CHAPITRE SIXIÈME
taies laviques dites fromentales de celles qui résultent de l’altération des schistes micacés qui sont moins productives. De ces faits et d’autres que je ne rapporte pas ici, il tire la conséquence qu’il existe dans les roches ignées, à l’instant de leur solidification, un état d’équilibre instable des molécules qui produit le retrait auquel sont dues les structures prismatiques, articulées, tabulaires, etc. Peu à peu cet équilibre se perd pour faire place à un autre plus stable qui change la structure même du corps.
M. Gustave Pose nous a donné un exemple d un dimorphisme de ce genre, dans les pyroxènes et les amphiboles, dont les uns résultent d’un refroidissement rapide et les autres d’un refroidissement lent. C’est ainsi que facide arsénieux vitreux, récemment sublimé, éprouve avec le temps et peu h peu une opacité complète en pi'rdant de sa densité et acquérant plus de solubilité dans l’eau.
Les roches feld-spatbiqucs, qui ont en général une origine semblable à celle des basaltes, éprouvent aussi une décomposition en couches concentriques.
La désagrégation étant admise, voici comment marche ensuite la décomposition , suivant ]M. Fournet : Dès l’instant que les roches se désagrègent, leur fer s’oxide graduellement en passant à l’état de proloxide Incolore, d’oxide vert intermédiaire et de jieroxide hydraté jaune. D’un autre coté, on a remarqué depuis long-temps (|ue, lorsque le petunzé commence à s’altérer, il prend une teinte légèrement rosée, et acquiert en même tc'inps une faible saveur saline qui ne se manifeste plus cjuand l’altération est plus avancée. Comment l’aîcaji peut-il être mis en liljerlé.^ il faut nécessaii’ement qu’un acide plus puissant que la silice le déplace de sa combinaison avec cette terre. Or, l’acide carboni{|ue est tellenn'nt répandu dans la nature, (ju’on est porté natuî’ellement à le regarder comme la cause première de cette l'éaction. Cet acide, comme on sait, est absorbé, condensé facilement par l’eau et les coi’ps poreux. Le feld-spatb, quand il est désagrégé et terreux , jouit des mêmes propriétés que ces corps. Il
5o4 DÉCOMPOSITION DES GRANITES.
absorbe donc l’acide carbonique, qui réagit sur les silicates et s’empare de leurs bases les plus fortes. La silice est mise en liberté à un état gélatineux qui lui permet de se dissoudre en certaine quantité, à la vérité, dans les eaux et dans les carbonates alcalins; elle est alors entraînée par elles, et donne naissance, suivant les circonstances, à des cristaux de quartz liyalin, des fioiâtes, des agates, des opales, des concrétions calcédoines et des silicates de nouvelle formation, telles que les mésotypes, les chabasies ,' etc.
Cette tlîéoi'ie s’appuie sur deux suppositions : la preinièi*e, qui n’est pas encore démontrée,, que les molécules des roches d’origine ignée ne prennent pas un état d’équilibre permanent lors de leur solidification et qu’elles éprouvent, par la suite des temps, un effet de dimorpliisme qui amène leur décomposition; la seconde, que l’acide carbonique est ensuite absorbé .par ces roches, et y détermine la séparation de leurs éléments. Cette seconde supposition est très-admissible, car on a un grand notnbre d’exemples de l’influence qu’exerce l’acide cai‘boni(jue sur plusieurs substances ininér*ales pour amener leur décomposition. Nous allons passer ici en revue quelques-uns de ces effets.
Dans la vallée de Cbâtel-Guyon , en Auvergne, les nombreuses sources d’eaux minérales qui s’échappent de toutes les fissures du granité exercent une action dis-solvante telle, qu’elles ont creusé cette roche, et y ont formé de petits bassins irréguliers qu’elles remplissent de fer hydraté.
Dans le filon du Pré, voisin des mines de Barbecot, une explosion de poudre donna issue à un jet d’eau trèsviolent chargé d’acide carbonique fortement condensé. L’eau, dans les premiers moments, était surchargée d’une matière ai'gileuse , blanche , tenue en suspension. En examinant h‘s localités, on reconnut que ci'tte eau s’écoulait au travers d’une masse de baryte sulfatée trèscaverneuse. Ce sulfate était altéré sur une certaine épaisseur et carié à un tel point, que la forme cristalline de la