‹ Traité expérimental de l'électricité et de magnétisme (volume 3)Chapitre 49 sur 141 · I-yG DKS THÉORIES ÉLECTIlÜ-CIilMiQLES · texte numérisé non relu

I-yG DKS THÉORIES ÉLECTIlÜ-CIilMiQLES

la ténacité et même l’état gazeux. Il avoue qu’il ne voit pas comment l’on pourrait expliquer tous ses effets , eu s’appuyant sur l’électricité considérée comme force première et universelle.

Je me suis borné à donner ici un précis de la théorie électro-chimique, telle que l’a exposée M. Berzelius dans sa Chimie, mais j’y reviendrai quand je développerai cette théorie avec tous les faits qui ont été récemment découverts.

Cette théorie, comme celle de Davy, n’explique pas pourquoi les atomes restent accolés les uns aux autres dans les combinaisons, et en vertu de quelle force le contact est maintenu. C’est cette difficulté que M. Ampère a essayé de résoudre dans une lettre c|u’il adressa à M. Vanbeck (i). Il admet que les atomes des corps possèdent chacun une électricité propre, qu’ils ne peuvent perdre sans cesser d’exister, et en vertu de laquelle ils restent unis dans les combinaisons, de la même manière que deux feuilles de papier, électrisees différemment, restent accolées l’une à l’autre. Mais comme des corpuscules électrisés ne pourraient rester sans exercer d’action sur les corps environnants , M. Ampère suppose que leur électricité réagit sur celle de l’espace, attire celle de non contraire et repousse l’autre, de manière à transformer les atomes en de véritables bouteilles de Leyde. Une combinaison a-t-elle lieu entre un corps électro-positif et un corps électro-négatif, les atomes se débarrassent de leurs atmosphères et restent unis l’un à l’autre, en vertu de l’attraction de leurs électricités contraires, propi’es à leur nature. Le contact n’est-il pas suivi d’une action chimique, les atmosphères se recomhlnent encore, mais, comme les atomes ne peuvent s’en passer, ils réagissent sur l’électricité de l’atmosphère, attirent celle de non contraire et repoussent l’autre , de manière à produire des phénomènes électri-

(i) Journ, de Phys. , 1821.

■a” PÉRIOÜK, CîîAPÎÏllE PREMIER. i'J'J

ques inverses de ceux qui ont lieu dans les combinaisons. Cette théorie, quoique très-ingénieuse, présente des difficultés ([ui n’ont pas encore été toutes résolues. Elle ne inonlre pas, par exemple, comment deux corps qui sont électro-positifs par rap})ort à un troisième , peuvent se combiner ensemble. Il faudrait alors admettre qu’il n’existe qu’un seul fluide ou que les atomes possèdent de l’électricité naturelle outre leur électricité propre. Nous reviendrons sur cette théorie, quand nous exposerons les phénomènes électro-chimiques avec tous les développements qu’ils exigent.

§ XVIII. De la lumière électrique et des phénomènes lumineux et calorifiques produits par de fortes piles; du pouvoir conducteur des métaux.

Les physiciens ont repris la question de la lumière électi ique. M. Biot([)a avancé que sa production était due au passage rapide de l’électricité à travers l’air qui, étant fortement çom primé, s’échaufflut et dégageait alors assez de chaleur pour qu’il y ait émission de lumière. Davy a examiné jusqu’à quel point cette opinion était fondée. On savait déjà depuis long-temps que les couleurs de la lumière varient suivant la force de l’étincelle et la pression des gaz qu’elle traverse; que dans l’air condensé elle est blanche et brillante, dans l’air très-raréfié diffuse et d’une couleur rouge; que l’influence des différents gaz paraît proportionnéeà leur densité, et que la couleur dépend aussi de la nature du corps dont 011 tire lesétincelles , puisque des étincelles (2) tirées à travers des balles de bois ou d’ivoire ont une couleur cramoisie, celles que l’on tire de la surface d’un cuir argenté une teinte verte brillante.

(i) Annal, de Ch., t. lui, p. 35i : Morgan. Philos. TraOsS.,

vol. LXXV, p. 188.

