CHAPITRE III
et se partage en deux autres, l'un qui remonte vers les légions équatoriales, l'autre qui descend vers le cap Horn; il faudrait, dis-je, que les électricités dégagées par le mélange pussent trouver un corps intermédiaire capable de leur livrer passage. Nous ne voyons dans les eaux de la mer que les substances qu'elles tiennent en dissolution qui puissent servir à la recomposition des deux électricités; mais il résulterait de là une foule de petits courants partiels, dirigés dans tous les sens dont il serait impossible de trouver la résultante à priori. C'est ce qui doit avoir lieu en pleine mer; mais, le long des côtes, il pourrait se faire que les substances qui composent les terrains, ayant une conductibilité suffisante, servissent à la recomposition des deux électricités. Ce ne sont là que des conjectures que j'émets uniquement dans le but d'éclairer le lecteur sur l'origine électrique probable du magnétisme terrestre.
Bien que je sois porté à admettre cette origine, néanmoins les faits manquent pour l'appuyer sur des bases solides.
Je ne chercherai pas à examiner jusqu'à quel point est fondée l'ancienne hypothèse qui admet que le magnétisme terrestre est l'effet de matières magnétiques ou ferrugineuses disséminées à travers la masse de la terre, attendu que les faits manquent également pour donner à cette hypothèse l'apparence d'une vérité. Je m'arrêterai seulement quelques instants sur l'hypothèse qui place la cause des phénomènes dans l'atmosphère, non pour la soutenir, mais pour présenter quelques considérations qui peuvent être invoquées en sa faveur : les expériences de Fusinieri (1) tendent à prouver que des métaux, et particulièrement le fer, existent à l'état de vapeur dans notre atmosphère, et qu'ainsi la terre est enveloppée d'une sphère creuse de substance magnétique, et capable, quand elle reçoit le magnétisme par une cause ex-
(1) T. IV, p;ig. i3i et suiv.
538 RÉFL. SUR LES THÉOR. DONN. POUR EXPL. l'oRIG., ETC.
térieure, de produire tous les phénomènes du magnétisme terrestre. Dans son état régulier d'équilibre, cette, atmosphère magnétique agirait sur l'aiguille d'après les lois trouvées par M. Barlow, touchant l'action exercée par une sphère de fer; lois qui seraient modifiées par celles qui règlent l'état thermal du globe , et par diverses causes perturbatrices. On a cherché à faire prévaloir cette opinion en l'appuyant de faits qui s'y rattachent d'une manière indirecte. Pour montrer jusqu'à quel point cette assertion est fondée ou non, je vais faire un rapprochement entre les variations diurnes de l'aiguille aimantée et les variations de l'électricité atmosphérique dans les temps sereins, pour que le lecteur en tire telle induction qu'il jugera convenable.
Dès l'instant que le soleil se montre sur l'horizon, le pôle austral de l'aiguille se dirige vers l'ouest; de i à 2 heures , l'aiguille atteint son maximum d'écartement, puis revient vers l'orient , de manière à reprendre à très-peu
f>rès, vers 10 heures du soir, la position qu'elle occupait e matin; pendant la nuit elle reste presque stationnaire, pour recommencer le lendemain ses excursions périodiques.
Voyons maintenant quelle est la variation de l'électricité atmosphérique.
Lorsque le temps est serein, il existe toujours dans l'atmosphère un excès d'électricité positive , soumis aux variations suivantes. Cet excès, qui est assez faible peu avant le lever du soleil , augmente graduellement lorsque cet astre commence à paraître sur l'horizon ; puis augmente rapidement, et arrive quelques heures après à son premier maximum; cet excès diminue d'abord avec vitesse, puis ralentit son mouvement de diminution, et arrive à son minimum d'intensité quelques heures avant le coucher du soleil. Il recommence à monter dès que le soleil s'approche de l'horizon, et atteint, peu d'heures après, son second maximum; puis diminue jusqu'au lever du soleil , pour recommencer à suivre la marche indiquée ei-dessus.