CONSERVATION DES PLAQUES
bichromate de potasse ne peut donner de glaces extra-rapides , même après des lavages très prolongés. Les glaces ainsi préparées fournissent des images très brillantes.
MM. Swartz et Merklin ont fait breveter l'emploi de Toxyméthylsulfonate d'argent et d'ammoniaque pour la préparation de couches très sensibles. Le sel d'argent ou son mélange avec le sel alcalin est ajouté à l'émulsion toute faite dans la proportion de 1 à 2 parties pour 100 parties de sel haloïde d'argent contenu dans cette émulsion. L'action sensibilisatrice de ces composés serait due surtout à leur propriété d'absorber l'iode ou le brome.
On constate quelquefois à la surface des plaques au gélatinobromure la production de taches rondes que l'on appelle cratères; on a pendant longtemps attribué ces taches à la présence de matières grasses. M. Thouroude^ a remarqué que les cratères se produisaient d'autant plus énergiquementque les glaces séchaient avec plus de lenteur; il a supposé que chaque cratère était une culture naturelle des bactéries de l'atmosphère. Un examen microscopique lui a permis de constater ce fait et, en transportant sur des plaques recouvertes de gélatine humide des fragments de ces taches, il lui a été possible de reproduire des cratères de toute dimension; par suite, pour éviter la production de cet insuccès, il est bon d'ajouter un antiseptique à l'émulsion si le séchage doit s'effectuer pendant un temps assez long.
1152. Conservation des plaques préparées au gélatinobromure d'argent. — L'emballage des plaques au gélatino-bromure d'argent doit être fait très soigneusement, surtout lorsque les plaques sont destinées à voyager dans les pays chauds. M. MongeP proscrit absolument l'usage du foin pour emballer les boîtes renfermant les plaques sensibles. Le foin est toujours plus ou moins humide; sous l'influence d'une élévation de température, cette humidité se répand dans l'intérieur de la caisse et détériore les plaques ; celles qui sont destinées à voyager dans les pays chauds doivent élre conservées dans des boîtes métalliques bien closes. Le D"^ Tschirch a observé^ que dans des boîtes de carton les plaques ne tardent pas à moisir sous l'influence de l'humidité de l'air de Ceylan, Java, etc.
]. Bulletin de la Société françaine de photographie ^ 1S89, p. 150. — 2. Moniteur de la photographie^ 1889, p. 94. — 3. Phot Mittheilungenj n<» 393.
Le D*" E. Vogel a recherché la cause qui produit le noircissement des bords de certaines plaques à la gélatine^. Le résultat de ses recherches lui a permis de conclure que ce défaut provenait du papier d'emballage, lequel contient presque toujours de Thyposulfite de soude.
La présence d'une fine poussière d'eau salée (dans le voisinage de la mer ou sur un navire) est une cause permanente de taches. Dans ces conditions, on n'exposera les plaques à l'air que pendant le temps indispensable.
§ 2. — RÉVÉLATEUR A L'aGIDE PYROGALUQUE.
1153. Formules de bains révélateurs. — Dans presque tous les ateliers de photographie on emploie l'acide pyrogallique mélangé d'ammoniaque pour développer les plaques au gélatino-bromure. M. H. A. Wickers a montré qu'il est avantageux de remplacer l'ammoniaque par le carbonate de lithine*. L'emploi de ce sel permet d'éviter la production du voile vert dans le cas de développement longtemps prolongé: de plus, la dissolution ne dégage aucune odeur désagréable, contrairement à ce qui se passe quand on emploie l'ammoniaque. On prépare le révélateur en mélangeant : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 25 grammes; bromure de potassium,
3 grammes; carbonate de lithine, 2 grammes; acide pyrogallique;
4 grammes. La plaque exposée à la lumière est plongée dans ce bain ; le développement s'effectue d'une façon très régulière.
En général, le révélateur à l'acide pyrogallique doit renfermer une quantité de sulfite égale i\ cinq ou six fois celle d'acide pyrogallique; en observant ces proportions, on peut révéler jusqu'à trois plaques dans le même bain*. L'excès de sulfite de soude employé pour conserver l'acide pyrogallique a pour résultat de diminuer l'intensité du négatif, ce qui nécessite l'addition de fortes quantités d'acide pyrogallique pour obtenir un bon phototype*. On peut d'ailleurs développer l'image latente par la seule action du mélange d'acide pyrogallique et le sulfite de soude pur, comme l'a montré Bâte*.
Le Dr Meydenbauer a constaté que, pour la photographie d'objets
1. Phot, Mittheilnngen, 1889, n« 888. — 2. Bulletin de VÂMOciation htlge de phetographie, 1891, p. 553. — 8. JBritith Jimmal qf phatography, n» 1496. —4. The Caméra Vlmh, 1889. — 5, Brifish Jimmal ofphatûgraphy, 1884, n^ 1251 et 125$.
RÉVÉLATEUR A L'HYDROQUINONE. 219
faiblement éclairés, le développement à Tacide pyrogallique et à la soude est deux fois plus efficace que celui à l'hydroquinone ^ ; c'est là ce qui explique la faveur dont jouit ce mode de développement, surtout parmi les photographes de profession.
Au lieu d'employer le carbonate de lithine, York emploie le carbonate de magnésie à la dose de 13 grammes de ce carbonate pour 13 grammes d'acide pyrogallique^ pour un litre d'eau. La faible quantité de carbonate de magnésie qui se dissout est suffisante pour communiquer une réaction alcaline au liquide et provoquer le développement.
§ 3. — RÉVÉLATEUR A l'HYDROQUINONE.
1154. Hydroquinone et potasse. — L'emploi de carbonate de potasse dans le bain de développement à Thydroquinone donne de meilleurs résultats que l'emploi du carbonate de soude. G. Lockyer emploie un bain contenant 50 grammes de sulfite de soude, 40 grammes de carbonate de potasse, 13 grammes d'hydroquinone et un litre d'eau.
