APPAREILS SPÉCIAUX
1129. Chambres panoramiques. — M. Damoizeau a construit, sous le nom de cyclographe, un appareil à foyer variable permettant d'obtenir une vue d'un tour d'horizon complet. Cet instrument {fig. 70) produit donc directement et en une seule pose des vues embrassant un angle de 360<*. Les négatifs s'obtiennent soit sur papier recouvert d'émulsion au gélatino-bromure, soit sur pellicule transparente.
Le principe théorique sur lequel est basée la construction de cet instrument consiste dans le synchronisme qui existe entre le chemin parcouru par le point nodal d'émergence de l'objectif employé et le chemin parcouru par la bande sensible qui se déroule sans solution de continuité dans le châssis négatif. On peut donc obtenir des panoramas d'une longueur considérable, bien que le châssis soit de petites dimensions, car la bande de pellicule est emmagasinée comme dans les châssis à rouleau.
L'appareil se compose d'une chambre noire montée sur un chariot pivotant sur un plateau circulaire {fig. 71); l'avant porte une planchette destinée à recevoir les divers objectifs : elle peut s'élever et s'abaisser entre deux coulisses comme dans tous les appareils ordinaires.
L'arrière de la chambre constitue un châssis à rouleau d'un système particulier : ce châssis renferme le papier sensible monté sur une bobine spéciale. Après avoir passé au foyer de l'objectif, il s'en-
roule sur une autre bobine. L'enlratnement de la surface sensible est produit au moyen d'un cylindre conducteur qui est commandé par un mouvement d'horlogerie placé sous le châssis à rouleaux.
Le plateau circulaire soutient le chariot, grjîce d'une pari à deux galets forés, et, d'autre part, grâce au mouvement d'horlogerie dont le
Fig. 70.
barillet roule sur le plateau en donnant par simple adhérence sur ce dernier le mouvement de translation à tout ie système.
Le chariot porte deux coulîsseaux mobiles fonctionnant en sens inverse au moyen de crémaillères manœuvrées par des pignons commandés eux-mêmes de l'extérieur du chariot. C'est au coulisseau d'avant qu'est fixé le cadre porte-objectif dont la partie arrière contient le soufflet; le coulisseau d'arrière porte la chambre noire proprement dite. C'est dans la partie postérieure de cette chambre {fig. 72);que se trouve le cylindre conducteur, mù directement par le
168 THAITÉ ENCYCLOPÉDIQDE DE PHOTOGRAPHIE.
inouvemeot d'horlogerie et donnant k la bande sensible la vitesse de translation convenable. Cette vitesse est toujours proportionnelle an chemin parcouru par le point nodal d'émergence toumaDt autour du centre de rotation de l'appareil. Il faut donc par constnictiOD déterminer la distance entre le point nodal d'émergence et l'axe de rotation, puis entre celui-ci et le plan focal. L'appareil est construit de telle sorte que ce rapport soit Invariable, quelle que soit la distance focale principale de l'objectif employé. A l'arrière de la cbambre se trouvent deux cylindres : ce sont deus bobines interchangeables : l'une sert de magasin k la matière sensible; l'autre sert k la rece-
Kg. 71.
voir après son impression par la lumière. Les bobines sont construites pour enrouler environ 5 mètres de papier et le double de pellicule de la maison Cristallos.
La fraction d'image reçue sur la plaque sensible est déterminée par deux écrans opaques qui laissent démasquée une bande plus ou moins étroite de la préparation. Ce dispositif, qui se manœuvre de l'extérieur, permet de modifier la durée du temps de pose, même pendant l'opération. Un volet placé en avant sert d'obturateur et, au moyen d'un mécanisme très simple, ne s'ouvre qu'au moment où l'on déclenche le mouvement d'horlogerie. Il se referme au moment de l'arrôt de l'appareil.
Sur le dessus de la chambre et encastré dans l'épaisseur du bois se trouve un compteur g^ qui sert à indiquer la quantité de matière sensible utilisée et surtout celle restant disponible. Ce compteur est composé de deux engrenages superposés ayant un nombre égal de dents et commandés en même temps par un même pignon, lequel est directement fixé sur le cylindre conducteur. L'aiguille indicatrice est rivée à l'engrenage du dessous dont le centre traverse celui du dessus. Ce dernier est divisé et gradué en mètres et centimètres. Ce compteur est monté sur une tige fixée à la chambre par une platine et soutenue par un ressort. Lorsqu'un panorama est pris, on pointe la pellicule pour savoir exactement à quel endroit il faudra la couper.
