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DÉCOMPOSITION DES ALCALIS ET DES TERRES

sorbée par l’eau qui adhérait à la surface de 1 amalgame. Au surplus, dans son Mémoire, Davy répète qu’il n’avait jamais eu la pensée de se prononcer positivement sur un sujet aussi nouveau et aussi obscur, et qui! avait seulement présenté des hypothèses pour expliquer les

faits.

MM. Gay-Lussac et Thénard répliquèrent à Davy (i) qu’il n’en était pas précisément ainsi, attendu qu il avait annoncé sou opinion d’une manière assez affirmative, et que leurs expériences, quelque imparfaites quelles parussent, avaient commencé à ébranler son opinion relativement à la nature de l’amalgame ammoniacal, puisqu’il regardait la leur comme la plus probable.

Davy, dont les vues philosophiques étaient trèsétendues’, ne laissait jamais échapper l’occasion de rattacher ses découvertes à l’explication de quelques phénomènes de la nature (2). Il avança que si les métaux des alcalis et des terres ne pouvaient exister à la surface de notre globe , il était très-possible qu’ils fissent partie de son intérieur, et que leur existence, si on était fondé à l’admettre, offrirait une théorie des phénomènes volcaniques, particulièrement de la formation des laves, de l’excitation et des effets de la chaleur souterraine. Il rapporta même la formation des acrolithes et leur apparence lumineuse aux métaux des terres et des alcalis qui, en entrant dans notre atmosphère, éprouvaient aussitôt une combustion et une combinaison de leurs oxides, d’oïl résultaient la lumière et les détonations qui accompagnent toujours leur chute. Relativement a la présence des alcalis et des terres dans les corps organisés , les expériences qui ont pu faire croire que ces bases peuvent se former de l’air et de l eau seulement, par les procédés de la végétation, ont toujours été faites d’une manière peu concluante; car 1 eau distillée, ainsi

(i) Annal, de Ch., t. lxxv, p. 291.

(a) Annal, de Ch., t. lxx, p. 25 1.

que Davy a tâché de le montrer, peut se trouver imprégnée de matières soit salines, soit métalliques; et l’air tient presque toujours en état de suspension mécanique des substances solides de tout genre.

On peut aisément concevoir que, dans les procédés ordinaires de la nature, tous les produits des êtres vivants peuvent procéder des combinaisons connues de ' divers éléments. Les composés du fer, des alcalis et des terres avec les acides minéraux abondent pour l’ordinaire dans la terre végétale. La décomposition de roches basaltiques, porph)/roïdes et granitiques, fournit constamment, a la surface du sol, des éléments terreux, alcalins et ferrugineux. On a trouvé dans la sève de toutes les plantes qu on a examinées certains composés neutrosalins qui contenaient de la potasse ou de la soude et du fer. Ces principes peuvent passer des plantes aux animaux, et 1 action chimique de l’organisation paraît tendre plutôt à s’unir les' substances, sous des combinaisons plus compliquées et plus variées, qu’a les réduire à leurs plus simples éléments.

Les expériences de Davy sur la séparation et la translation des agents chimiques au moyen de la pile, firent supposer à Wollaston (i) qu’il existait peut-être une influence analogue dans le système des sécrétions animales, et ([lie cette action électrique, moins intense que celle que l’on observe dans la torpille, pourrait servir à l’explication de plusieurs phénomènes, tels, par exemple, que la rapidité des communications de l’influence nerveuse dans les diverses parties du système vivant.

Pour éclaircir cette hypothèse, il fît une expérience très-simple pour démontrer que l’action d’un seul couple voltaïcjue pouvait décomposer une solution de sel marin.

