‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 47 sur 141 · DES THÉORIES ÉLECTRO-CHIMIQUES · texte numérisé non relu

DES THÉORIES ÉLECTRO-CHIMIQUES

qui commencent à jeter quelque lumière sur la science.

Wilke fît plus , il essaya de prouver que le feu avait une origine électrique.

Hube, dans son Traité de physique, jeta en avant cette conjecture, que les attractions chimiques devaient être rapportées aux forces électriques.

Ritter, après avoir fait un grand nombre d’expériences sur les propriétés chimiques de la pile, eut la même idée et créa une théorie qu’il développa avec talent. Les efforts qu’il fît pour tenter d’établir ce rapprochement, ne furent pas inutiles pour la science. A côté de ce physicien on peut placer Winterl qui , en raison de la manière dont il considérait l’acidité et l’alcalinéité, a préparé les esprits à l’adoption d’une théorie électro - chimique. Malheureusement on peut reprocher à ces deux savants de s’être jetés dans des considérations métaphysiques où il est difficile de les suivre, et d’avoir voulu découvrir a priori des faits qui sont encore enveloppés de beaucoup d’obscurité.

M. OErsted (i), en 1799 et 1800, dans plusieurs Mémoires qu’il publia sur l’identité des forces chimiques et électriques, s’appliqua à démontrer qu’il était possible de concevoir les phénomènes chimiques comme le résultat de faction de deux forces générales, répandues dans tous les corps; mais il n’eut pas besoin de supposer des forces arhitraii’es , il se servit de celles dont les effets nous sont rendus sensibles par des attractions et des répulsions électriques. Il déduisit comme conséquence de sa théorie ou plutôt de son système, que les affinités, la chaleur, la lumière et le magnétisme étaient dus à des actions électriques. Ce sont ces mêmes idées qui le conduisirent plus tard à découvrir l’action d’un courant électrique sur un aimant, découverte du premier ordre, dont les conséquences sont immenses pour

(i) Recherches sur l’identité des forces chimiques et électriques; traduit de l’allemand, par M. Marcel de Serres, i8i3.

2® PERIODE, CHAPITRE PREMIER. l'^I

l’avancement de la science, comme nous aurons bientôt 1 occasion de le voir. Quoique ce système ait augmente nos richesses scientifiques, on doit regretter qu’il n’ait pas été appuyé, en général, de ces expériences décisives qui portent la conviction dans tous les esprits. L’ouvrage dont il est ici question est remarquable dans plusieurs parties, mais il est empreint de cette philosophie spéculative dont on doit user avec discrétion dans les recherches scientifiques. Un homme de la portée de M. OErsted peut bien se permettre de jeter en avant des idées hardies, mais les adeptes doivent user avec réserve d’une méthode qui n’est pas basée sur l’expérience.

J’ai dit que l’on avait toujours pris pour base de toute théorie électro-chimique celle de la combustion et des phénomènes qui l’accompagnent. Nous sommes conduits ici à dire quelques mots des théories chimiques.

Stahl chercha à expliquer la combustion par le dégagement d’un principe imaginaire, qui produisait la chaleur et auquel il donna le nom de phlogistique ; principe qui, suivant lui, était celui de la combustibilité. Ce système fut développé avec tant de talent par son auteur, qu’il servit de guide à la science pendant près d’un demi-siècle. En vain observait-on à Stahl que des corps, en brûlant, augmentaient de poids, au lieu de devenir moins pesants par la perte d’un principe ; il répondait que le phlogistique était le principe de la légèreté qui, en se dégageant, devait diminuer nécessairement le poids des corps.