(2,) Morgan’s Lecture, p. aS/j.

l'jS DE LA LUMIÈRE ELECTRIQUE, ETC.

Davy(i) a disposé un appareil dans lequel il a fait le vide sous le mercure, sous d’autres métaux en fusion et sous diverses dissolutions. Il a trouvé les résultats suivants : le vide mercuriel parfait est perméable à l’électricité et il devient lumineux soit par l’étincelle ordinaire, soit par le choc d’une bouteille de Leyde. Quand le tube est très-chaud, la lumière électrique se montre dans la vapeur avec une couleur verte vive et de grande intensité. A un froid artificiel de vingt degrés au-dessous de zéro du thermomètre de Fahrenheit, la lumière est excessivement faible. Pendant l’ébullition du mercure, la lumière a le plus grand éclat.

En introduisant dans le vide mercuriel diverses quantités d’air, la couleur passe successivement du vert au vert de mer , au bleu et au pourpre. Dans le vide fait sur l’alliage fusible de bismuth et d’étain, la lumière est jaune et de la phosphorescence la plus pâle. Davy en a tiré la conséquence que la lumière électrique dépend principalement de quelques propriétés qui appartiennent à la matière pondérable , à travers laquelle elle passe, et que l’espace oii il n’y a pas de quantité appréciable de cette matière , est capable d’offrir les phénomènes lumineux; enfin, qu’il ne lui semblait pas improbable que les particules superficielles des corps qui, détachées par le pouvoir répulsif de la chaleur, forment la vapeur, pussent être également séparées par les forces électriques, et produire des apparences lumineuses dans le vide, privées de toute autre matière, par la destruction de leurs états électriques opposés.

Cette dernière opinion qui a servi de base à sa théorie électro- chimique, a été partagée par M. Berzelius qui, comme je l’ai dit, a avancé que le feu était produit dans les combinaisons chimiques, de la même manière que dans la décharge électrique.

(i) Sur les effets électriques dans le vide. Annal.de Ch. et de Phys., t. XX , p. 1 68.

2 PÉRIODE, CEIAPSTRE PREMIER. 1

J ai déjà indiqué les effets de chaleur que différents physiciens avaient produits avec la pile; niais ces effets ne sont rien comparés à ceux que Davy a obtenus en avec la pile de Flnstitution royale de Londres composée de deux mille couples présentant une surface de 128,000 pouces carrés; ils peuvent jeter quelque joui sur la cause probable de l’incandescence perpétuelle du soleil. Davy ayant fait passer entre deux pointes de charbon placées à peu de distance l’une de l’autre, la décharge de cette énorme pile, il se produisit une lumière dont l’éclat était comparable à celle du soleil. Toutes les substanees infusibles placées entre les deux pointes de charbon ne purent résister à une chaleur aussi forte et entrèrent en fusion. Tous ces effets ayant eu lieu également dans le vide, Davy ne put admettre, pour cause première de la chaleur et de la lumière, la combustion du charbon; il en tira la conséquence que 1 une et l’autre devaient être attribuées a la réunion des deux électricités; cette expérience vint à l’appui de la théorie électro-chimique dont j’ai exposé précédemment les principales bases.

Je dois dire aussi que le rapprochement entre les effets lumineux et caloi’ifîques de la pile avec la lumière du soleil est du à M. Arago.

A la même époque, M. Children faisait construire une pile d’une grandeur remarquable, dans laquelle chacun des éléments avait une surface de 82 pieds carrés. Des fils de platine qui avaient jusqu’à 2 lignes de diamètre furent rougis dans une eertaine longueur et même fondus; les métaux et les oxides infusibles à la chaleur de nos fourneaux entrèrent en fusion. M. Children s’occupa de ces expériences remarquables à plusieurs reprises, mais particulièrement en i8i3 et i8i5.

