CHAPITRE V
PROCÉDÉS PELLICULAIRES.
§ 1er. Surfaces sensibles pellïculaires.
1425. Préparation des pellicules sensibles. — La principale difficulté que l'on rencontre dans la préparation des pellicules sensibles provient de l'action exercée par le support sur la couche de gélatino-bromure d'argent ; l'altération de cette couche se produit assez rapidement au contact des matières organiques qui constituent le support, et cette altération est d'autant plus rapide que la sensibilité à la lumière de la préparation est plus grande.
MM. Planchon et Ce évitent cet inconvénient en fixant la couche de gélatino-bromure d'argent sur un cadre métallique recouvert de vernis, cadre qui maintient la rigidité de la surface sensible. Ces pellicules, fabriquées dans l'usine de MM. Lumière, à Lyon, se traitent dans le châssis et dans les bains de développement, fixage, etc., exactement comme les plaques, grâce à la rigidité du cadre métallique qui leur sert de support.
Les surfaces sensibles étendues sur celluloïd sont fabriquées par plusieurs industriels et livrées soit en feuilles coupées aux dimensions photographiques, soit en bandes de longueur déterminée pour l'usage des châssis à rouleaux. Par suite de la présence du camphre, de l'acétate d'amyle qui entre dans la composition du support, la sensibilité de la couche de gélatino-bromure d'argent diminue plus ou moins rapidement : cependant ces surfaces sont d'un bon usage pour obtenir des épreuves posées.
MM. Lumière ont préparé, sur nos indications, un papier au gélatinobromure dont la conservation est d'assez longue durée. Le procédé décrit par nous, en 1877, consiste à étendre la couche sensible sur un papier aussi pur que possible, recouvert d'une couche de caoutchouc dissous dans la benzine (II, 491). Pour obtenir des surfaces se conservant pendant longtemps, il est indispensable que la benzine soit pure et surtout exempte de lliiophène. Dans ces conditions, la sensibilité ne diminue que très lentement. Le négatif étant développé, on le transporte sur verre, sur pellicule de gélatine, de collodion, etc., par les procédés de transfert utilisés dans le mode d'impression dit au charbon. Le papier préparé par MM. Lumière donne des surfaces plus sensibles que celles qui sont étendues sur plaque, comme l'a montré M. Golson2. M. Balagny a montré que la pellicule de gélatine
1. C. Fabre, La Photographie sur plaque sèche, 1880, et Bulletin de l'Association belge de photographie, 1880, p. 1:25; 1881, p. 28. — 2. Bulletin de la Société française de photographie, 1897, p. 207.
transport i<es négatifs.
formant l'image était des plus maniables, et que les négatifs obtenus ne le cédaient en rien à ceux obtenus par d'autres procédés.
MM. Wellington et Ward ont récemment mis dans le commerce deux variétés de pellicules : l'une assez épaisse pour être suffisamment rigide si elle est employée dans les châssis ordinaires; L'autre, très mince au contraire, si elle est destinée à être employée avec les châfisis à rouleaux. Elle ne comporte aucun support en papier, est imperméable à l'eau; elle est sensibilisée des deux côtés et présente en outre l'avantage de se maintenir plane pendant toutes Les manipulations et de n'avoir qu'une action extrêmement faible sur l'émulsion.
Le papier négatif au bromure ou au gélatino-bromure d'argent offre des avantages sérieux dès qu'il s'agit d'obtenir des négatifs de grand format (30 X 'iO centimètres et au-dessus); il est moins coûteux que les pellicules, plus exempt de défauts que ces dernières; mais, avec bien des papiers, la durée d'exposition à la chambre noire est plus longue que lorsqu'on travaille avec 1rs plaques ordinaires. Le révélateur à l'hydroquinone avec carbonate de soude agissant lentement est celui qui donne les meilleurs résultats. Pour rendre Le papier transparent, on enduit l'envers «le La feuille d'huile de vaseline en se servant d'un large pinceau; dès que Le papier est partout transparent, on enlève l'excès de vaseline à l'aide de papier buvard et on le sèche à une doue chaleur'.
S — Transport des négatifs bub pellicule souple.
1426. Négatifs au gélatino-bromure. — < >n a proposé l'emploi de l'acide lluorhydrique pour détacher du verre la couche de gélatine qui sert à former l'image. ( le procédé ne donne pas d'aussi bons résultats que celui qui a été indiqué par .M. Mussat2 et qui consiste à plonger le négatif terminé dans une solution aqueuse de l«>rmol à K» <>/„: on Laisse sécher, on incise les bords et on place Le négatif dans une cuvette d'eau chauffée à 50 ou 55° environ : la gélatine se soulève», abandonne Le verre; on laisse refroidir le bain : La gélatine, qui s'était d'abord distendue, reprend ses dimensions vers 30°; on la transporte sur une glace collodionnée.