Cette expérience, suivant cet ingénieux physicien, confirma la conjecture que les sécrétions animales qui n’ont pas encore été expliquées, pourraient bien être

(i) Philosoph. Magaz., juin 1809.

l64. DÉCOMPOSITION DES ALCALIS ET DES TERRES.

l’effet de quelque force analogue. Les qualités de chacun des deux fluides qui résultent de ces sécrétions pourraient faire connaître quelle est l’espèce d électricité qui prévaut dans chacun des organes particuliers du corps Limai. Aussi en tira-t-il cette conséquence, que Napoléon avait déjà aperçue, savoir, que la surabondance acide que l’on remarque, en général, dans 1 urine, parait indiquer dans les reins un état d’électricité positive et dans les vaisseaux du foie un état négatif.

La pile donna lieu, dès l’époque même de sa decouverte , à mille recherches diverses , tant on était persuade quelle tenait en réserve des trésors pour quiconque saurait l’interroger; et, certes, l’expérience n’a pas démenti cette croyance, car journellement encore cet admiiable instrument permet d’enrichir la science de nouveaux faits. Aussitôt la découverte de Davy, MM. Gay-Lussacet Thénard (i) se livrèrent à une suite de recherches physico-chimiques, à l’occasion d’une grande jhle donnée à l’École polytechnique par Napoléon. Us s appliquèrent entre autres à déterminer l’influence quepouvaient exercer sur l’action chimique le nombre des couples et la natuie du liquide, et furent conduits à plusieurs faits importants; en prenant pour mesure de l’énergie chimique la quantité de gaz fournie dans un temps donné, ils trouèrent : qtLe celle qui est fournie dans chaque

expérience dépend, et de la conductibilité du liquide que l’on décompose , et de la nature de celui qui sert à charger la pile; 2° que l’énergie de la pile est plus «rande avec un mélange d’acide et de sel qu avec un Lide seul ; 3° que les effets chimiques de la pile sont proportionnels à la force de l’acide avec lequel on la met en activité; 4° qu’ils n’augmentent pas dans le même rapport que le nombre de paires et qu’ils seloignent peu d’être proportionnels à la racine cubique du nombre des plaques. Ces deux eélèbres chimistes firent encore d’au-

(i) îtecherches physico-chimiques, t. 1®^.

2® PÉRIODE, chapitre PREMIER. 1 65

très observations importantes dont je ne puis parlèr ici, attendu les détails dans lesquels je serais obligé d’entrer. ’ T>îs grandes découvertes dont Davy avait enrichi la science électro-chimique le plaçaient hors de ligne avec les autres physiciens qui avaient parcouru la même carrière depuis Volta; aussi l’Institut lui décerna-t-il le prix de 60,000 f. qui avait été promis par Napoléon à l’auteur des plus grandes découvertes en électricité, comparables à celles de Yolta et de Galvani.

§ XV. Des piles seches. .

L’expérience avait prouvé, dès l’origine, qu’il était necessaire de désorganiser les piles pour produire des décompositions chimiques; pour remédier à cet inconvénient, on chercha s’il n’était pas possible d’arriver au meme but sans employer de liquide. Ce problème n’a pas encore été résolu , mais les recherches auxquelles il donna lieu nous fîrentconnaître des piles d’un ordre particulier qui ne sont pas sans quelque utilité pour la science. En i8o3, MM. Hachette et Desormes (i) remplacèrent le liquide dans les piles ordinaii’es par la colle d’amidon. Deluc trouva, en I 809, une comhinaison de couples voltaïques, qui fonctionnaient en apparence sans l’intermediaire d un liquide. Son appareil consistait en une colonne formée de disques de zinc et de papier doi é, d’un côte seulement, entassés les uns sur les autres, le zinc en contact avec la face dorée. L’humidité du papier suffisait pour charger la pile. C’est donc à tort qu’on lui donna le nom de pile sèche. Zamboni (2), en 1812, apporta quelques perfectionnements à l’appareil de Del uc. Il entassa , comme ce dernier, en les pressant fortement les uns contre les autres, des milliers de disques de papier, dont l’une des surfaces était étamée et l’autre recouverte d’une couche

(1) Note historique sur les piles sèches. (Annal, de Ch. et de Phys., t. V, p. 191.)