Montefiore* emploie un mélange de carbonate de potasse et de potasse caustique. Il fait dissoudre dans un litre d'eau 4 grammes de métabisulfite de potasse, IG grammes de carbonate de potasse, 5 grammes de potasse caustique et 2 grammes d'hydroquinone : ce bain développe lentement les négatifs.
Duchesne^ prépare le révélateur à l'hydroquinone à l'aide de trois solutions qui se conservent séparément pendant un temps fort long : A) eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 250 grammes; hydroquinone, 20 grammes; B) eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 250 grammes; potasse caustique, 20 grammes; G) eau, 1000 c. c; bromure de potassium, 10 grammes. Le bain de développement est composé à l'aide de ces trois solutions dont on prélève des quantités plus ou moins grandes d'après le temps de pose et l'aspect général du sujet h reproduire. Pour une vue ordinaire, lorsque le temps de pose a été exactement déterminé, on prend 65 c. c. de la solution A, 35 c. c. de B et 5 c. c. de G; pour un sujet ne présentant pas d'oppositions vives des noirs aux blancs, on mélange 55 c. c. de A, 45 c. c. de B et 8 c. c. de G; enfin, s'il s'agit d'instantanées obtenues à grande vitesse, on prépare le bain révélateur en mélangeant 50 c. c. de A, 50 c. c. de B et 1 c. c. de G.
M. Baltins a recommandé l'emploi de fortes doses de potasse caustique. Il prépare deux dissolutions qu'il mélange par parties égales : A) sulfite de soude, 100 grammes; eau distillée, 1000 c. c; hydroquinone, 25 grammes;
1. Phot. WochenhUat, 1889, d« 21. — 2. Moniteur de la photographie, 1890, p. 14. — 3. Phot. NewM, n* 1591. — 4. Bulletin de la Société françaitte de photographie, 1889, p. 217, — Ç, Briti9h Journal of Phatoçraphy^ n* 1568,
B) eau, 1 litre; potasse caustique, 100 grammes. Ce révélateur agit rapidement et la plaque développée doit être fixée dans un bain contenant du bisulfite de soude. Afin d'éviter le soulèvement de la couche, il est bon d'employer un bain de chlorure de sodium avant le fixage de la plaque, Payne * fait dissoudre 8 grammes de métabisultile de potasse, Of»? de bromure de potassium et 8 grammes d'hydroquinone dans 1 litre d'eau; il niôlanjje le liquide obtenu avec une dissolution de 17 grammes de potasse ctiuslique dans un litre d'eau. Reeb* emploie un bain renfermant 60 grammes de sulfite de soude, 8 grammes d'hydroquinone, 33 grammes depotass(* caustique pour un litre d'eau.
Backelandt' fait dissoudre dans un litre d'eau 100 grammes de sulfite de soude et ajoute successivement, après dissolution, 25 grammes d'hydroquinone, 40 grammes de carbonate de potasse, 10 grammes de potasse caustique et 1 gramme de bromure de potassium : ce bain et très énergique.
1156. Hydroquinone et soude. — L'emploi de la soude caustique permet d'obtenir des négatifs très doux qui se développent rapidement; mais la soude attaque énergiquement la couche de gélatine, et certaines plaques ne résistent pas à son action lorsque la température est un peu élevée. La formule suivante permet d'obtenir de bons négatifs avec les plaques correctement préparées. On fait deux solutions de réserve : A) eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 100 grammes; hydroquinone, 12 grammes; ferrocyanure de potassium, 10 grammes; B) eau, 1000 c. c; soude caustique, 200 grammes. Le révélateur se prépare en ajoutant 100 c. c. de solution B à 900 c. c. de solution A. Ce révélateur peut être considéré comme révélateur normal pour images instantanées; il doit être étendu de son volume d'eau quand il s'agit de révéler des sujets posés*.
Himly * a reconnu que l'addition au révélateur de 2 c. c. d'une solution de 125 grammes de soude caustique dans un litre d'eau permet de diminuer la durée du développement, tout en donnant des négatifs très doux. Wellington* emploie un bain très dilué contenant : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 30 grammes; hydroquinone, 4 grammes; soude caustique, 4 grammes; il ajoute à ce liquide une trace de bromure de potassium pour empêcher la production du voile qui se forme lorsqu'on emploie certaines plaques.
Certains opérateurs préfèrent employer le carbonate de soude et le mélanger à une solution faible d'hydroquinone : on obtient ainsi des négatifs très limpides; d'autres emploient le mélange de carbonate de potasse et de carbonate de soude. La solution suivante donne d'assez bons résultats : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 70 grammes; hydroquinone, 10 grammes; carbonate de potasse, 40 grammes; carbonate de soude, 30 grammes'. D'après M. Reeb, il faut, au contraire, rejeter absolument l'usage des carbonates, tant au point de vue de l'action même du bain que de sa conservation.
1. Bulletin de la Société françaùe de phoUtgraphie , 1889, p. 60. — 2. Ibid., 1890, p. 259. — 3. Anthony'* phot, Bulletin, 1890, n» 7. — 4. Aide-mémoire de photographie pour 1892, p. 67. — 6. Bulletin de VAttociation belge de photographie, 1889, p. 437, - 6. Phot, News, 22 mars 1889. — 7. Moniteur de la photographie^ 1889, p. 65.
RÉVÉLATEUR A l'HYDROQUINONE. 221
1156. Emploi de diverses substances. — Le Dr Backelandt^ a constaté que r&ge du bain révélateur était sans influence sur la production du voile de Fimage. Des plaques qui produisaient des négatifs voilés en employant un bain neuf présentaient le môme insuccès quand on les développait dans un bain d'hydroquinone préparé depuis plusieurs mois, alors qu'il était partiellement oxydé. Il a reconnu que si Témulsion qui a servi à préparer les plaques contenait une petite quantité de bromure l'image était limpide; il en est de même si Ton ajoute du bromure au bain de développement. D'après cet auteur, on doit proscrire absolument l'emploi de l'ammoniaque et des sels ammoniacaux dang les bains de développement à rhydroquinone.