M. Reeb 3 traite la couche par la solution de formol et laisse sécher. La plaque, placée horizontalement, est recouverte de collodion cuir (II, 491 1 : quand Le collodion a fait prise, on lave, on laisse sécher, on incise les bords et on soulève La pellicule La glace étant plongée dans l'eau. La pellicule, débarrassée du verre, est plongée dans un bain formé de 50c. c. de glycérine, 50 c. c. d'alcool et 1 Litre d'eau. On fait sécher la pellicule en appliquant la couche de collodion contre un verre; quand la pellicule est sèche, ou collodionne l'autre face de gélatine en employant un collodion suffisamment mince. On
I. Bulletin de V Associe* im> belge de photographie, LÔ96, p. 830. — Bulletin 'h- la Société française de photographie, L895, p. 3»~>1, — Ibid., 1885, p. 368.
laisse sécher et on sépare la pellicule d'avec le verre après l'avoir incisé sur les bords.
M. G. Roy opère de la manière suivante : le négatif à transporter sur pellicule est badigeonné pendant quinze à vingt secondes avec une solution de 50 c. c. de formol du commerce, 5 c. c. de glycérine et 100 c. c. d'eau; après avoir laissé égoutter cette dissolution, on laisse sécher la plaque à plat. Le négatif sec est incisé sur ses quatre côtés à environ 2 millimètres des bords, de façon que l'incision soit bien franche et arrive jusqu'au verre ; on plonge le négatif ainsi préparé dans une solution de carbonate de soude à 20 %• La durée de l'immersion doit être prolongée pendant quatre minutes, puis, sans laver, on plonge le négatif dans un mélange d'eau et d'acide chlorhydrique à 10 °/o- Le dégagement d'acide carbonique qui se produit sépare très rapidement la pellicule du verre ; on la reçoit sous l'eau sur une glace talquée et collodionnée , on donne un coup de rouleau de gélatine pour obtenir une planéité parfaite, puis on laisse sécher et l'on collodionne avec un collodion à 3 o/0 légèrement riciné, ou bien on double la couche avec une feuille de gélatine du commerce ramollie dans l'eau glycérinée. Quand l'ensemble est sec, on détache du verre par une simple incision, et l'on a une pellicule absolument plate qui n'a subi de modification de grandeur d'aucune sorte1.
Le procédé indiqué par M. Reeb a été légèrement modifié2. Le négatif est placé dans une solution de 10 c. c. de formol pour 100 c. c. d'eau; après une immersion de 10 minutes, on le fait sécher et on verse sur la couche de gélatine soit un collodion à 3 °/o de coton-poudre et 2 %> d'huile de ricin, soit de la gélatine : il faut par 100 c. carrés de surface environ 7 c. c. de collodion. On laisse sécher, on lave le négatif, on découpe 1 à 2 millimètres du bord avec une bonne lame à découper : la pellicule s'enlève facilement ; on l'immerge dans un bain contenant 50 c. c. de glycérine, 50 c. c. d'alcool et 1 litre d'eau. On sèche en l'appliquant sur son ancien support préalablement nettoyé avec de la glycérine étendue d'eau, on fait égoutter et l'on abandonne au séchage. L'emploi d'une solution de gélatine au lieu de collodion permet d'obtenir une pellicule assez épaisse. On place le négatif horizontalement après l'avoir traité par le formol et l'avoir lavé ; on verse à sa surface une couche de solution de gélatine, de manière à obtenir une épaisseur d'environ 2 millimètres. Cette solution est préparée, par un mélange de 10 grammes de glycérine, 500 c. c. d'eau et 75 grammes de gélatine. On fait dissoudre au bain-marie et on filtre ce liquide avant de le verser sur le négatif disposé bien horizontalement. Après dessiccation, on verse sur la couche soit un vernis, soit mieux du collodion normal qui empêche ultérieurement l'action de l'humidité sur la pellicule. Après avoir séché de nouveau, on découpe les bords avec une lame tranchante et on enlève la pellicule.
Le transport sur pellicule est très précieux pour les tirages en photocollographie, phototypographie, etc.; il permet, de plus, la conservation d'une
1. Bulletin de la Société française de photographie, 1896, p. 90. — 2. Phot. Correspondes, juillet 1896.
NÉGATIFS PELLICULAIRES.
nombreuse collection de négatifs sans craindre les accidents provenant de la fragilité du verre.
Cette fragilité est souvent cause que le négatif se brise. Si le verre eM simplement fendu en plusieurs endroits, tandis que La couche de gélatine est à peu près intacte, il faut transporter le négatif sur pellicule souple; on y parvient par le procédé que nous avons indiqué. On commence par faire glisser sous le négatif fendu une feuille de bristol, on pince le tout sur un carton, on glisse un verre bien plan au-dessous; la surface de la gélatine est alors recouverte d'un collodion épais. Quand le collodioii a fait prise, on plonge le verre et le négatif dans une solution de «"> c. c. de formol dans 100 c. c. d'eau, et on enlève la pellicule de gélatine d'après les procédés usuels; on la reporte ensuite sur un nouveau verre, ou bien on la double d'une épaisseur de gélatine.
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