‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme et de leurs rapports avec les phénomènes naturels (volume 3)Chapitre 386 sur 397 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mauvaise conductibilité* D'après cela, il est difficile de concevoir l'existence de courants électriques à la surface du globe par suite de L'action solaire. La difficulté était la même quand on a voulu établir que le magnétisme terrestre provenait de la différence de température entre le noyau central de la terre et la croûte superficielle, qui est dans un état de refroidissement.

Je suis disposé néanmoins à admettre que les variations diurnes et annuelles de l'aiguille aimantée sont ducs à la présence du soleil au-dessus de l'horizon : on est porté à croire que toutes les parties matérielles de la terre sont douées de magnétisme, et que ce magnétisme éprouve des variations , selon que ces parties participent aux influences calorifiques de l'atmospbère par suite de la présence ou de l'absence du soleil au-dessus de l'horizon. Nous savons, en effet, que la chaleur modifie le magnétisme des métaux qui en sont doués; que le refroidissement augmente son intensité, tandis que réchauffement la diminue; or, comme toutes les parties de la terre paraissent posséder un magnétisme propre, on peut supposer raisonnablement que ce magnétisme subit les mêmes modifications que les corps conducteurs par l'effet de 1'éehauffement et du refroidissement, de sorte que les effets peuvent être les mêmes que s'il existait des courants thermo-électriques à la surface du globe.

Je vais examiner actuellement la question relative à l'existence de courants hydro- électriques terrestres, comme cause principale ou perturbatrice du magnétisme de la terre. Cette question a tellement été débattue dans ces derniers temps, que je crois devoir y revenir en raison de l'importance du sujet que je traite.

M. Ampère, qui avait admis dans l'intérieur du globe l'existence de courants électriques dirigés de lest à l'ouest, pour expliquer les effets produits sur l'aiguille aimantée, était parti de l'hypothèse généralement admise aujourd'hui , que le noyau du globe est formé d'un bain métallique recouvert d'une croûte qui lui sert d'enveloppe.

534 HÉFL. SUR LES THÉOR. DONN. POUR EXPL. l'oRTG. , ETC.

L'ingénieux physicien, dont les vues philosophiques ont été quelquefois si utiles aux sciences, attribuait les courants électriques dont il avait besoin pour sa théorie du magnétisme terrestre, à l'action chimique de l'eau et autres agents sur la couche non oxidée du noyau. J'avoue que je ne comprends pas comment de semblables réactions pourraient produire des courants électriques dirigés de l'est à l'ouest. En effet, il ne suffit pas, pour qu'il y ait courant, qu'un corps agisse chimiquement sur un autre, il faut encore que ces corps communiquent ensemble au moyen d'un troisième, conducteur de l'électricité, et sans la présence duquel il n'y a qu'une simple recomposition des deux électricités dégagées, recomposition tumultueuse qui ne pourrait agir sur l'aiguille aimantée. Admettons la réaction chimique de deux corps Tun sur l'autre, et leur contact avec un troisième capable de produire un courant électrique, et voyons quelle pourrait être la direction de ce courant. Je passe sous silence toutes les expériences faites pour reconnaître l'existence de courants électriques dans les filons ou dans des excavations, parce qu'elles ont été ou mal faites , ou parce qu'elles ont donné des résultats négatifs, et j'arrive aux effets électriques qui ont accompagné et accompagnent encore les phénomènes géologiques, car c'est le point de départ pour discuter la question dont il s'agit.

Les théories modernes, fondées sur les données les plus positives que nous fournissent l'astronomie, la physique et la géologie, admettent que la terre était primitivement dans un état gazeux, c'est-à-dire, que toutes les substances solides qui la composent se trouvaient disséminées dans un espace beaucoup plus étendu que celui qu'elle occupe aujourd'hui. J^e rayonnement de la chaleur dans les espaces célestes ayant abaissé successivement la température de cet amas de vapeurs, les corps les plus réfractaires ont dû se refroidir les premiers, et ensuite ceux qui l'étaient moins. Les réactions chimiques qui avaient lieu entre les couches de nature con-

Page 1