Reeb^ a démontré que dans le bain révélateur à Thydroquinone le sulfite de soude employé en excès ralentissait la formation du dépôt d'argent métallique et le blanchit; il est donc important de n'en pas mettre plus qu'il ne faut dans la composition du bain. La quantité d'hydroquinone nécessaire pour réduire 1 gramme de nitrate d'argent est 0i?>08, et à cette quantité d'hydroquinone correspondent 0Kr33 de potasse caustique, 0^^2353 de soude caustique, 08^40^ de carbonate de potasse, Og<^ll de carbonate de soude. La proportion de sulfite ne dépend pas seulement de la quantité d'hydroquinone, mais du rapport entre l'hydroquinone et son alcalin, et ensuite du choix de cet alcalin; avec un carbonate, il faut moins de sulfite qu'avec un alcali caustique.
L'addition de ferrocyanure dans les bains révélateurs a été préconisée par Henderson^ et depuis lors employé dans les bains de développement à l'acide pyrogallique et à l'hydroquinone.
D'après Mercier^, le ferrocyanure de potassium agirait dans les bains d'hydroquinone comme un alcali très faible et non autrement. L'action du ferrocyanure est, d'après cet auteur, à pou près nulle si le bain contient beaucoup d'alcali csiustique ; 50 grammes de cyanure jaune agissent simplement comme quelques gouttes de lessive de soude. Le même auteur a observé un fait très curieux qui se produit lorsqu'on prépare un révélateur au moyen de l'hydroquinone et d'un alcali caustique : l'hydroquinone exerce une action retardatrice sur le développement lorsqu'on l'emploie en trop grande proportion avec ce genre de bain; cette action ne se manifeste nullement avec les révélateurs au carbonate de soude.
Si l'on prend, en effet, une quantité constante de sulfite de soude, 100 grammes par exemple pour un litre de bain, ainsi qu'une quantité également constante de l'alcali choisi pour l'expérience, 10 grammes de potasse par exemple, et que l'on fasse varier progressivement la quantité d'hydroquinone ajoutée au bain, on constate que l'activité de celui-ci augmente d'abord très rapidement, arrive à un maximum où elle devient à peu près stationnaire, puis diminue avec régularité jusqu'au moment où le révélateur est saturé d'hydroquinone; ce bain agit alors deux fois moins vite qu'à la période de maximum.
L'activité d'un révélateur à l'hydroquinone, c'est-à-dire la vitesse avec
1. Bulletin de VAêêociatian htîge â^ photographia^ 1889, p. 495. — 2. Bulletin de la Société françaige de photographie, 1890, p. 259. — S. British Journal of Photography^ 1879, p. 361. — 4. Bulletin de la Société française de photographie, 1872, p. 275.
ââS TRAITÉ BNCYCLOPÉDIQUE DE PHOTOGRAPHIE^
laquelle il développe le plus possible une épreuve peu posée, est proportionnelle au temps qui s'écoule entre l'instant où Ton immerge la plaque dans le bain et celui où Fimage commence à se montrer. Les révélateurs aux alcalis caustiques se montrent aussi énergiques lorsqulls contiennent 50 grammes d'hydroquinone par litre que lorsqu'ils n'en renferment que 5 à 10 grammes. Il suffit de laisser dans les bains de cette nature deux négatifs quelconques, môme peu posés, pour les amener à la même densité. L'énergie d'un révélateur ne doit donc pas être confondue avec sa rapidité d'action. C'est ainsi qu'un révélateur au carbonate de soude pur, exempt de toute trace d'alcali, développe plus lentement mais tout aussi vigoureusement que ceux aux alcalis caustiques.
Quelques opérateurs ajoutent divers acides aux bains à Thydroquinone. L'emploi de l'acide oxalique a été recommandé par M. Bachrach*; il se sert de deux solutions : l'une renferme 15 grammes d'hydroquinone, 45 grammes de sulfite de soude, 1 litre d'eau et 0g«75 d'acide oxalique; Tautre contient 40 grammes de carbonate de soude cristallisé et 1 litre d'eau. Le développement s'effectue en plaçant la glace préalablement mouillée dans la première dissolution, on la laisse tremper pendant environ une minute, puis on la plonge dans la seconde liqueur. Evans emploie une quantité plus considérable d'acide citrique. Le bain qui lui sert pour le développement est formé de 10 grammes d'hydroquinone, 5 grammes d'acide citrique, 40 gmmmes de sulfite de soude et 1 litre d'eau; on ajoute à ce liquide une quantité de liqueur alcaline suffisante pour développer.
D'après von Loehr*, le bisulfite de calcium permettrait de conserver pendant longtemps le bain de développement ; il emploie les proportions suivantes : 100 c. c. d'une solution saturée de bisulfite de calcium , 900 c. c. d'eau et 5 grammes d'hydroquinone; au moment de développer, on ajoute à ce bain 100 c. c. d'une solution aqueuse de potasse caustique à 1 o/o.
M. Mathet' prépare le révélateur en remplaçant les alcalis ou les carbonates alcalins par le sucrate de chaux. Ce composé est préparé en éteignant la chaux avec de l'eau et ajoutant ensuite du sucre et de la glycérine. Les proportions recommandées par M. Mathet sont les suivantes : chaux (pure du marbre), 100 grammes; sucre pulvérisé, 160 grammes; glycérine, 160 grammes. On éteint la chaux dans l'eau, on ajoute ensuite le sucre et la glycérine : cette dernière substance doit être pure, mais son addition n'est pas indispensable ; cependant Himly a remarqué que l'addition de glycérine au révélateur ix l'hydroquinone favorisait sa conservation.
