces diverses régions. A l'aide d'essais spectographiques méthodiques, on arrive promptement à déterminer les teintures à utiliser et les proportions relatives de chacune d'elles; on réalise ainsi facilement le panchromatisme. Ces préparations présentent une grande sensibilité pour le vert bleu du spectre. On peut diminuer cette trop grande sensibilité en interposant dans le trajet des rayons lumineux pendant l'exposition un écran verdâtre convenablement choisi: à l'aide de cet artifice, on peut reproduire les teintes correspondantes aux diverses couleurs avec une approximation plus grande que par tout autre procédé.

La durée de conservation des plaques orthochromatiques est variable. Il est certain que celles qui contiennent des combinaisons d'argent et d erythrosine se conservent moins longtemps que celles qui renferment des matières colorantes qui ne sont pas à l'état de combinaisons argentiques; avec ces dernières, on admet que la sensibilité des plaques augmente pendant les six ou huit mois qui suivent la préparation, pour atteindre le maximum de sensibilité après dix mois et décroître ensuite1. Si la préparation des plaques date de plusieurs mois, il y a intérêt à surexposer légèrement et à faire apparaître l'image rapidement, avant que les ombres ne soient recouvertes d'un léger voile.

1423. Ecrans colorés. — Les plaques préparées à l'éosinate d'argent ne nécessitent pas l'emploi d'un écran coloré destiné à arrêter certaines radiations dans le cas de la photographie des paysages; les plaques ordinaires à l'éosine nécessitent toujours l'emploi d'un écran jaune placé soit en avant de l'objectif, soit en contact du diaphragme, soit devant la couche sensible.

Lorsqu'on opère en plein air, par un ciel pur, il faut tenir compte de la lumière directe du soleil et de celle du ciel. Le côté éclairé par le soleil agit d'une manière très intense sur la plaque, à cause, de la richesse de cette lumière en rayons jaunes. Les ombres éclairées seulement par les rayons bleus de la lumière du ciel accuseront d'une manière trop prépondérante l'effet des rayons bleus. Le peu de sensibilité pour le bleu des plaques à l'éosinate d'argent est dans ce cas un sûr garant contre Faction exagérée de ces rayons; mais en utilisant des plaques ordinaires à l'éosine, qui sont deux fois et demie plus sensibles au bleu que les plaques à l'éosinate, l'emploi d'un écran jaune est indispensable.

1. Bulletin de la Soeiété française de photographié, 189ï, p. :>!>U.

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