CHAPITRE V
tances locales, n'ont point encore permis d'établir la station magnétique sous le tropique du Cancer, et de faire usage des instruments. Il en a été de même jusqu'ici de la boussole de Gambey, que M. Arago a fait construire à ses frais, pour obtenir des observations de l'intérieur du Mexique, oii le sol s'élève à plus de 6,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Enfin, pendant mon dernier séjour à Paris, j'ai eu l'honneur de proposer à M. l'amiral Duperré , minisire de la marine, de fonder une station magnétique en Islande. Cette demande a été accueillie avec l'empressement le plus bienveillant, et l'instrument, déjà commandé, sera déposé cet été au port de IleikiaVig, lorsque l'expédition qui avait été dirigée vers le Nord, à la recberebe de M. de Blosseville et de ses compagnons d'infortune, retournera en Islande pour y continuer des travaux scientifiques. On peut être sûr que le gouvernement danois, qui protège avec une si noble ardeur l'astronomie et les progrès de l'art nautique, daignera favoriser l'établissement d'une station magnétique dans une de ses possessions voisines du cercle polaire. Au Chili , M. Gay a fait aussi un grand nombre d'observations horaires correspondantes, d'après les instructions de M. Arago.
Je suis entré dans ce long et minutieux détail historique pour faire voir jusqu'où j'ai réussi, conjointement avec mes amis, à étendre le concours d'observations simultanées. Après mon retour de Sibérie, nous avons publié, M. Dove et moi, en i8'^o, le tracé graphique des courbes de déclinaisons horaires de Berlin , Frevberg, Pélersbourg et Nicolajeff en Crimée, pour faire voir le parallélisme qu'affectent ces lignes, malgré le grand éloignement des stations et sous l'influence de perturbations extraordinaires. Dans la comparaison des observations de St-Pctersbourg et de NieolajefF, on a pu faire usage d'observations faites dans les intervalles très-rapproebés de 10 en 20 minutes. Il ne faut pas se persuader cependant que ce parallélisme d'inflexions existe toujours dans les courbes horaires. Nous avons éprouvé
t\L\1 LETTRE DE M. DE HUMBOLDT.
que, même dans les lieux très-voisins, par exemple à Berlin et dans les mines de Freyberg, les réactions magnétiques de l'intérieur de la terre vers la surface ne sont pas constamment simultanées, que l'une des aiguilles présente des perturbations considérables, tandis . que l'autre continue cette marche régulière qui, sous chaque méridien , est fonction du temps vrai du lieu. J'ai proposé aussi, dans le mémoire publié en i83o, pour le concours d'observations simultanées, les époques suivantes :
20 et 21 Mars /
4 et 5 Mai I depuis 4 heures du matin du premier
21 et 22 Juin 1 jour jusqu'à minuit du second jour, 6 et 7 Août < en observant pour le moins, dans cha-
23 et 24 Septembre j que station magnétique, jour et nuit,
5 et 6 Novembre f d'heure en heure. 21 et 22 Décembre \
Comme plusieurs observateurs placés sur la ligne des stations ont trouvé ces époques trop rapprochées les unes des autres, on a dû insister de préférence sur le seul temps des solstices et des équinoxes.
L'Angleterre, depuis les travaux anciens de William Gilbert, Graham et Halley, jusqu'aux travaux modernes de MM. Gilpin, Beaufoy (à Bushy Heath), Barlow et Christie, a offert une riche collection de matériaux propres à découvrir les lois physiques qui règleut les variations de la déclinaison magnétique, soit dans un même lieu selon la différence des heures et des saisons , soit à différentes distances de l'équateur magnétique et des lignes sans déclinaison. M. Gilpin a observé chaque jour douze heures, pendant plus de seize mois. Les nombreuses observations du colonel Beaufoy ont été régulièrement publiées dans les Annales de Thompson. De mémorables expéditions dans les régions les plus inhospitalières du Nord ont fait recueillir à MM. Sabine, Franklin, Hood , Parry , Henry Foster, Beechey et James Clark Ross, une riche moisson d'observations importantes. C'est sous le rapport du magnétisme terres-