M. lloberston a constaté qu'après avoir employé l'hydroquinone pendant cinq années (de 1884 à 1889), il avait été obligé d'y renoncer à raison de l'action de ce réactif sur ses mains : l'effet était le même que celui produit par le bichromate de potasse. Après guérison, il a voulu l'employer de nouveau; mais au bout de quelques jours les accidents reparurent, éruption, puis crevasses, enfin ulcérations. Le meilleur remède qu'il ait employé consistait en un emplâtre de sucre et de savon ^. D'autres opérateurs qui se sont servi d'hydroquinone pendant cinq ou six ans ont constaté des effets analogues, à tel point que certains ont dû renoncer à l'emploi de cette
1. Wilson*ê photographie Magazine, 18S9. — 2. Phot, Times, 1889. — L' Amateur photographe, 1889. — 4. Bulletin de la Société française de photographie, 1889, p. 176.
RÉVÉLATEUR A l'iGONOGÈNE. 22â
substance*. Il est donc prudent de ne pas plonger les doigts dans la cuvette qui renferme le bain de développement; on se servira avec avantage de crochets qui permettent de manipuler les plaques sensibles dans les cuvettes.
§ 4. — RÉVÉLATEUR A l'ICONOGÊNE.
1157. Iconogéne et potasse. ^ Le nom d'iconogène a été proposé dès 1851 par Tabbé Laborde pour désigner un agent de développement qu'il avait découvert et qui avait été extrait de substances végétales 2, Gomme Fa fait remarquer Pector ', cette appellation pourrait s'appliquer à tous les révélateurs passés, présents et futurs.
On peut développer les images par l'emploi de Ticonogène mélangé de sulfite de soude seul. L'opération est un peu longue si l'on emploie un bain contenant 15 grammes d'iconogène, 70 de sulfite et un litre d'eau; on l'active par addition de potasse , soude , ou des carbonates formés par ces bases. D'après Reeb, pour conserver longtemps le bain d'iconogène, on devrait dans toutes les formules employer 10 grammes de sulfite de soude pour 1 gramme d'iconogène. En général, on n'utilise pas une quantité de sulfite aussi considérable. Pétry ^ a recommandé la formule suivante : dans un récipient de capacité suffisante, contenant 1 litre d'eau distillée, on ajoute 60 grammes de sulfite de soude , 20 grammes d'iconogène et 25 grammes de potasse caustique; le mélange doit être fait dans Tordre indiqué. Le révélateur ainsi préparé est excellent pour les épreuves instantanées; mais pour les images posées on doit l'étendre de deux volumes d'eau ; s'il y a surexposition, on fait usage du bromure de potassium ou de l'acide tartrique qu'on emploie à la manière ordinaire.
Warnerke * a fait observer que pour obtenir de bons résultats par l'emploi de l'iconogène il fallait se servir d'un bain très concentré, ce qui nécessite la présence d'un alcali caustique. lia recommandé la formule suivante : eau, 1 litre; sulfite de soude, 400 grammes ; iconogéne, 200 grammes ; potasse caustique , 200 grammes. On fait cette dissolution à chaud et l'on dilue la liqueur de 3 ou 10 parties d'eau, suivant qu'on veut une grande intensité ou une intensité moyenne.
On peut obtenir des négatifs très brillants en ajoutant au bain d'iconogène une petite quantité de bromure de potassium. On obtient un excellent révélateur pour épreuves instantanées en faisant dissoudre dans un litre d'eau bouillante 200 grammes de sulfite de soude , 100 grammes de potasse caustique et 25 grammes d'iconogène ; on laisse refroidir à l'abri de l'air et on filtre après avoir ajouté 1 gramme de bromure de potassium.
L'iconogène développe rapidement l'image lorsqu'on l'emploie en solution concentrée ; cette rapidité est souvent un obstacle à la réus-
1. Moniteur de la photographiât 1889, p. 87. — 2. Chevalier, Guide du photographe ^ 1854, p. 76. — 3, Bulletin de la Société françaite de photographie^ 1890, p. 117. — 4. Ibid,^ 1890, p. 120. — 6. Moniteur de la photographie, 1890, p. 20.
site de l'épreuve. M. Hiekel* a indiqué un mode opératoire permettant de régulariser l'action de ce développateur. Il prépare deux solutions; la première contient :eau, 1 litre; sulfite de soude, 50 grammes; iconogène, 10 grammes; la seconde est une solution saturée de carbonate de potasse. Quand on veut développer une épreuve du format 0™13 x 0"»18, on mesure 60 c. c. de la solution d'iconogène et on l'additionne de 5 à 6 gouttes de la solution de carbonate de potasse ; on mélange et on place la plaque dans ce bain préparatoire qui permet de reconnaître si le temps de pose a été exact, s'il a été dépassé ou insuffisant. Dans le premier cas, l'image apparaît faiblement au bout d'une minute; on ajoute lentement la solution de carbonate de potasse goutte à goutte, en examinant l'effet produit par chaque addition avant de verser une nouvelle quantité de liquide. Si l'intensité fait défaut, on ajoute de la solution d'iconogène. S'il y a eu surexposition, l'image apparaît rapidement sur toute la surface de la plaque ; il faut alors augmenter la dose d'iconogène, diminuer celle de carbonate et ajouter du bromure de potassium. Si la surexposition est fortement accentuée, on retire la plaque de la cuvette et sans la laver on la plonge dans la solution d'iconogène et sulfite après avoir ajouté à ce liquide une petite quantité de bromure de potassium; enfin, si la durée du temps de pose a été très courte, Timage apparaît peu à peu, même après plusieurs additions de carbonate. Il fiiut alors diminuer la quantité d'iconogène en rejetant une partie du contenu do la cuvette que l'on remplace par un même volume d'eau et l'on ajoute d'assez fortes quantités de carbonate pour provoquer la venue des détails dans les ombres. On arrête le développement lorsque le voile apparaît; le négatif ainsi obtenu est sans noirs intenses et peut être facilement renforcé sans qu'on obtienne une image heurtée.