Le chargement de l'appareil ou mise en place des bobines de pellicules sensibles peut s'efl'ectuer en pleine lumière. Les bandes sont munies, au commencement et à la fin, d'une certaine longueur de papier noir ou rouge qui protège efficacement la matière sensible avant son entrée dans l'appareil et après sa sortie en pleine lumière, dispositif indiqué par Silvy (123). Au lieu de la simple soie jaune employée primitivement et qui suffisait pour protéger le papier ciré ", M. Damoizeau colle à Tune des extrémités de la pellicule sensible une feuille de papier noir et à l'autre extrémité une feuille de papier rouge; on a au préalable enroulé sur la bobine d'abord le papier rouge, puis la pellicule, et enfin le papier noir, qui permet de la manœuvrer en pleine lumière; après exposition de la pellicule dans le châssis à rouleau, ce sera la partie rouge qui se trouvera à l'extérieur, de telle sorte qu'on ne pourra commettre d'erreur. On ouvre la partie postérieure du châssis à rouleaux {fig. 72) et l'on place dans le compartiment de droite la bobine H, qui contient la pellicule que l'on désire utiliser; on déroule une partie du papier noir et on en introduit l'extrémité dans la fente de la bobine de gauche H' ; on fait faire avec la main un tour ou un tour et demi à cette bobine, de manière à tendre la bande, et on ferme l'appareil. On s'assure que cette tension est suffisante en soulevant la trape de gauche située sur la partie extérieure de l'appareil et on imprime à la bobine un mouvement de rotation dans le sens de l'enroulement. Cette opération tend définitivement la bande et amène le commencement de la partie sensible audevant de la fente par où doit pénétrer la lumière qui impressionnera la pellicule. On s'assure que le commencement de cette bande sen-
l. Bulletin de la SoeUté française de photographie^ 1870, p. 38.
sible est arrivé au centre en ouvrant le petit volet du milieu que I'od Terme aussitôt la reconnaissance faite. C'est à ce moment qu'il faut régler le compteur sur lu longueur de bande que l'on doit utiliser. Ce réglage s'effectue en dévissant deux à trois fileta de l'écrou qui maintient le système en place, de manière à rendre libre l'engrenage du dessus; on fait tourner ce dernier jusqu'à ce que l'aiguille soit sur le
Fig 72.
chiffre correspondant à la quantité de matière placée dans l'appareil; on remet alors le tout en place.
Le réglage de l'appareil a pour but de vérifier si le rapport des deux distances (longueur focale principale à l'axe de rotation d'une part, et distance de l'axe de rotation à la pellicule sensible) est constant. On le vérifie à l'aide d'une bande de pellicule dépolie ou de toile à calquer ou simplement de papier végétal, enroulée sur une bobine mise à la place de la matière sensible et fixée à la bobine réceptrice; après avoir tendu ce papier à l'aide des bobines, on ouvre la petite trappe du milieu et.on met au point. On trace alors sur la bande transparente
introduite un trait de crayon que Ton fait coïncider avec un point quelconque de l'horizon , on fait fonctionner le mouvement d'horlogerie et l'on examine le point de l'horizon avec lequel on a fait coïncider le trait de crayon. L'objet et le trait doivent toujours se superposer pendant le mouvement de gauche à droite que possède la bande transparente. Si l'on remarque que le repère est en avance sur l'image de l'objet visé, c'est que le barrillet est trop éloigné du centre de rotation ; on le rapproche alors au moyen de la vis qui traverse le pivot et qui se manœuvre par le bouton K {flg. 70), Si, au contraire, c'est le repère qui est en retard, il faut éloigner le barrillet du centre de rotation en tournant le bouton K en sens contraire. Quand le repère et l'objet se superposent pendant que dure le passage de la bande entre les deux palettes ouvertes en grand, c'est que l'appareil est réglé. On remplace alors la bobine qui a servi au réglage par une autre garnie de matière sensible, et l'on peut opérer après avoir fermé l'appareil et remonté le ressort du mouvement.