L’ingénieux Wollaston , dont le nom rappelle toujours des expériences délicates faites sur une petite échelle, traita cette question d’une manière inverse; il fondit un fil très - fin de platine avec un seul couple voltaïque de la plus petite dimension. Cet appareil était

ï 8o Dlî LA. LUMIÈRE ÉLECTRIQUE , ETC.

formé d’un dé h coudre en cuivre, dont il avait enlevé le fond et qu’il aplatit de manière à rapprocher les deux surfaces à une très-petite distance l’une de l’autre. Une petite lame de zinc fut placée entre les deux surfaces de cuivre sans les toucher. Il mit ensuite en communication la petite lame de zinc avec la surface extérieure , au moyen d’un fil excessivement fin de platine de ^ de pouce de diamètre, et en plongeant le couple dans l’eau légèrement, le fil rougit et fondit. Cette expérience et d’autres observations antérieures lui démontrèrent que, pour avoir les plus grands effets possibles de chalèur, il fallait augmenter dans chaque couple voltaïque la surfa'ce du cuivre relativement au zinc. Il construisit, d’après ce principe, une pile qui porte son nom et dont on fait usage toutes les fois que l’on veut produire des effets de chaleur et de lumière.

Brandt , en étudiant les effets de la lumière qui est produite entre deux points de charbon par l’action d’une forte pile, prouva que cette lumière, comme celle du soleil, produisait la combinaison du chlore et de l’hydrogène ainsi que la décomposition du chlorure d’argent. Cette identité d’action n’est pas sans importance pour la science depuis que l’on soupçonne une origine électrique dans les rayons solaires.

Depuis Franklin l’on savait que les métaux n’avaient pas tous le même pouvoir conducteur pour l’électricité. Priestley est le premier qui, comme je l’ai dit, ait essayé de ranger les métaux par ordre de conductibilité électrique. Il trouva que cet ordre était : or , argent, cuivre, laiton et fer. Davy (i) s’occupa de la même question en employant la pile. Le moyen dont il s’est servi, quoique peu exact, l’a cependant conduit à des faits généraux qui ont été reconnus exacts par d’autres procédés. Il prit des fils de différents métaux de même longueur et de diamètres égaux, et chercha combien

(î) Philos. Transac., 1821.

PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. l8l

chacun d’eux déchargeait de plaques voltaïques suivant la méthode de Wollaston; il trouva qu’un fil d’argent de ^ de pouce anglais de diamètre, et de 6 pouces de longueur, déchargeait 65 plaques; 6 pouces d’étain \‘i paires; 6 pouces de platine ii paires, et de fer 9. 11 découvrit aussi que les fils métalliques avaient un pouvoir conducteur en raison inverse de leur longueur, et que l’effet d’un fil était proportionnel à sa masse. Ainsi 6 pouces de platine déchargent lo doubles plaques; 3 pouces, 20, etc.; et 6 fils, ou un seul de même longueur, mais 6 fois plus pesant, produisent le même effet.

Pour s’assurer si un fil déchargeait entièrement une pile, Davy ajoutait deux autres conducteurs qui piongeaient dans l’eau et partaient chacun d’une des extrémités de la pile; quand il y avait effervescence, il en concluait que la pile n’était pas entièrement déchargée. Voici les valeurs relatives de la conductibilité de différents métaux par Davy :

Conductibilité d’après H. Davy.

Argent 600 Etain 109

Cuivi’e 55o Platine 200

Or . 4oo Fer 82

Plomb c. . 38o

§ XIX. Des poissons électriques.

Aussitôt après les découvertes de Galvani et de Volta, l’attentioif des piîysiologistes et des physiciens se porta de nouveau sui’ les phénomènes que j)résentent les poissons électriques. Ifon s’appliqua surtout à découvrir les organes générateurs du princi|)e qui donne la commotion. Galvani, quoique affaibli j)ar l’âge et par une maladie qui le conduisit au tombeau, se transporta sur les bords de la mer Adriaticjue en 1797, pour étudier l’anatomie de la torpille. Plusieurs observateurs, particulièrement Piédi et Jjorenzini, s’étaient déjà occupés

l8a DES POISSONS 'ÉLECTRIQUES.

