RÉDUCTIONS
858. Réductions. — Nous avons vu que l'objet et son image sont liés par la loi des points conjugués, loi qui permet de déterminer la dimension de l'image lorsqu'on connaît la distance de l'objet à l'objectif et la distance focale de l'objectif. On peut donc calculer l'amplification que l'on obtiendra dans certaines conditions, et réciproquement on pourra déterminer les conditions nécessaires pour obtenir la réduction d'une image à une échelle déterminée. Si l'on suppose dans l'appareil d'agrandissement que l'écran sur lequel se peint l'image devienne l'objet et que l'épreuve à amplifier devienne l'écran, on obtiendra une image réduite de l'objet.
Les réductions ne diffèrent donc pas, en général, des reproductions que l'on est appelé à faire le plus souvent. Les règles qu'il faut observer sont extrêmement simples, surtout s'il s'agit de réduire une surface plane à une certaine dimension. Si l'on veut, par exemple, réduire une carte, on la placera verticalement sur un chevalet et, à l'aide du dispositif de M. Huguenin (182), on vérifiera si le plan de la carte est bien perpendiculaire à l'axe de l'objectif; on se servira, soit d'un triplet, soit d'un rectilinéaire ou de tout autre objectif dans lequel la distorsion est réduite au minimum. Quant au procédé photographique à employer, il dépend de la nature du sujet à reproduire; si le sujet présente des détails très fins, on aura recours soit au procédé sur collodion, soit au procédé sur albumine.
La réduction s'applique assez souvent à un négatif de dimensions moyennes (0m18 x 0m24) par exemple, que l'on veut amener au format plus petit des épreuves pour projection. Dans ce cas, on opère à la chambre noire en plaçant derrière le grand négatif un verre dépoli
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que l'on éclaire uniformément et avec plus ou moins d'intensité selon la nature du négatif. L'emploi d'une chambre noire à trois corps (fig. f7P, 182) est particulièrement avantageux pour ce procédé; on peut aussi se servir de deux chambres noires, comme s'il s'agissait d'obtenir un agrandissement (828) : ces deux chambres sont quelquefois appelées chambres ù foyers conjugues.
Dans certains cas, la réduction d'un grand sujet donne des images tellement petites qu'elles ne sont plus visibles qu'à la loupe, ou bien à l'aide d'un appareil de projection ; on comprend que, dans ce cas, les images doivent être extrêmement nettes. Il faut employer d'excellents objectifs à foyer assez court, et la mise au point doit être réglée avec une forte loupe servant à examiner l'image qui se forme sur une glace polie occupant la place que viendra prendre plus tard la couche sensible. Cette surface sensible sera obtenue soit à l'aide de collodion, soit à l'aide de l'albumine.
Ce procédé de réduction a été recommandé pour photographier des documents importants tels que les actes de l'état civil, le livre de la dette publique, etc.; on pourrait conserver ainsi sous un faible volume et reproduire à un certain nombre d'exemplaires les documents les plus précieux que la photographie, avec son caractère d'indéniable authenticité, permettrait de multiplier suivant les besoins. Ces applications sont jusqu'à ce jour extrêmement restreintes; on a réduit ainsi des pages de divers auteurs, de livres sacrés, etc. Ce sont là des objets de pure curiosité.
859. Applications à l'envoi des dépêches. — L'une des applications les plus intéressantes et les plus utiles que l'on fasse des réductions photographiques est celle qui consiste à les employer au service des dépèches. Ce moyen est extrêmement précieux en temps de guerre : les dépèches peuvent être copiées à un très grand nombre d'exemplaires sur des pellicules d'une légèreté et d'une souplesse extraordinaire; on leur fait franchir les lignes ennemies par le service des pigeons voyageurs.
