CHAPITRE Vlll
§ II.I. De la dissolution du sulfate de baryte et du stéaschiste dans les eaux acidulés carbonatées.
j i8g. M. FoLirnet, pendant qu'il dirigeait l'exploitation de la mine de plomb argentifère de Pontgibaud, a en occasion de constater un fait qui n'est pas sans intérêt pour les personnes qui s'occupent des altérations des roches.
Dans le filon du Pré, au-dessous de Barbecot, les mineurs furent obligés d'arrêter les travaux de reclierche par un jet d'eau extrêmement violent, auquel un coup de poudre venait de donner une issue. L'eau était chargée d'acide carbonique tellement condensé qu'il fut impossible de pénétrer dans la galerie pendant plusieurs jours.
L'eau qui sortit dans les premiers moments était surchargée d'une matière blanche qui était tenue en suspension. Cette matière fut remplacée ensuite par des dépôts ferrugineux,
M. Fournet, aussitôt qu'il fut possible de s'avancer dans la galerie, reconnut que cette eau sortait d'une masse de baryte sulfatée caverneuse. Les parois en étaient altérées et même cariées à un tel point que la texture cristalline de la baryte sulfatée avait été mise à nu comme dans le moiré métallique. Dès lors il fut démontré que le sulfate de bai-yte était décomposé par les bicarbonates des eaux minérales de la même manière que le sulfate de plomb est attaqué par le bicarbonate de potasse.
Il fut constaté aussi que des fragments de stéaschiste, qui étaient empâtés dans le sulfate de baryte, avaient éprouvé l'action dissolvante des eaux acidulés: il ne restait plus, dans quelques parties, que des grains quartzeux.
Ces observations sont, comme nous l'avons déjà dit, d'une grande importance pour les phénomènes géologiques.
l44 ACT. LFNTF.S A l'aIDI' DESQ. ON FORME, KTC.
§ IV. Actions lentes à laide desquelles on forme des silicates.
ï i()O.M.Cngnlanl-T.;iloiira iinagiiu' plusieurs procédés fondés sur dos actions lentes, pour formel' plusieurs substances dont on retrouve les analogues dans la nature. Nous allons citer quelques-unes des expériences qu'il a faites à cet égard.
Première expérience. — Du noir de fumée a ét('' traité à chaud par l'acide nitrique concentré; la liqueur, après avoir été décantée, a été exposée sous cloche, pendant plusieurs mois, à l'action de la lumière solaire; à fur et h. mesure que l'acide diininnait, on ajoutait de l'eau ou de l'acide. Il s'est formé peu à peu des concrétions siliceuses, dont quelqnes-unes affectaient la forme pyramidale. L'analyse a indiqué i pour cent de carbone. Ces concrétions, soumises, dans un creuset de platine, à l'action de la potasse caustique, à la flamme d'nne lampe à alcool, ont diminué de grosseur. Leur dureté est suffisante pour rayer le cristal de roche.
IjC noir de fumée, comme on sait, renferme un grand nombre de substances. Le charbon, d'après Braconnot, y entre pour 'yc),i pour cent; on y trouve des sulfates à base de potasse de chaux et d'ammoniaque, de la silice, etc., etc. Il n'est donc pas étonnant que l'acide nitrique ait dissous du carbone et de la silice, si celle-ci surtout s'y trouvait dans un grand état de division. En exposant la solution à la lumière solaii'e, l'acide nitrique a été décomposé peu à peu, et rien ne s'est opposé alors à ce que la silice en cristallisant s'emparât d'une petite quantité de carbone.