(2) Annal, de Ch. et de Phys., t. xi, p. 190.

l66 PROPRIÉTÉS PARTICULIÈRES A CHAQUE FLUIDE.

très-mince de peroxide de manganèse broyé avec un mélangé de farine et de lait. L’humidite du papier servait encore, dans cette pile, comme dans celle de Deluc, a établir la circulation du fluide électrique qui, en raison du peu de conductibilité du papier, est toujours plus lente que dans les piles ordinaires; aussi, quoique ces appareils donnassent des étincelles au condensateur, on ne parvint jamais à produire avec ces piles, ni décompositions , ni effets calorifiques , toutes les fois que le nombre des éléments , était considérable, comme dans la pile de Yolta ; parce que la circulation du fluide électrique s’y faisait trop lentement. En diminuant cependant le nombre des éléments, on parvient à décomposer l’eau, comme M. Pelletier l’a prouvé dans ces derniers temps. Les piles de ce genre cessent de fonctionner au bout d’un certain temps , quand le papier a perdu toute son humidité.

Jusqu’à présent les piles sèches n’ont été employées qu a deux usages, i° à produire un mouvement continu, au moyen des attractions et des répulsions qu’exercent les électricités accumulées aux deux pôles; mouvement qui ne peut être régulier, en raison des causes atmosphériques variables, qui apportent des changements dans le dégagement de l’électricité; 2° à constater la présence de trèspetite quantité d’électricité accumulée sur le plateau inférieur du conducteur.'

§ XVI. Propriétés particulières à chaque fluide ; le doubleur d'électricité.

Les partisans de la doctrine de Franklin firent valoir en leur faveur une propriété particulière de l’électricité, qui se manifeste dans la décharge delà bouteille de Leyde. Si l’on place une carte entre deux pointes en communication avec les deux surfaces d’une batterie électrique, mais non vis-à-vis l’une de l’autre , et adhérentes à la carte, à l’instant de la décharge l’étincelle part de la pointe positive , glisse sur la surface de la carte qui est

de ce côté, et se fait un passage vis-à-vis de la pointe négative. M. Trémery (ï) a donné une explication satisfaisante de ce phénomène dans la théorie des deux fluides; il admit que la force coercitive des corps isolants, c’est-à-dire, la résistance qu’ils opposent au mouvement du fluide électrique dans leur intérieur, n’est pas la même pour chacun des deux fluides, de sorte qu’il peut hien se faire que, dans certains cas, elle soit plus grande pour un des fluides que pour l’autre; que l’air atmosphérique est dans ce cas, et oppose une grande résistance au fluide négatif, tandis qu’il ne résisterait pas autant aux mouvements du fluide positif. Effectivement, M. Trémery a trouvé qu’en opérant dans le vide, la carte était percée au milieu de la distance située entre les deux pointes. Cet exemple d’une différence dans le mode d’action des deux fluides n’est pas le seul. Erman en a trouvé deux autres; ayant isolé une pile chargée avec un bon conducteur, il fit communiquer chacun de ses pôles avec un électroscope d’or trèssensible, qui acquit bientôt un degré de divergence qui resta constant pendant quelque temps.

Il prit ensuite un prisme de savon bien sec et inséra dans un de ses bouts un fil de métal qui communiquait avec le sol; puis il toucha par l’autre bout l’un quelconque des pôles de la pile; ce pôle fut aussitôt déchargé comme l’électroscope l’indiqua, et l’électroscope de l’autre pôle divergea aussitôt davantage. Il fît ensuite une autre expérience, la pile restant toujours isolée.’ Il fît commmuniquer les deux pôles ensemble par l’intermédiaire du même savon. Les deux électroscopes continuèrent à diverger comme avant, d’où il conclut que le savon était, dans ce cas, un mauvais conducteur. Il toucha ensuite le "savon avec un fd de métal; le pôle négatif fut déchargé, tandis que le pôle positif atteignit un maximum de tension : ainsi, dans ce cas, le savon de-

(1) Journ. de Phys., floréal an x, p. 367.

l68 DES THlïORIES ÉLECTRO-CHIMIQUES.

vint conducteur seulement pour l’electrieité négative.