Lavoisier ne se contenta pas de cette raison; aidé de quelques observations faites avant lui, et d’un grand nombre d’expériences qui lui sont propres, il prouva que la combustion était le résultat de la combinaison d’un corps combustible avec un autre corps gazeux , auquel il donna le nom d’oxigène. Cette théorie, quoique très-rationnelle, ne reçut pas d’abord l’assentiment général, tant le phlogistique avait jeté de profondes racines dans tous les esprits. Mais Lavoisier ne se laissa

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pas abattre par toutes les difficultés qu on lui suscitait, il accumula preuve sur preuve en faveur de sa théorie, et parvint à renverser complètement le phlogistique. Après avoir expliqué la combustion, il voulut aussi rendre compte de la chaleur qui l’accompagne et de celle que l’on retrouve en général dans les actions chimiques. . ^ V IV

Suivant cet illustre chimiste, le gaz oxigene, a 1 instant où il se solidifie, abandonne le calorique qui le tenait à l’état gazeux, et il en résulte la chaleur. Quant à l’explication des phénomènes de lurnière qui ont lieu dans la combustion, il ne fut pas aussi heureux.

Après laùnort de ce grand homme, on prouva que le gaz oxigène, quand il se combine avec le charbon, pour former de l’acide carbonique, ne change pas de volume. Il aurait donc, dû résulter de ce phénomène un ahmssement de température, puisque le carbone passait ce l’état solide à l’état gazeux, mais il n’en est pas ainsi , car la température s’élève, au contraire, considérablement. Pour expliquer cette difficulté , on dit que la chaleur spécifique du gaz acide carbonique étant inferieure à celle de l’oxigène et du carbone avant leur combinaison, il y avait nécessairement du calorique mis en liberté ; mais cette explication fut renversée aussitôt que l’on eut déterminé avec exactitude la chaleur spécifique des gaz, puisque celle du gaz acide carbonique, loin d’être inférieure à celle du gaz oxigène, est au contraire

plus considérable. • • j

D’autres exemples, analogues h celui que je viens cle rapporter, tendent a prouver que la présence de la chaleur et de la lumière, dans les actions chimiques, est due à une autre cause que celle qui avait été adoptée par Davoisier. Je citerai particulièrement la lumieie qui est produite dans certains cas où il n’y a pas d’action chimique, mais seulement un changement dans la constitution des molécules, comme la zircone, f oxide de chrome et d’autres corps qui, lorsqu’ils ont été exposes a une haute température, perdent seulement la faculté de

former momentanément des combinaisons avec les acides.

Dans l’ëtat actuel de la science, il est impossible de séparer la lumière dé la chaleur, ce sont deux effets qui proviennent de la même cause.

La science en était arrivée a ce point, que Ton ne savait quelle théorie adopter pour expliquer les actions chimiques , ainsi que les plienomenes de chaleur et de lumière C|ui les accompagnent, lorsque Davy entreprit de résoudre cette question en s appuyant sur des expériences dont j’ai déjà fait connaître les résultats principaux. Il suivit donc une autre marclie que ses devanciers pour jeter les bases d’une théorie electro-chunique, puisqu’il s’appuya constamment sur des observations qui paraissaient alors décisives. Je me bornerai seulement ici à rapporter les conséquences principales qn il en tira, parce qu’elles forment les bases de la nouvelle théorie électro-chimique. Parmi les substances qui se combinent chimiquement, toutes celles dont les energies électriques sont hieii connues, manifestent des états électriques opposés, par leur contact mutuel 5 ainsi le cuivre et le zinc, l’or et le mercure, le soufre et les métaux, les substances acides et alcalines, donnent des résultats conformes a ce principe^ ainsi les substances acides ou celles qui se comportent comme telles dans les combinaisons, prennent l’electricite négative, et les substances alcalines, l’électricate positive 5 enfin 1 état électrique de tension augmente avec la température.

Davy posa en principe qu’en supposant deux corps dont les molécules soient dans deux états electii([ues différents, suffisamment exaltes pour leur donner une force attractive supérieure au pouvoir de 1 agrégation, il éclate du feu, c’est-à-dire de la chaleur et de la lumière, par suite de la réunion des deux électricités, et il se forme alors une combinaison. Voila les bases de la théorie électro-chimique telle que l’a conçue Davy. ^ ^

Suivant cette théorie, tous les signes d électricité cessent aussitôt que les actions chimiques commencent, de sorte que l’on ne voit pas quelle est la cause qui

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