1158. Iconogëne et soude. — Le carbonate de soude employé dans le développement à riconogène donne peu d'intensité aux négatifs, mais les images obtenues sont très harmonieuses. Hubert a recommandé l'emploi de la formule suivante : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 155 grammes ; iconogène, 83 grammes ; on fait dissoudre successivement à chaud ces divers produits, puis Ton ajoute 100 grammes de carbonate de soude. Pour développer une instantanée faite à grande vitesse, on se sert de cette solution refroidie et filtrée; s'il s'agit d'un portrait fait dans l'atelier, on mélange parties égales d'eau et de solution révélatrice.
Plusieurs opérateurs préfèrent employer le mélange de carbonate de
1. Bulletin de la Société française de phciographie^ 1890, p. 27.
RÉVÉLATEUR A L'IGONOGÊNE. 225
potasse et de carbonate de soude au lieu d'un seul de ces sels. Voigt* a recommandé la formule suivante : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 50 grammes; iconogène, 10 grammes; carbonate de soude, 30 grammes; carbonate de potasse, 10 grammes. Si la température est un peu élevée ce révélateur agit rapidement, mais l'image manque d'intensité.
1159. Emploi de substances à réaction alcaline. — Waterhouso a constaté que pour les travaux ordinaires la solution de borax mélangée à une solution d'iconogène et de sulfite de soude fournissait de très bons résultats. Plusieurs plaques peuvent être facilement développées dans le même bain; à mesure que le révélateur s'affaiblit, la durée de l'opération augmente. Waterhouse emploie : eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 20 grammes; iconogène, 10 grammes; borax, 20 grammes; mais il est utile de porter à 100 grammes la dose de sulfite de soude mélangée à l'iconogène. Si l'on se sert de borax sans sulfite, on obtient un développateur plus puissant, mais qui s'altère très vite. Waterhouse a vérifié ainsi les conclusions auxquelles était arrivé A. Lambert 2, à savoir que le borax ne devait pas entrer dans la composition des bains contenant soit de l'acide pyrogallique, soit du chlorhydrate d'hydroxylamine. Le révélateur contenant 1000 c. c. d'eau, 20 grammes de sulfite de soude, 10 grammes d'iconogène et 20 grammes de borax constitue une solution stable qui peut développer plusieurs négatifs limpides et suffisamment intenses. Pour développer des images instantanées on diminuera la quantité d'eau indiquée dans cette formule.
Le carbonate de lithine' donne de bons résultats lorsqu'on l'emploie dans un révélateur destiné aux plaques dont la couche de gélatine présente une tendance à se soulever; nous avons constaté que le carbonate de magnésie agissait de la môme façon.
1160. Mélange d'iconogène et de divers révélateurs. — Newton a recommandé l'emploi d'un révélateur renfermant un mélange d'iconogène et d'hydroquinone. Dans 1000 c. c. d'eau on fait dissoudre 60 grammes de sulfite de soude et on ajoute 6 grammes d'iconogène et 40 grammes d'hydroquinone , on ajoute ensuite 40 grammes de carbonate de soude, 6 grammes de soude caustique et 1 gramme de bromure de sodium. Ce révélateur est d'une conservation facile et agit rapidement*.
La formule suivante* donne de bons résultats : eau chaude, 1000 c. c; sulfite de soude, 100 grammes; iconogène, 15 grammes; hydroquinone, 5 grammes; quand la dissolution est refroidie, on ajoute 50 grammes de carbonate de soude. Les résultats fournis par ce révélateur varient avec la température du bain : un môme sujet a exigé vingt-quatre secondes de pose par une température de 10®, six secondes lorsque la température était de 20» et seulement quatre secondes quand on portait la température du bain à30oG.
Angerer<* prépare un mélange contenant les proportions suivantes d*ico-
1. Phot, News, 1891, n» 1717. — 2. Aide-Mémoire de photographie jjottr 1891, p. 54. — 3. Parit'phatographe f 1891, p. 387. — 4. Bulletin de la Société française de photographie, 1890, p.*121. — 6. IHd., p. 846. — 6. British Journal of Photography, 22 mai
DOgène et d'hydroquinone : A) eau, 1000 c. c; sulfite de soude, 120 grammes; iconogène, 18 grammes; hydroquinone,6gmmmes; B) eau, 1000 grammes ; carbonate de potasse, 800 grammes. Pour développer, on prend cinq parties de la solution A et une partie de la solution B.
Il est à remarquer que les négatifs obtenus par développement à Ficonogène s'impriment plus rapidement que ceux traités à l'acide pyrogallique; ce fait tient à la couleur du négatif. Pour modifier cette couleur, le D' Schleussner a recommandé un mélange d'iconogène et d'acide pyrogallique. n se sert de trois dissolutions : A) eau, 1000 c. c; iconogène, 10 grammes; B) eau, 1000 ce; carbonate de potasse, 200 grammes; C) eau distillée, 1000 c. c; sulfite de soude, 150 grammes; acide sulfurique, 2 c. c; acide pyrogallique, 50 grammes. Le bain révélateur s'obtient en mélangeant 40 parties de la solution A, 10 parties de la solution B et 10 parties de la solution G; le négatif obtenu est d'une belle couleur.
On peut employer un mélange d'iconogène et d'hydroquinone lorsqu'il s'agit d*images d'objets peu éclairés. On prépare une solution A contenant 800 c. c. d*eau chaude, 80 grammes de sulfite de soude pur, 20 grammes de ferrocyanure de potassium et 2 grammes de bromure de potassium; quand tout est dissous et que le liquide est ix la température de l'ébullition, on ajoute 20 gramme d'iconogéne et 10 grammes d'hj-droquinone, on laisse bouillir le liquide pendant cinq minutes, puis on le filtre sur du coton hydrophyle. On a fait dissoudre d'autre part 200 grammes de carbonate de potasse dans 200 c. c. d'eau, on mélange ces deux liqueurs dont l'ensemble constitue la solution A; on prépare ensuite une solution B de soude caustique contenant : eau, 1000 c. c; soude caustique, 10 grammes. Pour développer les instantanées obtenues avec un obturateur très rapide, on plonge la glace dans la solution A seule et on ajoute goutte a goutte la solution B. Le révélateur pour instantanées ordinaires est constitué par la solution A employée seule; s'il s'agit de développer des plaques ayant posé pendant un certain temps, on emploie une partie de solution A et deux parties d'eau distillée ; après quelques minutes d'action, on ajoute goutte à goutte la solution B : on obtient ainsi les détails et l'intensité.