de cette question; d’autres avaient annoncé que les commotions étaient dues à l’électricité animale, explication qui flattait singulièrement Galvani. Ce dernier observa deux corps qui, suivant lui, étaient les organes électriques; ils étaient formés d’une grande quantité de prismes hexagones composés d’un nombre infini de plans de la même figure et combinés les uns avec les autres dans un ordre parfait; il observa, après avoir fait un grand nombre d’expériences, que ces prismes recevaient plus de nerfs que ne semblait l’exiger leur structure. Comme il avait déjà été reconnu que le concours de la volonté de r animal était indispensable pour donner la commotion, Calvani examina jusqu’à quel point le cerveau de la torpille influait sur l’action des organes électriques. Ses recherches le conduisirent à admettre que le système des nerfs qui sert à l’action des organes électriques diffère de celui que la nature emploie pour exciter les contractions musculaires : il en conclut alors que le cerveau contribuait à la production de l’électricité animale. Quels que soient les effets qui aient été tentés pour prouver que la commotion était le résultat de l’action de i’electricité animale, comme les faits s’exprK[uaieiit encore de la même manière dans la supposition oii l’électricité était semblable à celle que nous connaissons, il en est résulté que la science y a toujours gagné des observations intéressantes sur l’anatomie et la physiologie des poissons électriques.

M. Geoffroy Saint-Hilaire (i) fit aussi un travail remai’quable sur 1 anatomie de ces poissons; après avoir compai’é entre eux tous les organes électriques, il les rapporta à une constitution uniforme, et trouva en outre que ces organes consistaient dans un grand nombre de tubes aponevrotiques , rangés autour des branchies et remplis d’une substance particulière. Yolta, aussitôt qu’il eut trouvé et analysé les phénomènes élec-

(i) Jouni. de Phys., t. lvx, p. 241.

2 PÉRIODE, CHAPITRE PREMIER. l83

triques de contact, dans tous les corps, eut la pensëe quà l’aide des corps, moins bons conducteurs que les métaux, on pourrait former, de même qu’avec ces derniers, un instrument assez actif pour produire des secousses et des étincelles (i). Il s’empressa aussitôt d’appliquer ce principe aux organes électriques de la torpille et du gymnote, composés de seulâ^ conducteurs humides. Il regarda comme probable que les petites couches ou pellicules de ces organes , placées les unes sur les autres dans chaque colonne, étaient alternativement formées de conducteurs appartenant moitié à la deuxieme classe, moitié à la troisième, et que chaque couple se trouvait séparée par une couche humide. Suivant cette théorie, la commotion que communique la torpille serait le résultat d’un effet mécanique et non instinctif.

M. deHuinboldt, conjointement avec M. Bonpland , fit en Amérique des observations très-curieuses sur les habitudes et les moyens de pêcher le gymnote. On en pourra juger par le passage suivant, extrait textuellement de la relation de leur voyage :

« Nous partîmes, le ig mars, de grand matin, pour « le petit village de Rastro de Ahaxo; de là, les In- « diens nous conduisirent à un ruisseau qui, dans le ce temps des sécheresses, forme un bassin d’eau hour- « beuse, entouré de beaux ai'bres , de clusia, d’amyriset « de mimoses à fleurs odoriférantes. La pêche des gym- (( notes, avec des filets, est très-diflicile , à cause de « l’extrême agilité de ces poissons, qui s’enfoncent dans « la vase^comme des serpents. On ne voulut point em- « ployer le harbasco, c’est-à-dire les racines àu pisci- (f dm eriihrjna, du jacqLiinia armillaris et de quelques « espèces de phjllanthas qui, jetées dans une mare, cc enivrent ou engourdissent les animaux : ce moyen au- « rait affaibli les gymnotes. Les Indiens nous disaient

(i) Annal, de Ch., t, xl, p. aSà.

l84 DES POISSONS ÉLECTRIQUES.

(c qu’ils allaient pêcher avec des chevaux. Nous eûmes « (le la peine à nous faire une idée de cette pêche (c extraordinaire; mais bientôt nous vîmes nos guides « revenir de la savane, oîi ils avaient fait une battue « de chevaux et de mulets non domptés. Ils en amenè- « rent une trentaine cpi’on força d’entrer dans la mare.

