CHAPITRE VIII
THEORIE 3IATIIE31ATIQUE DU MAGNETISME.
244- Si l'on compare les phénomènes électriques d'attraction et de répulsion aux phénomènes magnétiques du même genre, ou trouve des rapports communs et des différences caractéristiques qui ne permettent pas d'appTicjner au magnétisme la théorie mathématique de l'électricité. Nous avons montré cjue les j)remiers peuvent être attribués à l'existence de deux fluides, dont les molécules de chacun d'eux se repoussent entre elles, et at-, tirent avec la même force les molécules de l'autre fluide, et ce en raison inverse du carré de la distance. Même supposition peut être faite pour les attractions et répulsions magnétiques , c'est-à-dire (|ue l'on peut les faire dépendre de deux fluides doués des mêmes propriétés attractives et répulsives. D'un autre coté, dans l'électr*icité,-on partage les corps en corps conducteurs et corps non conducteurs; les j)remiers s'électrisent immédiatement par influence, à l'approche d'un corps électrisé, et rentrent dans l'état naturel, aussitôt que l'on retire ce corps; tandis que les autres résistent longtemps à cette action. Mais une fois que l'électricité y est développée, elle y persévère pendant plus ou moins de temps, quand ils sont hors de sa présence. Dans le magnétisme, on établit une semblable distinction entre le fer doux, non écroui, ni tordu, et l'acier trempé. Tels sont les rapports communs; voyons les différences.
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Le fluide électrique pénètre toutes les substances, soit pour les traverser avec une vitesse excessive, soit pour s'y arrêter. Le fluide magnétique, tel que nous l'avons considéré jusqu'ici, n'agit d'une manière très-prononcée, pour aimanter dans l'état de repos, que sur trois métaux, le fer, dans ses différents états et combinaisons, le cobalt et le nickel. Mais il n'est jamais transporté, dans l'acte de l'aimantation , à l'une des extrémités des barreaux ; puisque Coidomb a démontré que les deux fluides boréal et austral n'éprouvent que des déplacements infiniment petits, et ne sortent jamais de la molécule à laquelle ils appartenaient avant l'aimantation.
Ce mode d'action n'existe pas seulement dans le fer doux , mais encore dans l'acier, qui relient le magnétisme qu'on y a développé; cet effet est dû à l'existence d'une force coercitive qui s'oppose à la séparation et à la recomposition des deux fluides. Dans l'électricité, les attractions et répulsions des corps conducteurs ne déper)dent que de leurs formes et de leurs dimensions, et nullement de leur nature; ce qui n'a pas lieu dans le magnétisme, puisque, d'une part, la forme et la dimension n'exercent aucune influence sur l'aimantation , et de l'autre , (jue deux masses de même forme et de même volume de fer et de nickel, dans lesquelles la force coercitive est Irès-faible, n'exercent pas la même action sur une aiguille aimantée placée h la même distance de cbacune d'elles. Ce fait a été établi par M. Gay-Lussac qui, ayant fait osciller de chaque coté du méridien magnéti([ue une aiguille aimantée de o'",2 de longueur, trouva qu'elle exécutait lo oscillations en t'3i"; il plaça ensuite au-dessous, dans le même méridien, à une distance de o^joS, un barreau prismatique de fer doux, dont la longueur était de o'",i96, la largeur de o"',oi8, l'épaisseur verticale de o'",ooi4, t-t dont le milieu se trouvait dans la même verticale que le point de suspension de l'aiguille; les oscillations devinrent plus rapides, puisqu'il y en eut d'abord dix en 65 secondes; mais bientôt après il n'en fallut plus que 60. En substituant au
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barreau de fer doux un barreau de nickel pur de même forme et de mêmes dimensions, l'aiguille exécuta ses dix oscillations en 78 secondes , et peu après en 'jj secondes. Le barreau de nickel ayant été enlevé , l'aiguille s'est comportée comme avant, sous l'influence terrestre. Le fer et le nickel, après cette expérience, n'ont montré aucune trace d'aimantation. Les barreaux n'ayant pas exercé sur-le-cliainp leur maximum d'action, il est probable qu'il leur restait encore une très-petite force coercitive. Cette expérience prouve que l'acier et le nickel ne possèdent pas le même pouvoir magnétique.
Nous arrivons à la théorie mathématique que]\L Poisson a donnée des phénomènes magnétiques , indépendamment de la nature particulière des fluides boréal et austral. Dans l'impossibilité où nous sommes d'exposer ses savants calculs, nous indiquerons seulement la marche qu'il a suivie pour déterminer les résultantes des attractions et des répulsions des deux fluides, ainsi que leur distribution dans les corps aimantés.
M. Poisson admet les principes suivants pour l'aimantation : «Dans l'acte de l'aimantation, les deux fluides boréal « et austral, qui étaient réunis à l'état neutre, se sont trèsce peu écartés les uns des autres. Nous ne déciderons pas 0 si les parties des corps aimantés, dans lescjuelles la dé- « composition du fluide neutre peut s'effectuer, sont les w molécules mêmes de ces corps; nous supposerons seule- « ment que leurs dimensions sont toujours extrêmement « petites. Nous appellerons élétnenl magnétique chacune « de ces petites parties, dont la propriété caractéristi- ^ « que consiste en ce que les quantités des deaix fluides « y sont égales entre elles, dans l'état d'aimantation, « comme dans l'état neutre. Or nous pouvons concevoir, « pour envisager la question dans sa plus grande géné- « ralité, (jue les éléments magnétiques ne sont pas con- « tigus dans l'intérieur des corps aimantés; qu'ils y sont « au contraire séparés les uns des autres par des espaces « pleins ou vides, où les deux fliYides ne peuvent péné- « trer, et que les dimensions de ces intervalles isolants