En soumettant la flamme de l’alcool au même mode d’expérimentation, Erman trouva des effets semblables, mais,' dans ce cas, la flamme conduisit plus facilement l’électricité positive que l’autre. M. Biot a reconnu que l’étber jouissait des mêmes propriétés que le savon et l’alcool (i).

MM. Desormes et Hachette communiquèrent a la Société philomathique, le 12 frimaire an xi, un Memoire dans lequel ils donnèrent la théorie du doubleur d’électricité de Bennet et de Nicholson Ç2'). Cet instrument ne commença à fixer l’attention des physiciens qu’à l’époque où Réad publia son ouvrage sur l’électricité des airs, qui ne fut connu en France qu en 179^' MM. Desormes et Hachette s’étant servis de celui qui avait été exécuté pour l’École de médecine, afin de répéter les premières expériences de Bennet et de Yolta sur l’électricité des métaux en contact, reconnurent plusieurs imperfections, qu’ils ont tâché d’éviter dans la construction d’un autre appareil. La théorie qui est fondée sur les influences électriques fut exposée dans les Annales de Chimie, frimaire an xii. Son objet est d augmenter, à l’aide d’un disque circulaire mobile, la quantité d’électricité contenue dans deux autres disques semblables et supposée fixe.

§ XVH. Des Théories électro-chimiques,

Ija discussion des diverses théories de la pile et de ses propriétés chimiques conduisit de nouveau les physiciens à rechercher si les affinités chimiques ne pourraient pas être attribuées a 1 action des forces electiiques : quand on vit deux corps, mauvais conducteurs de l’électricité, qui possédaient chacun une électricité con-

(1) Ballet, des Sc., 1816, p. io3.

(2) Annal, de Ch., t. xiv ; Transac. Philos. Précis sur un doubleur delect., 1787, p. 288; 1778. Nicholson, p. 4o3.

traire , s’attirer l’un l’autre et rester en contact plus ou moins de temps, suivant leur faculté isolante, on dut concevoir la possibilité de faire dépendre les affinités chimiques du jeu des forces électriques, puisqu’il suffisait d’admettre que les molécules de deux corps, au moment de leur combinaison, se trouvaient dans deux états électriques opposés.

Quelle est la cause qui attire et tient unies les unes aux autres les dernières particules des corps dans leur combinaison réciproque? C’est là une de ces grandes questions de la philosophie naturelle dont on cherche depuis long-temps la solution, sans avoir encore eu le bonheur de la trouver. Cette cause est-elle électrique ou non? Toutes les découvertes, modernes tendent à lui donner une origine électrique. Voyons les tentatives qui ont été faites pour établir ce rapprochement. Ce qui frappe en premier lieu, c’est que les forces électrlquesetles forces chimic[ues ont une propriété commune, celle de s’entre-détruire l’une l’autre ; qu’elles sont répandues dans tous les corps, ou elles sont ordinairement dans un état d’équilibre; que l’une venant à exercer son action, l’autre paraît aussitôt; de sorte qu’il existe entre elles une dépendance mutuelle , qui semble d’autant plus indiquer une origine commune, que ces deux es-« pèces de forces ont encore d’autres rapports mutuels nombreux.

Depuis long-temps, on a pris pour base des théories cbiinic[ues celle de la chaleur et du feu ; il peut en être de même de la théorie électro-cblmic|ue.

Franklin et Priestley firent déjà ce rapprochement , car ils rapportèrent tous les phénomènes électric|ues a l’action d’une matière unique qu’ils regardèrent comme identique avec le phlogistique.

L’abbé Nollet fit plus , il avança que l’électricité était le feu élémentaire qui produisait la chaleur, la lumière, les actions magnétiques et chimiques. Ce n’était encore là qu’une idée générale, fondée sur aucune expérience positive, mais seulement un de ces aperçus ingénieux

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