J. Holgrave * a recommandé de mélanger une forte quantité de prussiate de potasse au bain révélateur. Il fait deux dissolutions : A) eau, 1 litre; bisulfite de potasse, 12 grammes; hydroquinone, 12 grammes; iconogène, 12 grammes; B) carbonate de potasse, GO grammes; carbonate de soude cristallisé, 60 grammes; prussiate jaune de potasse 60 grammes; eau, 1 litre. Le bain révélateur se prépare en mélangeant 40 c. c. d'eau, 40 c. c. de la solution A et 5 c. c. de la solution B.
K. Vogel a indiqué le moyen d'obtenir une solution d'iconogène sensiblement incolore ^. On dissout le sulfite de soude et l'iconogène dans l'eau, on ajoute à la solution qui est verte un peu de bisulfite de soude ; on doit continuer l'addition de ce composé jusqu'à ce que la couleur verte ait disparu. Cette addition de bisulfite de sonde paraît avantageuse pour tous les développateurs contenant de l'acide pyrogallique. Au lieu d'employer le bisulfite de soude, on peut opérer comme l'a conseillé F.-H. Voigt •. On fait dissoudre A) sulfite de soude, 50 grammes dans 1 litre d'eau et on ajoute
1. Phot, Tim^s, n« 446. — 2. Phot. MittheUunçen, n» 406. — 3. Phot. A«w, n» 1660.
RÉVÉIJITEUR A l'iCONOGÊNE. 027
12 grammes cUiconogène ; B) solution saturée de sulfite de soude 40 c. c. ; on mélange ce liquide au précédent et Ton ajoute 4 c. c. d'acide chlorhydrique : la liqueur est sensiblement incolore; C) eau, 1 litre, carbonate de soude' 40 grammes; carbonate de potasse, 10 grammes. Pour se servir de ces dissolutions comme bain révélateur, on suit le mode opératoire indiqué par M. Hiekel.
L'addition de glycérine aux bains d'hydroquinone, d'iconogène, etc., pror duit les bons résultats que Ton a observés lorsqu'on ajoute cette substance au bain pyrogallique *. Avec le bain à l'iconogène on emploiera parties égales d'iconogène et de glycérine. La formule suivante* permet d'obtenir très rapidement des négatifs présentant l'apparence de ceux que fournissait l'emploi du collodion bumide : eau, 1,000 c. c. ; sulfite de soude, 240 grammes; iconogène, 80 grammes; carbonate de potasse, 30 grammes; glycérine, dO grammes; on ajoute trois à quatre centimètres cubes d'une dissolution de bromure de potassium à 10 o/o-
1161. Altération de l'iconogène. — L'iconogène primitivement livré au commerce présentait l'inconvénient de s'altérer spontanément après quelques mois de conservation à Tétat de cristaux. Burton a indiqué le moyen suivant qui permet de conserver à ce composé toutes ses propriétés révélatrices. On remplit à moitié un flacon avec les cristaux blancs d'iconogène et l'on recouvre ces cristaux avec une solution de sulfite de soude à 12 o/o, on agite le liquide, et au bout d'un certain temps on obtient ainsi une solution saturée à 4 o/o si la température est voisine de 20o. On remplit complètement le flacon avec la solution de sulfite toutes les fois qu'on a pris une certaine quantité de liquide. Le bain de développement se prépare en mélangeant 1 litre de cette solution d'iconogène avec 200 c. c. de solution de carbonate de soude à 10 Vo ^^ ^ grammes de bromure de potassium.
Pour rendre à l'iconogène noirci ses propriétés révélatrices, M. Pétry * fait dissoudre ce composé à la dose de 10 grammes dans 1,000 c. c. d'eau; d'autre part, il fait dissoudre 500 c. c. d'acide tartrique dans 1 litre d'eau. On prend 150 c. c. de cette dernière solution que l'on ajoute peu à peu, par 4 ou 5 c. c. à la fois, à celle d'iconogène, en ayant soin de remuer constamment la liqueur à l'aide d'un agitateur en verre. La coloration du liquide passe au rouge grenat, et finalement on obtient une sorte de pâte légèrement colorée en rose; on la lave sur un filtre et on la laisse sécber à l'abri de la lumière : on obtient ainsi de flnes écailles rosées, insolubles dans l'eau, mais solubles dans une solution de sulfite de soude. On fait dissoudre 10 grammes de ces cristaux dans 1,000 c. c. d'eau contenant 50 grammes de sulfite de soude pur, on ajoute ensuite 100 grammes de sulfite de soude pulvérisé et quelques gouttes d'une solution de bromure de potassium à 10 o/o.
M. Waterhouse a observé que si l'on ajoute au bain révélateur à l'iconogène quelques gouttes d'une solution de sulfocarbamide et de bromure ^d'ammonium, on obtient des positifs directs, môme avec une exposition
1. Ph€t. Nem, 1890, p. ^,^2. The PhoU nmeê, n» 424. — 3. Bulletin de la Société françaiêe de photographie^ 1801, p. 823.
très courte, et les images sont très vigoureuses. Ce procédé peut être utile dans la pratique de la photographie astronomique.
Le Dr Schnauss < a trouvé que la solution d'acétate de cuivre constituait un bon réactif pour distinguer entre les solutions d'hydroquinone, d'iconogène, d'hydroxylamine et d'acide pyrogallique. Il suffit d'ajouter quelques gouttes de cette solution à Tune de ces substances révélatrices pour obsen^er les changements suivants : avec l'hydroquinone la solution devient jaune; avec la solution dlconogône elle devient bleue; avec Thydroxylamine la solution se décolore, et avec l'acide pyrogallique il se forme un précipité d*un noir grisâtre.
