EMPLOI DBS SELS DE MANGANÈSE
légèrement gélatine ; après une minute de contact, on enlève l'excès de solution sensible en plaçant la feuille entre des papiers buvards, puis on la fait sécher à l'abri de la poussière et de la lumière. L'exposition a lieu sous une image positive. Si l'on a bien opéré, la durée de l'impression est plus longue que celle du papier albuminé. Quand les grands blancs de l'épreuve sont complètement décolorés, on immerge l'image dans une solution à 5 •/© de chlorhydrate de paramidophénol; quand l'image présente l'intensité convenable, on élimine par un lavage les divers sels solubles qui imprègnent le papier, ce qui n'exige que quelques minutes, on enlève la teinte jaunâtre de l'image à l'aide d'une solution faible d'acide chlorhydrique.
Les épreuves sont diversement colorées suivant le développement employé. MM. Lumière ont indiqué sommairement dans un tableau (page 284) les colorations auxquelles peuvent donner lieu quelquesuns des plus importants développateurs. En combinant deux ou plusieurs réactifs indiqués dans ce tableau, il est possible d'obtenir des réactions colorées intermédiaires qui, suivant les proportions, se rapprochent plus ou moins de celles qu'aurait donné chacun des réactifs, mais à condition que les développateurs mélangés ne réagissent pas Pun sur l'autre.
Les épreuves développées avec les sels d'aniline sont détruites très rapidement par les rayons solaires, tandis que celles que donne le chlorhydrate de paramidophénol possèdent une inaltérabilité remarquable. Le précipité qui se produit dans une solution de lactate manganique, lorsqu'on l'additionne de chlorhydrate de paramidophénol, est constitué par une substance brune, peu soluble, ne contenant pas de manganèse.
Lorsqu'on projette un spectre sur papier gélatine, sensibilisé à l'oxalate manganique, on peut remarquer que le maximum de réduction a lieu entre le jaune et le vert. SI le temps d'exposition est suffisant, l'impression peut s'étendre à toute la partie visible du spectre. La courbe de l'actinisme coïncide presque avec celle des intensités lumineuses, à cette différence près que le maximum d'action chimique est un peu déplacé du côté des rayons les plus réfrangibles et reportés entre D et E».
M. Harrisson a proposé l'emploi du chlorate de manganèse. Il obtient ce sel en mélangeant deux solutions : À) sulfate de manganèse,
]f pnllefin de la Soeiité françaiêe de photoçraphief 189^.
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40 grammes; eau, 1,000 c. c; B) chlorate de baryte, 60 grammes; eau, 1,000 c. c. : il se forme un précipité blanc de sulfate de baryte qu'on laisse déposer, on décante et on applique le liquide clair au pinceau sur une feuille de bon papier, on passe au besoin deux couches; par exposition au soleil on obtient une épreuve d'un bleu foncé*.
1208. Emploi des sels de cobalt. —En traitant à froid le sesquioxyde de cobalt du commerce par une solution concentrée d'acide oxalique, MM. Lumière ont obtenu une liqueur verte qu'ils considèrent comme une solution d'oxalate cobaltique, suffisamment stable pour être utilisée photographiquement. Si Ton imprègne une feuille de papier gélatine de cette solution et qu'on la fasse sécher rapidement dans l'obscurité, la couche de gélatine reste colorée en vert et le papier ainsi obtenu est très sensible à la lumière : le sel cobaltique vert passe à l'état de sel cobalteux rose. Après avoir exposé à la lumière sous un positif une feuille de papier ainsi préparée, il s'agit , comme dans les procédés aux sels manganiques, de différencier par un réactif convenable le sel cobaltique du sel cobalteux, de façon à accentuer l'épreuve et à la fixer.
L'oxalate cobaltique possédant des propriétés oxydantes moins nettes que celles présentées par les sels manganiques, le développement ne peut être effectué avec les substances qui donnent de bons résultats lorsqu'on emploie les sels de manganèse. MM. Lumière n'ont pu développer et fixer les images aux sels de cobalt que par l'hématoxyline et la benzidine ou la toluidine et leurs chlorhydrates. L'hématoxyline donne une épreuve bleue violacée, virant au rouge par l'acide chlorhydrique. La benzidine, la toluidine et leurs chlorhydrates, oxydés par le sel cobaltique dans les points non réduits par la lumière, donnent des colorations bleues intenses, que l'ammoniaque fait virer au brun et l'acide chlorhydrique au jaune p&le.
