‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme et de leurs rapports avec les phénomènes naturelsChapitre 132 sur 335 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

DES ELECTRICITES DISSIMULEES.

§ P^\ Du condensateur.

1 37 . Lorsque deux disques A et B (fig. Ss), séparés par un plateau de matière isolante, de gomme laque ou de

r^ verre, possèdent l'un et Tautre une quantité égale d'électricité contraire, le plateau intermédiaire s'oppose à leur recomposition ; n)ais il n'empêche pas qu'elles n'exercent Tune sur l'autre une action par influence, dont nous avons déjà étudié les effets, et qui masque leur action propre sur les corps environnants : on dit alors que les deux électricités sont dissimulées. Au lieu d'un plateau de verre, on peut employer une couche d'air, comme l'a fait /Epinus. Ayant pris pour plateaux deux grandes plaques circulaires de bois, revêtues de feuilles d'étain, il les électrisa chacune différemment, les rapprocha, et remarqua que leurs actions étaient dissimulées. Toutes les fois que l'action attractive des deux fluides est suffisante pour vaincre la résistance que lui oppose le corps isolant, celui-ci est percé en un ou plusieurs points par l'effet de la décharge. Si l'on établit directement la communication entre les deux disques avec un arc métallique, la recomposition des deux électricités s'opère immédiatement. Telles sont les propriétés générales des électricités dissimulées.

Supposons maintenant que les deux disques A et B, qui sont séparés par un disque de matière isolante ,

, soient parfaitement homogènes, et qu'on leur communique la même quantité d'électricité contraire ; supposons,

2l8 Dl CONDFNSATEUR.

en outre, que le discjuc iutenuédiaire soit partout de la même épaisseur , et (pie l'appaieil soit isolé, l'expérience , prouve (pi'il n'existe aucun point sur chaque disque où la tension soit lout-à-fuit nulle. On explique ainsi ce fait : le discjue inteiniédiaire ayant une certaine épaisseur, les deux électricités, qui sont égales en quantités, ne peuvent être dissimulées conij)léteinent (pi'au contact; lorsqu'elles se trouvent h une certaine distance l'une de l'autre, il faut que l'une soit plus forte que l'autre pour conqjenser la ilistance ; cela exige qu'il reste une petite quantité d'électricité libre sur l'une des surfaces : en la lui enlevant, c'est l'autre dis(jue qui manifeste l'excès d'électricité libre. Ces décbaiges successives peuvent être rendues sensibles au moyen de deux pendules formés de petites balles de sureau, suspendues à deux fils de lin écru , et eu connnunication chacun avec l'un des disques. Ces deux pendules, à l'instant où ils touchent les faces des disques, sont repoussés ; mais dès l'instant que Ton touche l'un d'eux, le pendule cori-espondant reiombe , et celui de l'autre se relève, connne si celui-ci eût pris une charge nouvelle. Cet effet doit être attribué uni(|uement à la poition de fluide qui est devenue libre par la perte que l'autre a éprouvée (jp.and on a touché le plateau. J.a propriété dont jouit l'électricité dissimulée a été mise à profit par TEpinus, pour accumuler (.\r. l'électricité sur une surface ; en raison de cela, rapj)aieil a reçu le nom de condensateur.

i38. J.es deux discpies étant électrisés différemment et isolés, si l'on touche alternativement les deux surfaces avec un plan d'épreuve et que Ton j)orte ensuite dans la balance de Coulomb pour déterminer la tension de l'électricité enlevée, on trouve qu'il existe sur chacune d'elles des quantités d'électricités libres, de nature contraire, qui tendent de plus en plus à devenir égales. En ayant égard aux lois de l'absorption de l'électricité par l'air, on rend conqite de ce phénomène par le calcul; jnais on peut, au moyen d'une expérience très-simple, montrer cette égalité. Soient BA (fig. 53) une lame de verre verticale.

CHAPITIIE VI. aig

recouverte sur chaque face d'une lame d'étain, et ab^ ah' deux petits pendules en communication avec les lames ; l'une des faces est mise en coinmiiiiication avec le sol, l'antre avec une machine électrique qui fonctionne, et l'appareil est abandonné ensuite à lui-même. Aussitôt après, sur la première, le pendule qui était au repos s'élève graduellement, tandis que sur l'autre il s'abaisse peu à peu. Ils arrivent bientôt à un écart qui est sensiblement le même, et tous deux descendent ensuite très-lentement, de la même quantité. Ces eff(;ts sont faciles à expliquer.

i3g. Quand l'un des disques est seul électrisé, et c[ue l'autre est à l'état naturel et communique avec le sol, il se produit des effets que nous pouvons expliquer en nous reportant au principe exposé dans le chapitre iv.

Supposons que l'on ait donné h. la face A un excès d'électricité positive; cette électricité décomposera l'électricité naturelle de B, attirera son électricité négative et repoussera la j)ositive dans le sol, laquelle agira aussi de la même manière sur l'électricité qui l'avoisine, et ainsi de suite; il en résultera donc de l'électricité négative dissimulée en c c, qui sera toujours moindre en quantité que l'électricité positive du disque A. 11 suit de là que, lorsqu'on enlèvera la chaîne ««', la face A, dans les premiers iiîstants,donru'ra, comme nous l'avons vu précédemment, de l'électricité au plan d'('preuve; mais l'air ne tardant pas à lui enlever cet excès d'électricité, ce sera ensuite au tour de la face B à avoir un excès d'électricité libre, et successivement, jusqu'à ce que l'état électrique des deux faces soit sensiblonîent le même. En faisant communiquer l'une d'elles avec une source d'électricité, on peut accunudcr sur l'autre une certaine quantité d'électricité dont la tension est un peu moindre que celle de l'autre : c'est en raison de cette propriété qu'on a donné à cet aj)j)areil le nom de condensateur. Le condensateur est ordinairement composé de deux disques de métal , séparés par un disque isolant.

Quand le disque isolant est on verre, il faut, à cause de son épaisseur, donner à l'un des plateaux un excès

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