Le procédé qui a fourni les meilleurs résultats consiste à imprimer les dépèches en gros caractères typographiques; les épreuves de ces dépêches sont collées sur des panneaux et reproduits d'une manière très nette par la photographie. En pratique, on les réunit par panneaux de douze à seize pages in-folio contenant un très grand nombre de dépêches (on a pu en reproduire ainsi plus de trois mille). Ce
grand panneau est réduit sur une glace sensible préparée au collodion. On choisit un collodion donnant des images aussi fines que possible. Les seize in-folio, formant un panneau d'environ 2"1 X 2m60, sont réduits sur une seule glace de 0m036 X 0,n060; on obtient ainsi à l'aide du procédé au collodion un phototype négatif dont on tire par superposition autant de positives qu'il est nécessaire. Pour ce tirage, on emploie un collodion très mince, très souple et donnant des images très fines; on détache ces pellicules soit à l'aide d'une faible couche de caoutchouc, soit à l'aide de gélatine ou partout autre moyen ; l'important est d'obtenir une pellicule souple, transparente, et qui, pour le format indiqué, ne pèse pas plus de Orr025. C'est ainsi que pendant la guerre de 1870, Dagron a préparé des pellicules assez légères pour que l'administration des télégraphes puisse conlier à un seul pigeon dix-huit pellicules pesant moins d'un demi-gramme et donnant un total de plus de cinquante mille dépêches; c'est là un chiffre maximum. En pratique, chaque pigeon peut porter dix pellicules, qui contiennent plus de trente mille dépêches.
La lecture de ces dépêches, à l'arrivée, se fait à l'aide d'un appareil d'agrandissement qui les projette sur un écran; on les photographie de nouveau et on les adresse au destinataire par les voies en usage dans le service télégraphique.
Les procédés anciens (collodion, albumine) sont à peu près exclusivement employés pour la confection de ces dépêches. Nous n'avons pas à indiquer ici les moyens qui permettent de rendre les manipulations faciles et certaines, car le service des dépêches par pigeons est, en France, sous la dépendance de l'administration de la guerre; c'est un auxiliaire précieux pour la défense du territoire.
L'envoi des dépêches par pigeons voyageurs a été proposé en 1870 par Barreswil*. De Lafollye et Biaise photographiaient les dépêches écrites en gros caractères sur panneaux bien plans ; la réduction était faite à ~ de la dimension originale. Suivant les indications de Barreswil, les phototypes négatifs étaient faits à un très grand nombre d'exemplaires. Biaise et Terpereau, de Bordeaux, les imprimaient sur papier albuminé préparé de façon à recevoir une épreuve sur chaque face. Marne, de Tours, et Juliot montrèrent les avantages que l'on peut retirer de la reproduction d'une impression typographique. Les gros caractères typographiques sont bien supérieurs aux meilleures copies faites à la main qui, par réduction, deviennent par trop fines. Dagron, Fernique et Poisot2, partis de Paris en ballon le
1. De Lafollye, Dépêches par pigeons voyageurs pendant le siège de Paris.
2. Bulletin de la Société française de photographie, 1871, p. 12.
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12 novembre 1870 et arrivés à Tours neuf jours après en échappant à grand'peine aux lignes ennemies, essayèrent d'employer les moyens usités alors en photomicrographie ; ils durent y renoncer «4 utilisèrent les procédés que nous avons décrits plus haut. (i. Lévy, l'habile photographe alors attaché à la mission d'Almeida1, fut aussi L'un de ceux qui mirent leur talent au service de L'Administration pendant la guerre de 1870. Les procédés employés dès Le début ont été singulièrement perfectionnés, et grâce à la photographie, il ne parait pas possible à l'heure actuelle de priver de communications avec le dehors une ville quelconque malgré l'investissement le plus rigoureux.
860. Procédé industriel. La production des images microscopiques destinées à être collées à l'extrémité d'un stanhope s'exécute industriellement on copiant un grand négatif. La copie se fait à
un 1res grand nombre d'exemplaires à La Pois (neuf, vingt-cinq ou même cinquante), grâce à une planchette portanl un grand nombre d'objectifs fixés sur «m carré métallique (flg. 630), Ces objectifs sont disposés sur une planchette métallique de manière à former tous leur foyer principal sur un même plan : avec cinquante objectifs on obtient cinquante images sur une surface de ()"M)(i X 0mV2. On se sert en général d'une plaque de La dimension 0*13 x 0*18 qui. grâce à un châssis multiplicateur semblable à ceux employés dans les chambres à portraits, permet d'obtenir cent imagos sur La même plaque.
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Fig. G.'JU.