L'emploi des sels cobaltiques offre de nombreuses difficultés : la substance sensible s'altère très rapidement et le papier ne se conserve que quelques jours. Les réactifs developpateurs sont peu nombreux ; la gamme des tons qu'ils fournissent est peu étendue et ces épreuves n'ont pas la stabilité de celles que donnent les préparations manganiques ; mais ces sels sont relativement très sensibles à la lumière, ce qui pourrait constituer un avantage précieux quand on aura découvert un bon révélateur.
1209. — Photographie aux sels de chrome. — Artigues a obtenu de belles épreuves par l'emploi du bichromate de potasse et de l'amidon *. On fait une solution de colle d'amidon plus fluide que celle employée pour le montage des épreuves; on incorpore dans cette colle une matière colo-
]. Photo-gazettâ, 1892, p. 216. — 2. L' Amateur photographe, 1891, p. 196.
286 TRAiré ENCYCLOPÉDIQUE DE PHOTOGtlAPfilE.
rante finement broyée , et à Taide d'une brosse en blaireau on en recouvre la surface d'une feuille de papier blanc; on laisse sécher. Ce papier se conserve fort longtemps à l'abri de l'humidité. Pour le rendre sensible à la lumière, on le fait flotter pendant cinq à six minutes» du côté non préparé, sur un bain de bichromate de potasse assez concentré, par exemple 120 grammes de bichromate de potasse dissous dans 1^000 c. c. d'eau, on laisse sécher dans Tobscurité; on expose ensuite le papier sous un négatif, pendant trois minutes au soleil , une heure k Tombre par un temps couvert, on développe l'image à Teau chaude, on lave abondamment atin d'éliminer tout le bichromate. On peut mélanger à l'eau chaude de la sciure de bois, ou bien passer un blaireau sur l'épreuve pour activer le développement (683).
1210. Procédés diazotypes. ^ MM. Green, Cross et Bevan ont découvert, dans un dérivé de la primuline, un corps diazoîque assez sensible à la lumière pour pouvoir être utilisé en photographie. Les aminés primaires peuvent être transformées en corps diazoîques facilement décomposables; il suffit de faire agir l'acide nitreux. Si l'on prend un de ces corps fraîchement préparé en dissolution aqueuse et qu'on y ajoute une aminé ou un phénol également dissous, il se forme immédiatement un abondant précipité de matières colorantes azoïques dont la teinte peut être jaune-orange, rouge-violet ou bleu, suivant les cas. Presque tous les corps diazoîques se décomposent au bout d'un certains temps par l'action de la lumière; ils abandonnent de l'azote et perdent ainsi la faculté d'engendrer des matières colorantes *.
La primuline, qu'on appelle aussi auréoline, jaune-camélèon, sulûne, polychromine, thiochromogène, est le sel de soude de l'acide sulûné d'une aminé primaire appelée dihydrothioparatoluidine; c'est une poudre jaune, soluble dans l'eau, teignant facilement le coton, la soie, le papier, et lorsqu'elle est ainsi fixée, elle peut subir diverses réactions. Pour obtenir des images photographiques, on opère de la manière suivante :
On fait dissoudre au bain de sable 10 grammes de primuline dans 320 c. c. d'eau bouillante , on décante le liquide. Ce bain de teinture est maintenu chaud et on s'en sert pour teindre du papier ou du calicot, ce qui n'exige que quelques minutes. Par égouttage et lavage à l'eau on enlève l'excès du colorant, et la substance teinte est plongée dans im bain contenant 1 litre d'eau, 6 grammes de nitrite de soude et 14 c. c. d'acide chlorhydrique. Le corps diazoîque se forme et la teinte passe au brun rougeâtre ; on lave à l'eau et on fait sécher dans l'obscurité. La surface sensible est ainsi préparée : on l'expose au châssis-presse, sous le dessin à reproduire. La durée de l'exposition est plus courte que celle nécessitée par le papier albuminé au chlorure d'argent; dans les parties insolées, la couleur vire au jaune pille.
Les parties qui n'ont pas été atteintes par la lumière sont susceptibles de fournir par le bain de développement une matière colorante; on produit donc un positif avec un positif. On emploiera différents bains, suivant la couleur à obtenir.
1. Phat. Woehenhlatt, 1890, pp. 846, 866, et Phot. Arehiv.f 1890, p. 821.
PHOTOCOPIÉS SUR ÉTOFFE. Ô87
Le bain destiné à fournir la teinte rouge s'obtient en dissolvant 6 grammes de soude ou de potasse caustique dans 10 c. c. d'eau, on triture ce liquide dans un mortier avec 4 grammes de p-naphtol, puis on ajoute assez d'eau pour faire 480 c. c.
La teinte orange s'obtient à l'aide d'un bain contenant 3 grammes de résorcine, 480 c. c. d'eau et 5 grammes de soude ou de potasse caustique.