cc Le bruit extraordinaire causé par le piétinement (( des chevaux fait sortir les poissons de la vase et les « excite au combat. C(^s anguilles jaunâtres et livides, « semblables à de grands serpents aquatiques, nagent « â la surface de l’eau, et se pressent sous le ventre des « chevaux et des mulets. Une lutte entre des animaux « d’une organisation si différente offre le spectacle le ïc plus pittoresque. Les Indiens, munis de harpons et de « roseaux longs et minces, ceignenL étroitement la mare; « quelques-uns. d’entre eux montent sur les arbres dont « les branches s’étendent horizontalement au-dessus de ,(c la surface de l’eau. Par leurs cris sauvages et la loncc gueur de leurs joncs, ils empêchent les chevaux de « se sauver en atteignant la rive du bassin. Les an- « guilles, étourdies du bruit, se défendent par la dé- (c charge réitérée de leurs batteries électriques. Pendant c( long'temps elles ont l’air de remporter la victoire. a Plusieurs chevaux succombent à la violence des coups « invisibles qu’ils reçoivent de toutes parts dans les or- « ganes les plus essentiels à la vie ; étourdis par la force « et la fréquence des commotions, ils disparaissent sous « l’eau. D’autres, haletant, la crinière hérissée , les yeux « hagards, et exprimant l’angoisse, se relèvent et cher- « client à fuir l’orage qui les surprend. Ils sont repoussés « par les Indiens au milieu de l’eau : cependant un petit « nombre parvient â tromper l’ax'tive vigilance des pê- « cheurs On les voit gagner la rive, bronchera chaque « pas, s’étendre dans le sable, excédés de fatigue et les « membres engourdis par les commotions électri([ues des « gymnotes.

«En moins de cinq minutes, deux chevaux étaient « noyés. L’anguille , ayant cinq pieds de long et se près-

2 PÉRIODE, CHA.PITRE PREMIER. l85

(c sant contre le ventre des chevaux, fait une déchargé « de toute Fëtendue de son organe électrique. Elle atta- « que a la fois le cœur, les viscères et le « des nerfs abdominaux. Il est naturel « prouvent les chevaux soit plus puissant que celni'que c( le meme poisson produit sur riiomme lorsqu’il ne le (( touche que par une des extrémités. Les chevaux ne (f sont probablement pas tués, mais simplement étour- « dis. Ils se noient, étant dans l’impossibilité de se relever « par la lutte prolongée entre les autres chevaux et les « gymnotes.

« Nous ne doutions pas que la pêche ne se terminât « par la mort successive des animaux qu’on y employait 5 « mais peu a peu l’impetuosite de ce combat inégal di- « minuo; les gymnotes fatigués se dispersent. Ils ont cc besoin d’un long repos et d’une nourriture abondante « pour repai’cr ce qu ils ont jierdu de force galvanique. « Les mulets et les chevaux jiarurent moins effrayés^ ils « ne hérissaient plus la crinière; leurs yeux exprimaient « moins 1 épouvanté. Les gymnotes s’approchaient timi- « dement du bord des marais, ou 011 les prit au moyen « de petits harpons attachés h de longues cordes. Lors- « que les cordes sont bien sèches, les Indiens, en souc( levant le poisson dans l’air, ne ressentent point de « commotions. En peu de minutes, nous eûmes cinq a grandes anguilles, dont la plupart n’étaient que légère rement blessées. D’autres furent prises vers le soir j^ar a les mêmes moyens.

« La température des eaux dans lesquelles vivent haa biîuellement les gymnotes est de 16^ h 27®. On assure « que leur force électrique diminue dans les eaux plus « froides; et il est assez remarquable, en général , comme « la déjà observe un physicien célèbre, ([ue les animaux doués d’organes électromoteurs , dont les effets de- « viennent sensibles à riiomme, ne se rencontrent pas (( dans l’air, mais dans un fluide conducteur de félec- « tricité. Le gymnote est le plus grand des poissons

plexus cœliaciis que l’effet

qu’é-

l86 DES POISSONS ELECTRIQUES.