§ 5. — RÉVÉLATEUR AU PARAMIDOPHÉNOL.
1162. Emploi du paramidophénol. — MM. Auguste et Louis Lumière* ont constaté que le paramidophénol additionné de bases alcalines fournit un excellent développateur pour les images photographiques. Guidé par les mômes considérations théoriques sur lesquelles étaient basées les recherches de MM. Lumière, le D*" Andressen, de Berlin, avait fait breveter l'emploi des phénylènes diamines, le l*' avril 1888, mais avait négligé l'emploi des amidophénols'.
La solution aqueuse de paramidophénol s'oxyde à l'air, surtout en présence des bases, et prend une coloration rouge violacée; l'addition de sulfite de soude empêche cette altération.
MM. Lumière ont d'abord proposé les formules suivantes : eau, 1,000 c. c; sulfite de soude, 200 grammes; carbonate de soude, 100 grammes; paramidophénol, 12 grammes, formule qui développe fort bien. On peut aussi employer la liqueur suivante : eau, 1,000 c. c; sulfite de soude, 200 grammes; carbonate de lithine, 12 grammes ; paramidophénol , 12 grammes.
Plus tard, MM. Lumière * ont conseillé l'emploi de la formule suivante : eau, 1,000 c. c; carbonate de potasse, 40 grammes; sulfite de soude, 100 grammes ; paramidophénol, 8 grammes. Après de nombreux essais, ils ont préconisé l'emploi de la lithine caustique comme alcali à ajouter au paramidophénol. Dans 1,000 c. c. de solution de sulfite de soude à 25 %, on ajoute 20 grammes de paramidophénol et 5 grammes de lithine caustique : on obtient ainsi un révélateur fort énergique qui peut être utilisé sans addition d'eau pour le développe-
1. Moniteur de la photographie, 1891, p. 148. — 2. Bfdlttin de la Société françaiee de Pàotùgraphie, 1891, p. 195. - 8. Die Ihrheindustrie , 1889, p. 187. - 4. Bf/UeUn de la aooxété française de photographie, 1891, p. 236.
RÉVÉLATEUR AU PARAMIDOPHÉNOL. 229
ment des négatifs pour lesquels il y a sous-exposition. En lui ajoutant son volume d'eau, on ralentit son action, trop rapide dans le cas de négatifs posés normalement ou surexposés. L'avidité que possède le paramîdophénol pour l'oxygène, surtout en solution concentrée, nécessite l'introduction d'une grande quantité de sulfite de soude dans la composition du révélateur.
Le plus grand inconvénient du paramidophénol est sa faible solubilité dans l'eau; aussi Vogel et Andressen * ont recommandé l'emploi du chlorhydrate de paramidophénol, sel que l'on peut préparer facilement pur et qui est très soluble dans l'eau. Ils se servent d'un bain contenant 1,000 c. c. d'eau, 50 grammes de sulfite de soude, 5 grammes de paramidophénol et 25 grammes de carbonate de potasse. Mais on introduit ainsi du chlorure de potassium dans le bain de développement ; or, ce sel possède une action retardatrice, ce qui, dans bien des cas, est un inconvénient que Ton pourrait éviter, comme le fait remarquer le D»" Schiichardt^, en remplaçant le carbonate de potasse par le carbonate de soude ; mais il vaut encore mieux employer le nitrate de paramidophénol qui est très soluble dans l'eau. On remplace le carbonate de potasse par la soude ou la lithine caustique.
MM. Lumière ont cherché à dissoudre la plus grande quantité possible de paramidophénol dans les liquides employés pour révéler. Ces liquides doivent être miscibles à l'eau, n'avoir aucune action sur l'image latente et sur le bromure d'argent, ne précipiter ni le sulfite, ni le carbonate de soude, et ne pas empêcher la pénétration du liquide dans la gélatine. Les solutions des bases, potasse, lithine, soude, sont seules capables de dissoudre de grandes quantités de paramidophénol, et si l'on veut un révélateur concentré, contenant par exemple 20 grammes de paramidophénol par litre, il faut 30 grammes de potasse, 25 grammes de soude ou i^^b de lithine caustique; mais l'emploi de telles proportions de potasse et de soude rend les manipulations difficiles, par ce fait que, ces bases dissolvant les aspérités de la peau des doigts, les plaques glissent très facilement des mains. Ces solutions alcalines provoquent aussi la dissolution et le soulèvement de la gélatine. La lithine caustique ne présente pas tous ces inconvénients, et par son emploi on obtient un excellent révélateur permettant de développer de bonnes images dans les cas les plus difficiles. Si le négatif obtenu manque d'intensité, on peut obtenir toute
1. Phot, News, 1891, p. 562. — 2. BritUh Journal qf Photography, 10 juin 1892.
la vigueur nécessaire en le plongeant, sans le laver, dans le bain révélateur à Tacide pyrogallique ou à Thydroquinone dans lequel il acquiert toute la densité nécessaire pour fournir une bonne photocopie. On peut le plus souvent étendre d'une assez grande quantité d'eau le révélateur au paramidophénol sans que son énergie soit diminuée ; on diminue seulement sa rapidité d'action.
Le D' Éder * prépare un révélateur d'une énergie exceptionnelle en faisant dissoudre 30 parties de métabisulfite de soude dans 500 parties d'eau bouillante ; quand la solution est complète, il ajoute 10 parties de chlorhydrate de paramidophénol, puis la quantité de potasse caustique nécessaire pour dissoudre le précipité qui s'est formé. Pour l'usage, une partie de cette solution est étendue de cinquante fois son volume d'eau; 100 c. c. de la solution-mère donneront 5 litres de révélateur.
