CHAPITRE V
chlorique. L'eau de lavage ayant été évaporée, le résidu fut introduit avec un fragment de chaux vive dans un tube de verre fermé par une extrémité. Le mélange, humecté et chauffé légèrement, laissa dégager de l'ammoniaque. On a cité encore quelques exemples de la présence de l'ammoniaque dans les minéraux, entre autres dans certaines substances argileuses , mais nous pensons en avoir dit assez pour montrer qu'elle se forme dans un grand nombre d'actions lentes, et principalement dans celles où les courants électriques prêtent un puissant appui aux affinités.
11 18. On prouve encore la formation spontanée de l'ammoniaque de la manière suivante :
On prend des lames polies de fer, de zinc, de plomb et d'étain, sur lesquelles on verse une couche très-mince d'eau distillée, et l'on applique dessus des bandes de pa»pier de curcuma. Une demi -heure après, la couleur jaune passe au rouge dans quelques points, puis s'étend. La couleur rouge disparaît au feu. Si l'on remplace les bandes de papier de curcuma par du papier Joseph et qu'au bout de 1 2 heures on les expose à l'action de la chaleur dans un tube au haut duquel on a mis du papier à réactif humide, on a aussitôt la réaction alcaline.
Il est prouvé par là qu'il y a formation d'ammoniaque toutes les fois qu'un métal facilement oxidable se trouve en contact avec l'eau et l'air.
11 19. Lorsqu'on répand une dissolution de sulfate de potasse sur une lame de fer , on obtient des effets électro-chimiques qui conduisent à des résultats analogues. L'oxidation du fer commence aussitôt , le métal prend l'électricité négative et la solution l'électricité positive; quelques parties de la surface se recouvrent d'oxide, il en résulte de petits couples voltaïques formés de fer, d'oxide et d'eau ; le métal est le pôle positif et son oxide le pôle négatif. Dès lors celui-ci doit attirer l'hydrogène de l'eau qui se combine avec l'azote de l'air dissous dans l'eau ; cette opération doit marcher d'autant plus vite
88 FORMATION SPONTANÉE DE l'aMMONIAQUE.
qu'il y a plus d'oxide de forniô. L'action voltaïque exerce encore son action sur le sulfate de potasse pour opérer sa décomposition; la potasse qui est mise h nu se combine avec l'acide caihonique de l'air, tandis que l'acide sidfurique forme avec l'oxide de fer un sous-proto-sulfate de fer, lequel se combine avec le sulfate de potasse. Cette combinaison se décompose peu à peu, à mesure que le métal passe à un état supérieur d'oxidation. L'expérience marche plus rapidement quand on opère avec de la limaille de fer, que Ton humecte de temps à autre. La dissolution acquiert alors promptement la faculté de rougir la couleur du curcuma, et l'on n'v reconnaît alors aucune trace de fer, ce qui dénote que la combinaison du sous-sulfate de fer avec le sulfate de potasse est insoluble; dans ces diverses réactions il se produit également de l'ammoniaque.
11 20. Peut-on employer ce procédé en grand, pour décomposer les sulfates de potasse et de soude et obtenir ainsi les carbonates de ces deux bases? Voici l'expérience qui a été faite à cet égard : sur une plaque de tôle, de deux décimètres de coté, nous avons mis huit décagrammes de limaille de fer et 3 granunes de sulfate de potasse, avec suffisamment d'eau distillée pour humecter toute la masse, qui a été tenue constajnment humide; 6 jours après on a lavé, à quatre reprises différentes, la plaque et la limaille, puis l'on a filtré et évaporé ; le résidu salin pesait o.^" i5; traité avec le chlorure de barium, pour en précipiter tout l'acide sulfurique, on a eu 2^"" I 5 de sulfate de baiyte, qui représentent 0,-74 d'acide sulfurique. Cette quantité correspond à i^''6o de sulfiUe de potasse; en retranchant ce nombre de a^"" i5, il reste 0,55 de carbonate de potasse, qui provient de la décomposition de 0,^0 de sulfate de potasse. Ainsi, dans l'espace de G jours environ , un quart de sulfate de potasse a été décomposé; on n'a retrouvé que 2^' i 5 de salin que parce qu'une partie du double sulfate qui est restée sur le filtre n'est décomposée que par de nombreux lavages.
§ IL Considérations sur la formation du nitrate de potasse.
1121. Quoique nous n'ayons pas des raisons aussi péremptoires pour rattacher la formation du salpêtre à des effets électriques que nous en avons eu pour y ramener, dans un grand nombre de cas, la formation de l'ammoniaque, cependant, comme l'un des éléments de ce sel, l'acide nitrique, se forme dans les temps d'orage par suite de la réaction des décharges électriques sur l'oxigène et l'azote de l'air, ainsi que dans un grand nombre d'actions électro-cbimifjues où l'oxigène et l'azote se trouvent l'un et l'autre à l'état naissant, il est convenable d'examiner le rôle que peut jouer cet acide dans la naturel
M. Liebig (i) a analysé "77 résidus obtenus par l'évaporation d'autant d'eau de pluie ; tous contenaient du chlorure de sodium sans trace de potasse; le manganèse et le fer manquaient quand les eaux avaient été filtrées préalablement. Elles renfermaient également des matières organiques.
Sur les '77 échantillons d'eau, il y en avait 17 qui provenaient de pluies orageuses et qui contenaient tous de l'acide nitrique en quantité très-différente combiné avec la chaux ou avec l'ammoniaque. Parmi les autres échantillons, il n'y en avait que deux qui continssent des traces d'acide nitrique.
11 est bien prouvé par là , comme l'avait déjà observé Cavendish, que la foudre en éclatant dans l'air détermine la formation d'une quantité assez notable d'acide nitrique qui est entraînée par la pluie. Si cette eau est absorbée par des roches poreuses, sur lesquelles elle puisse réagir, il en résulte des nitrates qui produi-
(i) Annal, de Ch. et de Phys. , t. xxxv, p. Sag.