Une belle couleur pourpre est obtenue par l'emploi d'un bain de 6 grammes d'acide chlorhydrique, 6 grammes d'a-naphtylamino, 480 c. c. d'eau.
Un bain de 6 grammes d'iconogéne et 480 c. c. d'eau produit des épreuves d'une belle couleur noire.
Si l'impression s'effectue sur étoffe, il faut prendre certaines précautions que l'on observait autrefois lorsque l'on faisait des photographies sur soie. Gooper *, pour éviter le déplacement de l'étoffe lorsqu'on examine la venue de l'image, se servait d'un carré de carton très uni et un peu plus grand que le morceau de soie qu'on y fixait par ses quatre coins au moyen de quelques morceaux de papier gommé ; de cette manière, l'opérateur pouvait suivre la marche de l'impression sans déranger le tissu. On doit opérer ainsi avec toutes les étoffes qui, par suite de leur souplesse, se déplacent facilement dans le ch&ssis-presse.
Lorsque l'exposition à la lumière est jugée suffisante, on plonge l'épreuve dans le bain de développement, on lave et on fait sécher. Les images obtenues possèdent presque toujours un fond jaunâtre. On peut obtenir diverses teintes sur la même épreuve en appliquant le développateur à l'aide du pinceau.
M. Feer a mis a profit une autre propriété des corps diazoïques : ils forment avec le sulfite de soude des sels diazosulfoniques bien cristallisés dans lesquels les propriétés des combinaisons diazoïques sont complètement masquées. Si on mélange ces sels avec une aminé ou un phénol, on obtient des liquides incolores que l'on peut étendre à la surface d'une feuille de papier. Après séchage dans l'obscurité, si on expose à la lumière, le groupe diazoïque étant mis en liberté exerce son effet ordinaire sur l'aminé ou le phénol et donne naissance à une matière colorante qui se fixe sur la fihre du papier. Après exposition à la lumière, il suffit de laver l'image avec une certaine quantité d'eau qui enlève immédiatement l'excédent du mélange primitif : on obtient une épreuve colorée positive si l'on a insolé sous un négatif.
On obtient des images rouge écarlate avec le sel diazosulfonique de la pseudocumidine avec une solution de f-naphtol dans la soude. Si on remplace le p-naphtol par l'a-naphtylamine, on obtient des images violettes, tandis qu'avec la résorcine on obtiendra des images oranges. Les fonds obtenus sont parfaitement blancs.
1211. Procédés de M. Villain. — M. Villain ^ a utilisé la particularité que présentent les sels de chrome de se transformer et de se fixer à l'état de mordant sur les tissus et sur les papiers, sous l'action de la lumière, pour obtenir des épreuves de teintes diverses, qu'il considère comme offrant une
1. Bépertoire encyclopédique de photographie^ 1864, p. 360. — 2. Bulletin de la Société françaiêe de photographie^ 1892, p. 336.
grande résistance à raclion de la lumière, des alcalis, des acides ; il a fait observer qu'en teinture ces produits donnent sur tous les tissus des teintes diverses considérées comme inaltérables.
M. Villain' emploie comme sel sensible le bichromate d'ammoniaque, auquel il ajoute du métavanadate d'ammoniaque ; la solution renferme : eau, 1,000 c. c; bichromate d'ammoniaque, 50 grammes; métavanadate d'ammoniaque, 5 grammes ; on plonge dans ce bain la feuiUe de papier ou le tissu à sensibiliser; on fait sécher h une température qui ne doit pas dépasser 25o, car k 30* on constate que l'image commence à se voUer.
On expose la surface sensible sous un négatif, et, lorsque les détails de l'image paraissent suffisamment imprimés, on lave à Feau distillée pour éliminer le sel de chrome non décomposé. L'épreuve peut être conservée en cet état; il n'y a qu'à la mouiller en la trempant dans Feau chaude quand on veut procéder à la teinture. Limage bien lavée est placée dans le bain de teinture formé avec la matière colorante choisie, on amène ce bain à la température de Tébullition. Si l'épreuve présente des blancs légèrement voilés, on la plonge dans un bain chaud de savon et de carbonate de soude ou dans un bain froid de chlorure de chaux additionné de quelques gouttes d'acide chlorhydrique, on élimine les dernières traces d'acide par un bain faiblement alcalin dans lequel on plonge l'épreuve terminée. Les matières colorantes recommandées par M. Villain sont : les alizarines artificielles, la galloflavine, la purpurine, l'orange, le jaune, le marron et le vert d'alizarines, Talizarine bleu indigo, la gallèine, la céruléine. Tous ces produits peuvent se mélanger entre eux et fournir une gamme très variée de nuances très solides.