1163. Mélange d*hydroquinone et de paramidophénol. —
M. Audra^ a recommandé l'emploi du révélateur au paramidophénol pour développer les images instantanées. Afin d'éviter le peu d'intensité de l'image que procure parfois l'emploi du paramidophénol seul, il le mélange à l'hydroquinone, substance fournissant un révélateur qui, d'après M. Audra, présente le défaut de donner trop facilement des négatifs heurtés. Dans 1,000 c. c. d'eau chaude, il fait dissoudre 100 grammes de sulfite de soude et, quand la dissolution est complète, il ajoute 2 grammes de paramidophénol et 2 grammes d'hydroquinone. Ce bain est donc économique puisqu'il ne renferme que 2 grammes par litre de chacune des substances. Le liquide incolore ainsi obtenu se conserve pendant des semaines sans se teinter^ même dans des flacons en vidange. Pour lui communiquer les propriétés révélatrices, on l'additionne d'une quantité plus ou moins grande d'une solution de carbonate de potasse à 10 Vo- Le même bain peut servir à développer huit ou dix plaques sans que la durée de chaque développement excède deux minutes, mais il ne convient pas de conserver pour des développements ultérieurs le liquide qui a servi. On peut dans cette formule remplacer les 2 grammes de paramidophénol par 3 grammes de chlorhydrate ou de nitrate de paramidophénol. En étendant ce révélateur d'un tiers à moitié d'eau, on peut développer avec succès des négatifs posés; mais il ne faut pas prolonger outre
I. Bulletin de la Société française de phattfffraphie, 1892, p. 94. — 2. 2bid,f p. 392.
RÉVÉLATEUR AU PARAMIDOPHÉNOL. 231
mesure la durée du développement, car on arriverait à une intensité trop considérable ; il n'est pas utile d'employer de bromure.
1164. Qualités du révélateur au paraxnidophénol. — Le paraniidophénol présente sur les autres révélateurs l'avantage de ne jamais colorer la gélatine. La solution développatrice se conserve fort longtemps, même dans des flacons débouchés, et les négatifs développés avec de vieux bains ne présentent point la teinte jaune que Ton remarque fréquemment quand on fait usage des autres développateurs. Les substances qui constituent ces divers bains donnent par oxydation à Tair des produits identiques à ceux qui prennent naissance pendant le développement. Ces produits d'oxydation se comportent d'une manière très différente lorsqu'ils imprègnent la gélatine; ils lui communiquent une teinte jaune dans le cas de Thydroquinone et de riconogène, tandis que cette gélatine reste parfaitement incolore dans le cas du paramidophénol. On constate qu'on obtient le voile jaune après avoir développé quelques négatifs dans un même bain d'hydroquinone et d'iconogène, tandis que dans 100 c. c. de développateur au paramidophénol on peut révéler vingt-cinq négatifs du format 0n»9 X 0»nl2, impressionnés dans des conditions identiques, sans que l'on remarque la moindre coloration et sans que l'on puisse constater de différence entre la première et la vingt-cinquième plaque.
MM. Lumière ont étudié le pouvoir réducteur du paramidophénol en se servant du procédé utilisé par Reeb * dans son étude sur l'hydroquinone. Ce procédé consiste à déterminer le poids de substance nécessaire et suffisant pour réduire complètement 1 gramme de nitrate d'argent.
Ils ont trouvé les chiffres suivants :
Pour l'hydroquinone O»»!)?
Pour le paramidophénol 14
Pour l'iconogène 30
Il faut donc deux fois plus de paramidophénol et quatre fois plus d'iconogène que d'hydroquinone pour réduire le même poids de nitrate d'argent. Ces différences n'ont pas d'importance au point de vue pratique, caria substance réductrice, dans un développateur, est toujours en très grand excès par rapport à la quantité d'argent à réduire ; le révélateur est hors de service bien avant qu*il soit épuisé ; ce sont les produits d'oxydation qui semblent intervenir en ce cas pour rendre le développateur inutilisable.
Si l'on fait passer un courant d'oxygène pur dans les solutions aqueuses de ces trois réducteurs, on constate que le paramidophénol s'oxyde d'abord, puis l'hydroquinone, et enfin l'iconogène. Dans les trois cas, l'oxydation par l'oxygène pur est moins rapide que par l'air, toutes les autres conditions de l'expérience restant les mêmes. Cette propriété permet d'expliquer pourquoi le paramidophénol développe plus énergiquement, et toutes conditions égales d'ailleurs, plus rapidement que les autres substances.
Les produits de l'oxydation du paramidophénol n'ayant pas d'action sur
l. Bulletin de la JShciété français de phatifçraphief 1890, p. 266.
l'image latente et ne colorant pas la gélatine, le négatif obtenu est très brillant et d'une belle couleur.
1166. Révélateurs de la série aromatique. — MM. Auguste et Louis Lumière * ont cherché les relations qui existent entre la constitution chimique des développateurs et leurs propriétés révélatrices de façon à prévoir ces propriétés. Ils ont, par analogie, cherché à déterminer les particularités de constitution qui caractérisent les développateurs. On n'a proposé, dans la série aromatique, qu'un petit nombre de substances en se basant sur ce fait que les développateurs sont tous des réducteurs énergiques absorbant Toxygéne de Tair. Les corps réducteurs sont en nombre considérable et fort peu d'entre eux jouissent de propriétés révélatrices; il s'agissait de trouver les relations existant entre ces propriétés. Les expériences ont été faites par MM. Lumière. En ajoutant aux réducteurs étudiés des bases, puis des carbonates alcalins, sans lesquels le développement n'a généralement pas lieu , ils ont constaté l'existence des relations suivantes :
lo Pou7' qu'une substance de la série aromatique soit un développaleur, il faut qu'il y ait, dans le noyau henzique, au moins deux groupements hydroxyles OH, ou. bien deux g7*oupements amidogènes AzH^ om encoi'e un hydroxyle et un amidogène.
C'est ainsi que les corps suivants pourront être des développateurs :
y on
a) Les diphénols C«H^