Si l'appareil est fermé et qu'une bande sensible ait déjà été entamée, on fait la mise au point à l'aide d'une petite chambre noire, chambre noire que l'on aperçoit en place sur la figure 70. L'objectif est amené en face du petit soufflet; on fixe alors celui-ci sur la planchette qui porte cet objectif et la mise au point se fait comme à l'ordinaire, au moyen des boutons placés à droite et à gauche du chariot. Une loupe préalablement bien réglée est adaptée au centre d'un rideau mobile et sert pour la mise au point en supprimant le voile ; elle peut monter et descendre et permet de s'assurer de la position de l'image.
Une petite bande de métal est disposée à l'avant du chariot afin de faire les repères nécessaires pour la mise au point des divers objectifs que l'on veut employer. Pour chaque objectif, il est nécessaire également de marquer un repère sur l'une des bandes de cuivre servant à guider le pivot qui change de position pour chaque objectif employé.
La mise au point s'effectue en général sur des objets situés à cent fois la distance focale principale de l'objectif. Les vues panoramiques ne présentent pas le plus souvent de premiers plans, et d'un autre côté les objectifs employés sont d'un foyer assez court pour permettre une mise au point fixe.
La mise au point et le chargement de l'appareil étant effectués, il suffit, pour opérer, de déplacer le levier N {fig. 73), Ce levier, au
repos, est dans la position verticale ; il commande le frein du moarement d'horlogerie, et en même temps le volet intérieur mû par ta cordelette R. Cette cordelette doit être fixée comme l'iadique la figure au levier N quand celui-ci est au cran de repos. Par ledëpla' cernent du levier d'avant en arriére, on met l'appareil en marche, le volet intérieur s'ouvre, la bande sensible se déroule devant l'objectif
Fig. 73.
sans solution de conlinuitê et s'enroule après avoir été impressionnée.
Le mouvement d'horlogerie est à vitesses variables et l'on peut effectuer la rotation complète en un temps plus ou moins long. La disposition toute spéciale du diaphragme mobile placé près de la surface sensible permet de calculer facilement la durée du temps de pose. En effet, connaissant la durée en secondes d'une révolution entière de l'appareil, le développement de la circonférence engendrée par la longueur focale de l'objectif employé et l'ouverture des palettes mobiles, ouverture qui limite la portion de lumière arrivant sur la
APPARRIL PANORAMIQUE. 173
surface sensible, on pourra calculer le temps qu'aura mis un point de l'horizon pour parcourir l'ouverture du diaphragme. Si, par exemple, un panorama de 2 mètres de long a été obtenu en dix secondes avec une ouverture de 0™002 du diaphragme mobile, chaque point de la surface sensible n'a posé en réalité que 0«01. Ce diaphragme mobile est mû de l'extérieur au moyen de deux disques dentés. Le frottement est faible, et on peut, au besoin pendant la pose, modérer la lumière dans les parties trop éclairées, et, au contraire, augmenter cette lumière dans les parties sombres, ce qui correspond à une diminution de pose dans les parties trop éclairées et à une augmentation dans les parties qui le sont faiblement. C'est là un dispositif très utile pour obtenir un panorama complet, car dans les vues de cette nature la différence de lumière est considérable entre la partie directement exposée aux rayons solaires et celle qui lui est opposée. Les lointains, les vues de montagnes couvertes de neige envoient plus de lumière que les premiers plans. La disposition du diaphragme mobile obvie à cet inconvénient en augmentant la lumière des premiers plans sans nuire à celle nécessaire aux derniers. Les deux palettes mobiles qui constituent le diaphragme sont taillées de manière à donner une ouverture plus grande dans le haut : c'est la partie qui correspond aux plans les plus rapprochés et plus étroite dans le bas, partie qui sera impressionnée par les plans les plus éloignés.
Pour le transport, Tappareil se replie de manière à former un ensemble peu volumineux, eu égard à la longueur considérable des panoramas que Ton peut obtenir. Le format de l'appareil est très réduit, d'une part à cause de l'emploi de pellicules enroulées, et, d'autre part, à cause de la position de l'axe de rotation. Cet axe rencontre l'axe de l'objectif en un point situé entre le point nodal d'émergence et la surface sensible. C'est ainsi qu'en employant un objectif de 0"50 de distance focale principale, il suffit d'un plateau ayant 0"30. Si l'objectif pivotait autour de son point nodal d'émergence, il faudrait un plateau de 1 mètre de diamètre. Les dimensions sont donc fort réduites et le volume de l'instrument ne dépasse pas celui d'un appareil ordinaire qui donnerait des images de même hauteur.
ni TRAITÉ ENCYGLOPéDIQUE DE PHOTOGRAPHIE.