« électriques; j’en ai mesuré qui avaient cinq pieds à « cinq pieds tr*ois pouces de long. Les Indiens assuraient « en avoir vu de plus grands encore. Nous avons trouvé « qu’un poisson qui avait trois pieds dix pouces de long (f pesait douze livres. Le diamètre transversal du corps « était (sans compter la nageoire anale, qui est prolon- « gée en forme de carène] de trois pouces cinq lignes. « Les gymnotes du .Cano de Bera sont d’un beau vert c( d’olive. Le dessous de la tête est jaune, mêlé de rouge. « Deux rangées de petites taches jaunes sont placées « symétriquement le long du dos, depuis la tête jusqu’au « bout de la queue. Chaque tache renferme une ouver- « ture excrétoiie : aussi la peau de l’animal estconstam- « ment couverte d’une matière muqueuse, qui, comme « Volta l’a prouvé, conduit l’électricité vingt à trente « fols mieux que l’eau pure. Il est, en général, assez « remarquable qu’aucun des poissons électriques, décou- « verts jusqu’ici dans les différentes parties du monde, « ne soit couvert d’écailles. »

MM. de Humboldt et de Bonpland n’ont pu découvrir aucun phénomène de lumière électrique ni aucune trace d’électricité libre. Je conçois parfaitement que l’on ne puisse reconnaître aucune trace d’électricité , attendu que la commotion paraît êti'e le résultat d’un effet analogue à celui de la bouteille de Leyde, qui est le résultat d’un rétablissement d’équilibre.

MM. de Humboldt et Gay-Lussac, en 1802, firent quelques expériences, à Gênes, sur la torpille ;dls se sont attacliés particulièrement à déterminer les conditions dans lesquelles la torpille ne donne pas à l’homme la commotion. Ils trouvèrent que l’on ne commence à la sentir que lorsqu’on élève la torpille au-dessus de la surface de l’eau, et quand elle a lieu, elle remue d’une manière convulsive les pennes pectorales ; qu’il faut l’irriter pour qu’elle lance sa commotion, car on la touche souvent impunément lorsqu’elle est tranquille. Ils observèrent de nouveau que l’électromètre le plus sensible

n’incliquait aucune tension électrique et qu’il était nécessaire de toucher immédiatement le corps de l’animal pour éprouver la commotion.

§ XX. Théorie mathématique de V électricité statique.

En 1812, M. Poisson (i), en considérant chacun des deux principes électriques comme un fluide incompressible dont les particules, douées d’une parfaite mobilité, se repoussent mutuellement et attirent celles de l’autre principe, Gn raison réciproque du carré de la distance, et “en admettant en outre, qu’à égale distance, le pouvoir attractif est égal au pouvoir répulsif, a cherché les conséquences mathématiques (jue l’on peut en tirer. Les résultats auxquels il a été conduit se sont trouvés parfaitement d’accord avec ceux que Coulomb avait obtenus par l’expérience. Le célèbre géomètre français a d’abord trouvé, comme l’expérience l’avait appris à Beccaria et a Coulomb, que tout le fluide électrique introduit dans un corps se porte entièrement à la surface où il forme une couche extrêmement mince. Il détermina ensuite la surface intérieure de cette couche , ainsi que son épaisseur; quant à la surface extérieure, elle se trouve être la même que celle du corps, puisque l’électricité n’y est retenue que par la pression de l’air. Aussi M. Poisson a-t-il considéré l’air comme un vase imperméable de forme donnée, qui contient le fluide dans sa capacité intérieure et résiste par la pression à la tendance qu’il a de s’échapper. La surface intérieure de cette couche se trouvant peu differente de l’autre, puisqu’elle est très-mince, pour en déterminer la forme et l’épaisseur, qui n’est pas la même sur toutes les parties de la surface, AT. Poisson établit

' (i) Mémoire de l’Acad. des Sc. de l’Institut de France.

Mémoire sur la distribution de l’électricité à la surface des corps conducteurs, t. xii, p. 1. —.‘T Mémoire, p. i63 , 1811.

Voir le précis que M. Biot a donné de ces deux Mémoires, dans son Traité de Physique.

l88 THÉORIE MATIIÉM. DE l’ÉLEC. STATIQUE.

dans ses calculs la condition que le corps ne peut demeurer dans un état électrique permanent, qu’autant que la forme de la surface est telle que la couche entière n’exerce ni attraction ni répulsion sur les points qui se trouvent dans sa cavité. Quand le corps est une sphère, les deux surfaces de la couche électrique sont également sphériques. Si Ton considère un ellipsoïde, la surface intérieure de la couche se trouve être ée^alement un el-

lipsoïde concentrique et semblable. Son épaisseur est la plus grande au sommet du plus grand axe et la moindre au sommet du plus petit; il en résulte que les épaisseurs aux deux sommets sont en raison des longueurs des

axes.

