CHAPITRE VIII
La gomme est loin de produire un effet semblable, comme nous allons le voir. Les alcalis et les terres ne précipitent pas la dissolution de gomme dans l’eau, mais si l’on ajoute du deutoxide de cuivre à l’état d’hydrate, il se forme aussitôt un précipité floconneux blanc de gomme et d’oxide de cuivre. Si l’on ajoute suffisamment d’oxide, on peut précipiter par ce moyen toute la gomme : c’est sous l’influence de la potasse cjue cet effet se produit. Quand la dissolution renferme en outre une petite quantité de matière sucrée, celle-ci réagit aussitôt sur l’excès d’oxide de cuivre, le dissout et colore en bleu la dissolution. Cette propriété de la gomme, qui diffère essentiellement de celle du sucre, dans les mêmes circonstances, nous fournit un moyen très-simple de reconnaître la présence de l’une et de l’autre dans une dissolution composée de produits organiques. On commence par dissoudre dans le liquide un excès de potasse, puis on ajoute du deutoxide de cuivre également en excès, qui précipite toute la gomme : dans le cas où il y a une matière sucrée, la dissolution se colore aussitôt en bleu; par exemple, le mucilage que l’on obtient par une décoction de farine de graine de lin, donne, par la potasse et l’hydrate de cuivre, un précipité analogue à celui de la gomme et de l’hydrate de cuivre, et la dissolution se colore légèrement en bleu , comme si elle renfermait un peu de matière sucrée. Cette dernière réaction est-elle due au mucilage que renferme la graine de lin? nous ne le pensons pas; car ce mucilage, quand il est isolé des autres substances contenues dans la graine, ne jouit pas de la propriété de dissoudre l’oxide de cuivre par l'intermédiaire de la potasse. Il paraîtrait d’après cela que la décoction de graine de lin renferme une petite quantité de matière sucrée. M. Yauquelin, dans l’analyse qu’il a faite de la graine de lin , n’a pas fait mention de matière sucrée; mais cette substance s’v trouve peut-être en quantité si minime qu’il fallait une réaction très-sensible pour en constater la présence. Le procédé que nous venons d’indiquer, en raison de sa sensibilité
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et de la facilité avec laquelle on le met en pratique, pourra être de quelque utilité aux botanistes et aux chimistes. Les résultats que nous venons d’exposer s’obtiennent à la température ordinaire; mais si l’on soumet les dissolutions à Faction de la chaleur, les effets changent.
Prenons une dissolution de sucre de canne , de. potasse et de deutoxide dans l’eau, dans des proportions telles que le sucre et la potasse soient quatre ou cinq fois plus considérables en poids que le deutoxide : la couleur bleue change aussitôt que l’ébullition commence ; elle devient verte, vert-jaune , jaune-rouge, puis rouge; tout le deutoxide est alors changé en protoxide qui n’éprouve plus ensuite aucun changement, quelle que soit la durée de l’ébullition. Si l’on ajoute successivement de l’oxide de cuivre jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de protoxide, on parvient à décomposer entièrement tout le sucre, et il ne reste plus dans la dissolution que du carbonate de potasse et une petite quantité d’acétate de la même base, comme on pouvait le prévoir en raison des observations électro-chimiques exposées précédemment. On reconnaît la présence de l’acide acétique en versant de l’acide sulfurique sur le résidu de la dissolution évaporée à siccité. Le sucre de lait se comporte à froid comme le sucre ordinaire à l’égard du cuivre et de la potasse; mais si l’on traite la dissolution par la chaleur, l’oxide de cuivre passe à l’état de protoxide, puis est réduit à l’état métallique; effet que l’on n’obtient jamais avec le sucre de canne : outre les différences entre les propriétés chimiques qui existent entre les deux substances, celle que nous venons d’indiquer peut servir à les distinguer l’une de l’autre.
Les oxides d’or, d’argent et de platine, soumis aux mêmes expériences que l’oxide de cuivre, sont réduits à l’état métallique , comme par le procédé de Yoguel. Les oxides de fer, de zinc, de cobalt, de nickel, n’éprouvent aucun changement, quand on les traite par la potasse et le sucre de lait. Si l’on traite par la chaleur