Deuxième expérience. — On a pris du fer limoneux (\\\ Berrv ; aj)rès l'avoir réduit en poudre très-fine, on l'a traité par l'acide hydro-chlorique, La solution ayant été étendue d'eau, a é'té filtrée; on Ta mise dans une grande cucurbite, puis on a suspendu dedans une capsule de verre dans lacjuelle se trouvait y\\\ morceau de marbre blanc. Ce marbre a ét(> attaqué peu à peu, il v a eu dé-
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gagement de gaz acide carbonique , dépôt d'oxide de fer et formation de cristaux de un à deux millimètres de longueur, ayant la forme du feldspatij. Ces cristaux étaient d'autant plus gros qu'on laissait les substances réagir plus longtemps. Ils sont infusibles et rayent le verre. L'expérience a duré six mois. Le fer limoneux étant un composé de silice, d'alumine et de peroxide de fer, il est probable que l'acide hydro-cblorique a dissous une certaine quantité de ces trois substances et que la réaction de la solution étendue d'eau sur le calcaire, a mis en présence la silice, l'alumine et la cbaux, qui se seront combinées de manière à former du feldspath à base de chaux, à mesure que l'excès d'acide a été enlevé par la chaux.
Troisième expérience. — On a versé un lait de chaux dans une solution de perchlorure de fer; le précipité formé, après avoir été lavé à grande eau, a été dissous dans l'acide hydro-chloiique. La dissolution ayant été filtrée par les moyens ordinaires, a été filtrée de nouveau à travers de la craie de Meudon , qu'on avait fait passer dans une batiste très-fine, à l'aide de l'eau pour en sépaî'er les grains (juartzeux et toutes les matières étrangères. Il s'est déposé dans la craie de l'oxide de fer. Quand la filtration était difficile, on acidifiait la liqueur. Au bout de quinze jours on a repassé par la batiste le blanc de Meudon, et l'on a traité par l'acide hydro-chlorique la partie qui n'avait pas passé; on a obtenu de petites concrétions siliceuses opalines, dont plusieurs ont la forme de couronnes et présentent une fente du centre à la circonférence; elles sont infusibles au chalumeau et rayent le fei"; celles qui sont colorées étant chauffées modérément prennent une teinte enfumée , en raison de la matière organique qu'elles renferment. Ces concrétions doivent leur formation très-probablement à la réaction lente de la dissolution du peroxide de fer et de la silice dans l'acide hydro-chloi-ique , sur la craie qui renferme aussi de la silice. A mesure que l'excès d'acide se portait sur la chaux de la craie , la silice et le fer se précipitaient.
l4^> AGI . LtNT. A I.'AlDt DI-SQ. ON FORME, ETC.
Les trois expériences que nous venons de rapporter sont importantes en ce qu'elles font connaître (juelques circonstances dans lesquelles les particules de la silice pretnient un état cristallin, analogue à celui du quartz de la nature.
I 190. Nous allons citer encore quelques exemples de formation de cristaux de silice, qui ne sont pas sans intérêt pour Tétude des actions lentes.
On sait, depuis longtemps, que lorsqu'on expose à l'air libre une solution de silice dans la potasse, autrement dit li({ueur des caillou.x., à mesure que la potasse absorbe l'acide carbonique de l'air, elle abandonne la silice qui cristallise quelquefois en prismes hexaèdres, terminés par des pyramides, comme le quartz naturel, mais on a reconnu que ce quai tz renferme toujours une certaine quantité de potasse.
M. Pelouse a conservé, pendant deux ans, de l'acide liydro-chlorique concentré dans une bouteille de verre' vert. Il a retrouvé, après ce temps, au fond de la bouteille des grains cristallisés de quartz, contenant environ 7-^ de potasse. ]j'acide hydro-clilorique, en réagissant sur le verre, s'est emparé de l'alcali et a mis en liberté la silice qui a cristallisé. Il est infiniment probable que cette substance a été dissoute el que la cristallisation n'a commencé que lorsque l'acide en a été sursaturé.
I 191. M. Cagniurtl-Latour ayant traité des scories de fer, composées en grande partie de silicate de ce métal, par le sous-carbonate de soude, à l'aide de la chaleur, a dissous la combinaison dans l'eau, puis a filtré et a acidifié pour saturer l'excès d'alcali et dissoudre» la silice. Cette dissolution, abandonnée à elle-même, a déposé, par l'évaporation, des grains siliceux cristallisés, infusibles au chaliunoau et ne rayant pas le verie.
j 192. INous-méme ayant mis dans un tube fermé par un bout un silicate et un aluminate de cuivre avec une lame de fer et une solution saturée de sel marin, peu à