On sait que l’électricité n’est retenue sur la surface des corps que par la pression de l’air ambiant, et que cette pression n’est pas la même en tous les points. M. Poisson l’a déterminée par le calcul. A l’extrémité d’un cône, elle deviendrait infinie si l’électricité pouvait s’y accumuler.

Sur un ellipsoïde allongé de révolution, elle est d’autant plus considérable aux deux pôles, que l’axe cjui les joint est plus grand par rapport au diamètre de l’équateur; l’une et l’autre sont dans le rapport du carré de l’axe des pôles au carré du diamètre de l’équateur. Il résulte de là que si l’ellipsoïde est très-allongé, la pression électrique est très-faible à l’équateur, tandis qu’aux pôles elle peut acquérir une intensité suffisante pour vaincre la résistance de l’air; c’est précisément ce qui arrive dans une bai rc métallique qui a la forme du corps dont il est ici (juestion, car l’expérience prouve que tout fluide électrique se porte, en grande partie, vers les extrémités, d’oii il s’échappe quand sa tension est suffisante.

M. Poisson s’est occupé ensuite d’un cas plus composé. (fest celui oii plusieiu's corps électrisés et conducteui'S sont placés à des distances telles qu’ils peuvent exercer des actions par influence les uns sur les autres. Dans ce cas, la distribution de l’électricité sur ces corps

a' PÉiaODE, CHAPITRE PHEMSEE. 1 89

est soumise à une condition mat]iématic|ue dont voici

‘’énoiîcé

« Si plusieurs corps conducteurs electrisës sont mis « en présence les uns des autres, et qu’ils parviennent (c à un état électrique permanent, il faudra, dans cet « état, que la résultante des actions des couches élec- « triques qui les recouvrent, sur un point quelconque « pris dans l’intérieur d’un de ces corps / soit nulle. Car « si cette résultante n’était pas nulle, l’électricité com- (f binée qui réside au point que l’on considère, serait c( décoin|X)sée , et fétat électrique cliangerait contre la « supposition que l’on a faite de sa permanence. ))

En soumettant ce principe au calcul, M. Poisson en a déduit autant d’équations que l’on considère de corps et que le problème renferme d’inconnues. Il est parvenu à résoudre les équations pour le cas ou déux splières chargées d’electricité quelconque sont mises en contact ou en présence l’une de l’autre. Il a déduit de ses formules des résultats absolument semblables à ceux que Coulomb avait trouvés par l’expérience, dans les mêmes circonstances; par exemple, lorsque deux sphères, d’inégal diamètre, étant mises en contact et électrisées ensuite, si on les écarte successivement fune de l’autre en les maintenant isolées, l’état électrique de chacune d’elles éprouve des variations singulières (pie le calcul a déterminées avec une grande précision : à l’instant du contact, les deux sphères sont électrisées de la meme manière; mais au point de contact même il 'n’existe pas d’électricité libre. Maintenant, si l’on sépai’e les deux sphères, il n’en est plus de même; l’électricité de la petite sphère est décomposée, en raison de l’action par influence de la seconde sphère : celle qui est de nature contraire à celle de la grande se poi’te vers le point oh le contact avait eu lieu avant. Cet effet diminue à mesure que l’on écarte les deuv sphères et disparaît à une certaine distance. Alors l’ancien point de contact sur la jjetite sphère se retrouve dans l’état naturel; à une plus grande distance encore, ce point reprend la même espèce

190 THÉORIK MATHÉM, DE l’ÉLEC. STATIQUE.

d’électricité que celle qui est propre à la sphère dont il fait partie. Tous ces effets sont pleinement confirmés par l’expérience. Cet exemple suffit pour montrer avec quelle précision toutes les formules de M. Poisson représentent les phénomènes relatifs à l’électricite statique, qui ont pu être soumis au calcul, et quel degré de confiance on peut y attacher.

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